IV. — Histoire
1°) Statistique de la population.
La statistique approximative de la population mantinéenne peut être tentée, en prenant pour base les chiffres des effectifs relevés par Hérodote pour les guerres médiques et le chiffre maximum de 3 000 hommes indiqué par Diodore pour l’année 419, et, plus catégoriquement, par Lysias dans son discours sur la Constitution, pour l’année 403.
Aux Thermopyles, le contingent mantinéen, égal à celui de Tégée, se montait à 500 hoplites (2). Mais ce chiffre ne représente qu’une faible part, le tiers au plus, des troupes que chacune de ces deux villes pouvait mettre en ligne. A Platée, où l’effort fut beaucoup plus considérable, puisque les Spartiates mobilisèrent 10 000 hoplites, Spartiates et Laconiens, et 35 000 hilotes armés à la légère, les Tégéates envoyèrent 1 500 hoplites doublés de 1 500 psiles, selon l’habitude de lever les troupes légères suivant la proportion d’un psile par fantassin pesamment
(1) Diod. XII, 78.
(2) llérod. VII, 202.
HISTOIRE
armé (1). D'ordinaire, on ne mettait sur pied que les éléments les plus valides et les mieux exercés. Les classes extrêmes des jeunes recrues au-dessous de vingt ans et les hommes âgés restaient au pays pour la garde du territoire et des remparts. Ces éléments représentaient environ 1/6 de la levée en masse ’-avo-qixsi (2), ce qui donne pour Tégée une somme totale de 3600 guerriers citoyens, dont la moitié d’hoplites, l’autre moitié de psiles. Les milices mantinéennes devaient être un peu plus faibles, la ville ayant moins d’étendue et son territoire étant plus petit. En effet, si nous ignorons l'effectif du contingent qui survint à Platée après la bataille (3), nous savons par Lysias (4) qu’en 403 la ville ne pouvait guère mettre sur pied que 3 000 hommes. L’orateur n’a en vue ici que des milices de citoyens tant hoplites, que psiles et cavaliers (5). L’effectif de 3 000 hommes représente donc le chiffre global de la population mâle valide, et il doit être accepté tel quel (6). Dans les républiques grecques, dont les institutions militaires calquaient celles de Sparte et d’Athènes, l’obligation du service pour tous les hommes libres de vingt à soixante ans comportait fort peu d’exemptions (prêtres, magistrats financiers) (7). Les États modernes, où le même système est appliqué avec rigueur et où la pratique du recrutement se conforme à la théorie, comme en France, fournissent des éléments de comparaison précis. L'armée française sur le pied de guerre (troupes de terre
(1) Hérod. IX, 29.
(2) Telle est la proportion des troupes territoriales laissées en Laconie par Agis en 418 iThucyd. V, 64).
(3) Le chiffre de 480 proposé par Curtius n’est ni fondé ni vraisemblable.
( Pelop . I, p. 175).
(4) IIeoI TZOA’.Tz'.y.:. 7. Yoy. plus haut, p. 409.
(3) Les peltastes mantinéens comptaient parmi les meilleures troupes de la Grèce (Lucien, Dialog. XIII). Quant à la cavalerie, elle ne joua jamais un rôle brillant. Les Mantinéens devaient recourir à celle d’Athènes, d’Élis ou de Phlious.
(6) D’après Mélétopoulo (die Schlacht hei Mantineia, p. 50), Lysias n’entendrait par là que les hoplites et les cavaliers; il double alors ce chiffre par un chiffre équivalent de troupes légères et obtient ainsi pour Mantinée une force armée d’environ 7 000 hommes et de 7 300 pour Tégée. Ces chiffres sont en contradiction avec Hérodote qui attribue 3000 hommes à Tégée, hoplites et psiles. De plus, ils supposent une population totale d’environ 42 000 âmes sans compter les esclaves, ce qui est excessif pour la Ma nti nique. De plus Mélétopoulo invoque à tort un passage où Xénophon (V. 3, 16) estime à 5 000 hommes la population de Phlious, ville moins importante que Mantinée. Car ce chiffre représente celui des citoyens qui prennent part aux assemblées (Iv t Si oxvsûw toï; ï;oj k'z/./.r^iyZo'i et non celui de la force armée. La preuve que les hommes en état de prendre les armes étaient bien moins nombreux, c’est qu’Agésilas, en réunissant les meilleurs éléments, ne put en former qu’un corps de 1000 soldats ( ibid ., 17).
(7) Art. Exercitus. Dict. des Antiq. de Saglio. II, p. 896.
APPENDICES
et de mer, en bloc 4 260 000 hommes) représente exactement le 1/9 de la population totale : 38 340 000 âmes. Dans la même proportion, les 3000 guerriers mantinéens supposeraient une population de 27 000 âmes. Mais il faut tenir compte de deux categories considérées comme indisponibles par le recrutement moderne, les jeunes gens de vingt ans et les hommes ayant dépassé quarante-cinq ans- De plus, le rendement d’une population antique, comme celle de l’Arcadie, rompue aux exercices athlétiques et aguerrie par les travaux de la terre, dépassait de beaucoup celui des Etats modernes ; le déchet pour cause de réforme et de faiblesse de constitution et la proportion des malingres y étaient beaucoup moindres. On doit donc admettre que la milice mobilisable représentait une fraction plus considérable de la population totale. Au lieu d’un soldat sur neuf habitants, on peut adopter comme plus voisine de la vérité celle d’un soldat ou homme valide de vingt à soixante ans sur six habitants. Les 3 009 hommes de Mantinée représentent donc la fraction militaire d’une population de 18 000 âmes. L’écart entre le chiffre obtenu par le coefficient moderne et celui qui résulte du coetïicient antique correspond à la plus longue durée du service militaire chez les anciens, à l’excédent de santé et de vigueur des hommes d’autrefois sur les générations actuelles, à la supériorité de leur éducation corporelle et de la vie en plein air- Dans les mêmes conditions, avec ses 38 340 000 âmes, en avançant d’un an l’âge du service et en le prolongeant de quinze ans, la France gagnerait plus de deux millions de soldats.
Ce chiffre de 18' 00 âmes est l’effectif global de la population libre, hommes, femmes, enfants, dans tout l’État mantinéen. Celui de 13 000 âmes, proposé par Clinton, paraît beaucoup trop faible (1). On peut s’en convaincre par la contre-épreuve suivante.
L’aire de Mantinée, mesurée sur notre plan, correspond assez exactement à celle de plusieurs villes modernes de la région du Nord, entourées d’une enceinte à la Vauban (2). Pour Valenciennes, par exemple, ville aux maisons basses d’un étage en général, avec de petites rues étroites reliant les voies plus larges qui aboutissent aux portes, les conditions d’habitabilité, avant le démantèlement des remparts, répondent à celles d’une forteresse antique comme Mantinée. La population urbaine intra muros de Valenciennes se montait en 1894 à 18 136 habitants (3). Saint-Omer, dont la superlicie et les conditions
(1) Fasti hellcnici, II, 417.
(2) llnnlinée : granit axe : 1340'" Valenciennes : grand axe : 1250"' Saint-Omer : grand aie : 1100'"
» pilil axe : 1080m )> petit axe : 1100"' I » petit axe : 1050'"
(3) D’après les documents conservés à la mairie: Population totale 28 700 liab. — Population intra-muros répartie en 3 cantons : 18 130 hab. — 4 953 maisons, dont 430 sans étage, 2 957 avec un Ier étage, 1 390 à 2 étages, 145 à 3 étages, 31 à 4 étages.
HISTOIRE
sont analogues, fournit à peu près le même chiffre. On serait donc bien près de la vérité en évaluant entre 17 et 19 0U0 âmes la population urbaine de Mantinée, esclaves compris.
Pour la population rurale, éparse dans les xwuce de la plaine, le recensement de la Grèce en 1896 fournit d’utiles indications (1). En effet, le site de la ville antique étant complètement désert, les habitants modernes de la Mantinique se sont établis sur les points du territoire qui correspondent à l’emplacement des anciennes bourgades, anciens centres d’exploitation agricole qui ne cessèrent jamais d’ètre peuplés, surtout par les métayers et les ouvriers des propriétaires mantinéens. Aujourd’hui, le Af,uo; Mavt'.vcîaç, avec ses sept villages et ceux du Ménale, compte 7 730 habitants. Les hameaux antiques ne devaient guère être plus importants- En sorte que le chiffre de 25 000 âmes, dont 19 000 pour la ville et 7 000 pour la campagne, paraît assez plausible.
Sur ces 25 000 habitants, la population libre comptait 18 00J âmes, dont environ 9 0U0 pour l’élément masculin et 9 000 pour l’élément féminin. Sur les 9 000 hommes, les citoyens de plein droit formaient la majorité, défalcation faite des enfants. En estimant entre 5 000 et 6 000 le nombre des citoyens, on aura une idée approximative de la ttoXitsIx mantinéenae.
Quant à la population servile, elle n’atteignait pas, dans les villes d’Arcadie, les mêmes proportions qu’en Attique, en Thessalie ou en Laconie. D’abord, les hommes libres du Péloponnèse, ainsi que Périclès le constate, n’avaient pas honte de travailler de leurs mains; ensuite,
(1) ’EoTjU.. TT;? Ku[icov7|(jî(t>ç. STartrjT'.xà à—OTîXÉtru.xTa tt[ç àiroypxo% tou nX7]0uop.où. 1897, p. 64.
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Il faut y ajouter aussi les districts du Ménale qui relevaient de Mantinée (aujourd’hui compris dans le Dème de Phalanthos).
Kapoapa. . . 104
’AXwvfaratva . 214
APPENDICES
il n v avait pas eu de race asservie par la conquête, comme dans les pays doriens. et les agriculteurs arcadiens n'étaient ni assez riches ni assez fastueux pour acheter des esclaves barbares, comme faisaient les parvenus d'Athènes ou de Corinthe. Tandis qu’en Laconie ou en A t tique, le groupe des citoyens se trouvait noyé dans une multitude sept ou huit fois plus nombreuse d’esclaves, les États arcadiens maintenaient la supériorité numérique de leur population libre et même se voyaient obligés d'en déverser au dehors le trop plein par l'émigration. C'est pourquoi, à côté des 18 000 habitants libres de la Mantinique,il me parait difficile d'admettre que le pays ait pu nourrir une population servile supérieure à 8 ou 10 000 bouches.
2°) Batailles de Mantinée.
J'ai raconté en leur temps les préliminaires et les conséquences des grandes mêlées dont la Mantinique a été le théâtre. La fréquence quasi périodique de ces conflits atteste que ce coin de terre n’était pas un champ de bataille occasionnel, mais l’arène fatale où les partis adverses de la Grèce devaient vider leurs querelles. La position centrale et dominante de la Mantinique entre la Laconie, l'Élide, l’Argolide et l'Achaïeen faisait le donjon commun des principaux États de la péninsule. Sa possession intéressait tout le monde, étant une menace pour les uns, une garantie pour les autres. Les plus importantes combinaisons politiques qui mettent en jeu l’influence de Sparte, tantôt offensives, tantôt défensives, viennent se résoudre dans cette plaine. C’est le creuset où s’élaborent en de suprêmes réactions les destinées de la Grèce. Aussi les batailles de Mantinée apparaissent-elles comme les formules des antinomies de l’histoire péloponnésienne. On y peut lire, aux heures les plus critiques, résumé en de claires et brèves indications, l’état de l’atmosphère politique. Les grandes phases du conflit de la puissance Spartiate avec ses sujets et ses rivaux, cette série de courants alternatifs, d’actions et de réactions qui remplit les fastes du Péloponnèse et de la Grèce, tout cela s'inscrit en sanglants caractères sur le sol mantinéen comme sur un cadran : d’un côté, toujours Sparte, de l'autre les différents coryphées de l'anti-laconisme, tantôt Athènes. Thèbes, la Macédoine ou l'Achaïe. Dans ces oscillations de l'équilibre général, Mantinée est comme l'aiguille qui marque de quel côté est l'indépendance péloponnésienne : contre Sparte, avec Argos, Athènes et l’Élide en 418, avec Athènes et Thèbes en 371. avec la Ligue arcadienne en 370; — avec Sparte et Athènes contre Thèbes en 362; contre Aratos et Antigone Doson en 222; — contre Sparte enfin avec Philopœmen en 207.
A l’importance historique de ce champ de bataille, s’ajoute un intérêt spécial et d’ordre surtout militaire. Il est le champ de danse d'Arès idéal, le type classique de 1 arène pour le combat de pied ferme
HISTOIRE
((jxaot'a Il n’est pas sans intérêt de suivre sur ce même canevas
topographique les variations de la tactique dans les armées grecques aux différentes époques. A ce point de vue aussi, la série des trois grandes mêlées de 418, 362 et 207, mérite d’attirer l’attention. Chacun de ces épisodes est un chapitre instructif des institutions militaires chez les Hellènes. En suivant de près les récits des auteurs anciens, nous aurons l’occasion de les compléter et de les éclaircir par l’examen du terrain et de rétablir avec plus de précision qu’on ne l’a fait la marche de l’action et les positions des acteurs (1).
Le récit de Thucydide (2), puisé à bonne source, est d’une précision Bataille tiens et d’une clarté lumineuses. Voici, d’après lui, les phases de l’action.
Elle eut lieu au milieu de l’été : toü 8's7iiyiyvop.évoo Oepotiç p.E(roüvxoç (3), c’est-à-dire dans le courant du mois d’août 418. Les armées en présence étaient d’une part celle des Lacédémoniens et de leurs alliés arcadiens,
Tégéates, Héréens et Ménaliens, sous le commandement d’un chef unique, Agis II, fils d’Archidamos II ; de l’autre, celle des Mantinéens assistés des Argiens et de leurs alliés, Cléonéens, Ornéates, Orchoméniens, Arcadiens des cantons du N., Athéniens. Sur les forces des deux adversaires, Thucydide n’ose pas se prononcer par chiffres (4). Il explique seulement en détail la composition des unités de l’armée lacédémonienne. Sans prétendre à plus d’exactitude que le mieux informé des historiens anciens, on peut, sur ses données, tenter un essai de statistique approximative (5).
Les. Spartiates comptaient 7 loches de 4 pentékostys à 4 énomoties : l’énomotie comprenait 4 h. de front sur 8 de profondeur, plus 4 chefs de file (Ttptuxôffxaxai), soit en tout 36 hommes (6) ; ce qui donne un
(1) L’étude sommaire esquissée par Leake (Trctvels III, p. 57 et suiv.) ne répond plus aux données nouvelles de la topographie. Les observations de Loring ( Journ . of. hellen. Stud. XV 1895, p. 85-89 rectifient Leake sur des points de détail). — Cf. Guischardt. Mémoires militaires, ch X.
(2) V. 63, et suiv. Diodore (XII. 79), tout en le résumant, l’embrouille jusqu’à l’absurdité.
(4) V. 68. — La politique mystérieuse de Sparte ne s’occupait guère de satisfaire la curiosité des historiens : xô (J.EV yàp Aaxsoaiaovc'uiv ttAtiOoç oià xr^ç 7toÀtxeia; xô xpuTixôv TjyvoEtxo. Quant à leurs adversaires, leurs évaluations exagérées sur leurs propres forces ne méritaient aucune créance : xwv o’aù otà xô avQpoj7tetov xoluuoÔeç Êç xà oIxeïoc TcXVj Oiq -qnriffxstxo. Cependant, à l’œil, l’armée lacédémonienne paraissait plus nombreuse : xô a-xpaxÔ7tEOOv xcov AaxEoai[xovi'ojv p.si£ov É^ivY|.
(5) Voy. sur ce point Mélétopoulo. Die Schlocht bei Mantinea, insbesondere iiber die Stcirke der beiden feindlichen Heere. Gütting., 1858.
(6) Cf. Xen. Hellen. VI. 4. 50.— Le De rep. Laced. XI, 4 et 5 signale une autre division de l’armée lacédémonienne en 6 piôpca de 4 loches chacune, soit en tout 6 X 2304 = 13824 Lacédémoniens.
APPENDICES
total de 4032 hoplites Spartiates 1 . sur un front de 44S hommes. En y ajoutant les 300 royaux, et tous les non-Spartiates. Hilotes et
Laconiens. suivant les proportions indiquées par Hérodote, 600 Skirites. Brasidéens. XéoOamodes. et le* troupes légères, on arrive à un total voisin de 49 000 h. Les contingents areadiens peuvent être évalués à 9000 h. 3 000 Tégéates, 4000 Ménaliens et Héréens) ; la cavalerie Spartiate à 400 cavaliers, celle des alliés à 200. ehilïre qu’il faut doubler par un nombre égal d'hamippes. L'ensemble de l'armée d'Agis ne devait guère être inférieur à 5S OOO combattants, dont environ 17 000 hoplites.
L’armée adverse comptait, d’après des calculs analogues :
Argiens 22 500 sur une armée nationale de 27 000 hommes
. .. . . . „ i 1 000 hoplites doublés de 1 000 1,0m.
1 3U0 cavaliers doubles de 300 hamippes.
Mantinéens 3 000 hoplites et Ai/.o< 2).
Orchoméniens et
aut. Areadiens.. 14 000 h.
43 000 hommes.
Ces chiffres justilient les paroles de Thucydide : « Ce fut la plus grande bataille qui ait été livrée depuis longtemps entre les Hellènes et où se soient trouvées engagées les forces des villes les plus importantes ».
L'infériorité numérique des séparatistes avait été aggravée par le départ des 3 000 hoplites éléens.soit une perte d'environ 6 00 J soldats (3).
Examinons maintenant les préparatifs et les péripéties du combat et Jes positions des combattants.
iode préliminaire. — 1* Après l’armistice conclu entre Argos et Sparte, arrivent les Athéniens sous le commandement des stratèges Lâchés et Xikostratos: .Vlcibiade les accompagne comme diplomate. Dans un conseil tenu à Argos. les alliés déclarent ne point reconnaître un traité conclu sans eux et décident d'aller assiéger Orchomène. Les Argiens ne se joignent à eux qu après la prise de la ville.
2° Orchomène tombée, on décide, dans un second conseil tenu à Mantinëe. d'aller attaquer Tégée. Les Ëléens mécontents se retirent. Les troupes alliées concentrées à Mantinëe font leurs préparatifs de départ.
1 Ce chiffre ne représente que les 5. G de l'armée totale : le reste du contingent environ Ni O hommes ) choisis parmi les plus vieux et tes plus jeunes, •’-tait demeure a Sparte sous les ordres de Pleistoanax pour carder la ville.
Thueyd. V, bi).
(2) Ils étaient au complet (razvGTOflcriz), le combat ayant lieu sur leur territoire < Thueyd V. 37. g). Sur les forces militaires de Mantinëe, voy. plus haut.
,3 Les auteurs anciens évaluent d'ordinaire la force d’une armée, d'apres le nombre des hoplites et des cavaliers: mais il faut presque toujours doubler ce chiffre p«ar un nombre égal de AÀv. et d'hamippes.
HISTOIRE
3* Agis, informé, accourt de Sparte, s’arrête à Oresthéion (1), lance une convocation aux alliés arcadiens, leur donne rendez-vous à Tégée. De là on convoque les États du Nord, mais ceux-ci n’ont pas le temps de se mobiliser avant la bataille.
4° De Tégée, l’armée d’Agis envahit et ravage la Mantinique. Elle installe son camp près de l’Héracléion. La position de ce temple est incertaine. Curtius le place aux environs de Kapsia, où se trouve localisée, dans la plaine Alcimédon, la légende d’Hercule. Mais cette raison est insuffisante. La position de Kapsia est trop éloignée et dangereuse. Agis pouvait être enfermé dans le défilé, tourné par celui de Simiadès et coupé de ses communications avec Tégée, son quartier général. La seule position logique est la plaine de Louka. Elle lui offrait un camp retranché admirablement fortifié par la nature; le circuit en est formé par des hauteurs infranchissables, sauf du côté Sud, ou quelques passages communiquent avec la Tégéatide. Donc aucune surprise à craindre ni sur les flancs ni sur les derrières (2). L’ouverture de la plaine, pour une armée aussi nombreuse, était d’une défense aisée. Enfin, de ce poste, l’entrée de la Tégéatide pouvait être surveillée ; bien imprudent eût été l’ennemi qui se serait aventuré sur le territoire tégéate avec l’armée d’Agis sur ses talons. Pour ces raisons, l’Héracléion doit être placé vers l’entrée delà plaine de Louka. De leur côté les séparatistes n’avaient qu’un parti à prendre. 11 ne fallait plus penser à s’engager sur la route de Tégée, à travers le Pélagos,pourallerattaquerla place. C’était à euxàsetenirsur la défensive pour couvrir Mantinée. Or, l’Alésion forme le bastion avancé de la défense extérieure de cette ville. Les pentes extrêmes en sont assez élevées et assez douces pour qu’une troupe considérable puisse s’y tenir en bon ordre dans une position avantageuse. Là est le véritable point tactique de la Mantinique et le boulevard naturel de la forteresse mantinéenne. Aussi est-ce là que s’établirent les Argiens et leurs alliés dès qu’ils aperçurent l’ennemi : xocTaXaSôvreç ywpt'ov épup.vov xat ouffTrpôaooov, Tia p£T<xl;av-ro cL>ç sç [xxy-qv.
Ils étaient là en excellente posture (xcupiov xapxspbv), soit pour soutenir l’assaut, soit pour tomber en avalanche sur l’adversaire étendu à leurs pieds. Agis brillait de relever son prestige, ébranlé par sa faible attitude en Argolide. Un matin, il songeait à tenter l’assaut, mais une voix prudente lui fit comprendre l’insanité de cette manœuvre (3). Il opéra une brusque évolution et se déroba par l’entrée de la plaine dans
(1) Sur sa route, voy. Loring (Journ. of liellen. Stud. XV. 1895. p. 47-52).
(2) L’Argon Pédion ne possédait pas les mêmes avantages. Agésilas y fut tourné par l’Alésion (voy. p. 440 sqq.).
(3) « Un des plus âgés de l’armée, dit Thucydide (V, 65), cria à Agis qu’il voulait réparer un mal par un autre. » Diodore relate un autre incident, moins vraisemblable, qui est sans doute une version altérée de cclui-ci. Voyez plus bas.
APPENDICES
le territoire tégéate. Là, comme il cherchait les moyens de déloger l’ennemi de ses positions sans coup férir, il fut sans doute avisé par les Tégéates d’un stratagème qui leur était familier. Il s’agissait d’inonder la Mantinique. Cette opération était des plus faciles. L’hydrographie et le niveau du double bassin étaient tout à l’avantage de Tégée. « Arrivé sur le territoire de Tégée, il détourna vers la campagne de Mantinée les eaux qui sont un sujet de guerre entre les Mantinéens et les Tégéates, parce que, de quelque côté qu’elles se portent, elles y causent de grands dommages. » J’ai expliqué le sens de ces derniers mots (1). La manœuvre d’Agis consista à déverser dans le Lachas le cours toujours abondant du Garatès. Pour cela, il suffisait de creuser un peu au Nord-Est de Tégée, sous la hauteur de Mertsaousi, un canal de 800 mètres. C’était un jeu pour une troupe de 58 000 hommes, surtout si l’on songe que ce travail avait été préparé de longue date par les Tégéates. Toutefois, l’effet de cette manœuvre ne pouvait être instantané. Il fallait aux eaux détournées au moins une journée et une nuit pour descendre dans la Mantinique, obstruer les katavothres et refluer sur la campagne Les travaux de dérivation prirent d’ailleurs le reste de la journée. Us étaient naturellement cachés par les montagnes et par le Pélagos à la vue de l’ennemi. Cela fait, Agis regagna le lendemain son camp de l’Héracléion. Il comptait y attendre l’effet de ses travaux; à la vue de l’inondation, les Mantinéens, pensait-il, ne résisteraient pas au désir de sauver leurs fermes et leurs propriétés et descendraient en rase campagne avec toute l’armée pour arrêter l’envahissement des eaux à l’aide de contre-tranchées. 11 les attaquerait alors dans des conditions plus favorables. Mais ce résultat eut lieu sans que les eaux y fussent pour rien. Après le départ d’Agis, la veille, les alliés, ayant vu disparaître l’armée lacédémonienne, avaient cru à une retraite; après quelques discussions, ils se résolurent à la poursuite et quittèrent leur position. Mais, comme ils s’étaient sans doute décidés trop tard, la nuit les obligea à camper en plaine (2). Le lendemain matin, ils se rangèrent en bataille, prêts à l’attaque, car ils croyaient l’ennemi tout proche. Comme ils terminaient leurs préparatifs, Agis revenait de la Tégéatide et débouchait du Pélagos pour regagner son camp. Il fut toui surpris et effrayé de rencontrer l’ennemi au bas de la hauteur et étalant à peu de distance son front de bataille. 11 ne lui restait qu’à passer rapidement de l’ordre de marche à la formation de combat, ce qui fut fait en quelques instants.
La position des deux armées sur le terrain n’est pas douteuse. Elles s’étendaient obliquement en travers de la plaine, de l’entrée de la plaine
(1) Voy. p. 44 et la carte de la Tégéatide.
(2j àTcayouciv aùxoùç àn b xoü Xôcpou, xaî 7ipoÉ^.QovT£ç Iç xô ô[i.aAbv, icxoaxoTtsostjffavxo (Tliucyd. V, 6o).
HISTOIRE
de Loukaau katavothre du Lachas, sur un iront continu de 3 à 4 kil. (1) , entre la lisière N. du Pélagos et la pointe de l’Alésion. Le schéma suivant représente la place des différents corps, suivant les indications
de Thucydide.
Aile droite.
Centre.
Aile gauche.
Mantinéens. Arcadiens.
Les
1000 Argiens.
Cléonéens
Athéniens. Cavalerie
Argiens.
Ornéates.
athén.
Cave- Sci- Brasi- Néoda-
Les
Spartiates 300 Héréens
Ména-
Tégéates Lacéd . Cava-
lerie. rites, déens. modes.
Hippeis
(Agis).
liens.
lerie.
Aile gauche.
Centre.
Aile droite.
Fig. 61.
Pendant la lère phase des opérations, chacune des deux lignes appuie
sur sa droite : un mouvement instinctif entraînait les hommes à abriter le côté droit découvert sous le bouclier du voisin. Il en résulte que les deux fronts glissèrent l’un devant l’autre et se débordèrent à leurs extrémités de la manière suivante :
Scir.
Fig. 62.
Agis ordonna aux Scirites débordés par les Mantinéens de faire demi-tour a gauche et de se mettre au niveau de l’ennemi. Il comptait remplir le vide à l’aide des deux loches de l’aile droite qui débordaient les Athéniens. Mais ses ordres, donnés au moment de l’attaque, ne furent pas exécutés. Il en résulta qu’une partie de son aile gauche se trouva séparée du reste et enfoncée jusqu’aux voitures, tandis que le centre et l’aile droite culbutaient le centre et l’aile gauche ennemies (2).
2‘ Phase : Alors le roi fit arrêter l’élan de ses divisions victorieuses et les porta en masse au secours de la partie entamée. Ce mouvement fit lâcher pied aux Mantinéens, aux Arcadiens et aux Mille Argiens désormais isolés par la débandade de leurs compagnons.
Le succès des Lacédémoniens était dû moins à l’habileté d’Agis qu’à la discipline individuelle et à la cohésion de ses troupes, sur-
(1) Les 4032 hoplites Spartiates se présentaient sur un front de 438 hommes, soit à 70 c. par homme, 313 mètres. Ün peut donc fixer le déploiement de l'armée lacédémonienne à plus de 4 kilomètres. Les réserves se tenaient en seconde ligne auprès des voitures. L’armée ennemie, moins nombreuse, avait dù sacrifier la profondeur à l’étendue, pour n’être point débordée.
(2) Les polémarques Hipponoïdas et Aristoclès, responsables de cette fausse manœuvre, furent condamnés è l’exil (Thueyd., V. 72). Au reste, l’historien constate que les officiers lacôdémoniens furent au-dessous d’eux-méines.
APPENDICES
tout à l’unité de commandement qui permit au roi de réparer assez promptement ses fautes et celles de ses subordonnés. De l’autre côté, chacun agissait pour soi; les succès partiels, remportés par certains corps, ne compensaient pas les faiblesses des autres ; le vice fondamental de ces armées fédérales, l’absence d’un chef et d'une autorité supérieure, leur faisait dépenser en pure perte des trésors de valeur. Les Mantinéens et les Argiens d’élite (1 ) combattirent avec impétuosité; les Athéniens, paralysés dès le début par la mauvaise contenance de leurs voisins, les Cléonéens-Ornéates , et des milices argiennes, se trouvèrent réduits à l’impuissance. Les plus grosses pertes furent subies par le centre, qui s’était laissé enfoncer et piétiner sans résistance : il perdit 700 Argiens, Cléonéens, et Ornéates (2); 200 Mantinéens, 200 Athéniens et Éginètes avec les deux stratèges restèrent sur le terrain (3). On attribuait aux Lacédémoniens 300 morts.
La bataille de 418 est le type de l’action simple et de la tactique jusqu'alors classique dans le Péloponnèse. Une ligne continue, dont tous les éléments se tenaient fortement soudés, l'effort d'attaque et de résistance également réparti sur un front rigide et sans souplesse au moment du choc, le rôle prépondérant dévolu à la grosse infanterie, le peu d'efficacité de la cavalerie et des armes légères ou de trait pour préparer l'attaque ou achever la défaite, telle était la routine où s’attardait encore l’esprit peu inventif des Spartiates. Être fermes à leur poste, massifs et inébranlables comme un mur, c’était l’idéal des soldats et des chefs.
La solidité leur paraissait êti’ela première vertu de l'hoplite. La mobilité, l'art des déplacements rapides leur était inconnu; si leur ligne venait à être rompue sur un point, ils se trouvaient déconcertés devant la nécessité d’une manœuvre inopinée. Parfois, comme les deux polémarques d’Agis, ils préféraient s'y soustraire, dussent-ils par là compromettre la sécurité de l'armée entière. L’ennemi culbuté, ils hésitaient à poursuivre leurs succès et ne savaient pas convertir la débandade en catastrophe. Même timidité dans l'attaque: point deformations imprévues, de déplacements savants, destinés à inquiéter et à tromper l’adversaire, en lui laissant ignorer le point précis où se porterait le grand coup, et combinés de façon à le trouver toujours plus faible sur
(1) D’après Diodore (XII. 79), sur l’avis de Pharax, l’un des conseillers les plus influents qui accompagnaient Agis, les Lacédémoniens ouvrirent dans leurs rangs un passage à la troupe des Mille, pour ne pas exaspérer leur désespoir Cette anecdote me parait être une variante apocryphe de l’épisode rapporté par Thucydide. (Voy. p. 375, Note 3), et confondu par Diodore avec ce fait que les .Mille et les .Mantinéens se ruèrent dans le vide laissé par les Scirites.
(2) Voy. Aristoph. Ares. 13 et le Scholiaste ad h. loc.
(3) Les Athéniens leur élevèrent un tombeau au Céramique. (Pausan. I, 29, 10.)
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ce point-là. Ces méthodes surannées avaient pu assurer le triomphe de la discipline grecque sur le chaos des troupeaux barbares. Mais en face d'un adversaire non moins exercé, non moins solide, mais plus ingénieux et plus improvisateur, elles devaient aboutir à la déroute. La seconde bataille de Mantinée nous montre précisément aux prises sur le même terrain l'ancien système avec le nouveau.
Cette fameuse mêlée est loin de présenter la clarté et la simplicité de fciiaiiie de 362. l'action précédente. Déjà dans l'antiquité le récit de cette bataille passait pour une tâche épineuse dont les historiens peu versés dans la tactique et la topographie se tiraient maladroitement. Polybe 1 reproche à Éphore d'en avoir donné une description absurde qui accusait son incompétence. L insuffisance du narrateur éclatait d'autant plus, que cette bataille, au dire de Polybe, fut un modèle d'action variée et de combinaisons savantes : ~r v ;j.ev £fiç.xctv --/}'■ -v.v.\t:ry, y.x\ ce; x-r-v/.r ■/ .
Éphore n'avait rien compris aux manœuvres compliquées qui ont valu à Épaminondas les éloges tardifs de Xénophon : « Cela est évident, dit Polybe, pour tous ceux qui. en toute connaissance des lieux, voudront se représenter les évolutions par lui racontées. » A défaut d'Éphore, nous possédons la relation assez précise, mais trop écourtée, de Xénophon. L bistorien avait envoyé ses deux fils, Diodoros et Gryllos. combattre à Mantinée : Gryllos resta sur le terrain, mais le survivant dut informer son père des moindres circonstances de l'action où son frère avait, en mourant, acquis une gloire impérissable. Malheureusement, Xénophon s'est montré trop sobre de détails. Diodore. confus et inintelligent à son ordinaire, reflète Ephore. Quant à Polybe, son ton de censeur ne doit pas nous faire illusion sur ses propres faiblesses.
S'il connaissait à fond la topographie du champ de bataille, il semble n'avoir eu sur la marche générale des faits et sur les plans d'Épaminondas que des notions approximatives. C'est du moins ce qui ressort de la comparaison de ses brèves données avec le texte de Xénophon.
Quelques détails épisodiques sont fournis par Plutarque. Justin. Cornélius Xépos, Polyainos et autres compilateurs. Pour la topographie, qui est la partie la plus délicate de la question. Pausanias seul nous donne un repère certain. C’est surtout lui qui nous permet de mettre au point les récits des Hellénique ■< et de Diodore. Quant à la chronologie, on peut tirer de l’inscription citée p. 439 un résultat très approximatif (2 .
1° La concentration. — Après ia déclaration de guerre faite par Épaminondas aux délégués arcadiens. des deux cotés on s'occupe de mobiliser le ban et l'arrière-ban des alliés. Pendant que les Mantinéens allaient solliciter Sparte et Athènes. Épaminondas concentrait à Tnèbes
(1) Xlt, 2o, 4.
(2) Yoy. Schâfer. Die Schlacht bei M'intinea, dans Demosth. a seine ZeiK III. Bei la g. I.
APPENDICES
les Béotiens, les Eubéens, les Thessaliens d’Alexandre et autres, les Locriens, et les conduisait à Némée, où il comptait surprendre au passage les troupes athéniennes. C’est là sans doute qu’il reçut les contingents péloponnésiens d’Argos, de Sicyone, de Tégée, de Mégalopolis, d’Aséa, de Pallantion, et, comme dit Xénophon, de toutes les villes à qui leur petitesse et leur position au milieu de ces États ne laissaient pas la liberté du choix. En même temps, le camp adverse se constituait à Mantinée, où se réunirent tous les coalisés, Achéens, Arcadiens du Nord, Éléens et 3 loches (sur 12) d’hoplites Spartiates avec tous les cavaliers et les mercenaires de Lacédémone. On attendait encore l’infanterie et la cavalerie athéniennes et les 9 loches lacédémoniennes qu’ Agésilas devait amener.
Tous ces préparatifs occupèrent une bonne partie du mois de juillet. L’adhésion d’Athènes à l’alliance mantinéenne date des premiers jours de l’archontat de Molon, nommé le 22 ou le 23 juillet, d’après les calculs de Bœckh. C’est donc aussitôt après que fut décidé l’envoi des troupes à Mantinée (5 000 hoplites sous le commandement du stratège Hégésiléos et 1 000 cavaliers sous l’hipparque Képhisodoros), et qu’Épaminondas s’embusqua à Némée pour les surprendre, soit à partir du 26 juillet. Les Athéniens pour le dépister tirent courir le bruit qu’ils expédieraient leurs renforts par mer et par la Laconie, la seule voie désormais libre, puisqu’Argos avait pris parti pour Thèbes. C’était le premier mécompte de cette campagne qui devait en réserver de plus graves encore à Épaminondas. Il quitta donc Némée, après un séjour de quatre ou cinq jours, pour aller installer son quartier général à Tégée, où il dut arriver vers la fin du mois de juillet. Il suivit sans doute la route d’Argos par Hysiai. Sécurité complète à l’abri des murs de la place, faculté de dissimuler ses mouvements (en ce sens qu’il pouvait sortir par plusieurs portes à l’insu de l’ennemi, tout en ne perdant rien des mouvements de celui-ci), enfin ressources abondantes pour la subsistance de ses troupes, tels sont les avantages qui font approuver à Xénophon le choix de Tégée comme cantonnement.
2“ La pointe en Laconie. — Il attend quelques jours à Tégée des adhésions nouvelles qui ne se produisent pas (les Messéniens, les Triphyliens ?). Cependant les coalisés sont installés auprès de Mantinée dans une bonne position défensive (xaTsjxivGavs Tcspt pÀv Mavxivetav TO'jç àvTtirâXou; TtscpoXccypivou;) (1), sans doute en arrière du grand fossé transversal décrit plus haut(p. 45). Ils ont envoyé quérir Agésilas et le reste des Lacédémoniens, toujours lents à se mettre en mouvement (2).
(1) Plut. De glor. Athen, 40.
(2) C’est évidemment par erreur que Polybe représente les Lacédémoniens TravûTjUEt TtapayEyovÔTaç ecç Mavriveiav (IX, 8, 2). Cf. Justin, Vf, 7. — Polybe affirme aussi qu’ Agésilas se trouvait à Mantinée, où un déserteur alla le prévenir. Le fait du déserteur peut être vrai, mais il n’est pas le même que celui dont
HISTOIRE
Cependant ceux-ci sont en route : ils suivent, afin d’éviter la Tégéatide, non pas la vallée de l’Oinous, mais celle de l’Eurotas qui les conduira dans la Mantinique par un chemin dérobé plus long, mais plus sûr, à travers la série de ravins qui relient les sources de l’Eurotas aux cantons occidentaux de la Mantinique par Aséa et Pallantion (1). Déjà ils sont parvenus à Pellana, sur le haut Eurotas (2). Épaminondas, renseigné par ses espions, conçoit alors un plan hardi, celui de surprendre Sparte sans défenseurs. Pour cela, il compte suivre le chemin direct de Tégée à Sparte qui le mènera au but en une nuit par une marche parallèle à celle d’Agésilas, et en sens inverse. La trahison fit échouer ce beau projet. Malgré la rapidité de sa marche, un transfuge crétois ou thespien (3), sans doute parti dès la sortie de Tégée, eut le temps de le devancer, de rejoindre Agésilas, lequel, à peine averti, put dépêcher un courrier à Sparte et rentrer lui-même assez tôt pour défendre et sauver la ville. Cependant, au dire de Polybe, Épaminondas, qui s’était mis en route à la tombée de la nuit, était arrivé devant Sparte, à la troisième heure, ayant accompli en moins de dix heures avec une armée de 33000 hommes (4) et par des chemins médiocres, un trajet de 60 kilomètres.
3° Retour à Tégée. — Il renouvela ce tour de force au retour, puisque dès le lendemain vers midi ses cavaliers surprenaient Mantinée (5), tandis que ses hoplites se reposaient à Tégée de leur double marche nocturne aggravée par une journée de combat. Les uns et les autres avaient du moins vaincu la fatigue. Xénophon rend hommage lui-même
parle Xénophon et ce n’est pus Agésilas qu’il trouva à Mantinée, mais les trois loches Spartiates et l'année coalisée. Diodore prétend qu’Agésilas était resté à Sparte et que le chef des troupes lacédémoniennes était Agis (?). On le voit, aucun de ces récits ne mérite confiance et celui de Xénophon est à la fois le plus précis et le plus plausible.
(1) Route B" C" sur la route de Loring. Journ. of. hellen. Stud. XV. 1893,
pl. I, p. 48. — Plut. Ages. 34, 3 : xai u.'.xpov TtapaXXxçaç tôv ’Ayï]<j(Xaov
indique bien qu’Epaminondas prit un autre chemin. Je suis ici la version de Xénophon et celle de Plutarque qui concordent dans l’ensemble.
(2) Vallon de Koniditza, à 12 kilom. de Sparfe.
(3) Il y eut, en réalité, deux déserteurs, l'un qui prévint Agésilas, l'autre qui courut à Mantinée : les auteurs anciens les ont confondus, ce qui explique leurs versions différentes sur la nationalité de ce personnage, versions relevées par Plutarque (Ages. 34). Je préfère cette explication à celle de Schafer (Die Schlacht bei Mantineia, pages), d'après qui le déserteur qui prévint Agésilas aurait été thespien, tandis que le courrier dépêché à Sparte par Agésilas aurait été crétois.
(4) Chiffre de Diodore : 30 000 fantassins et 3 000 cavaliers (XV, 84, 4). — Plutarque parle de 70 000 hommes (De glor. Athen. 40); mais il confond avec l’effectif de la première campagne en Laconie, qu'il a indûment mêlée à la seconde.
(5) Polybe, IX, 8, 9 : 7ipo<répt.i<yye xvj Mavxiveta TCîpt g.éaov Tjaépaç.
APPENDICES
au chef capable d’obtenir de ses soldats un effort aussi prodigieux et au merveilleux entrainement de ces troupes. En effet, le coup sur Sparte manqué, Épaminondas, avec une souplesse de conception digne d’un meilleur résultat, tenta de suite une nouvelle surprise. Il semble, par ces tentatives réitérées, avoir voulu éviter la sanglante mêlée que seul un concours de circonstances fortuites plus puissant que sa prévoyance lui imposa comme une fatale nécessité.
Après avoir en vain tenté de forcer la résistance désespérée des Spartiates, Épaminondas, voyant Agésilas et ses 9 loches revenir à la rescousse, sachant que le reste des coalisés concentrés à Mantinée s’étaient eux-mêmes précipités au secours de Sparte (1) et que leur arrivée imminente en Laconie l'exposait au plus grand danger, résolut de faire tourner à son profit la situation. Cette fois c’était Mantinée qui se trouvait dégarnie de troupes et qui offrait une proie facile. Après le départ de l’armée, les habitants, s’imaginant qu’amis et ennemis bataillaient au loin dans la plaine laconienne, s’étaient répandus hors des murs pour achever en hâte leurs moissons déjà fort en retard, puisqu’on était dans la première semaine du mois d'aoùt. Tous leurs troupeaux pâturaient au dehors ; eux-mêmes, hommes libres, ouvriers, presque tous enfants ou vieillards, les hommes valides étant à l’armée,
(1) Xénophon ne représente pas le départ pour Sparte de l’armée coalisée comme un fait accompli, mais comme une éventualité dont Épaminondas suppute le danger pour hâter son retour à Tégée (VU, 3, 14) : AoytÇdasvo; ot*. po7]0T|<7oisv oi Aixxoc; siç t/|V Axxsôx ÿaovx. Les termes de Polybe indiquent que les coalisés étaient en route et qu’Épaminondas le savait (IX, S. 8) : ff jXXoy'.Çoasvoç oti <7ju.(37i5£tou. tmv Aaxsoxip.oviiuv y. ai t ûv îujiaiyuv TraoxjJsjkrqÔTjXfÎTwv slç -T|V 27tâoT7|v, tAJ'.v xaxaXgÎTïsa'Ôai ttjv Mavxivsiav ’o xat eu vÉp-q Y£vÉff0at. — (Cf. Plutarque. De glor. Athen. 40.) — D’après Diodore (XV, 84), ee furent des prisonniers qui apprirent ii Épaminondas la marche des Mantinéens sur Sparte. 11 semble bien que les auteurs postérieurs à Xénophon ont eu tort de ne pas suivre son récit; ils n’ont pas tenu compte de ce détail, qu’Agésilas n’était pas encore à mi-chemin sur la route de Mantinée quand il apprit la marche d’Épaminondas sur Sparte et ils ont confondu ce qui le concerne avec ce qui concerne l’armée concentrée à Mantinée. Les faits doivent donc être rétablis de la manière suivante : 1» Épaminondas part de Tégée; 2° Un transfuge avertit Agésilas a Pellana; 3' Agésilas dépêche un courrier à Sparte et se met en route lui-même; 4" Un autre déserteur arrive à Mantinée et prévient l’armée coalisée ; 3° Celle-ci se met elle-même en route par le chemin d’Aséa, espérant sans doute rencontrer Agésilas qu’elle ignorait avoir été averti fie son coté ; ti° Cette armée n’arrive en Laconie qu’après Agésilas et la retraite d’Épaminondas, c’est-à-dire en pleine nuit. (Ce que dit Polybe : IX, 8, 3 : xxl twv Pot,0oÜvtwv -ac.ay£vou.£vcov ci; xov xxTxÀvpi/cüj; xxîcôv, est appliqué à tort par lui aux confédérés partis de Mantinée ; seuls les Lacédémoniens partis de Pellana avaient pu revenir a temps). Pour leur dissimuler son départ, Épaminondas laisse en arrière-garde quelques cavaliers chargés d’allumer des feux de bivouac jusqu’au matin. (Diod. XV, 84. — Frontin. Strat. III, 1, 3).
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coupaient et rentraient leurs blés en toute quiétude. C’était ce qulïpaminondas avait prévu et ce qui lui fut confirmé à son arrivée à Tégée. Aussi trouva-t-il dans l’exposé de cetle situation un encouragement d’une force singulière pour décider sa cavalerie (1) à repartir sans trêve ni répit afin de razzier la Mantinique et au besoin surprendre la ville sans défense. Lui-même resta à Tégée avec ses hoplites à qui il ne pouvait raisonnablement plus rien imposer qu’un repos bien gagné.
4“ Engagement de cavalerie. — Les cavaliers partirent par la route de Tégée et le bois Pélagos. Ils en débouchaient à l’improviste vers midi, au moment où, de leur côté, les 1 000 cavaliers athéniens de Képhisodoros venaient de descendre les dernières pentes de l’Alésion et entraient en ville pour y prendre leurs cantonnements. Eux aussi étaient harassés, et à jeun, ayant brûlé les étapes depuis leur départ d’Athènes et rompu quelques lances au passage de l’isthme contre les Corinthiens. Ils ne songeaient qu’à se réconforter eux et leurs montures. Les supplications des Mantinéens leur montrent le désastre imminent, toute cette population exposée sans défense, tous ces troupeaux perdus, et les implorent comme des sauveurs. Les glorieuses traditions de la cavalerie athénienne lui donnèrent le cœur de s’attaquer à un ennemi deux fois plus nombreux, et aux cavaliers les plus émérites de la Grèce, Thébains et Thessaliens au nombre de 3 000 (2). Quoique désemparés et fourbus, ils auraient eu honte de ne rendre aucun service à leurs alliés. Ils chargèrent donc avec vigueur, repoussèrent l’envahisseur déjà parvenu à la hauteur du temple de Poséidon Hippios et lui infligèrent quelques pertes, non sans en subir euxmêmes. Tel fut ce premier engagement que les anciens et les modernes ont souvent confondu avec la mêlée générale. La bravoure athénienne, après avoir fait merveille, car elle avait réellement sauvé la ville, exalta encore ce succès et voulut le changer en une grande victoire. Du reste les Mantinéens se firent ses complices par leur reconnaissance envers leurs sauveurs et par les honneurs qu’ils décernèrent à Gryllos, fils de Xénophon, tombé parmi ces braves («vopeç àyaOot), à qui l’historien des Helléniques a rendu un hommage dont l’anonymat rehausse encore la dignité (3).
(1) Epaminondas avait dû marcher à pied et combattre comme ses fantassins, étant lui-mômc stratège des hoplites, ce qui explique qu’il n’ait pu diriger en personne la pointe de sa cavalerie sur Mantinée. Ce fut son hipparque, dont le, nom ne nous est point parvenu, qui fut chargé de cette mission. C’est à tort que Plutarque et Pausanias le représentent assistant à l’engagement de cavalerie.
(2) Diod. XV, 84, 4 (moins le détachement resté en arrière pour entretenir les feux du bivouac).
(3) 11 est très vraisemblable que Gryllos succomba dans ce premier engagement, ainsique Schafer le suppose (Schlacht bel Manlinea, p. 15) et non dans la mêlée générale où la cavalerie athénienne n’eut pas à donner contre
APPENDICES
Polybe et Plutarque ont peint de couleurs très vives et quelque peu exagérées l’émoi des Mantinéens à l’aspect de la cavalerie thébaine, lorsqu’elle déboucha du Pélagos. « Déjà, dit Polybe (IX, 8, 20), l’avantgarde thébaine touchait au temple de Poséidon, qui est à sept stades en avant de la ville, lorsque, comme par un fait exprès, on vit paraître les Athéniens à la descente de la hauteur qui commande Mantinée. A la vue de ce secours inespéré, les Mantinéens restés dans la ville prirent enfin le courage de monter au rempart et de fermer aux Thébains l’accès de la place. » On sait que Polybe a toujours gardé rancune aux Mantinéens de leur attitude envers Aratos. 11 veut ici les accuser de lâcheté. Mais il omet de dire, comme Xénophon, que tout ce qui pouvait travailler était alors épars dans la campagne, et que les quelques débiles gardiens de la ville se trouvaient dans la cruelle alternative ou de fermer les portes à l’ennemi et d’assister du haut des murs au massacre de la population occupée à la moisson, ou, pour la sauver, délivrer à une poignée de hardis cavaliers l’une des plus belles forteresses du Péloponnèse. Comme ils auraient préféré ce dernier parti, — Épaminondas y comptait — l’arrivée des Athéniens faisait manquer la surprise, mécompte presque aussi grave que l’échec du coup de main sur Sparte.
Quant à Plutarque (1), il décrit le fameux tableau du peintre Euphranor, contemporain de la bataille de 362, tableau patriotique commandé par les Athéniens et qui représentait le combat des deux cavaleries : il était exposé dans le portique du Pœcile et passait pour le chef-d’œuvre du maître. « Les Thébains en armes et pleins d’ardeur arrivent et entourent en cercle le rempart. La surprise des Mantinéens était à son comble ; ce n’était que tumulte, allées et venues de gens se sentant impuissants à refouler une masse qui les assaillait comme un torrent, et ne sachant, sur quels secours compter. Mais à ce moment même
la cavalerie thébaine. C’est une fausse interprétation du tableau d’Euphranor qui donna naissance, à Athènes, à la légende d’après laquelle Épaminondas fut tué par le (ils de Xénophon. L’hipparque Képhisodoros succomba aussi, mais il est difficile de dire si ce fut dans la première ou dans la deuxième bataille (Voy. Diog. Laert. II, 53. — Harpocrat. sxeooç o’àv erq K7)cpi<7o8o>poç oç iTT^apyoç tov èv Mavxivstx a ex« EpuAXou xoü ZEvocpajvxo; xjréOavsv. — Pausan. VIII, 9, 9.) Gryllos fut enterré aux frais des Mantinéens, comme Épaminondas et Iolaïdas, à l’endroit où il était, tombé [Paus. VIII, il, 6 : oouvovTca 8k o:. Mavxtveîç FpijÀXov uèv 8f|p.0fftx xs ÔX'j/avxeç svôa ettscev, d’après la correction très ingénieuse deSchâfer], et eut l’honneur d’une stèle commémorative sur l’Agora [xai àvaôévxeç ètxôva etù <TX7j)ûr)ç à>ç avBpôç àofffxo’j xi ôv auujjtxyutv. — Cf. VIII. 9, 3. et plus haut p. 194. — Sansla correction de Schâfer, il faudrait admettre deux statues de Gryllos, l’une sur son tombeau en dehors de la ville, l’autre sur l’Agora, ce qui est peu vraisemblable. Le tombeau de Gryllos devait être voisin du temple de Poséidon Hippios. Voy. plus haut, p. 100-101.]
(1) De glor. Allien., 40.
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voilà les Athéniens qui descendent des hauteurs de la Mant inique, ignorant la situation critique et l’ardeur du combat, mais cheminant en toute tranquillité. Un courrier vole leur annoncer le péril Quoiqu'on nombre infime par rapport à la multitude des ennemis et fatigués par la route, comme il n’y avait pas d’autre allié présent, les hoplites se rangèrent aussitôt en bataille. Quant aux cavaliers, ils se mirent en ligne, s’élancèrent et allèrent jusqu’aux portes et sous les murs même pousser une vigoureuse charge. Vainqueurs, ils enlevèrent Mantinée des mains d’Épaminondas. Tel est le sujet du tableau d’Euphranor II a représenté le choc de la bataille, l’acharnement de la résistance, vigoureuse et brillante. Mais, je pense, nul de vous n’accordera plus de mérite au peintre qu’au général, ni ne préférerait le tableau au trophée, pas plus que l’imitation à la réalité. » A cette description un peu vague, Pausanias ajoute quelques traits plus précis : « le tableau représente le combat de cavalerie; on reconnaît, entre tous, parmi les Athéniens, Gryllos, fils de Xénophon, et Épaminondas sur sa jument béotienne. » (1). Ailleurs (2>, il nous apprend qu’il existait au gymnase de Mantinée, dans la salle d’Antinoüs, une copie de cette œuvre. On ajustement contesté l’exactitude des identifications présentées par Pausanias. D’abord, Plutarque ne nomme aucun personnage en particulier; ensuite, Épaminondas n’assistait pas à ce combat, et de plus il combattait à pied, comme hoplite. Il est donc probable que Pausanias s’est laissé induire en erreur par ses exégètes athéniens ; sans doute, la scène principale représentait le corps à corps de deux chefs, et le chauvinisme populaire se plaisait à voir dans ce groupe le duel du héros thébain et du héros athénien, Gryllos. Ainsi s’accrédita avec le temps la légende rapportée par Pausanias. Aux yeux des Athéniens, toute la bataille de Mantinée se résumait dans ce glorieux exploit de leur cavalerie, qui n’était pourtant qu’un préliminaire de la grande action.
11 est possible que le tombeau monumental décrit p. 99 et l’inscription des tribus se rapportent à ce combat.
5" Les manœuvres d’Épaminondas et, l’ordre de bataille. — Après ce combat, la cavalerie thébaine dut rentrer à Tégée pour se refaire. Deux ou trois jours se passèrent, pendant lesquels l’armée d’Épaminondas acheva de se reposer. Entre temps, les troupes coalisées revenaient de Laconie et prenaient, position dans la Mantinique (3b La mêlée générale,
(1) Pausan. I, 3, 4. — Cf. IX, ta, a.
(2) VIII 9, 8. — 11, 5. — Cf. Stephani. Bullet. de l’ Acad, de Saint-Pétershourg . Mél. gr. et rom. I. p. 170 et suiv
(3) Elles étaient, d’après Diodore, au nombre de 20 000 fantassins et 2 000 cavaliers. On ne sait par qui les troupes lacédémoniennes étaient commandées. D’après Plutarque (Apoplit. lacon. 7o)c’était par Agésilas en personne, et c’est lui qui aurait donné il ses soldats le conseil de viser Épaminondas, disant que la perte d’un tel homme équivaudrait à une victoire. Mais ce témoignage suspect n’est pas confirmé par la biographie d’Agésilas, mais seulement par Justin, 6, 7,
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qu’Épaminondas avait voulu éviter, devenait nécessaire. Pressé par le temps (1). leTbébain résolut d'en finir. Il ordonne à ses troupes de se préparer. Elles obéissent avec allégresse, fourbissent leurs armes à l’envi, et les Arcadiens eux-mêmes peignent sur leurs bcucliers la massue, emblème des Thébains. L'ennemi se tenait un peu au Sud de l'étranglement delà plaine, en territoire tégéate, sur uniront de 2 000 à 2 300 m., adossé au bois Pélagos.et allongé obliquement entre l’épine de Mytika et celle de Kapnistra : position qui lui permettait de suivre les mouvements de l'ennemi et de n’être pas débordé à droite et à gauche par le nombre.
Aussitôt sorti de Tégée, Épaminondas fait prendre la formation de combat -porrov pAv n-n-.-A-.-.z-rj .comme s'il se disposait à l'action immédiate Puis, au lieu d'aller droit au front ennemi, en suivant les routes de Tégée, il oblique à gauche vers les hauteurs qui bornent à l’Ouest la Tégéatide, c’est-à-dire vers le Ménale à la hauteur de la moderne Tripolis. 11 semblait ainsi être revenu sur ses intentions, vouloir ajourner le combat et chercher un camp. En effet, il fait ranger en phalange (en ordre de bataille) sa tète de colonne au pied des montagnes et ordonne de déposer les armes. L'ennemi, tranquillisé, en fait autant, se désarme, rompt ses rangs, se détend. Cependant Épaminondas fait faire front à ses colonnes à mesure qu’elles approchent (iïtt xéocoç — opE-jouÉvc j; Àoyo-j; -xpxyxyio v sic uetoj-ov et constitue autour de lui un éperon solide d'hoplites massés en épaisse colonne d attaque sur une profondeur énorme (environ 30 hommes) et, tout à fait sur la gauche, un autre éperon de cavalerie entremêlée de fantassins. Telle est son aile gauche, portée fort en avant du centre et de l'aile droite et qu'il dirige en personne Le schéma suivant indique les positions respectives et la composition des deux armées, d'après les données de Xénophon et de Diodore. Au dire de Diodore, l'armée tbébaine comptait plus de 30000 fantassins et 3 000 cavaliers; celle des coalisés plus de 20000 hommes de pied et 2 000 cavaliers [fig. 60 (2)].
1) Xen. Hellen . X 11,3,18. Èvfiuuo jusvoç oti ôX;ywv uAv quepiov xvàyx7| E'jO'.to XTïtEva; 3:à tô êçvjjcsiv ~vl i~zolizA tov yzô'/ov. Les raisons (fin de la béotarchie, limitation du service des auxiliaires thessaliens, hostilité des partis adverses à Thèbes) alléguées pour expliquer ce passage assez obscur de Xénophon, sont toutes conjecturales. On a supposé aussi que Xénophon avait confondu avec la campagne précédente, celle de 3B9.
(2) Fig. 00 : A. Cavalerie et hamippes thébains et Thessaliens.
■ B. Aile d'attaque (su8o/.ov) des hopiites thébains (Épaminondas).
C. Arcadiens ; D Eubéens, Locriens, etc. ; E. Argiens: F. Cavalerie et troupes légères ; G. Eubéens et mercenaires, hoplites et cavaliers sur des collines.
La cavalerie F vainc a’, pousse a’ en a”, position d'où a attaque avec succès les troupes G et G. — F’ position de la cavalerie victorieuse F, de laquelle elle attaque e, à qui f vient porter secours.
HISTOIRE
Epaminondas se place au premier rang à droite de la colonne d'attaque (sp^oXov). combattant à pied comme un hoplite. Cette colonne, flanquée à gauche de la cavalerie, se trouvait portée en avant de la ligne générale, qui se dérobait en retrait jusqu’à l'aile droite, suivant une ligne oblique transversale à la plaine du N. -O. au S.-E., de.Mytika à Parori. Ainsi s’explique la métaphore de Xénophon : « Épaminondas conduisait son armée comme une trirème, la proue en avant, comptant enfoncer les ennemis à l’endroit où il donnerait, et désorganiser ainsi toute leur armée. » (I )
Cciv. éléenne.
Cav. Mant. Lacért. Kléens. Achéens. Infant. Caval. a '
abc ri athén.
Cet éperon en bélier d’attaque, le général thébain l’avait placé à la gauche désaligné, contrairement aux principes de l’ancienne tactique, qui renforçait surtout l’aile droite, la plus exposée, parce qu'elle n’était pas couverte par le bouclier. Aussi, comme en 418, était-ce à l’aile droite que se plaçaient, comme à un poste d’honneur, les troupes les plus solides- En général, cette aile tirait de plus en plus sur la droite pour ne pas se laisser déborder par l’ennemi (2) et pour le déborder luimème en le prenant en flanc : l’attaque se produisait d’ordinaire par la droite. Déjà à Leuctres, Épaminondas avait établi sa colonne massive d’attaque sur la gauche de son front, de façon à écraser la droite ennemie, c’est-à-dire le côté découvert (3). A Alantinée, le même dispositif lui était imposé non seulement par ses avantages offensifs, mais aussi par le terrain. Le bois Pélagos occupait presque toute la largeur de la plaine, ne laissant entre sa lisière occidentale et le pied du Ménale qu’une bande de terrain libre par où passait la route de Pallantion. C’est sur cette bande qu’Epaminondas établit son bélier; l’attaque eut lieu en contre-bas du promontoire Mytika, près de la route de Pallantion, à trente stades de Mantinée (4). Quant à l’aile droite, elle était
(1) VII, o, 23. Cf. — même comparaison. De rep. Lac. II, 10.
(2) Thueyd. V. 71. — Voy. p 577, fig. 62.
(3) Ces principes prévalurent dès lors en tactique. (Plut Quaest. rom., 78, 40.)
(4) C’est aussi l’opinion de Loring. Journ. of hellen. Slud. XV.18&5, p. 88.
APPENDICES
composée des éléments les moins solides, les troupes argiennes, dont la fidélité était sans doute sujette à caution. Quoique placé en arrière de l’éperon — xb os àcÔcvÉaraxov 7tôop(o à7ré<7T7]<7sv. (Xen. VU, 5, 23), — ce flanc droit, découvert, courait le risque d’être tourné et taillé en pièces par la cavalerie athénienne, qui lui faisait face. Pour parer à ce danger, Epaminondas installa sur quelques hauteurs isolées un parti de cavaliers et d’hoplites, prêt à fondre sur les derrières de l’assaillant s’il s'aventurait trop en avant de sa ligne de front, soit pour attaquer les Argiens, soit pour venir en aide à ses propres amis : xai otccdç p.r, £7npoT|9t5<jtv oc JA07)vacot àirô tou £Ùwvûp.ou xÉoaxoç etu to IXÔ|/.evov, jcax£ffT7|(7£v etù yviXb^cov xivcüv Ivavxcouç aùxocç xai t~7tkaç xai ÔTcXc'xaç, (popov SouXop-Evo? xat xouxotç TtackXEtv, coç Et [} 07)07] crac sv, bmoOev ouxoc Êmxetffotvxo aùxocç (VII, 5, 24). Ces hauteurs ne doivent pas être cherchées dans la bordure montagneuse, trop abrupte et trop éloignée; c’étaient ces petits mamelons qui ondulent le milieu de la plaine audessous du village de Parori. Il y avait là une position favorable à tous égards aux desseins d’Épaminondas, assez dominante et contiguë à sa ligne de bataille.
Quant à l’ennemi, il avait disposé sa cavalerie, non pas en colonne d’attaque, mais en phalange, comme un corps d’hoplites, c’est-à-dire sur une profondeur de six à huit chevaux, sans intervalles entre les tiles pour des hamippes. Dans ces conditions, cette faible ligne ne pouvait soutenir le choc de la cavalerie adverse, massée en bélier à la gauche d’Epaminondas.
Toutes ces dispositions prises et sans doute en partie dissimulées par de fausses manœuvres (1), quand Épaminondas eut fait reprendre les armes et commandé la charge, les ennemis, surpris de le voir survenir à l’improviste, essaient de réparer leur désordre, regagnent leurs rangs, brident leurs chevaux et revêtent leurs armures.
6° L'action. — Le premier choc de la colonne d’attaque dirigée par Épaminondas avec une force irrésistible lit brèche dans la ligne ennemie. Mantinéens et Lacédémoniens écrasés lâchèrent pied, entraînant dans leur déroute tout le centre (2). Épaminondas poursuivit et blessa de sa main le commandant lacédémonien, du moins au dire de Diodore, qui s’est plu à dramatiser les faits, mais, reconnu et serré de près par les Lacédémoniens, il reçut lui-même un coup de lance dans
(1) C’est à quoi fait allusion Polyainos (II, 3, 4) quand il raconte qu’Épaminondas opéra ses mouvements derrière un rideau de 1 600 cavaliers, sans cesse en évolution, et qui cachait le gros de l’armée derrière un nuage de poussière (Cf. Frontin. II, 2, 12).
(2) Ce fut sans doute à ce moment que fut tué Podarès, le polémarque mantinéen (Paus. VIII, 9).
HISTOIRE
la poitrine (1). On le transporta mortellement frappé sur les pentes du coteau voisin, qu’on aurait appelé depuis lors Scopè.
Il y expira en héros après avoir revu son bouclier et avec l’illusion d’avoir donné une sœur à sa victoire de Leuctres. Après la chute de leur chef, les Thébains, éperdus, ne surent plus profiter de leur premier succès.
A l’aile gauche extrême, le bélier de cavalerie béotienne et thessalienne avait enfoncé les escadrons mantinéens et lacédémoniens malgré leur vigoureuse résistance. Mais la vue des hoplites arrêtés autour du corps d’Épaminondas paralysa de même la cavalerie en plein élan (2).
A l’aile droite, le combat fut plus complexe et plus disputé. Là, la cavalerie thébaine entremêlée de nombreux acontistes, archers et frondeurs thessaliens avait fait préparer une attaque à distance par les gens de trait. Quand elle chargea les cavaliers athéniens qui lui faisaient face, ceux-ci, ébranlés et décimés, se dérobèrent par le flanc, mais en bon ordre, laissant les escadrons thébains aller se buter contre les 5 000 hoplites athéniens (3) du stratège Hégésiléos et contre la cavalerie éléenne, qui, se tenant en réserve sur la seconde ligne, intervint à temps pour repousser l’assaillant (o). Quant aux cavaliers,
(1) Diodore, XV, 85, S. La nationalité du meurtrier d’Épaminondas était contestée dès l’antiquité. Schâfer (die Schlacht bei Mantinea , p. 15 sq.), a discuté les textes à ce sujet. Les prétentions rivales des Athéniens, des Mantinéens et des Lacédémoniens qui revendiquaient tous pour un des leurs l’honneur du coup fatal ont suscité autant de champions. Les Athéniens et les Thébains tenaient pour Gryllos (Paus. VIII, 11, 15); les Mantinéens pour leur compatriote Machérion ; les Lacédémoniens, pour le Spartiate Anticratès, surnommé Machérion (Plut. Agésilas , 35), d’après Dioscouridès, à>; trocvotipa rraxxijavxoç, surnom qu’il transmit à ses descendants. Cette dernière explication contredit les témoignages qui attestent qu’Épaminondas reçut un coup de lance ou de javelot. Et Pausanias affirme que, ni à Mantinée ni à Sparte, il n’y eut un personnage nommé Machérion à qui l’on rendit des honneurs particuliers (VIII, 11, (i). En tout cas, il faut exclure Gryllos du débat, puisque, s’il n’était pas mort pendant le premier combat, il devait, dans la grande mêlée, se trouver en face de l’aile droite de l’armée thébaine, avec la cavalerie athénienne, c’est-à-dire bien loin d’Épaminondas. La question reste donc pendante entre les Mantinéens et les Lacédémoniens, qui reçurent cote à côte le choc de l’éperon commandé par Épaminondas. Diodore (XV, 37) et Cornélius Népos ( Epam ., 9), sans désigner un nom en particulier, disent que les Lacédémoniens s’acharnèrent contre les Thébains. Avec lui moururent deux autres Béotiens, ses hommes de confiance: Iollidas ou Iolaïdas et Daiphantos (Plut. Apophl. r g., 24. — Élien. H. F, XII, 3).
(2) C’est évidemment à ces escadrons de l’aile g. que s’applique le récit de Xénophon, VII, 5, 25 : cpoyovTo) v S’aùxolç xat x(ôv '.7T7eecov, avrsxxEivav o.èv oùo ’oî iTTTtstç Stojxovxeç ouxe l.TrjrÉocç o o6 ’ÔTtXt'xaç , coairso 3e tjxxojuîvo: •xscfo(ÜT||xévioc; 3:à xcov cpsuyovxcov TroAspxojv oiSTre<7&v.
(3) Parmi lesquels se trouvait l’orateur Esehine (De falsa leg ., Ki9j.
(4) Diod. XV, 85, 7.
APPENDICES
Bataille légendaire de 245.
ils reviennent à la charge sur les hamippes et les peltastes, qui, après avoir préparé l’attaque des cavaliers thébains, s’étaient lancés à leur suite contre l’aile gauche ennemie (1). D’après Diodore, les mêmes Athéniens taillèrent en pièces les Eubéens et les mercenaires postés sur les mamelons voisins.
En somme, victorieuse à gauche, défaite à droite, de plus privée de son chef, l’armée Ihébaine ne pouvait prétendre à un succès sur toute la ligne. Chacun des adversaires étant resté maître d’une portion de terrain avec les morts qui la couvraient, avait les droits du vainqueur et les devoirs du vaincu : il accordait une trêve à l’adversaire et lui en demandait une pour lui-même: les uns et les autres élevèrent un trophée.
Dans l’armée coalisée, le rôle le plus glorieux revenait à la cavalerie athénienne. Deux fois victorieuse, dans l’engagement préliminaire et dans la grande mêlée, elle avait, seule la première fois, et la deuxième fois avec l'aide de l’hipparque éléen, sauvé l’honneur de la cause mantinéenne. Ces deux succès se confondirent plus tard dans l’imagination populaire ; la mort héroïque de Gryllos et de l’hipparque Képhisodoros, rapprochée de celle d’Epaminondas, donna lieu à la lé.ende patriotique dont on prétendait trouver la confirmation dans le tableau d’Euphranor. Il est évident que si Gryllos avait tué Épaminondas, Xénophon n’eùt pas passé sous silence cet exploit de son fils : n’eût-ce pas été pour ce père philosophe une consolation moins banale que la certitude d’avoir mis au monde un fils mortel ?
Parmi les raisons qui nous ont fait douter de l’authenticité de la bataille qui, au dire unique de Pausanias, aurait mis aux prises Agis IV et Aratos (2) vers 245, nous avons signalé l’invraisemblance de la tactique attribuée à ces deux chefs. 11 faudrait admettre que ni l’un ni l’autre n’avaient beaucoup profité des leçons d’Epaminondas et des Macédoniens. Car, cette rencontre est, à peu de chose près, une répétition de la bataille de 418. Qu’on en juge d’après les positions et le thème général sommairement indiqués par Pausanias (VIII, 10, 5).
D'une part à l’aile droite, tous les Mantinéens en âge de porter les armes, sous le commandement du stratège Podarès, descendant à la 3me génération du héros de 362; ils avaient avec eux un devin d’Élis, l’Iamide Thrasyboulos, fils d’Æinéas, qui leur prédit la victoire et paya de sa personne ; au centre, les Sicyoniens, incorporés depuis 251 à la ligne Achéenne, et les Achéens commandés par Aratos, stratège pour la première fois en 245 ; à l’aile gauche, tout le reste des Arcadiens rangés par villes sous les ordres de leurs officiers particuliers : les Mégalopolitains étaient, commandés par Lydiadas et Léokydès.
D’autre part, les Lacédémoniens, sous Agis, placé au centre en face
(1) In. VII, 5, î.\.
(2) Voy. p. 4S4.
HISTOIRE
d'Aratos. Celui-ci aurait dirigé les opérations, bien que le commandement, d’après les règles ordinaires, appartînt aux Mantinéens, placés au poste d’honneur et combattant sur leur territoire. La tactique d’Aratos se résume en un mouvement tournant d’une extrême simplicité. Il faudrait supposer à Agis une fougue bien juvénile et aux Lacédémoniens une routine bien naïve pour admettre qu’ils soient tombés dans un piège aussi rudimentaire. Les deux troupes alignées face à face, les Lacédémoniens attaquent. Aratos qui avait concerté cette manœuvre avec les Arcadiens, fait mine de lâcher pied avec le centre, comme s’il ne pouvait soutenir le choc des ennemis ; mais, tout en se dérobant, il forme insensiblement son armée en croissant. Agis avec les siens, déjà sûrs de vaincre, entraîne son centre et ses ailes à leur poursuite. La pensée qu’ils ont mis Aratos en déroute leur fait oublier toute prudence. Cependant les ailes ennemies se reforment sur eux.
Aratos fait volte-face, les cerne complètement et les anéantit.
Il serait oiseux de discuter, au point de vue topographique, un récit de pure fantaisie.
La dernière mêlée de 207 mit aux prises deux belles armées, à l’époque Bataille de 20 où l’armement et la tactique avaient protilé des immenses progrès que l’art militaire avait accomplis depuis Alexandre. Pourvues d’un matériel perfectionné, de troupes spéciales, commandées par deux tacticiens aussi savants qu’habiles, elles déployèrent toutes les ressources de l’école nouvelle. Le récit de cette mémorable journée, retracé par le meilleur historien militaire de la Grèce, qui put étudier le terrain et recueillir les détails de témoins oculaires, par Polybe, constitue un des documents les plus intéressants sur la composition et le maniement des troupes à l’époque hellénistique (1).
Les effectifs en présence sont inconnus (2). On sait seulement que Philopœmen avait concentré à Mantinée l’armée achéenne, réorganisée par lui. Elle comprenait une phalange pourvue de la sarisse macédonienne de 14 pieds (4 m. 32) et du bouclier argien, avec une armure d’hoplite (3), des mercenaires, des Illyriens, des evzônes ou gens de trait (archers, frondeurs, acontistes), des cuirassiers, ou infanterie mixte entre les evzônes et les hoplites, la cavalerie achéenne et merce-
(1) Polyb.,XI,ll et suiv. —Le récit de Plutarque (Philop. 10), moins précis et plus dramatique, ne contredit cependant pas Polybe, dont il s’inspire. Pausanias (VIII, 51, 1) résume très brièvement te thème général de l’action, d’après Polybe.
(2) Polyainos, VI, 4. — Pausan., VIII, 50, 1.
(3) Plutarque (Philop., 10) dit que les deux adversaires avaient au complet
leurs milices nationales et de nombreux mercenaires. L’armée achéenne, sans les mercenaires, marchait sur le pied de 30 à 40 000 hommes (Polybe, XXIX, 9 24). Celle de Machanidas était considérable : àiro 7roXXŸjÇ xai 8uvà(j.sojç.
Le chiffre approximatif de 50 000 hommes, de part et d’autre, paraît assez vraisemblable.
APPENDICES
naire renforcée par des cavaliers à la tarentine. Le contingent mantinéen était incorporé dans les troupes achéennes.
L’armée de Machanidas s’était concentrée à Tégée. Elle comprenait une phalange de troupes lacédémoniennes, renforcée d’une grande quantité de mercenaires dévoués à la cause de l’ambitieux tyran, un corps de cavaliers tarentins et un parc d’artillerie de campagne, composé de voitures portant des lithoboles et des catapultes avec leurs munitions.
Parti de Tégée au matin (premiers jours de mai 207), le tyran entra sur le territoire de Mantinée. Philopoemen, renseigné sur ses mouvements, lit aussitôt sortir ses troupes de la ville. Des deux côtés, les dispositions de combat furent prises en même temps. Machanidas se présenf a au débouché de la route de Tégée avec sa phalange en colonnes, lui-même posté à la droite, ses mercenaires flanquant de chaque côté sa tète de colonne et les machines de guerre en arrière.
Philopœmen avait divisé ses troupes en trois corps, sortis chacun par une porte différente : 1° les 1 1 lyriens, les cuirassiers, tous les mercenaires (cavaliers et fantassins) avec les evzônes, sortis par la porte de Tégée et par la route Xénis, qui conduisait au temple de Poséidon, prirent les positions suivantes : les evzônes sur les dernières pentes de l’Alésion, d’où ils dominaient la route et le temple; les cuirassiers, en contrebas, les reliaient au temple, et les Illyriens les continuaient, face au Sud, en lignes ininterrompues (1) ; 2° la phalange, sortie par la porte de Manthyréa, vint s’aligner sur le même front, les lignes des cohortes séparées par de petits intervalles (2), le long du fossé qui traversait la plaine de l’Est à l’Ouest, a partir du temple- Philopœmen avait soigneusement reconnu son terrain avant d’adopter ces dispositions. Sa ligne de front se trouvait retranchée derrière ce fossé, dont les berges escarpées devaient briser l’élan de l’ennemi. Celui-ci, ignorant l’obstacle, allait donner tète baissée dans le piège, car Philopœmen
(1) xouxoïç oè ffuvsyetç xoùç ’lÀÀuptouç TraosvepaXs : c’est-à-dire sans intervalles et en iront continu, parce qu’ils avaient à protéger le pont, sur la route de Tégée.
(2 Je comprends les termes : ijuxà 8k xo'jxouç Ètù xtjV ocùxxp' EÙâeïo'.v xrjv cpy.Xayva xaxà xéX-ï] (en lignes) s'Tteip'qoGv (par cohortes) èv ôtaffxvyuacriv (séparées) de la façon suivante : au lieu de la formation profonde en colonne ou en éperon, comme celle qu’avait adoptée Epaminondas, ou de la formation en front continu (covzy eïç), à la manière antique, il adopte l’ordre du front crénelé par cohortes séparées (<77r£!pai), sur une profondeur moyenne. En effet, le fossé rendait inutile la première formation, bonne pour l’offensive, et la seconde, plus solide, il est vrai, mais moins étendue : or, il pouvait sacrifier l’ordre continu sans danger, puisque le fossé devait briser l'alignement ennemi au moment de l’attaque, et il gagnait une plus grande mobilité pour frapper I ennemi quand celui-ci sauterait dans le fossé. La dTteïoa est identifiée par Polybe (XI, 23, I) à la cohorte.
HISTOIRE
comptait lui laisser l’oflensive. Le chenal était alors à sec; mais, si les fantassins pouvaient le traverser en y descendant, il n’était, guère franchissable aux cavaliers, en dehors des ponts situés sur le parcours des trois routes du Sud; 3° la cavâlerie achéenne déboucha par la porte et la route de Pallantion, sous le commandement de l’hipparque Aristainétos de Dymé. Elle alla se placer à l’aile droite de la phalange, faisant pendant à la cavalerie mercenaire de l'aile gauche, commandée par Philopœmen lui-même. Son armée rangée, prête au combat, Philopœmen parcourt à cheval les rangs de la phalange et adresse à ses hommes quelques paroles brèves et énergiques.
Porte de Pallantion
Porte de Manthyréa
Porte de Tégéc
Cav. achéenne
Phalange <77TSipY)Odv
Evzônes
Ulyr. Tarent. Cav.merc.
Cuirassiers Philop.
Fossé
) ( Fossé
Catapultes
l’ont. ^
Temple
Ma ch an.
Cav. mercen.
Phalange
Cav. merc. Mercen.
et Tarentins
Fig. 64.
Machanidas fit d’abord mine de vouloir lancer sa phalange sur l’aile droite de Philopœmen ; c’est-à-dire qu'il marcha obliquement de l’Est à l’Ouest ; mais, arrivé à bonne distance, il commande à sa troupe de faire front, se déploie et met son aile droite à la hauteur de la gauche des Achéens. Il fait passer en première ligne ses catapultes et ses lithoboles et les échelonne à intervalles réguliers en avant de son front : innovation hardie, car ce n’était pas l’habitude d’employer les machines de guerre en rase campagne. Philopœmen devina que l’ennemi comptait préparer la charge en disloquant à coups de projectiles la phalange achéenne. 11 se garde de lui en laisser le temps et lance luimême ses cavaliers tarentins contre la droite ennemie, sur le plat terrain qui avoisine le temple de Poséidon. Machanidas riposte par une contre-attaque- de ses propres larentins : bientôt la mêlée s’échauffe
APPENDICES
sur ce point. Les evzônes accourent à la rescousse et en un instant tous les mercenaires sont aux prises de ce côté. Après un corps à corps acharné et longtemps indécis, les mercenaires de la Ligue lâchent pied devant ceux du tyran, qui a su par ses promesses enfiévrer leurs courages. Cavaliers, mercenaires, Illyriens et cuirassiers, culbutés, se replient à toute vitesse sur Mantinée, entraînant toute l’aile gauche dans leur débandade. Si Machanidas eût gardé son sang-froid, ce premier succès aurait pu être décisif : il tournait de ce côté les Achéens et les prenait à la fois à revers et de front. Mais il commit la faute de se lancer à la poursuite des fuyards sur la Xénis, laissant derrière lui sa propre armée dépourvue de chefs et le gros de l’ennemi ferme à son poste et libre de ses mouvements. Philopœmen , après de vains efforts pour rallier ses mercenaires, les abandonne à leur épouvante et n’essaie plus d’arrêter la poursuite. Mais à peine fuyards et poursuivants ont-ils évacué le terrain, qu’il prend place à l’aile gauche de sa phalange, commande aux premières lignes demi-tour à gauche et les mène occuper l’espace abandonné, le reste de sa troupe conservant ses positions (1). Par cette manœuvre, il coupait la retraite à l’imprudent ennemi et débordait de son aile gauche improvisée la droite dégarnie de la phalange lacédémonienne.
En outre, Polybos (2) reçoit l’ordre de rassembler ceux des Illyriens, des cuirassiers et des mercenaires qui étaient restés ou qui s’étaient échappés de la débandade, et, avec cette troupe, de se porter en arrière de l’aile gauche, face à la ville, pour guetter le retour de l’ennemi.
(1) La manœuvre indiquée par les termes: sùôéco; toc; upcoToc; teXeoc tmv cpaXayycxwv etc ’ acTu'Sa y.Xcvecv, Tiporiys asxà 8pôp.ou, TTjpcÔv toc; txçec;, dut consister en ceci : les deux premiers rangs de front (tsXt|) de chaque ousïpa firent sur le flanc gauche (etc ’ àcucSa xXc'vecv) et devinrent ainsi les Toctjst;, files de marche d’une longue colonne qui se dirigea au pas de course (u.sxà ooôp.oo) sur le terrain évacué. Il suffit ensuite de lui faire faire par le flanc droit, sans même doubler les files (x7]pcbv toc; xotçs t; ) pour allonger du double le front de la phalange. La diminution de la profondeur à la suite de ce mouvement ne présentait par d’inconvénient, à cause du fossé qui abritait les cohortes restées immobiles et l’aile droite ennemie étant elle-même dégarnie. D’ailleurs ces premières lignes se composaient des soldats les plus éprouvés, et Philopœmen se fit renforcer en arrière par Polybos.
(2) Au moment de la bataille, l’historien Polybe ou n’était pas né ou bien était tout à fait enfant. La date de sa naissance flotte entre 214 et 204. (Voy. Verner. de Poiybii vita et itineribus. 1877. — Markhauser. der Geschichtsschreib. Polybius). Le nom de l’officier achéen qui exécuta cette manœuvre est écrit dans les inss. rioXcjjico; MsyotXoTtoXcTT];. Ce ne peut avoir été Polybe l’historien. D’ailleurs, comme il ne lui répugne pas de se mettre en scène et de faire valoir scs services et ceux de ses parents, il n’eùt pas manqué de nous avertir si cet officier avait été son oncle, comme Leake l’a supposé. Ces raisons ont déterminé les plus récents éditeurs à corriger le nom du personnage en IloXufJo; au lieu de IToXéSco; (éd. Hultsch. IV. addend. P. 1400).
HISTOIRE!
Cependant, la phalange lacédémonienne, exaltée par le succès des troupes légères, sans attendre d'ordre, abaisse les sarisses et s’ébranle au pas de charge. Arrivée au fossé, et n’ayant plus le temps de changer sa marche, elle se jette dedans sans hésiter.
C’était le moment qu’attendait Philopœmen. La charge sonne, les Achéens se ruent, piques baissées., sur l’ennemi qui a dû rompre son alignement pour descendre dans le chenal. La plupart des Lacédémoniens restent au fond du fossé. Les autres prennent la fuite, serrés de près par les hoplites achéens.
L’essentiel dès lors était d’empêcher le tyran de s’échapper. Comme il était du côté de la ville avec ses mercenaires, Philopœmen l’attendit près du fossé. Machanidas revient enfin, voit la déroute de son armée, comprend sa faute. Il rassemble autour de lui une poignée d’hommes, comptant traverser le fossé et s’ouvrir un passage au travers des Achéens éparpillés dans la plaine à la poursuite des Lacédémoniens. Mais la troupe de Polybos faisait bonne garde auprès du pont de la Xénis par où le tyran avait passé la première lois. C’est alors un sauve quipeut général autour de lui : chacun songe à soi. Le tyran se met à longer la berge à la recherche d’un passage pour son cheval. Philopœmen le reconnaît à sa pourpre, au harnachement de sa monture. 11 laisse à Anaxidamos le soin de veiller au passage de la bande, en lui recommandant de ne faire quartier à aucun des mercenaires, suppôts de la tyrannie Spartiate. Il prend avec lui Polyainos de Kyparissia et Simias, ses officiers d’ordonnance, passe le pont avec eux et gagne la berge méridionale du fossé à la rencontre de Machanidas. Celui-ci, escorté d’Arexidamos et d’un mercenaire, finit par trouver un endroit praticable, pique des deux et lance son cheval dans le fossé. Philopœmen survient à cet instant même, lui allonge un coup de lance mortel et l’achève d’une estocade avec la pointe de la hampe (1). Ses compagnons
(1) Plutarque a dramatisé cette scène avec une certaine fantaisie : « Séparés par un fossé large et profond, ils se mirent à chevaucher vis-à-vis l’un de l’autre, chacun sur un hord du fossé, cherchant, l’un à le passer pour s’enfuir, l’autre à l’en empêcher. On eut dit, non pas deux généraux qui se combattent, mais une bête fauve réduite à la nécessité de se défendre, et un chasseur intrépide qui l’attend au choc : le chasseur, c’était Philopœmen. Cependant, le cheval du tyran, qui était vigoureux et plein d’ardeur, excité d’ailleurs par les éperons qui lui déchiraient et ensanglantaient les flancs, se hasarda à franchir le fossé et se dressa sur les pieds de derrière pour lancer d’un bond, à l’autre bord, ses pieds de devant. Dans ce moment. Simias et Polyainos, qui, dans les batailles, se tenaient toujours à côté de Philopœmen et joignaient avec lui leurs boucliers, accoururent ensemble, la lance baissée contre l’ennemi. Philopœmen les prévint, en se jetant au devant de Machanidas; et comme il vit que Machanidas était tout à fait couvert par la tête de son cheval «fui se dressait, il jeta le sien un peu de côte, et prenant son javelot de l’autre main, il le lança de toute sa force et renversa l’homme dans le fossé. Il y a une statue de bronze à Delphes qui représente Philopœmen dans cette attitude : c’est un monument que lui érigèrent les Achéens, en l’honneur de cet exploit et do sa belle conduite, comme général dans cette journée. » ( Philop . 10. — Cf. Bull, de Corr. hellén. XX. 1893, p. 136 sq. — XX f, p. 294).
APPENDICES
tuent Arexidamos; le troisième, renonçant à passer, s’échappe tandis qu’on tuait les deux autres. Les hommes de Sirnias dépouillent les deux morts, enlèvent au tyran ses armes, lui coupent la tète, courent la montrer aux troupes qui poursuivaient, afin que, convaincues de la mort du chef ennemi, elles eussent le courage de pourchasser les fuyards sans trêve ni merci jusqu’à Tégée : ce qui fut fait. Les Achéens entrèrent d’emblée dans Tégée ; le lendemain, ils campaient sur l’Eurotas. Ce succès leur coûta peu de monde. Les Lacédémoniens avaient perdu 4 000 h. tués, un plus grand nombre de prisonniers, leurs armes et leurs bagages. Il est vrai que, comme le prétend malicieusement Pausanias, leur défaite était compensée par la perte de leur tyran.
Polybe s’est chargé, avec sa prolixité ordinaire, de louer Philopœmen de son coup d’œil stratégique et de sa science topographique (1). L’attitude défensive que le voisinage de Mantinée imposait trop souvent à ceux qui combattaient pour elle sous les murs avait cette fois servi leur cause. On ne saurait non plus marchander à Polybe les éloges que mérite sa merveilleuse exactitude. Depuis que nous avons retrouvé l’emplacement du temple de Poséidon Hippios, tous les détails de son récit peuvent être vérifiés sur le terrain et la reconstitution de cet épisode historique est aussi facile et aussi précise que possible.
3°) Mantinée et Goritza pendant le moyen-âge et les temps modernes.
Depuis les livres de Fallmerayer (2), de Stritter (3) et de Schafarik (4), grâce aux travaux de Hopf (5), de Paparrigopoulo (6), de Rambaud (7), de Drinov (8), de Jireçek (9) et de Sathas (10), la question de l’invasion slave dans le Péloponnèse a fait quelques progrès. C’est en 578 que les Slaves Avares, au nombre de 100 000 hommes pénètrent dans l’Hellade
(1) Cf. les mêmes éloges dans Tit. Liv. XXXV, 28, et Plut., Philop. 12.
(2) Geschichte (1er Halbinsel Morca.
(3) Stritter. Mémorisé populorum, etc., 1771-1779.
(4) Slavische Altherthümer. 1843.
(o) Geschichte Griechenlands vom Beginn des Mittelalters (Encycl. d’Ersch et Gruber, 1867, t. LXXXV, p. 264 et 273, et LXXXVI, p. 74, 161, 184).
(6) Paparrigopoulo. Recherches historiques , 1838.
(7) L’empire grec an X° siècle.
(8) Drinov. Colonisation de la péninsule des Balkans par les Slaves (en russe), 1873.
(9) Jireçek. Gescli. der Bulgaren. Prague, 1876.
(10) Sathas. Monumenta historien liellenica. I. préface, p. XVI. Le patriotisme de l’auteur se refuse à reconnaître des Slaves dans les envahisseurs du Péloponnèse : d’après lui, ce ne sont pas des étrangers d’une race différente des Hellènes, mais des Macédoniens, sujets du grand Chazan de la Hunnie, établi à Pestli.
HISTOIRE
septentrionale. Ils ravagent tout le pays, jusqu’à l’extrême mer, trois ans après la mort de Justinien et l’avènement de Tibère II : « Ils y séjournent encore aujourd’hui et sont installés dans les provinces romaines, sans souci ni crainte, tuant, incendiant. Ils sont devenus riches, possèdent de l’argent, des troupeaux de chevaux et beaucoup d’armes, » dit la Chronique de Jean d’Ephèse, rédigée en 584 (1). Ils inondent le Péloponnèse sous Maurice en 587, et occupent le pays pendant 218 ans, indépendants de Byzance La colonisation de Tinté* rieur est complète au VIIe siècle. Les Grecs se rétugient dans les îles et sur les côtes. Les Slaves vivaient en groupes familiaux ou tribus qui pourvoyaient chacune à leur sécurité sans être groupées sous l’autorité d’un chef unique. Ils n’habitaient pas de villes fortifiées, mais des huttes au milieu des fleuves ou des marais. Les traces de leur domination subsistent surtout dans la toponymie, où se retrouvent nombre d’éléments slaves. La région de Mantinée fournit des exemples irrécusables de cette slavisation du territoire pendant le VIe et le VII" siècles: c’est dans les vieilles cartes ou dans les noms populaires des montagnes, des rivières et des hameaux qu’il faut les rechercher, avant que la restauration systématique de la nomenclature classique en ait effacé les dernières traces. Un relevé complet de toutes les racines slaves dans les vocables géographiques de la Grèce rendrait les plus grands services. La substitution d’un village slave appelé Goritza (diminutif de Gora, colline) (2) est attestée par le cosmographe vénitien Dominions Niger : « Mantinea urbs ilia est, quam nunc Gorizam vocant. Inde Mantinea urbs, altéra ab eâ quae in maritimis est, cujus interitu Goriza modo dicta renata est » (3). Goriza ne figure pas encore sur les cartes du XVLsiècle, mais les géographes du XVIIe, qui s’inspirent du texte de Dominicus Niger et du manuel du Jésuite Briet (4), ne l’oublient pas. Barbié du Bocage et Lapie l’inscrivent aussi à côté du nom néo-grec de Palæopoli. Egalement slave ou albanais est aussi le nomdeMalévo,
(1) Traduite du syriaque par Schônfelder. Münich, 1862.
(2) Miklosich. Etymologisches Wôrterbuch. Cf. Goritza de Laconie, de Thessalie (près d’Iolcos), Gôritz, etc. et l’ancienne liste de Fallmerayer. Gesch. cl. Halbins, 1, p. 251. — On pourrait aussi proposer pour Goritza une étymologie albanaise. Hadzidakis (Byz. Zeitschr. II, 241) : « y xoorrueà wohl aus xopivQsoc, sc. a7tcoç, denn auf Ikaros heisst sie xopiOÔs und xopccraé (d. h. xoptvGsâ) und y.o pivôé. » Meyer ( Neugriech . Stud., p. 65), combat ce rapprochement avec xoptvôia, et cite l’albanais goritss, poirier sauvage. Cf. Etym . Wôrterb. d. alban. Spraclie. s. v.
(3) Dominici Nigri Veneti Géographie. Commentar. libri XI, Bâle, 1557, p. 339.
(4) Briet. Parallela geographiæ veleris et novae, Paris, 1648-9. — Cartes de F de Wit : Goriza et Mandi olim Mantinea; — même mention sur les cartes de Cantelli delta Vignola (1865), de Bossi (1686), de de Fer (1686).
APPENDICES
donné à l’Artémision, comme celui de Khelmo, que prennent les Monts Aroania (1).
Le fait que les Slaves chassèrent devant eux les anciens habitants de race grecque, qui allèrent chercher un refuge lointain sur les promontoires ou parmi les lagunes de la côte, ressort de la fondation de villes côtières, comme Arkadia, Monemvasia, Astros, Mantinée de Messénie. Cette dernière, tout à fait inconnue à 1 époque classique, offre, avec Koron, un curieux exemple du transfert d’un nom antique à la suite d’une émigration ou d’une transplantation des habitants de race hellénique, contraints de céder la place aux envahisseurs. Suivant toute vraisemblance, la Mantinée de Messénie fut élevée au VP ou au VIIe siècle par une colonie de Mantinéens, qui emportèrent avec eux le nom de leur vieille cité. Elle est mentionnée chez les chroniqueurs byzantins, comme une forteresse importante (2) qui eut à subir plusieurs sièges. Elle s’élevait entre Kalamata et Giannitza, ou, d’après Dominicus Niger, entre Thouria et Leuctres : « Ac deinde Mantinea in excelsa rupe, unde Æpea, id est celsa, nomen fortia est, nunc. Mantegna » (3). Ce kastro figure sur les catalogues de châteaux moraïtes relevant de ia Seigneurie sous le nom de Mantegna in brazzo (4). Les cosmographes vénitiens la placent sur leurs cartes près de Kalamata
(1) Le nom de Ivx'|a ou Kâ’jqa peut venir du slave par kapsa, boite, culde-sac (latin capsa), ou du grec avec le même sens (ce mot signifie aussi chaleur). On lit dans Et. de Byzance : KxtJ/a, irôXtç XaÀxtotx-qç yojpotç. La môme ville est appelée Kxii'W dans Hérod. VII,123.L’étymologie du mot (xxjatitsiv) désigne un croisement de route. Les noms de Ttriiriavoc, Lhxsovv], Sxyxa sont sans doute albanais. Voici l’étymologie de Kapoccoa que M. Hadzidakis veut bien me communiquer : « Kapoxpa sa xi XÉÇiç Àccnvir] Ix toü caldarium, o0ev xaoSoto: vov xat usysfJuvTtxbv xapoxpa ayysïov yaXaxToSoyov 07]Xoï' ait b os TYjç ôuoiôt t)toç XsysTas outco xai Xôcpoç xat ttSv otXko. » Malevo de l’albanais mal’, mont ? (Meyer. Elijin. Wbrterb. d. alban. Sprache.) — Tsipiana de tsipe, marc de raisin dont on fait l’eau-de-vie appelée tsipouro ? Pikerni de pike, goutte, cascade. — Kakouri parait grec (xaxôv opoç-oùsoç?)
(2) (Chalcondyle. De reb Turcic. IX, p. 447 et 471. Expédition de Mahmoud en 1458 : siç tyjv MavrtVEiav tt|ç Aaxwvtxriç Tcpôç T-q 6aÀàcy,T7]. — Cf. Phranzès. Chron. I, p. 122; II, p. 133; IV, 15, p. 388.) — Je n’ose espérer que c’est il cette Mantinée côtière que V. Hugo fait allusion (Chants du Crép. XII, fin.Ji quand il félicite Kanaris d’apercevoir, du milieu de la mer :
à travers la vapeur du cigare Décroître à l'horizon Mantince ou Mégare!
(3) Comment., p. 329. Dominicus Niger, p. 21(1, cite aussi en Corse une forteresse du nom de Mantinon, et Mélétios des Mavxtvot en Thrace.
(4) Extrait des Annali Veneti de Stephano Magno (14(13, 1467, 1471 ) publiées par Hopf. Curoniq. gréco-romanes, p. 202, 203, 205. — Mantegna est aussi souvent citée flans les rapports et dépêches des provéditeurs de la Morôe au Sénat vénitien (guerre de 1465-6) et au Conseil des Dix, ainsi que dans les documents strathiotes (Voy. Sathas. Monum. historica.Wl, passim et VII, p. 13) .
HISTOIRE
et l’appellent Mantineta, Mantegna, Motegia (1). Il en reste encore un souvenir dans les hameaux de Palaio-Mantineia, de Mégali — et de Micra-Mantineia, situés dans le dème moderne d’Abia, sur la berge du Sandava-Potamos (ancien Choirios) (2).
Ce sont ces foyers permanents qui ont permis à l’hellénisme orthodoxe de refluer sur l’intérieur et de reconquérir le terrain perdu, par le moyen de la propagande religieuse et par l’évangélisation des Slaves. L’expédition du Stratège Stavrakios en 783 marque la déchéance de la domination slave. Pendant le IX" siècle, les missions établies à Hagios Pétros, à Christianou, à Nicli, répandent à profusion la bonne parole, convertissent les barbares, multiplient les églises. Les Slaves, en acceptant l’orthodoxie, abdiquaient aussi leur langue et leur race et se métamorphosaient en Hellènes. De cette époque datent ces innombrables chapelles byzantines que les archéologues ont la surprise de retrouver mêlées, dans le sous-sol des villes antiques, aux débris de la vieille Grèce. Ni Goritza d’Arcadie ni Mantinée ne figurent sur aucune liste d’évêchés jusqu’ici connues, mais elle fut à n’en pas douter un centre religieux assez important et bien peuplé, comme le prouvent les nombreuses et spacieuses ruines d’églises byzantines que nous y avons découvertes.
A côté de Goritza, les catalogues de Kastros vénitiens signalent une importante forteresse, celle de Drobolitza, déjà ruinée en 1467 (3). Les cartes du XVIe siècle placent cette Drobolitza, Droboliz ou Dorboglitza au centre la péninsule (4) . Il semble que ce château, distinct de celui de Moukhli et de la ville de Nicli, et dont le nom est à consonance slave, ait précédé l'installation de Tripolitza au même endroit. Le nom de Tripolitza (en turc Taraboloussa) ne serait alors qu’une adaptation romaïque du vocable slave Droboglitza : il faudrait attribuer
(1) Cartes de Donato Bertello, Venise, 1569. — de Girolamo Albrizzi. Esatla notiziu ciel Pelopponneso. Venise 1687.
(2) Curtius. Pelopon. II, p. 159. Je trouve la confirmation de ces idées dans une étude récente de l’abbé Duehesne sur les anciens évêchés de la Grèce {Mélanges de l’École de Rome, 1895, p. 385) : « Dans le Péloponnèse, trois évêchés de l’intérieur, Messine, Mégalopolis, légée, ont disparu. A leur place on en trouve onze dans des localités côtières : Damala (Trézène), Monembasie, Élos, Zimaïna, Maïna, Coron, Modon, Volæna, ou dans les lies, Égine, Céplialonie, Patras. Plusieurs de ces nouveaux sièges sont attestés par le Concile de 787. Ce déplacement de la hiérarchie correspond évidemment aux nécessités de. l’invasion. Comme en Italie et en Dalmatie, on dut s’enfuir devant les barbares ; les villes de l’intérieur furent abandonnées ; on se réfugia dans les îles et dans les forteresses de la côte. »
(3) Annali Veneti , dans Hopf. Cliron. gr. romanes, p. 205.
(4) Mnrea Peninsula, 1570. Carte vénitienne anonyme de la Biblioth. nationale. Elle figure aussi dans Porcacchi : Isole piu famose del mondo, 1576, et sur la plupart des cartes du XVIIe siècles compilées d’après les cartographes vénitiens .
APPENDICES
à la future capitale de la Morée une ancienneté plus grande qu'on ne fait d’ordinaire Le nom de Trapolitza apparaît sur une carte anglaise de 1660, et c’est seulement au XVIIIe siècle que Dorboglitza se transforme définitivement en Tripolitza.
Le silence des chroniqueurs officiels et des lettrés, comme Constantin Porphyrogénète, Léon VI, Chalcondyle et les rédacteurs de Notitiæ sur ces villes récentes de création barbare, leur persistance à n'user que des noms classiques vides de réalité (1), s’expliquent, soit par l ignorance du gouvernement byzantin sur l’état du thème du Péloponnèse, soit par un sentiment de pudeu r à l’égard de l’opinion publique. Comme les empereurs de Chine, le Basileus des Romains n'avouait pas ses pertes.
Durant la domination franque en Achaïe (XIIe et XIII' siècles), la région de Mantinée vit plusieurs combats. En 1296, les Byzantins construisirent près de Tsipiana une forteresse du même nom Cépiana). et celle de Moukhli (2). Le territoire de Mantinée fit sans doute partie de la baronnie de Nicli
Au XV' siècle, au moment de la première conquête turque, le nom de Mantinée d’Arcadie revient plusieurs fois dans le récit des campagnes deTourachan en 1452, de Mahmoud en 1458 (3). Après la conquête, le Péloponnèse dévasté n’est plus qu’une ruine. C’est sans doute à cette époque que Goritza se dépeupla et disparut. Les beys et les agas prirent
(1) Chalcondyle continue à employer le nom de la Mantinée arcadienne et celui de Tégée, bien que ni l’une ni l’autre ne subsistassent. De rebus Turcicis . VIII, p. 381, IX, p. 446. Il ne s’agit d’ailleurs que de passages de troupes : o'.à MavT'.vstaç ycôpxç a ioîxsto. - A:i Tsys'Cp zzi M-av-riveia; IXauvwv (Mahmoud en 1458. — - Tourachan en 1452).
(2) Chronique aragonaise achevée en 1393 à Avignon, par ordre du Grand Maître de Saint-Jean de Jérusalem. C’est une version rédigée par Juan Fernandez de Hérédia, abrégée et quelque peu modifiée du Livre de la Conqueste. Publiée et traduite par Morel-Fatio, p. 106: « Le capitaine des Grecs... fit deux châteaux-forts là auprès sur la montagne pour commander toute la plaine et un de ces châteaux eut nom Moucli et l’autre Cépiana. >> Il est probable que le village de Tehépiana ou Tsipiana existait déjà. D’après la version en vers du Livre de la Conquête (Bs3X:ov -rÿ: Koj''xsttxç t où Mw;x:wç, v. 391-2. — Voy. Chron. étrangères par Buchon. 1840, p. 42 et les Rech.histor. sur la princ. de Morée par Buchon, 1845, t. II, p. 65), un combat eut lieu en 1205 entre les troupes de Doxapatris et celles de Geoffroy de Villehardouin, en un lieu appelé Kacdexca (mss de Paris) ou K*~TjGX'.ivoi imss de Copenhague, à l’endroit dit « Olivète de Koundouros : Ivojvto’jîou iÀxtèjvx) . Zinkeîsen, Buchon et la baronne de Guldencrone ( Achaïe féod. p. 12), sans doute par analogie avec le nom de Kapsia, placent cette rencontre aux environs de Mantinée, à l’ouest. Mais comme l’olivier est inconnu dans la Haute-Plaine d’Arcadie.— i Voy .plus haut, p. 55), j’ai peine à admettre cette identification : l’endroit en question doit plutôt être cherché en Messénie, d’autant plus qu’il est dit que les Grecs s’étaient fait suivre de leur flotte. Si l’on peut penser à une Mantinée, dans la circonstance, c’est donc à la Mantinée de Messénie.
(3) Voy. plus haut, p. 598, n. 2.
HISTOIRE
la place des àpyovxEç byzantins (1), dont les Francs avaient respecté les privilèges. L’insalubrité croissante de la plaine forçait la population décimée à refîner vers les hauteurs, dans les villages établis sur le site des antiques xwjjtai, à Kapsia, Tsipiana, Pikerni, Ivakouri. La plaine désertée, infestée par la malaria, ne retint autour des cabanes de Goritza qu’un petit groupe de cultivateurs. Pendant la seconde domination turque, au XVIIe siècle, ce misérable débris de Mantinée dut lui-même faire l’ascension de la petite colline au Nord de l’enceinte et se réfugier au sommet du mamelon dans les ruines d’un petit monastère grec, dernier vestige de la ville byzantine (2). Le nom de Goritza se retrouve, altéré, dans le nom turc Gourtzouli (3), donné à cet éphémère établissement. Pendant ce temps-là, le nom de Mantinée était, sur les lieux mêmes, tombé dans l’oubli et ne survivait plus que dans la mémoire des érudits d’Europe. La tradition locale lui avait substitué le vocable anonyme de Palæopoli (la vieille ville), par lequel les Grecs modernes ont souvent désigné les ruines dont ils ne savaient rien, sinon qu’elles remontaient aux temps antiques (ont b xoùç TiaXatouç). (4)
Au début du XIX' siècle, les voyageurs n’ont plus retrouvé qu’un tcbiflik ou ferme turque entourée de quelques masures. Aujourd’hui tout a disparu, et dans ce séjour mortel seules les puissantes assises de 371 n’ont pas péri.
Pendant tout le moyen-âge, l’intérieur de l’ A rcadie demeure terra Géographes delà incognito, . Les bandes conquérantes des Francs et des Turcs ne font Renaissance au qu’y passer. Le gouvernement byzantin ne possède aucune notion sur xvin» siècle (5). ces territoires perdus. L’insécurité y est telle qu’aucun voyageur ne s’y
(1) Ils étaient nommés, dans chaque district, par le Capitaine (xscûaAvj) ou stratège-protospathaire, représentant de l’empereur dans le Péloponnèse (Sathas. Mon. histor. IV, p. lxxxii).
(2) Ross. Reiserb u. Reiserouten. p. 128.
(3) rxoupxÇouX’' ■ = avec la syllabe qualificative lu ou II , si fréquente dans la toponymie turque.
(4) Mélétios.- Geogr. ed. 1807, t. II, p. 400 : Àsysxoo. xojpa xocl aùx7] riaXaiÔTioÀtç, Sccixot ôXoxeÀw; xp7]p.v!s0£Ï(7a, s!ç xov xxairov xt|ç Tp'.TioJaxÇxç 7te pi xà TÇntîavâ.
(5) J’ai dépouillé pour ce travail la collection des cartes anciennes de la Bibliothèque nationale, ('t, les manuscrits inédits des voyageurs, entre autres ceux de Fauvel et des Fourmont. Ne pouvant énumérer toutes les cartes qui ont passé sous mes yeux, je signalerai seulement celles qui m’ont donné des renseignements nouveaux. Pour les voyageurs, il serait oiseux de redresser leurs erreurs et leurs fausses identifications. Je m’abstiendrai donc de les prendre à partie, quand mes conclusions, différentes des leurs, aboutissent à des certitudes. Mais quand il s’agit d’hypothèses encore discutables, ou de données qu’on ne peut plus vérifier sur place, leur témoignage n’a pas moins d’importance que celui de Pausanias.
APPENDICES
hasarde. Aussi les premiers géographes de la Renaissance, qui s’appliquèrent à reconstituer pour le monde érudit, les linéaments de l’ancienne Grèce, travaillent d’imagination d’après les textes classiques. Quand ils essayent d’indiquer l’emplacement des villes antiques, leurs notions approximatives llottent en pleine fantaisie. Sur la plus vieille carte de Grèce, celle de Nicolaus Sophianus, publiée à Rome en 1480 ( 1 ), Mantinée descend au sud de Tégée et voisine avec Phigalie. Avec les Vénitiens, qui disputent la Morée aux Turcs vers la fin du XVIe siècle, la science commence à pénétrer à leur suite. Les cosmographes de la sérênissime République, renseignés par les rapports des capitaines, des provéditeurs et des ingénieurs militaires, commencent à lever un coin du voile. On dresse des listes de châteaux dépendant de la Seigneurie ; les noms modernes prennent place sur les cartes à côté ou aux dépens des noms classiques : on sort de la convention pour entrevoir la réalité.
Ainsi Dominicus Niger, dans ses excellents Commentaires géographiques (1557) (2), signale l’existence de Goritza à la place de l’ancienne Mantinée, et précise la situation de la Mantinée de Messénie. Thomaso Porcacchi (3) introduit Droboliz, Cartena, Mucli, Londari dans sa carte de la Morée, 1576. A vrai dire, les positions de tous ces lieux sont marquées au hasard, entre de vagues montagnes et sur des cours de fleuves tout à fait fantaisistes. Ajoutons que l’ignorance des graveurs brochait sur le tout en défigurant les noms propres par d’outrageuses abréviations et des maladresses de copistes. Dorboglitza devient Dorbo (Mantinéa, hodie Dorbo, dans Laurenberg) ; Mantinée s’écourte en Mandi, qui se travestit lui-même en Mundi ou Moudi et se confond sous cette forme avec Moucli. La carte de Laurenberg (1557), copiée par Coronelli (4), malgré ses inévitables imperfections, marque un progrès sérieux dans l’étude de la topographie antique. Il indique à peu près à leur place les principaux détails de la région mantinéenne : Elymea, Alalcomenia fons, Mélangia, Ladae stadium, Mantinéa hodie Dorbo, Argus campus, Philippeus fons.
Il va sans dire que ces recherches, fondées sur la lecture attentive de Pausanias, ne supposaient aucune connaissance réelle du pays. Mais de telles cartes rendaient les plus grands services en faisant
(1) Rééditée à Bêle on 1545 avec un commentaire do Nie. Gprbellius (N. G. in descriptionem Graeciae Sophiani praefatio. 90 p. in-f°), puis en 1530 (300 p in-KBâle. — Cf. Gronovius. Thésaurus antiq. graec. IV).
(2) Commenta)'. XI, p. 339, Voy. plus haut p. 397 note. Malgré l’avertissement de Niger, les cartographes suivants ont souvent confondu les deux Mantinées.
(3) Thomaso Porcacchi. L’Isole piu famose del Mondo. 1576, p. 101.
(4) Dans Y Atlante Veneto, 1096, p. 177, et dans Gronovius. Thesaur. antiquit. gr. t. IV.
HISTOIRIi.
ressortir l’intérêt d’un pèlerinage aux pays classiques, en promettant, aux futurs explorateurs une ample moisson de découvertes. Toutes ces trouvailles de l’érudition sont réunies dans le consciencieux ouvrage du Jésuite Briet, dont les Parallela geôgraphiae veteris et novae parus en 1648-1649, accompagnés d’une carte, mettaient aux mains du public studieux un instrument de travail assez utile (1).
Les noms des localités modernes, connues par les Vénitiens, y sont généralement accompagnés de noms antiques correspondants. Désormais, Mantinée se fixe sous les noms de Goritza, Mandi,et Dorbogtitza, entre Orchomène et Muchli. Pendant le second tiers du XVIIIe siècle, la science sur ce point demeure stationnaire (2).
La conquête de la Morée par les Vénitiens de 1648 à 1687 apporta quelques éléments nouveaux dont prolitèrent les géographes. Les luxueux ouvrages de Coronelli (3) ne tiennent guère, il est vrai, les promesses de leurs titres. Le cosmographe officiel aime mieux dédier à son héros Morosini de séduisants tracés bastionnés à la moderne que des plans de bicoques antiques. Pourtant ses publications n’ont pas moins contribué que les bombes du doge sérénissime à attirer sur cette terre oubliée l’attention du public savant.
A dater de ce moment, le Levant attire les antiquaires. Malgré les Voyage :âes Foui conditions défavorables où la reprise de la Morée par les Turcs en 1715 monl (1,29)et la peste de 1720, avaient replongé la péninsule, l’abbé Michel Fourmont et son neveu Claude osèrent les premiers en 1729 aborder l’Arcadie en explorateurs pacifiques A vrai dire, le récit de ce voyage entrepris par ordre du roi, n’est guère de nature à réhabiliter la réputation scientifique du fameux faussaire On savait déjà par la lettre légendaire à M. de Maurepas, où il se vante d’avoir exterminé la ville de Sparte, de quelles gasconnades il était capable (4). Depuis que la
(1) 3 vol. in-4°. Ne traite que de l’Europe; le reste est en manuscrit à la Bibliothèque nationale depuis 1811. Sur Mantinée, t. II, p. 431: « Mantinea hodie Goriza (Nigroi, Mundi (Nardo). » Suit un court résumé de l’histoire de Mantinée, p 479. Mandi figure parmi les localités de la Tsaconia ou Bras de Maïno : « Mandi, olim Mantinea, tennis quoque vicus. » La carte de Grèce est passable.
(2) Carte de Jean Blaev, de Nicolas Visscher, de Sanson (Paris, 1670), de de Witt, qui distingue Goriza et « Mandi, olim Mantinea », et, plus au sud, Dorboglina-Dorbogliza, et, en Messénie, Motegia (pour Mantegna) ; carte de Giacomo Rossi (Rome, 1681), de Cantelli de la Vignola (1685 et 1686), de Delisle, de du Val (1686), de de Fer (1686-1688).
(3) Description géographique et historique de la Morée reconquise par les Vénitiens, par le P Coronelli, Cosmographe de la sérénissime République. Paris, 1686, Venise, 1688. — Isulario del Allante Veneto , 1696.
(4) On ne doit voir en ces confidences que balourdise de hâbleur. Michel Fourmont a pu faire donner quelques coups de pioche dans des murailles romaines ou byzantines pour en déchausser des inscriptions antiques. Tout
APPENDICES
Peser. deMantinée par
Fourmont.
sévère critique de Bœckh a dénoncé les supercheries épigraphiques du trop fantaisiste abbé, tout ce qui émane des Schedae Fourmontii est mal famé- La relation de son voyage en Grèce, rédigée par son neveu, fait l’effet d'un roman médiocre où l’ignorance est en perpétuelle rivalité avec la sottise et la hâblerie.
11 est évident que les deux voyageurs n’ont pas vu, au moins pas regardé, la plupart des pays qu’ils se vantent d’avoir traversés. Aussi, en refusant à cette misérable élucubration les honneurs de la publicité, les protecteurs de Fourmont lui ont donné, malgré lui, une marque de sollicitude (1). La page suivante, exhumée du manuscrit de la Bibliothèque nationale, fournit moins une contribution à l’histoire de Mantinée qu’à celle des supercheries pseudo-scientifiques.
« Ainsi nous continuâmes notre chemin pour nous rendre à Mantinée, que l’on appelle aujourd’huy Sinano(2). Mais nous eûmes le malheur de n’y pouvoir entrer, la Peste la ravageoit depuis deux mois la plus grande partie des habitants s’étaient renfermés dans les maisons, beaucoup étaient sortis de l’endroit ils étaient sous des cahutes et de mauvaises tentes fait d’une toile de crin noir dont on fait des focs. Nous avons appris depuis qu’il en était mort plus de 1800 ç’aurait été trop risquer que d’y entrer, et d’y faire fouiller comme ailleurs ainsi que nous nous l’étions proposé, mais afin de ne pas perdre tout a fait nos peines nous montâmes sur l’Anchisea du l’on découvre toute la ville et ses environs. Cette ville aujourd’hui est bien difïérente de ce qu’elle étoit autrefois, avoir le terrain qu’elle occupoit anciennement il s’en faut peu qu’elle ne fût aussi grande que Mavramatia ou Messene a présent il n’y a qu’environ 800 maisons; selon Pausanias Mantinée était ornée d’une grande quantité de bâtiments publics de toutes espèces
archéologue est, à l’occasion, ravi d’en faire autant. Il a pris texte de ces travaux sans danger et sans conséquence (les murs de Sparte étant de basse époque) pour amuser son protecteur par de fades galéjades. Les brouillons de la phrase incriminée, joints à sa lettre dans les papiers de la Bibliothèque nationale, attestent la peine que lui a coûtée ce maladroit badinage d’antiquaire qui joue la frivolité pour plaire à un grand seigneur. Mais tout ce bel esprit s’est retourné contre lui, et le pédantisme, dont il avait eu trop peur, s’est trouvé en possession d’une arme terrible. 11 est étrange que la critique allemande ait pris au pied delà lettre ces facéties d’une légèreté lapidaire. Curtius (Pelop. I. p. 144, Note 21) flétrit « la démence inouïe dans 1 histoire de la civilisation humaine » dont cette malencontreuse lettre serait l’expression. Cette erreur d’un savant, d’ordinaire si avisé, prouve qu’on peut rire de tout, sauf de soi-même: car c’est alors vraiment qu’on risque d’être pris au sérieux. Larfeld ( Griech . Épigr. p. 460) invoque à ce propos le. souvenir d’Érostrate !
(1) Châteaubriand (Itinéraire. Introduc.) exprimait le désir qu'on publiât ce manuscrit. On peut encore s’associer à ce vœu, tout en l’estimant trop bienveillant.
(2) Sinano est le nom du village voisin de Mégalopolis!
HISTOIRE
les uns plus superbes que les autres il n’y reste plus de bâtiments publics qu’une mosquée pour les Turcs et cinq ou six petites Eglises pour les chrétiens, l’ancienne était une continuité de terrain plus long que large garnie de maisons ce que les débris attestent, la nouvelle des petits plotons de cahutes rependue ça et la dans l’intervalle desquels on laboure : Il y a cependant des jardins assez verdoyants c’est le fleuve Ophis qui leur donne cette fraîcheur. Ce fleuve à en croire Pausanias coulait autrefois le long des murs de cette ville aujourd’hui il passe au milieu, il prend sa source au bas du mont Lycée au septentrion à deux lieues deMantinée serpente de la jusqu’à la ville dans un vallon fort agréable et quoy qu’il ne reçoive point d’autre eau que celle de sa source il en est cependant assez fourni pour rendre probable ce que dit Pausanias de l’usage qu’en fit Agesipolis tils de Pausanias ou des Roys de Lacédémone : il détourna le cours de ce fleuve l’arrêta par des digues au dessous de la ville afin que l’eau en fît tomber les murs qui n’étaient alors que de torchis : l’eau détrampa la terre les murs tombèrent et Mantinée fut prise le terrain est fort propre à une pareille façon de prendre des villes aussi peu défendues que l’était alors Mantinée, il est tout plat. Mantinée a eu depuis des murs de pierres on en voit encore en différents endroits. Ce qui est une preuve de sa richesse ancienne car dans ce canton de l’Arcadie toutes les maisons sont encore bâties de terre parce qu’il n'y a point de pierres. Les rochers du mont Lycée sont trop dures pour les couper et ce n’a pu être qu’à des frais très considérables qu’on en aura fait venir d’ailleurs pour construire les murs d'une si grande ville Les temples même comme l’insinue Pausanias n’étoient que de terre. C’est donc bien après que ces murs ont été construits de pierre. Ce n’est qu’après une longue puissance, qu'après un commerce réglé et étendu que les habitants de Mantinée auront pu faire par eux-mêmes de pareilles dépenses, qu’ils auront fait construire un stadium, un théâtre, des Portiques, des Arcs triomphaux, des temples à deux nefs, chose extrêmement rare dans la Grèce et beaucoup d’autres édifices superbes et d’une pierre tirée d’ailleurs dans le Péloponnèse et de marbre de Paros. Nous n’entrerons pas dans le détail de tous ces bâtiments puisque nous n’en avons vu les restes que de loin. Mais de l’Anchisea on découvre un petit monticule nous avons cru que c’était l’Alésium, le Stadium était proche de cette butte des monceaux de pierres que nous avons apperçus proche de cette butte peuvent être les restes d’un Temple que l’Empereur Adrien y a fait bâtir. Il était sur le chemin qui conduisait de Mantinée à Tégée les chemins étant encore les mêmes, les lieux sont donc aisés à reconnaître, nous n’avons soupçonné n’être que celui que les Mantinéens appelaient Pélaguos ce nom pour du bois de chênes était des plus extraordinaire, mais il y en a beaucoup de cette espèce dans ce païs.
Toutes nos recherches étant faites dans la plaine de Tégée et la province d’Arcadie où en suivant Pausanias nous y avons reconnu la
APPENDICES
plupart des villes, des temples, des autels, desstadium, des théâtres, qui existaient de son temps, nous prîmes le chemin de la Laconie » (1 ). D'Anviiie et Barbié Après les Fourmont, l’intérieur de la Morée ne semble pas avoir du Bocage (1786). tenté les voyageurs. Cependant les études de géographie spéculative faisaient avec la carte de d’Anville un remarquable progrès (2).
Son élève, le laborieux Barbié du Bocage, mit ses soins à doter les hellénistes d’instruments de travail aussi complets et aussi précis que le lui permettaient ses moyens d’information. Son modeste croquis de l’Arcadie antique (3) ne prétend pas à l’exactitude géodésique; l’absence de relevés faits sur le terrain la rendait encore impossible. Mais c’est l’étude théorique la plus judicieuse ei la plus savante qui eût paru sur la matière. Pausanias avait pour la première fois trouvé un interprète au jugement sûr, familiarisé avec ses méthodes de descriptions. La ceinture du bassin mantinéen est figurée par des hachures sommaires, mais les noms de l’Artémision, de l’Ancbisia, de l’Alésion, de l’Ostrakina, du Ménale, les lignes des frontières sont mises en place avec une admirable intuition. Même sûreté de coup d’œil dans le tracé des routes qui divergent de Mantinée vers les territoires voisins et dans l’indication des détails signalés par Pausanias, Pelagus, Ophis, Ptolis, Alalcomenia et Kissa, etc.
Les quelques erreurs inévitables, vu la complète ignorance de la topographie réelle du pays, sont excusables ; ce sont celles mêmes que la Commission de Morée a reproduites (4), bien qu’elle eût à sa disposition, outre ses souvenirs de visu, un calque fidèle de la région.
Pouqueviiie . La plaine de Tripolitza devait bientôt trouver un explorateur forcé en
(1799). ]a personne de Pouqueville, interné par les Turcs à Tripolitza en 1799.
(1) Fourmont. Voyage fait en Grèce par les ordres du Roi, p. 537 (Bib. nat. Manuscrits, fr. Nouv. acq. 1892) Sous-titre : Voyage fait en Grèce pendant les années mil sept cent vingt-neuf et trente par les ordres du Roy sous les auspices de M. le Comte de Maurepas et par les vives sollicitations de M. l’abbé Bignon, toujours attentif pour le bien de la littérature. — On n’imprima que l’article intitulé : Relation abrégée du Voyage littéraire que M. l’abbé Fourmont a fait dans le Levant par ordre du Roy, dans les années 1729 et 1730. ( Hist . de l’Acad. des lnscr. et Belles-Lettres, t. VII, 1733, p. 344-358.)
La lettre au comte de Maurepas se trouve dans les papiers de Michel Fourmont, avec une autre lettre datée du monastère de Vulcano (Messène) (17 fôv. 1730), où il expose son itinéraire. (Bibl. nat. 295-297. Correspondance et papiers de Michel Fourmont, relatifs à ses voyages on Grèce et en Egypte. Suppl, gr. 295, 1. 1, p. 28).
(2) Græciæ antiquæ specimen geographicum. 1762.
(3) La minute conservée à la Bibl. nationale porte la mention : terminé en avril 1786, Ce croquis était destiné à l’Atlas du Voyage du jeune Anachar sis (lrc édit, en 1789. — Voy. aussi le Xénophon de Gail).
(4) Par exemple la confusion entre le chemin de Prinos et celui duClimax. Par contre, il a vu plus juste que Curtius au sujet des routes de Tégéc.
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Pendant les neuf mois que dura sa captivité, il obtint l’autorisation de parcourir, sans escorte, les environs. Il nous a laissé de curieux détails sur la capitale du pachalik de Morée après l’insurrection de 1770. Mais en ce qui concerne Mantinée, ses excursions ont été peu fructueuses pour un si long séjour. Le voyageur brillait plus par l’humour que par le sens topographique. Cependant ses croquis et ses indications ont permis à Barbié de dresser un plan de la plaine de Tripolitza, qui fut publié dans la Voyage en Morée et en Albanie de Pouqueville (1805) (1).
La description de Mantinée, toute imparfaite quelle soit (2), est à ma connaissance la première rédigée de visu , car on ne saurait accorder ce mérite à celle de Fourmont. C’est aussi Pouqueville qui a dû fournir à Barbié du Bocage les éléments d’un plan spécial et, je crois, encore inédit, des ruines et des environs de Mantinée. La minute en est conservée à la Bibliothèque nationale (3). La forme de l’enceinte, le cours de l’Ophis, celui de la rivière de Tripighi sont marqués avec une approximation suffisante pour un relevé fait à vue de nez et sans instrument. La pauvreté en indications de ruines antiques à l’intérieur de la ville prouve que de bonne heure Mantinée s’était effondrée dans son sol mouvant.
L’Anglais sir W. Gell visita Mantinée en 1804-5. Il dressa de l’enceinte le plan détaillé, mais d’une forme plus bizarre qu’exacte, reproduit plus haut ( T) . Il s’attacha à relever le tracé des portes de la ville. Il crut reconnaître, en amont, les restes de la digue d’Agésipolis. Peu de temps après lui (12 mars 1805) arrivait au même endroit, le colonel Leake, observateur sagace, dont l’érudition était puissamment aidée par le coup d’œil professionnel. Les problèmes essentiels de la topographie mantinéenne allaient être, sinon tous résolus, du moins posés avec rigueur. Leake n'esquive aucune difficulté, et ses conclusions même erronées sont toujours nettes.
Après une description générale de la plaine et de son aspect, il étudie le tracé de l’enceinte, lève le plan d’une porte, résume les données de Pausànias et visite Pikerni (5). Dans une seconde excursion (3 et 4 mars
(1) Le plan original en couleur, dressé en 1804, est conservé à la Bibliothèque nationale (6711 7 . Bar. 525). Un autre plan de la ville et des environs de Tripolitza (67111 2 3 4 5 . Bar 526) se trouve à côté d’un beau plan dePergame dressé en 1806 sur les indications de Cousinéry.
(2) Voy. en Morée. I. p. 81 et suiv. — Pouqueville l’a reportée, sans l’améliorer, dans son ouvrage intitulé : Voyages dans la Grèce, 3 vol. in-8". 1805. Réédité en o vol en 1820-1822, et en 6 vol. en 1826-7.
(3) Cartes. Barbié du Bocage, 6710.
(4) Fig. 48, p. 195. — Prohestücke von Stddlemauern des alten Grieclienlands, 1827, trad. allemande de 1829. — Voy. aussi : Itinerary of the Morea, 1827, p. 141 (traduit en français par le Cte de Tromelin). — Narrative of a journey in the Morea , i82î, p. 137.
(5) Travels in the Morea. I, p. 100 et suiv.
Gell et Leake, 1804-1806.
APPENDICES
Dodwell, 1806.
Commission de Morée.
1806), il parcourt la Ménalie, revient à Mantinée par Kapsia, la plaine Alcimédon, identitie Scopé avec Mytika, et reconnaît les routes du l’rinos par Tourniki, du Klimax par Mélangéia (Pikerni) (1 ). Une troisième fois (31 mars) il étudie les champs de bataille, reconstitue les positions des armées pendant les quatre mêlées de 418,362,245,207, et fait d’intéressantes observations sur l’hydrographie de la plaine et sur le réseau des routes mantinéennes (2).
Après lui les voyageurs qui se contentent de passer n’ont rien de nouveau à signaler. Dodwell (8 mars 1806) remarque à l’entrée de la plaine quelques vestiges de gros blocs, constate la destruction totale du site de Palæopoli, et reconnaît au pied de l’Anchisia des fondations en grosses pierres (3).
Enfin la Commission scientilique de Morée donna à ses propres recherches et à celles de l’avenir une base solide par la rédaction de deux excellentes cartes, celle de Grèce au 200 000e et le relevé particulier des territoires de Tégée et de Mantinée au 150 000' (4). La dernière surtout est de tous points satisfaisante. Seule l’hydrographie de la plaine est quelque peu défectueuse; il eût été bon également d’indiquer les chemins modernes et de repérer les fonds de vallées par quelques cotes de nivellement. Mais telle qu’elle est, cette petite carte a rendu les plus grands services aux voyageurs, aux historiens, aux
(1) Ib. II, p. 278. Carte de la plaine de Tripolitza et de Mantinée, pl. 2.
(2) Ibid. III, p. 44-08. Croquis spécial de la Mantinique, pl. 2. Leake place à tort l’Argon Pédion dans la plaine de Louka, mais il a raison contre tous en plaçant Ptolis sur la deuxième colline au N. de Gourtzouli. Il a rectifié ou maintenu à tort plusieurs de ses opinions dans ses Peloponnesiaca (p. 367 et suiv.) publiés après les travaux de la Commission de Morée. — Nouvelle carte de la Mantinique et de la Tégéatide où le tracé de la route du Prinos a une allure paradoxale qui surprend de la part d’un jugement aussi sur que le sien.
(3) Glassic. and tapogr. tour in Greece. 1819, II, p. 421. — La tradition relative à l’existence d’un rempart fermant la plaine (Voy. p. 126), me parait se retrouver dans le nom du village de Bédénifturc et albanais ibedén, rempart).
(4) Parues en 1832. Le carton de la plaine de Tripolitza est dans la Section des sciences natur. Atlas, première série, t. IV. Entre temps, le Dépôt de la guerre avait publié en 1814 une carte de la Morée dressée par Barbié du Bocage dès 1807. Elle signale près de Goritza une localité qu’elle appelle Arni et qui n’a sans doute jamais existé que dans l’imagination de Pouqueville. En 1818, parut une carte de Vaudôncourt Icarte générale de .la Turquie d’Europe d’après Barbié du Bocage et les relevés des officiers envoyés en mission par l’Empereur); en 1826, la carte physique, historique et routière de la Grèce au 400 000', par le chevalier Lapie, d’après les matériaux recueillis parle lieutenant général doTromelin, les voyages de Pouqueville, Gell, Dodwell etc. Ce beau travail préparait brillamment celui de la Commission de Morée; mais il est très défectueux en ce. qui concerne la plaine de Tripolitza. La même année, Gell et Leake faisaient paraître la carte de Grèce annexée aux Peloponnesiaca, pl. VI et dont s’est inspiré Cramer dans la carte qui accompagne sa Géographie publiée en 1828.
HISTOIRE
archéologues et même aux ingénieurs modernes. La partie la plus faible est celle des identitications ; un grand nombre en sont erronées ou contestables ( L ) . Toutefois on ne saurait sans injustice méconnaître le talent du capitaine Puillon-Boblaye, dont les belles Recherches géographiques sur les ruines de la Morée (1836) font date dans l’histoire des travaux sur la Grèce antique. L’énormité de la tâche assumée par lui avec tant de courage et si rapidement exécutée l’exposait à des méprises de détail. Les érudits de profession n’y ont pas moins échappé. Les pages qu’il a consacrées à la topographie de la Mantinique sont encore bonnes à relire (p. 139-143 des Recherches).
Le même Puillon-Boblaye a traité de main de maître la géologie de cette région ; si les théories générales, inspirées des idées d’Élie de Beaumont, ont complètement vieilli, il n’y a rien à retrancher à son élégante description des katavothres, qui reste un modèle d’exposition scientifique ( Sciences phys., t,. II, p. 318, sqq). Les architectes de la Mission n’ont pas fait merveille à Mantinée. Au lieu de dresser le plan complet de la ville, sans doute moins endommagée qu’aujourd’hui, ils se sont bornés à donner un spécimen de l’appareil des murs, à lever le tracé d’une porte, plus un croquis des ruines du Théâtre et de la Tour de Louka, à dessiner une vignette infidèle et médiocre d’une vue panoramique de la plaine. On peut aussi reprocher aux membres de la Commission quelques assertions superficielles. Le capitaine de Vaudrimey se flattait d’avoir retrouvé les traces du Stade (Rech. géog. p. 141) et l’architecte Vietty celles du tombeau d’Épaminondas (ib., p. 143), mais ils ont omis l’un et l’autre de produire leurs preuves.
Presque toutes les ruines apparentes de la Mantinique avaient été Ross <1834>signalées et en partie relevées. Mais, même après les travaux de Leake et de la Commission française, la question des routes de Pausanias restait intacte. Les recherches des explorateurs suivants tendront à élucider ce point. Ross, le 27 mai 1834, parcourant le pays, traversa le plateau de Varsai, releva à son tour de nouvelles portes de l’enceinte, prétendit retrouver les ruines du temple d’Aphrodite Symmachia et les traces des rues de la ville, reconnut le véritable cours de l’Ophis, nia l'existence des Élisphasiens, et finalement eut l’heureuse idée d’explorer, Pausanias en mains, la route de Mantinée à Argos par le ravin de l’Inachos. Il conclut à l’identifier avec le Klimax et il fit de cette conjecture plus qu’une probabilité. ( Reisen u. Reiserouten durch Griechenland. Ier Theil. Peloponnes, p. 121 sq.)
Il y a peu de nouveau dans les relations de Klenze (Reise nach Grie- Curtius
chenland , 1838, p 6S2), de Fiedler ( Reise durch aile Theile des Koni- (îssi).
yreichs Griechenlands, Leipzig 1840-41, I, p. 312). Le premier délaie Pausanias, le deuxième préconise des fouilles dans la ville et désire qu'un cèdre du Liban soit planté en l’honneur cl’Epaminondas sur la
(1) Par ex. la position de Nestané au S. de l’Alésion, celle de la fontaine Philippeios de l’Ophis, du Prinos et du Climax, du Pélagos.
APPENDICES
colline de Gourtzouli, où il s’imagine que le héros a rendu le dernier soupir. L’ouvrage le plus substantiel est celui de Curtius ( Peloponnesos , 1851, II. p. 232 sq. ). Sur le point qui nous intéresse, sa description apporte peu de données nouvelles. Elle contient même quelques erreurs, telles que le tracé de la route d’Argos par l’Artémision au sud de Nestané, l’identification du sanctuaire démotique de Déméter avec le monastère de Chrysouli à Tsipiana, la direction de la Xénis et la discussion négative sur les Élisphasiens. Mais cela dit, je ne puis que rendre hommage à la science attrayante et à la méthode d’un livre à qui je dois beaucoup (1).
Michaëüs ei Conze Michaëlis et Conze, en 1860 (Rapporto d’un viaggio nella Grecia nel (1860). (800).— [Annali, XXXIII, 1861, p. 219 sqq.) ont renouvelé avec succès,
sur le chemin d’Argos à Mantinée par l’Artémision, l’expérience de Ross sur le Klimax. Il ne subsiste plus aucun doute, après eux, sur le parcours du Prinos. Ils ont aussi compté à nouveau les tours et les Foucai-t portes de l’enceinte.
(1868). Jusqu’alors, l’épigraphie avait tenu peu de place dans les préoccupa-
tions des visiteurs de Mantinée. M. Foucart, en 1868, combla cette lacune par la découverte de documents auxquels on doit d’importantes notions sur les cultes et les institutions de cette ville (2).
Cette’longue série d’études théoriques et pratiques avaient de plus en plus restreint le champ de l’inconnu à l’enclos fortifié. Pour faire revivre la ville morte, il restait à soulever le linceul de terre qui la recouvrait.
( 1 ) A signaler d’après leur date de publication :
Aldenhoven .Itinéraire descriptif de l’A ttiq ue et du Péloponnèse, 1841, Athènes, p. 278. C’est un guide sans originalité, qui paraphrase la Commission de Morée.
Mure. Journal of a tour in Greece. 2 vol. 1842. Edimbourg et Londres.
Vischer. Erinnerungen u. Eindrücke aus Griechenland, 1857 (voyage fait en 1853). Contient quelques observations justes, en particulier sur l’identification de la fontaine Pliilippeios avec celle de Tsipiana.
Clark. Peloponnesus . Londres, 1858. Peu de nouveau ; un petit plan de l’acropole de Nestané.
Welc.ker. Tagebuch einer griechischen Reise, 1865. (Voyage effectué en 1842).
Wys e. An excursion in the Peloponnesus in tlie year 1858. 2 vol. Londres, 1865.
Nous avons cité dans le premier chapitre les Lectures géographiques de Tozer, la Géographie de Bursian, le livre de Philippson, les études pratiques et les plans de la Mission française des Travaux publics, dont ont profité l’ingénieur Sidéridis et M. Martel dans son ouvrage sur les Abîmes. — Sur les katavothres, ajouter : Kraus, Rie Katabothren Seen. (Mith. Wien. Geogr. Gesell. 1892) et, sur la géologie générale, le bel article de Philippson : La tectonique de l’Êgéide ( Annal, de Géogr. 15 mars 1898, p. 140).
(2) Inscr. du Pélop. N03 352 sqq. — Milchhôfer (Athen. Mitth. IV, p. 146), a publié quatre inscriptions de Mantinée. Komninos, dans 1’ ’A97)vaïov (VIII, p. 269), a discuté la question de l’emplacement du temple de Poséidon Hippios. Enfin M. Loring, en 1892, a soumis à une minutieuse enquête les itinéraires de Pausanias dans l’Arcadie intérieure, précisé certaines positions, celle de l’Athénaion de Belmipa, celle d’Oresthasion et d’Eutaia. Pour la Mantinique, ses opinions ont été discutées plus haut, p. 121 sq. ( Journal of hellenic Studies, NV, 1895, p. 80 sqq).
INDEX
Acarnanie (campagne cl’) 380.
Achale 459.
Achéenne (Ligue) 488.
Achélôos 308, 381.
Achille 308,4.
Actium 511, 329.
Ægytiens 385.
Æpytides 215, 238.
Æpytos 215, 258. — Æp. II 218, 237, 320. — Æp. III 219.
Aéropé 315.
Aéropos 216.
Agamédès 212, 226, 253, 245.
Agamemnon 217. (ZeusAg. 240.) Agésilas 27, 411, 415, 431 sq, 438 sq, 580 sq.
Agésipolis 132, 412, 416, 418 sq. (Digue d’A. 139,3 )
Agis II 44, 395, 575 sq. — III 472, 485.