MEN.XI.M.ASI FECIT
M . VARIVS OPTATVS NIVS . VICTORIN VIX.ANN.XXIIII '. AMICO OPTIHO ^ PATER FIUODVLCISSIHO'
Si le formulaire des inscriptions païennes est en quelque sorte demeuré immobile, il n'en est point de même pour celui de l'épigraphie chrétienne. Après
* Oliviftri, Marmara Pisaurensia, p. 26. « Aux dieux mânes de Mar- « eus Paccius Senecio^ fils de Mai'cus [Paccius] de la tribu Camilia, né
« à Vérone, soldat de la vu® cohorte prétorienne Marcus Varius
« Optatus [a fait cette tombe] à son ami excellent. »
* Mommsen, Inscriptiones regni Neapolitani latinœ^ n» 4256. « Con- « sacré aux dieux mânes. A Lucius Asinius Filinus^ fils de Marcus^ enfant « très-chéri qui a vécu cinq ans et onze mois, Marcus Victorinus Asi- « nius, son père [a fait cette tombe]. »
^ Gruter, p. 954, n^ 12 : « Publius Statius Bathyllus a fait [cette c tombe] à Publius Statius Satuminus, son affranchi bien méritant, qui M vécu viagt-quatre ans. »
D'ÉPIGRÀPHIE CHRÉTIENNE. 5
avoir suivi, pendant le premier âge, le type familier aux idolâtres, les fidèles d'Occident tendent de jour en jour à constituer plus nettement une forme qui leur soit propre. Les mentions admises dans les épitaphes des païens tomberont ainsi pièce à pièce, et l'on me permettra de suivre, dans toutes ses phases, ce travail d'une lente transformation.
Qu'à l'exception de l'invocation des dieux mânes, un trait quelconque ait, dans les inscriptions qu'on vient de lire, semblé contraire au sentiment chrétien, rien ne l'indique dès l'abord ; et pourtant chacune des mentions que portent ces marbres devait disparaître. Une loi apparemment non écrite, mais qui tirait directement sa source des préceptes évangéliques, régissait les premiers fidèles. Rien dé ce qui les rattachait au monde ne devait plus être rappelé, lorsque la mort les mettait en présence de Dieu.
Un lien étroit rapproche, sur ce point, les épitaphes chrétiennes et les Actes des martyrs.
Alors quUl paraissait devant le juge, le fidèle avait à déclarer, en même temps que le nom de son père, sa patrie, sa profession, sa condition sociale. A cette heure solennelle où la confession le plaçait en face de Dieu, l'Évangile lui traçait sa conduite. Le Seigneur l'a dit : « Lorsque l'on vous mènera devant les magistrats, ne vous inquiétez point de ce que vous aurez à dire. Ce ne sera point vous qui réponàTei. ^ viim \ ^'sj^y^ ^^
votre Père qûî parlera en vous *. » Le fidèle debout en face du juge n'appartient plus à ce monde. Qu'on lui demande qui est son père charnel, quelle est sa patrie, sa profession, sa condition d'ici-bas, un seul mot doit répondre à tout : «Je suis chrétien. »
tt As-tu tes parents, dit-on à saint Pierre Balsame? — Je n'en ai point. — Tu mens, poursuit le juge, car on m'a dit que ton père et ta mère existent. — L'Évangile, réplique le saint, m*ordonne de tout renier à l'heure de la confession*. »
Saint Lucien répond de même^, aussi saint Hiérax*, saint Vincent d'Agen *^, saint Irénée, dont le père et la mère avaient entendu le premier interrogatoire, a Je
i Matth. X, 18, 19, 20.
* « Prseses dixit : Parentes habes? Petrus respondit : Non habeo. Prae- « ses dixit : Mentiris, audivi enim te habere parentes. Petnis respondit : <f In Ëvangelio mihi prœceptum est omnia denegare^ cum ad nominis « Christian! venero confessionem. » (Ruinart, Acta sincera, éd. de 1713, p. 502.)
8 Kai Xé^ovroçTOÛ 6t)(iiou.... xCvaç Trpoyovou; (Ix^t;); ô 6è Trpôç fiicocvra ëXe-fev, firt xpiçtovôç el|ii. (S. Ghrysost., Hom. XLVi, § 3, t. I, p. 528.) « Qaœsiyit prsfectus et ab Hierace ubinam gentium essent ejus pa- « rentes. Gui respondit Hierax : Verus pater noster Christus est, et ma- « ter Fides, qua in ipsnm credimus. Terreni vero parentes mei mortui « sunt. » {Acta S, Justini, § III, dans Ruinart, Acta sincera, p. 59.)
* « Subinde prœses notitiam nominis et patriœ ac generis exquirit,
« relicto cultu Christian» religionis Cujus verba athleta Christi de-
« spiciens, genns ac patriam quod sibi superfluum videbatur postponens, « se Vincentîum nomine etsi indignum Christi tamen famulum ac levi- « tani esse, conspectu omnium nulio metu territus non cessât clamare. » [Acta S. Vincentii Aginnensis, ex antiquis lectionibus Ecclesiœ Agin-
nensif, Bolland., t. Jly jan., p. 161.)
n'ai point de parents, disait ce martyr. — Et qui donc, répliquait le juge, qui donc étaient ces deux vieillards qui pleuraient à la dernière audience?» Irénée répon* dait : «Le Seigneur a dit : «Celui-là n'est point digne de (( moi qui me préfère son père, sa mère, ôon épouse^ « ses frères ou ses enfants ^ »
La patrie était de même oubliée; la condition sociale, la profession, ne valaient point que le chré^ tien s'en souvint devant le magistrat. Les Actes des martyrs d'Occident, ceux d'Orient l'attestent de la même manière. A Lyon, au ii® siècle, saint Sanctus ne veut dire ni son nom, ni sa famille, ni son pays, ni déclarer s'il est libre ou esclave K « Je suis chrétien, » répond-il à chaque interrogation nouvelle. Ainsi fait, plus tard, saint Lucien, a Celui qui prononce cette pa« ' rôle, dit saint Chrysostome, a fait connaître sa patrie, sa famille, sa condition, tout enfin à la fois. Le chré-
1 « Probus dixit : Uxorem habes? Irenaeus respondît : Non habeo. « Probns dixit : Filios habes? Irenœus respondit : Non habeo. Probus « dixit : Parentes habes ? Irenaîus respondit : Non habeo. Probus dixit : « Et qui fuerunt illi qui prseterita flebant sessione? Irenseus respondit : « Preeceptum est Domini mei Jesu Christi dicentis : Qui diligit patrem^ « aut matrem, aut uxorem, aut filios, aut fratres, aut parentes super « me, non est me dignus. » {Acta sincera, p. 402 et 403.) Dans le texte donné par les BoUandistes, la réponse du saint est plus explicite encore : « Prsbceptum Domini mei Jesu Christi adimplevi dicentis : Qui non ab*- (( negaverit parentes suos et non renuntiaverit omnibus qu» possidet, « non potest meus esse discipulus. Et qui diligit^ etc. » (T. III, Mart., p. 555.)
* Euseb., HisU eccles,, lib. V, c. L
tien n'appartient pas à une ville de la terre, mais à la Jérusalem céleste. La libre cité de la Jérusalem d'en haut^ a dit l'Apôtre, est notre mère. Le chrétien n'a point de profession, il est du monde immatériel. Pour nous^ dit l'Apôtre, nous vivons déjà dans le ciel. Le chrétien a pour concitoyens et pour parents les saints. II est écrit : Nous sommes les concitoyens des saints et les serviteurs de Dieu. Une seule parole disait donc exactement qui était le martyr, quels étaient son pays, sa profession, sa famille ^ »
Ce sont précisément ces mêmes traits, familiers à /'épigraphie païenne, que proscrit celle des chrétiens. Une même loi semble les avoir bannis et des réponses des martyrs et de l'inscription funéraire dès fidèles. « S*il n'est chez nous chrétiens, régénérés dans le Christ, et tandis que nous sommes de ce monde, s'il n'est chez nous, dit saint Jérôme, ni Grec, ni barbare, ni homme libre, ni esclave, de telles distinctions ne seront-elles pas encore plus effacées quand ce corps périssable aura revêtu l'incorruptibilité, quand ces membres soumis à la mort seront devenus immortels^?» La liturgie grecque répétait de même : «Mes
1 Joh. Ghrysost.^ Homil, in S, Lucianumy éd. des Bénéd.^ 1. 11^ p. 528. Cf. Acta S. Justini, § III; Acta S. Maximi, § I; Actu S. Satuminiet Dativi, § XVI; Ada S. Didymi et Theodorœ, § I; Acta S, Cyrici, § II. (Ruinart, Acta sincera, p. 59, 157, 389, 397 et 478); Vita S. Severini, § IV. {BoHand., t. I, jan,, p. 485.)
' trEts'i adhuc in came positi et renati in Ghristo, non sumus Gnecus
wères, il nous faut tous subir un jugement terrible ; ce jugement devant lequel il n'existera plus ni esclaves, ni hommes libres, ni faibles, ni puissants, mais où tous nous paraîtrons nus^ »
C'est la nudité redoutable du dernier jour que me semble exprimer, dans sa forme dernière et achevée, la masse des inscriptions chrétiennes latines. Si l'on écarte quelques marbres bien faciles à compter, ces épitaphes^ abandonnant les données de l'antique formulaire, ne contiennent plus rien de ce qui était comme sa base essentielle^ l'indication du nom paternel, de la patrie, de la profession, de la condition sociale ^.
Telle était alors la loi commune. Le mysticisme parfois allait plus loin encore.
Avoir aimé et servi le Seigneur, lui avoir voué son existence, cela seul, disait-on, méritait un souvenir ; ainsi pensaient, dans ces âges de foi, ceux qui, pour
« et barbarus, servus et liber quanto magis cuni corruptivum hoc
« induerit iacorruptionem^ et mortale hoc iaduerit immortalitatem. » {Epitaph, Luciniî Pœtici, Epist, ad Theodoram.)
1 ^6e()àv, àSeXçot, t6 xptTYÎpiov, ôtiou jJiéXXojjLev Ttàvreç TiEptç-affOat • oOx èvi éx£t, SoûXoc oOSè èXeu6epoç, ou6è èçlv èxet (JLtxpàç oure \iéyoLi • àXXà TcdcvTSç fujivàt TrapiçàjjLsOa. (Goar, Euchologium, p. 569. Officium funereum in sacerdotem vita functum.) Voir encore, sur l'anéantissement de toutes les distinctions humaines devant le tribunal de Dieu, un éloquent passage de saint Chrysostome, HomiL VI in Lazar,, § 5.
* J'ai signalé, dans le premier volume de mes Inscriptions chrétiennes , p. 119 et suivantes, les exceptions à noter. Les nouvelles découvertes n'en ont guère augmenté le nombre, et laissent au même état la relation entre la somme totale des monuments.
chercher l'absolue perfection, renonçaient aux vaines joies du monde et se donnaient tout entiers à Dieu. Des épitaphes de prêtres, d'évôques, de veuves, de saintes filles, ne mentionnent, au lieu de Tâge réel, que les années consacrées au service du Très-Haut * ; comme les jours de tristesse chez les vieux Cretois, le temps écoulé dans le siècle ne valait point que l'inscription le rappelât*.
Un mot qui mérite que Ton s'y arrête, remplace parfois sur les tombes l'appareil des indications familières aux païens. C'est l'expression famulus Dei.
Bien qu'à coup sûr ce soit là le vrai titre de chaque fidèle, l'épitaphe le réserve pour celui que la mort a mis en face de Dieu. Les survivants ne sont point, que je sache, désignés ainsi sur les marbres. Une inscription de l'an 472, trouvée à Arles, et qui nomme deux époux, ne donne ce titre qu'au mari que sa femme a mis au tombeau ^. Un autre texte, moins antique que je ne l'eusse souhaité, puisqu'il nous reporte à l'âge de
* Inscriptions chrétiennes de la GaulCf n»« 18 et 507. L'abréviation /. C. G. indiquera, dans les pages qui vont suivre, le titre de mon Recueil. Gruter, 1054, 2; Fabretti, Inscr. antiq,, n» 310; Zaccaria^ Storia letteraria (fltalia, t. I, p. 303; Oderici, Sylloge veterum inscriptionum, p. 341; Spreti, De Magnit. Bavennœ^ t. I, p. 213; Villanueva, Viage literariOy t. XIII, p. 38; Marini, Papiri diplomatid, p. 223; Gazzera, Iscr, crist. delPiemonte, p. 57; L. Renier, Inscr, de l'Algérie^ no« 3430, 3675,3701.
« Gornutus, Ad Persii satyr. II, v. i, éd. de Venise, 1499, f» xxxiil. Cf. Meursius, Creta, iv, 9. — 3 /. C. G., n© 391.
D»ÉPIGRAPHIE CHHÉTIENNE. Il
l'empereur Léon le Philosophe, montre qu'au moins à cette époque la qualification de serviteur de Dieu était, ainsi que nous le montrent les vieux marbres, donnée à ceux qui n'étaient plus *.
Chez les païens, comme l'attestent les trois types lapidaires rappelés au début de ces pages, la coutume était de terminer Tépitaphe par le nom de ceux qui avaient fait prépara la tombe, et là se trouvait le plus souvent l'indication de la parenté terrestre que le fidèle devait répudier. L'épigraphie chrétienne écarte peu à peu cette mention, que rejette son type définitif.
Un monument de l'Italie rend visible, pour ainsi dire, ce travail de transformation.
Il est venu, pour Rome même, un temps où, malgré les grandes ruines dont la réaction chrétienne*, les invasions avaient jonché le sol, le marbre a manqué aux graveurs, comme le parchemin, le papyrus ont souvent fait défaut aux écrivains ^. De là, si je puis parler ainsi, certaines épitaphes palimpsestes , comme certains livres.
Un marbre romain offre le type achevé de ces monuments*. Trois légendes funéraires y ont été gravées successivement et, à chaque nouvel emploi de la dalle.
Const. LUI : 'Eviore tôv ôjii^yjffàvTWV Tcjj OocvaTtj», 6epa7r6vTCûV 0eoû
XpTllAaTiî^o'^wv
• Voir ci-dessous, p. 46. — 3 g. Augusl., Epist, XV, Romaniaao^ etc« — * De Hossij Inscr, christ rom,^ 1. 1, ïi* ^^1.
répitaphe antérieure a été effacée, La dernière, qui seule subsiste entière, est de la fin du v^ siècle ou du commencement du VI' ; les deux autres ne portent point de date ; mais si l'on imagine le temps nécessaire pour que deux fois des sépultures aient pu être oubliées et leur marbre repris, on devra faire remonter à une époque assez reculée Tâge des premiers textes.
Malgré leur mutilation, ces épitaphes ont été déchiffrées par rhabileté patiente de M. le commandeur De Rossi. Trois formules sont en présence sur la dalle : Tune de basse époque, les deux autres de beaucoup antérieures. Celles-ci portent le nom d'un père, d'un époux qui ont fait faire la tombe. Sur la troisième, comme le veut son âge, je ne lis plus d'autre vocable que celui du défunt.
Les païens^ auxquels l'idée religieuse n'apportait pas la consolation, répugnaient à rappeler sur les sépultures la date funeste de la mort *. L'esprit chrétien, qui regardait ce jour comme celui de la délivrance, admettait, au contraire, sur les tombes, la mention repoussée par
* Cf. /. C. G,, no 44; Lupi, Epitaphium Severœ, p. 77; Mabillon, De Cultu Sanctorum ignotorum, c. vi ; M. Marini, Aneddoti di G. Marini, p. 83; Pellicia, Politiay t. lï, p. 170. L'opposition de sentiment entre les fidèles et les idolâtres se montre par le rapprochement de ce vers d'an marbre païen du musé j Campana :
SET TIMVrr MORTEM NEC SE MORI POSSE PVTABAT,
et de ces mot? gravés sur la tombe d'une chrétienne ; beatior in dno
CONDEDIT MENTEU (L C, G., n© 44).
les gentils. Mais faire voir à tous, dans la séparation, une cause de joie plus qu'un sujet de larmes, était certes une entreprise difficile. Les plus éloquents y échouaient, et sur cette matière l'enseignement demeurait toujours à reprendre *. En accusant Tétat des esprits, un exact relevé des inscriptions chrétiennes fera comprendre quelle fut la grandeur de la tâche. Aux premiers siècles de rÉglise, alors que tant d'âmes flottaient incertaines entre les croyances d'autrefois et la loi de l'avenir, des fidèles, mal pénétrés encore de la doctrine évangélique, hésitèrent à rappeler sur les tombeaux la date de leur deuil ^. La succession des âges, je le montrerai plus loin, devait seule modifier la coutume antique K
J'ai déjà noté plus d'une différence entre les marbres funéraires des païens et les épitaphes des premiers fidèles. Il en est une autre, digne de remarque, et qui se rattache à un sentiment fort répandu aux premiers siècles chrétiens. Je veux parler de l'éloignement pour le métier des armes.
La loi nouvelle inspirait cette répulsion inattendue chez un peuple grandi dans les combats.
1 Voir mon tome !«', p. 92, 93; Chrysost., HomiL XLI, in EpùL, 1 ad Corinth.y § 4 ; Homil, m, in Epist. ad Philipp,, c. i, § 4 ; Conc, Tolet,, m, ao 589, c. 22; Greg. Turon., Fiïûp Pa^rw/w, xix, 1 ; Gratianus, Decretum, causa xiii, quœst, 2, etc.
* Une loi de 381, reproduisant les motifs d'une autre loi de 290, montre combien, au point de vue de l'horreur de la mort, les idées furent lentes à se modifier. (Voir mon tome 11, p. 220.)
8 Voir ci-dessous, p. 42,
Les Actes des saints et des martyrs étaient lus publiquement aux offices ^ Ces édifiants récits, que le fidèle écoutait debout, comme l'Évangile même^, lui disaient la vertu de Taracbus abandonnant l'armée par respect pour la foi ^, l'béroïsme de Maximilien qui, repoussant, comme chrétien, la marque militaire, paya de la vie une noble résistance ^. Par ces exemples sans cesse proposés à son admiration, dans les leçons des Pères, le fidèle apprenait que la guerre était une œuvre maudite, qu'en désarmant saint Pierre, le Seigneur avait con^ damné le métier des armes \
Voilà pour l'âge des martyrs. Le triomphe de la foi ne pouvait rien changer à ces sentiments. Constantin s'était eiforcé de sanctifier la vie des canips; mais la légion qui assistait aux saints mystères et répétait la prière écrite par l'Empereur, n'en devait pas moins verser le sang des hommes ^, Saint Martin refusait de combattre, et sa gloire en devenait plus haute ^, Un Père cependant montrait tout le danger de cet amollissement
1 Conc, Carthag., iri, c. 47; Mabillon, Liturg. galL, p. 20, 21, 39, 385, 405, 407, etc.
* Caesar. Arelat., Sermo Lxxxxv (n® ccc daos l'Appendix des Œuvres da saint Augustin),
» Acta S. Tarachi, §§ I et VU, (Buinart, Acia sinceray p. 423 et 436.)
* Acta S. Maximiliani. {Acta sincera, p. 300.)
* TertuU., De Corona militis, c. xix; cf. Orig., Contra Celsum Ht. VIU; S. Damas., Carm. xxv; Ambros., Expos, in Lucam, c. xiii;
Lactant., Insi. divin,, V, xviî, 12; VI, xx, 45.
6 Euseb., Vita Const,, iv, 20. — ^ Gregor. Turon., Mirac, S. Ma)/. II, 29 et 49.
D'ÉPIGRAHHIE CHRÉTIENNE. 15
des mœurs ^ ; et, devant la nécessité de pourvoir à la défense commune, TÉglise, dès son triomphe, devait frapper elle-même ceux de ses enfants qui désertaient les aigles *.
Rien ne saurait mieux que les inscriptions montrer ce que fut l'étendue de ce grave changement dans les esprits.
Trois collecteurs que je choisis à dessein, comme ayant enregistré des monuments de localités différentes, Reinesius^, Steiner^ Mommsen^ m'aideront à le faire voir. Sur 10,050 inscriptions païennes que contiennent leurs recueils, j'ai compté 545 épitaphes de soldats; ce qui donne une moyenne de 5,42 pour 100. La môme opération faite sur VIndex de Séguier, qui enregistre
* Synesius^ I>0 Regno, éd. de 1612, p. 22. (Voir à ce sujet les ac^jurations du païen que réfute Origène^ Contra Celsum, liv. VIII^ éd. Can^ tabrig., p. 427.)
* Concil, Arelat.y l, b9 314, c. 3 : « De his qui arma projiciunt ia a pace placuit abstineri eos de communione. » Ou a discuté sur le sens que présentent^ dans ce texte ^ les mots in pace. L'opinion la plus accréditée, et que j'avais adoptée d'abord, est qu'il s'agit ici de la paix rendue à l'Eglise. (Co/ic. GalL, t. I, p. 97.) La comparaison avec les .ois romaines me paraît maintenant montrer que le concile d'Arles parle des désertions en pleine paix, par opposition à celles qui pouvaient se produire en temps de guerre. Dans le Digeste, les expressions in pace, in bellOf distinguent en effet ces deux cas. L. V, § 1, De re militari : a Qui in pace deseruit eques gradu pellendus est ; pedes militiam mun tat. In belle idem admissum capite puniendum est. » Cf. L. 4, § 2. « Qui filium suum subtrahit militise belli tempore, exilio et bonorum « parte mulctandus; si in pace, fustibus c»di jubetur. » (xLix, 16.)
' Syntagma inscriptionum antiquarum, — * Codex inscrïptionum romanarum Hheni, — ^ Inscriptiones regniNeapohtant,
4,734 inscriptions chrétiennes, ne m'a donné que 26 soldats, soit 0,55 pour 100.
En Gaule, de même qu'en Italie, en Espagne^ en Afrique, le titre de soldat est rarement inscrit sur les marbres des fidèles, et si l'on peut en chercher la cause dans cette loi nouvelle qui faisait le plus souvent omettre dans l'épitaphe la profession du mort, ce trait est aussi trop conforme à ce que nous savons de radoucissement des mœurs aux premiers siècles chrétiens, pour ne pas accuser en même temps l'immense progrès réalisé par la prédication de TÉvangile.
On le voit par les pages qui précèdent, c'est à l'aide d'un long travail que l'épitaphe de l'idolâtre se transforme jusqu'à devenir l'inscription funéraire du chrétien. Tentons maintenant de marquer l'âge auquel nous reporte chacun des changements que je viens de signaler. Nous y pourrons surtout parvenir en étudiant dans le détail les formules des légendes lapidaires.
Les inscriptions chrétiennes à marques chronologiques, ces précieux types à défaut desquels il serait difficile d'estimer Page des monuments sans dates, n'apparaissent que tardivement sur notre sol. Dans la cité des Catacombes, les premiers monuments enregistrés par M. De Rossi remontent aux années 71, 107 et 111. Ils deviennent nombreux dès le m** siècle ^
1 Inscr, christ, rom, 1. 1.
D'ÉPIGRAPHIE CHRÉTIENNE. t7
Le plus ancien de nos marbres chrétiens datés ap** partient à Tan 334; quatre autres suivent, en 347, 9T7^ 405 et 409 ^ ; mais il nous faut presque descendre & la seconde moitié du v® siècle pour rencontrer en qoelqtie nombre ces vieux monuments de la foi#
A Rome, une part considérable des inseriptions saas date est évidemment antérieure à celles qui poriest des marques chronologiques. J'hésite à penser qu^il en soit de même dans notre patrie. Une grande simplicité, un laconisme extrême, distinguent, dans la ville sainte, celles des inscriptions chrétiennes qui ne sont pbint connues dans le formulaire païen K Ce caractère fait presque complètement défaut sur notre sol *•
Le type commun dont procède le plus grand nombre de nos textes épigraphiques confirme les données de la chronologie en accusant une époque secondaire^ Leurs formules de début, combinaisons banales où figure d'ordinaire le mot reqtiesgit^ ne se rencontrent pas, à Rome, avant la fin du iv® siècle ; en Gaule, avant 422 *. C'est là une première indication qu'appuie encore
1 /. C. G., no» 62, 596, 369, 591 et 248.
* Voir, par exemple, en se reportant à ce que j'ai dit plus haut, no» inscriptions de Marseille et d'Aubagne, ci-dessous, p. 52 et 53.
'Je dois même ajouter qu'en Gaule il ne saurait être tenu pour ua guide infaillible. La partie gauche de notre sol présente, en effet, des inscriptions de basse époque, composées d'un nom seul, (Voir mon tome II, no 579.)
* /. C, G,, no 53. Voir, pour l'âge comparatif des formules initiales, ci-dessous, p. 22 et 23.
18 Manuel
l'excessive rareté des symboles primitifs, le Poisson et l'Ancre.
J'ai parlé de la brièveté comme signe ordinaire d'une origine ancienne ; quelques rares inscriptions de Vienne, de Vaison, ne mentionnent ni l'âge du fidèle, ni le jour de sa mort, et présentent, par leur laconisme, le type exact des vieux marbres des Catacombes. A Trêves, une seule légende funéraire est datée; elle remonte à l'an 409 S et j'ai dit pourquoi la plupart des inscriptions de la contrée me semblent devoir être groupées autour de cette époque ^ Leur ancienneté m'est encore démontrée par plus d'un signe : mention du nom de ceux qui ont fait faire les tombes ^; défaut d'indication du jour de la mort*; fréquence remarquable de la colombe, l'un de nos plus vieux symboles^; défaut de croix gravées au début des épitaphes ^ ; absence de l'épithète bonœ memO' riœ ^ ; emploi des mots puella Dei pour désigner les religieuses ^ ; usage enfin du monogramme y^ ^, de formules antiques *<^, du début Hicjacet^K
Il est encore, pour les marbres des fidèles, d'autres
1 /. C. G., no 208. — « No» 248 et 277. — » Voir ci-dessous, p. 33 et suiv. — * Voir ci-dessus, p. 12 et suiv. — * Voir ci-dessous, p. 27. — « Voir ci-dessous, p. 28. — "^ Voir ci-dessous, p. 24. — ^ Voir cidessous, p. 24, — . • Voir ci-dessous, p. 27. — ^^ L C. Cf., no 316.
^1 Voir ci-dessous, p. 22. Je noterai de plus, mais sans attacher trop d'importance à cette particularité souvent insignifiante, que les monnaies trouvées dans les tombes de Trêves appartiennent au IV siècle (/. C. G., nos 239 et 282). Voir encore, au sujet de l'Âge des inscriptions qui nous occupentj mes autres observations, ci-dessous, p. 104 et suiv.
signes d'antiquité ; c'est l'absence de toute expression chrétienne dans des épitaphes que caractérisent seules des marques extérieures ; c'est le nom triple que portalent les vieux Romains ^; c'est une rédaction conforme au type épigraphique païen ^, sans autre marque de christianisme qu'une parole vague, un symbole des premiers âges; c'est enfin, au point de vue matériel, une exécution élégante, où se montre l'habileté des anciens lapicides. Ces particularités se rencontrent à Arles pour des inscriptions chrétiennes uniquement reconnaissables aux sculptures des riches sarcophages où elles sont gravées '; à Aubagne surtout et à Marseille, sur deux épitaphes de style primitif, témoins irrécusables de l'antiquité de notre foi*.
En recherchant l'âge probable des monuments où la date fait défaut, je viens de m'appuyer sur l'emploi ou l'absence de certains symboles, de certaines formules. Le style, les ornements de l'épigraphie ont, en effet, varié avec les siècles, et des marques, plus saisissables
* Je parle ici de la réunion à\x prœnomen, du nomen et du eognonien, telle que nous la présentent les noms de Marcus TuUius Cicero, Publius VirgUius Maro, (Voir .mon tome 1«', p. 133 ; De Rossi, Inscr, chtist. rom., 1. 1, Prolegom., p. cxil.
* A Autun, une épitaphe de l'an 378 (/. C. G., n» 7) porte encore la formule uemoriae aeternaë des inscriptions païennes. Le mot pax, qui se lit au début de plusieurs marbres des idolâtres, figure dans les mêmes conditions sur les plus antiques épitaphes chrétiennes d'Arles. (Cf. ci-dessous, p. 46, a: te 1.)
8 /. C. G., no» 517, 5 5. — * N»» 548 A et 51 B. (Cf. ci-dessous, p. 52 et 53.)
ao MANUEL
qu'oB »e serait tenté de te supposer d'abord, permettent d'assigner, en quelque sorte, un rang chronologique aux inscriptioas sans dates.
lyes indications courantes sur les épitaph^s des palans, la filiation, la patrie, la condition sociale, la profession, et, je le montrerai plus loin, la mention de la poslérilé dans la famille, nie figurent point, pour ain»i dire, sur les inscriptions chrétiennes de langue ktine. Une sap^ pression si générale accuse avec toute certitude l'exis* tence de lois qui régissent les formules ; elle m'autorise h rechercher les marques de leur application.
Exposer les principaux résultats que me donne, sur ce point, un examen d*ensemble, ce sera, je Tespère,
dissiper plus d'un doute, répondre par ayance, en quelque sorte, a;UX questions que l'on s'adresse parfois sur l'âge des monuments chrétiens dépourvus de toute marque chronologique.
Nos inscriptions en prose se divisent en deux parts. Queliques-unes, et c'est le petit nombre, sont conçues dans une forme qui procède plutôt des œuvres littéraires que du vrai style épigraphique*; celles-là ont été,
i /. C. G., no» 17, 211, 257, 391, 438, 483, 515, etc. Notre inscription h» 48, entre autres, si peu conforme au style épigraphique, se termine par la formulé OPTAM voBis filcissimi valeatis, qui est surtout particulière aux lettres. (XSyprion. Epist^ 1, 2, 3, 4, 7, 8, etc.; Ada S. Moiptaniy § XI; Si Aug^., EpùL 128, 129; Henzen, t. III Orellii, n*» 7215; Euseb., H, E., v. 4, in fine; Epist, Bonif. episc, dans Labbe, Concil.y t. IV, p. 1645; De Rozière, Formules, p. 951 et 1044, etc.) NOTAVI, igui se lit sur deux épitaphes (/. C. G., n^f 36 et 461), appartient au
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à coup sûr, éeriiespar lés parents, par les amis du mort ^ ; elles ne peuvent guère apporter d'éléments aux recherches de la statistique. Les autres, qu'un type commun rattache h différents groupes bien tranchés dans bt famille épigraphique, sont plus intéressantes à étudiar sous le point de vue spécial oii j'envisage en ce moment les marbres,
£n rompant, comme nous venons de le voir, avec les usages psuens qui froissaient leur sentiment religieux:, les fidèles ont continué ceux que ne paraissait point exclure la foi nouvelle. Ainsi, tandis qu'obéissant à la parole de Dieu, Us supprimMent, sur les sépulcres, rindication patronymique directe, tm tel fU$ d'un tel^ ils y maintinrent d'abord les noms des parents qui avaient fait construire la tombe, et parmi ceux4à figure souvent ce nom du père terrestre dont la v^le nouvelle proscrivait la mention ^
Cette forme, qui procède évidemment du type païen, caractérise, en Gaule, comme une première période dans le style épigraphique. On le voit aux marbres de Trêves, dont l'ancienneté se révèle d'ailleurs par un ensemble de signes importants ' ; aux inscriptions
formulaire diplomatique (/. C, G,, n» 461^ voir encore n» 475). Sub hoc consule, de l'inscription d'Evian (/. C. G,, n» 683), est une façon de dire familière aux chronologistes. (Voir Marins d'Avenches, le Chronicon paschalCy etc.)
* Voir ci-dessus, p. 5. — - * Voir ci-dessous, p% 74, note 1.^ — ' /. C. G., Préface, p. v et vi.
d'Arles, que leurs formules, leurs symboles, le système des noms, le style et la richesse des tombeaux ^, classent de môme au premier rang ; aux épitaphes de Sainte- Croix, de Vaison, datées de 405 et de 470; aux deux marbres de Marseille et d'Aubagne, dont Tantiquité ne peut être mise en doute ^.
Vers le début du v* siècle, un changement radical s'opère dans la rédaction des textes lapidaires. La mention dont je viens de parler disparait, et Tusage se répand de commencer les épitaphes par le mot Hic. HIC lACET, HIC PAYSÀT, HIC QYiESCiT, qui sc montrent à Trêves, en môme temps que la vieille formule, semblent être, en Gaule, les plus anciennes combinaisons où figure cet adverbe. Il en est de même à Rome, où, d'après le relevé des marbres antérieurs au vii" siècle* l'on trouve la première dès 365, la seconde en 371 ^. HIC REQviESCiT, moius fréquent sur notre sol aux temps anciens, et qui ne parait à Rome qu'en 376^, marque réellement la venue de l'ère nouvelle.
A l'époque de la décadence, c'est l'effet d'une sorte de loi que les formules se compliquent et s'allongent. Cicéron, Pline, écrivent simplement, au début de leurs lettres : « Tullius Tironi salutem. » — « C. Plinius a Tacito suo salutem. » Aulempsdesaint Augustin, de
* /. C. Cf., no» 517 et 525. Ci-dessous, p. 35, note 1. — * Voir cidessous, p. 52 et 53. — 3 De Rossi, Inscr. chr, rom,, t. I, n© 178. —
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saint Paulin de Noie, on y lira: a Domino merito vene- « rabili et vere suscipiendo patri Augustino episcopo « Macedonius. » — « Dilecto fratri merito prsedicabili (( et venerantissimo^Pammachio Paulinus ^ » Le style épigraphique suit la règle commune ; la formule hic REQYiESGiT va sc Compliquant, lorsque les temps s'avancent, et Ton voit successivement paraître chez nous en 469,473,488, me reqviesgit in page, me REQviEScrr bonae
MEMORIÂE, HIG REQVIESGIT IN PAGE BONAE MEMORIAE ^,
avec cette circonstance remarquable que la formule la moins simple est en même temps la plus récente^.
IN HOC TVMVLO REQVIESGIT, IN HOC TVMVLO REQVIESGIT BONAE MEMORIAE, IN HOC TVMVLO REQVIESGIT IN PAGE BONAE
MEMORIAE, se montrent à dater de 492 ^, comme pour compléter et pour clore ^ la série des formules tumulaires de l'époque mérovingienne. Les noms de ceux qui ont fait faire les tombes, les débuts du style ancien, me lAGET, me QviESGiT, HIG REQVIESGIT ^, uc se remarquent plus alors.
La statistique peut fournir encore plus d'un moyen
1 Voir 60001*6 les lettres de Fortunat, éd. de Luchi, V, i, v, vi, etc., Grégoire de Tours, H. Fr., IX, xxxix et xui, les formules réunies par M. de Rozière, p. 965 et suiv.,.etc.
« /. C. G., no" 87, 72, 374 A. — 3 Voir ci-dessous, p. 49, un autre exemple de ce fait. — ^* L C. G,j n® 32. — * n» 477. C'est notre dernière inscription datée; elle est de Tan 69â. — ^ Sauf pour une épitaphe qui, de toute évidence, ne procède pas du type épigraphique commun (/. C G., no 211), HIC REQViESCiT, sans formule accessoire, ne se trouve pas en Gaule au delà de 487 (no 379).
d-appréciatioa, et j'enregistre, d'après Tordre de leur suiccession matérielle, les façons de dire auxquelles je crois utile de s'arrêter»
DEPOSiTio, sui^i du nom au génitif, apparaît, pour la Gaule, en 334 et en iOS^; regessit, de 347 à 489 <; SEGESSrr, an 378 ^; obut, de 422 à 632 environ * ; tràitsiit, de466à695^
£a 431, 491, les religieuses sont nommées, sur nos marbres, seosagaatà pvella, pvella deo plagità^; dans les inscriptions de Trêves, dont l'antiquité est sans coU"*
teste, PVELLÂ DEI, PVELLl SAKCTIMONIALIS ^. EU 511 pOUr
la première fois, en 520, 524 et 540, ces saintes filles re^vent le nom de beugiosa^, fréquent, comme on le sait, dans le texte de Grégoire de Tours, les Capituiaires, ks lois baii)ares ^, et qui devait rester dans notre lan^ gage.
VAXwm DEI se montre de 449 à 552 ^^; Pépithète bande bohae mbmorue, de 473 à 689 '^; je ne retrouve, en Gaule, qu'en 511, plvs minvs, qui se présente pour la dernière fois sur un marbre daté de 643 ou 690 ^^ ;
i /.C. G., no» 42 et 591.-2 N»» 595, 79 et 548. (Cf. ci-dessous, p. 26, note 8, pour les marbres de Marseille.) — • /. C. Cf., n» 7. — * Premier exemple, n« 74; dernier exemple, n» 573 A. (Cf. n© 391.) Cette formule est la plus fréquente. — ^ Premier exemple, n» 74 ; dernier exemple, a© 477. Formule moins fréquente que la précédente. — « N*» 44 et 388. — ' N»» 258 et 259. — 8 No» 387 A, 663, 435, et 688; voir encore, fifi» 549 et 685, deux inscriptions évidemment de basse époque. (Cf. cidessous, p. 195.) — » Canciani, t. I, p. 118; t. UI, p. 261, 270, 282; t. IV, p. 66. — 1« /. C. G., no» 667 et 65. — " No» 72 et 621.
^* /. C, G,, nos 437 ©t 586 A. A Trêves, où les inscriptions, bien que
OBiiT m CHRisTO, formule spéciale aux légendes lapidaires de la Viennoise, paraît de 515 à 56S *.
Les inscriptions portent souvent des marques chronologiques mutilées, ou insuffisantes, quoique demeurées intactes. Telle est, par exemple, Tindiction exprimée «eule; tels sont encore la trace d'un postconsulat.
sans dates, présentent des signes sérieux d'antiquité, cette expression parait avoir été employée plus anciennement que dans le reste de la Gaule. Elle existe dans cette ville sur des marbres marqués du monogramme secondaire T. (No» 239, 245, 263, 273.)
Je ne saurais évidemment prétendre à expliquer la venue successive des formules que j'enregistre; pour plusieurs, sans doute, leur adoption n'a été que le résultat d'une mode. L'apparition tardive de plys uinvs gemble toutefois avoir sa raison d'être. Chez les Romains, comme l*a fait observer le savant M. Le Clerc {Journaux chez les Romains, p. 198), le jour de la naissance était noté sur un registre spécial. A côté de cette constatation intéressante au point de vue civil (Pardessus, Mém, da VAcad. des inscriptions, t. XIII, p. 266 et suiv.), la croyance à l'influence des planètes faisait relever avec soin jusqu'à la dernière circonstance astronomique du moment où l'enfant venait au monde. (De Rossi, Inscript, christ, urb, Romœ, 1. 1, n» 172; AUmer, Découverte dans Vèglise de Saint-Pierre de Vienne, p. 21 : sed iniqva Stella et genesis MALA, etc.) Il est donc rare de trouver dans les inscriptions païennes la mention plvs minvs, qui indique l'incertitude sur l'âge des défunts. (Fabretti, p. 588, 589.) L'exactitude dans les constatations devait disparaître plus tard. En même temps que la sénilité de Rome, les invasions barbares vinrent détruire les vieux usages; le christianisme, pour lequel l'heure de la mort importait plus* que celle de la naissance, condamna la foi à l'influence des astres. (TertulL, De idoloL, c. ix; S. Augustin, Confess,, VII, vi; S. Ghrysost., In Epist, ad Cor,, Hom. V, éd. de Montfaucon, t. X, p. 32 A.) Alors seulement devint fréquente la formule de doute plvs minvs, dont la multiplication, au temps du Bas- Empire, est peut-être attribuable aux deux causes simultanées que je viens d'indiquer.
1 /. C. G,, nos 693 et 466 A.
les noms des consuls à nombreux homonymes i. Il importe de tirer parti de ces vagues données.
Je note, dans ce but, que, sur les marbres originaux, l'abréviation du mot consul n'est point écrite C05 après 377*; que notre premier postconsulat est de 405, de même que le titre impérial de Dominus noster^ ; que la première longue série d'années calculées après un postconsulat remonte à 486 * ; que le titre de vir Claris-' simus ne figure point dans les dates épigraphiques avant 447^; la désignation jiimor, ajoutée au nom du consul^ avant 474^, et qu'enfin, je trouve pour la première fois en 447 le nom d'un seul de ces hauts personnages ^. Quant aux épitaphes datées simplement de rindiction, je dois rappeler que, sur notre sol, le premier emploi de cette supputation, d'ordinaire accessoire, ne remonte qu'à l'an 491 ».
1 Le nom de Symmaque, entre autres, se trouve cinq fois dans les fastes, de 330 à 522.
* /. C, G., no 369. Cette observation, que le petit nombre de nos marbres anciens ne m'eût point permis de consigner, résulte des relevés opérés par le savant De Rossi sur les épitaphes romaines qu'il a fait connaître.
3 /. C. G.y no 591. — * No» 662, 388 A, 481 A, 474 B. — » No 35. — * No 632. Cette qualification est très-utile pour l'appréciation des dates à une époque où les marbres ne portent souvent que le nom d'un seul des deux consuls. — ^ No 35.
8 / c. G., no 388. Les marbres datés de la seule indiction portent un autre signe de basse époque dont le mot obitt, qu'ils présentent tous (no» 37, 386, 458 A, 478 L, 513, 523, 524, 532, 616 A, 628, 629), à l'exception des deux épitaphes de Marseille, où une coutume locale a longtemps retenu la vieille expression recessiU (Nos 545 et 551; cf. mon tome II, p. 33.)
D'ÉPIGRÂPHIE CHRÉTIENNE.
Le relevé statistique des symboles peut de même servir au classement des épitaphes.
L'Ancre et le Poisson figurent sur nos marbres, et, bien que nous y retrouvions la dernière de ces marques en 474 et plus tard même, sans doute S l'antiquité incontestable de quelques-uns des monuments qui les présentent ^, les données positives fournies sur leur âge par les tombes romaines^, ne sauraient permettre d'bésiter à leur assigner, pour la plupart des cas, le premier rang.
Les autres signes et symboles apparaissent dans Tordre suivant sur nos inscriptions datées :
SIGNES
ET SYMBOLES