‹ Manual dé̕pigraphie chrétienne d'apres̀ les marbres de la Gaule, accompagné d'une bibliographie spécialeChapitre 6 sur 19 · GAULE · texte numérisé non relu

GAULE

P yT — w A ' ^

Voir, pour ces symboles, ci-dessus, p. 27.

De 268 à 500, 524?

De 298? 323 à 451 ou

De 355? 360 à 500.

De 355 à une date qui se classe entre 542 et

De 378 à 612 K

De 377 à 493 «.

De 377 à 547 3.

De 400 environ à 525 ou 540 *.

(au débat de la première ligne des inscriptions monumentales).

+ I De 375? 407 à 527.

(dans les épitaphes).

De 391 à 472 ou 439.

De 445 à 676 ^

(an début de la première ligne des épitaphes).

De 450 à 589.

De 448 à une date postérieure à 585 7.

De 450 environ à 563 8.

De 503 à 680 environ 9.

1 De Ros8Î,/w5cr. 1. 1, no» 10, 923, 991. /. C. G., no^ 7 et 561.—^ De îlossi, BuU. 1863, p. 22 ; Inscr, t. I, n«* 26, 753. (La rareté de ce signe est déjà extrême à Rome après l'an 409. De Rossi, De ehrist, tit, Carth., p. 33.) /; C. G., nos 269 et 77. — s De Rossi, nos 127, 143, 491. /. C. G., n«« 369 et 467. — * De Rossi, no8 125, 1100. /. C. G,, no» 412 et 55. — * L'ensemble de cette partie des iilscriptions romaines n'a pas encore été publié. — « /. C. G., nos 617 et 91. — ^ De Rossi, no» 249, 576. I.C. G.,no8 68 et 507. — s De Rossi, nos 392, 845. /. C G., nos 5^5 et461. — t De B)08si, n«* 748, 1126. /. C. G., no» 70 el \Ô^w li^ s«.^«sv\.tQtûa:\T!L^

On vient de le remarquer, sans doute ; Rome précède toujours la province dans l'adoption des formules, des symboles lapidaires, et les abandonne avant elle.

Une autre loi se dégage de ce fait.

Dès le XV® siècle, les monuments italiens présentent le caractère qui les distinguera, sur notre sol, seulement au temps de la Renaissance. L'Italie fait ainsi le premier pas, et nous suivons à une distance considérable. Ce qui est vrai pour les œuvres de l'art moderne ne l'est pas moins pour les antiques symboles. Abandonné à Rome dès le début dû v* siècle, le Poisson mystique, par exemple, trouve encore longtemps place sur les monuments chrétiens des provinces, lentes à oublier comme à adopter les traditions de la mère patrie *.

De là, une différence nécessaire de limites dans la collection des marbres de Rome et de ceux de la Gaule. J'ai continué jusqu'au vin» siècle la recherche que le commandeur De Rossi clôt avec toute raison, pour sa part, un siècle auparavant; nos deux recueils n'en contiennent pas moins des textes entièrement parallèles, . et, si je puis parler ainsi, un même cycle épigraphique*.

ingénieusement fait voir, dans l'emploi successif des deux monogrammes y|^, T, et enfin de la croix, le christianisme dissimulant

d*abord ses symboles, la croix se montrant ensuite à demi voilée pour 5,e produire plus tard avec toute liberté. {De christ. Ht. Carth,, p. 38.)

* De Rossi, De christianis monumentis IX0ÏN exhibentibus , p. 5. /. C. G., no 261.

> En donnant pour limite à son recueil le commencement du vu« siè-

D'ÉPIGRAPHIB CHRÉTIENNE. 31

C'est la conséquence nécessaire du retard, puis de la persistance que la province apporte à suivre Timpulsion donnée par la ville sainte.

Que Ton me permette, en terminant ce paragraphe, de montrer par un double exemple le mode d'application pratique d'une part des données que je viens d'exposer.

Je choisirai, comme premier type, une inscription indiquée à Paris par Grégoire de Tours :

HIC REQVIESCrr GRESGENTIA SAGRATA D£0 PVELLA.

Cette légende présente à mes yeux quatre marques d'antiquité : brièveté du texte ; défaut d'indication du jour de la mort*; début simple hic reqviescit, que nous savons antérieur à des formules plus compliquées; SAGRATA DEO PVELLA, cxprcssion qui distingue, comme nous venons de le voir, nos plus vieux monuments.

D'après mon système , l'épitaphe de Crescentia se classerait donc parmi nos plus anciennes. Cette appréciation est fondée, puisque, au temps de Grégoire de Tours, c'est-à-dire au vi® siècle, la tombe était mutilée, délaissée, et le souvenir de la morte complètement perdu*.

cle^ M. De Rossî s'arrête^ dit-il, au moment où les inscriptions font temporairement défaut. {Inscriptiones christianœ urbis Roniœ, 1. 1, p. 517, 518.) Ce fait ne se produit, en Gaule, qu'à la fin de la même période. (Voir ci-dessous, p. 188.) » Voir ci<les8U8, p. 12 et 13. — « /. C. G., n© 203.

3â MANUEL

Un deuxième type m'est fourni par une épîlaphe de Narbonne* :

+ HIC R€QVI€SCer IN PAG€ BON€ M€ M0R1€ DOMOTVS QVI BIXIT PL MINVS ANNVS XXXVII OBI €T KÏL IVLIAS IND V YC

GONSS

D'après la comparaison des marbres qui nous son connus, cette inscription est postérieure à la fin du IV® siècle, par la forme, irréguiière au singulier, de Tabréviation coNss, moins ancienne que conS et surtout que cos ; elle est postérieure à 422, à cause d'obiit; à 437 peut-être, àS03 plus certainement, par la croix gravée en tête de la première ligne. Elle ne semble point devoir remonter plus haut que 447, à cause de la mention d*un seul consul et de la qualification vir clarissimm ajoutée au nom de ce dernier ; plus haut que 488, à raison de la longue formule initiale, hic requiescit in pace bonœ memoriœ; plus haut que 49i, par la présence de Tindiction ; plus haut que 511, à cause de l'emploi des mots plus minus; et le détail de la paléographie n'infirme en rien ces nombreuses données. J'ajoute que l'absence du nom de ceux qui ont fait faire la tombe^ mention dont je rencontre des exemples jusqu'en 470 ^ rend

1 /. C. G., 11° G13 A. -- 2 Voir ci-dessou?, p. H, 21, 22.

D'ÉPIGRAPfilE CHRÉTIENNE. 38

probable l'attribution du monument à une basse époque.

Restituons maintenant, dans notre légende, le nom du consul Mavortius, que j'avais omis à dessein; il reporte le marbre de Narbonne à l'an 527, et montre ainsi l'utilité pratique des règles dont je viens de faire usage, puisque leur application m'amène à seize années seulement en deçà de la date réelle*. Ces règles pourront souvent encore rendre d'utiles services, lorsqu'un monument présentera, avec des signes dont l'âge initial jBst connu, d'autres signes qui, comme les formules RECEssiT*, DECESsiT, commc Ics chrismcs ^, T, l'A et

rllJ, ne se montrent pas au delà d'une époque déterminée ^

Je viens de m'appuyer plus d'une fois sur des traits où je vois une marque d'antiquité : mention de ceux

^ Il ne sera sans doute pas superflu d'établir par une troisième épreuve l'exactitude d'un système où chaque pas est nouveau. Les épitaphes datées de la seule indiction m'en fournissent le moyen. J'ai dit plus haut (p. 26) que l'usage de cette note chronologique accuse^ pour les marbres, une époque basse. Les inscriptions qui la présentent devront donc offrir en même temps les marques propres au dernier âge : absence du monogramme X^ du nom de ceux qui ont fait faire la tombe^ croix au début de la première ligne^ mention du jour de la mort^ début de forme banale et compliquée^ «mots bonœ memoriœ, obut,plus minus, religiosa. Toutes ces particularités caractérisent^ en effets les épitaphes dont je parle. (/. C. G., no» 37, 83, 386, 458 L, 465, 478 A, 483, 513, 523, 524, 532, 545, 551, 616 A, 624, 629.)

* Ou n'oubliera pas .! 'exception toute locale que j'ai signalée pour le mot RECESSlT (ci-dessu.-, p. 26, note 8).

s /. C. G., no» 575 D et 576 F.

qui out fait faire la tombe, prétention du jour de la mort. Il me faut en expliquer la valeur.

Nés en plein paganisme, les premiers chrétiens ont fréquemment, je le .répète, suivi, pour rédiger leurs épitapbes, le type en usage au temps où ils vivaient, et les formules antiques ne s'effacèrent que par degrés ^. Chaque phase de leur disparition marque un progrès des âges. Pour qui veut reconnaître les caractères particuliers des marbres aux diverses époques, il est donc nécessaire de suivre et d'étudier Tépigrapbie dans chacune de ses transformations.

Nos légendes présentent quatre classes distincte9| dont le type se détermine ainsi :

Les premières inscriptions de la Gaule chrétienne sont, de toute évidence, les épitaphes du type païen qu'ont fournies Marseille et Aubagne **

Des acclamations dont je parlerai plus loin, l'antique monogramme ]^, la brièveté, caractérisent les secondes ^.

La forme des noms, l'absence des mois bonae MfiMORiAE, celle de la croix en tête des épitaphes, quel-

i J'aurais cru devoir trouver dans le D. M. sigle de Dis Manibus tracé en tète de quelques marbres chrétiens, une marque d'antiquité* Mais si cette abréviation parait figurer à Marseille sur une épitaphe de stylo ancien (n» 550), elle est jointe ailleurs (no« 361 et 470 B) à des formules qui accusent une basse époque.

« /. C. G., no8 548 A, 551 B, et ci-dessous, p. 52, 53. — 3 Voir p. 45, 21 et 18.

D'ËPIGRÂPHIE CHRÉTIENNE. 35

ques raisons historiques et artistiques *, nous mènent à une troisième classe, en permettant d'attribuer ati IV* siècle ou au v* un grand nombre d'épitaphes sans date sorties des fouilles de Trêves et d^ Arles * A Sainte - Croix-du-Mont, à Vaison, l'indication précise des années 405 et 470^, à Lyon, à Vienne, à Sainte-Colombe, le défaut de formules banales ^ le mot regessit ', la forme des caractères • fournissent encore ou des marques certaines ou de graves présomptions d'antiquité.

La dernière série de nos inscriptions est déterminée par des dates explicites du vi* ou du vii* siècle, par des signes, des symboles qui, d'après mes relevés, suffisent à placer les monuments dans la même période chro-^ nologique. A ces textes appartiennent, pour ne point tout citer, les formules secondaires : hic reqviescit in

PAGE, HIG REQVIESGIT BONAE MEMORIAE, HIG REQVIESCrr IN

^ Le style des riches sarcophages de marbre où se lisent deux épitaphes d'Arles montre l'ancienneté de ces légendes (/. C. G., d^* 517 et 525). Jamais, en Gaule^ les belles tombes à IBgures ne portent les inscriptions que j'attribue à une basse époque. L'épitaphe du Yl^ siècle^ qui se lisait à la Gayole sur un monument de cette nature (n^ 629), y avait été ajoutée après coup, puisqu'elle n'était point portée sur un cartouche (cf. no» 517 et 525), mais écrite sur le bord, en une seule ligne, comme l'inscription de FI. Memorius (n^ 511). Dans un livre sur les œuvres d'art des premiers chrétiens de la Gaule, je rassemblerai d'autres preuves de l'antiquité de nos sarcophages.

' Voir ci-dessus, p. 18, et ci-dessous, p. 119.

8 /. C. G., no* 591 et 496. — * No* 50, 64, 438, 460 B. — » No 460 B.

— • t pour F se trouve dans l'épitaphe d'une femme baptisée par saint Martin (/. C. G., no 412) et dans d'autres inscriptions dç>\\\. \fôà %^^kvboles ou les formules attestent raucienneiè. (Voit cVà'i?.^Q\i'5>5 v» ^*^*^

PAGE BONAE MEMOaiÂE, IN HOC TYMYLO REQYIESGIT IN PAGE

BONÂE MEMORUE, débuts qui se montrent vers la fin du y*' siècle, et marquent comme une ère nouvelle dans les âges de répigraphie*.

Cette distinction faite, si j'examine les traits particuliers à chacune des classes indiquées, je remarque sur les premières épitaphes les noms de ceux qui ont fait faire la tombe ; dans la quatrième série, cette mention fait défaut.

Parmi les signes d'antiquité que signale le savant de Rossi, dans les inscriptions chrétiennes de Rome, j'ai été heureux de trouver également la mention de ceux qui ont enseveli le mort*. Jusqu'en 408, elle se montre sur les marbres de la ville éternelle ^ ; à compter de cette dale, et soixante ans avant que le même fait se produise dans notre patrie^, le style change et cette mention disparaît^. Alors se présentent, comme plus tard pour la Gaule, les débuts de forme secondaire; l'épigraphie provinciale et celle de la métropole obéissent aux mêmes lois et marchent, pour ainsi dire, d'un pas égal.

1 Voir ci-dessus, p. 23. — 2 Inscr, christ, rom,, t. I, Proleg., p. ex. — 3 Inscr, christ, rom., t. I, u© 585. — * A» 470 (/. C. G., n© 591). G'egl le fait d'une règle dont je viens de parler, p. 30.

* Sur les rares inscriptions romaines où se lit, après cette époque, le nom des survivants, il ne fij^ure plus que dans la mention du contrat d'acquisition de la tombe (De Rossi, voL cit., n»» 7G5, 900). Ce dernier point n'est pas rappelé dans nos inscriptions chrétiennes.

La mention du nom des survivants introduit dans les épitaphes, constitue donc une marque sérieuse d'antiquité.

Le fait s'explique de lui-même. Une classification,

singulière surtout par son adoption générale, rapproche et groupe, dans les anciens recueils, les inscriptions païennes où figure le nom de ceux qui dédièrent les tombes. De là ces larges catégories des Affectus conjugumy parentum^ fratrum, filiorumy que formèrent Smetins, Gruter, Muratori et ceux de leur école.

Pour les monuments de Tépigraphie, qui gagnent tant à être comparés entre eux, tout mode de classement, si naïf qu'il puisse être, a pourtant sa valeur. On le voit à l'index alphabétique de Séguîer, simple table rangée sans méthode scientifique, et précieuse cependant pour la recherche de l'âge des marbres chrétiens par l'étude des formules initiales.

Le groupe sans fin des Affectus met en relief l'usage, général chez les païens, de mentionner sur les tombeaux les noms de ceux qui les firent élever. Les fidèles, pendant de longues années, ont donc conservé, sur cet autre point, la méthode antique. Mais l'épigraphie chrétienne proscrivait toute indication de la parenté terrestre; elle avait supprimé dès l'abord la mention patronymique directe *. Les noms des parents se montraient

1 Voir mon tome /«', p. 126.

dans la formule familière aux gentils; le type définitif devait la repousser. Nous ne la trouvons point sur notre sol après Tan 470.

Je me résume.

Si des inscriptions sans date portent Tindication nominative de ceux qui ont fait préparer le tombeau, une probabilité fondée sur les résultats de la statistique ne permet pas de les faire descendre, pour Rome, de même que pour la Gaule, au delà du y® siècle *; aux âges suivants appartient le plus grand nombre des légendes où cette mention fait défaut. Nous acquérons ainsi, pour la classification des marbres chrétiens, un instrument dont Texactitude est attestée par le parallélisme des épitapbes romaines et de nos propres monuments K

1 L'eBtime pourra devenir plus précise si l'inscription présentOi en même temps que cette particularité, comme Tépitaphe de Gaillardon (/. C. G; no 575 D), des formules, des symboles, dont l'âge initial sera connu. (Voir ci-dessus, p. 22 et suiT.)

* Pour la ville étemelle, les résultats de la loi que je viens de signaler seront plus précis que pour la France. Une ingénieuse distinction, due au savant M. De Rossi, détermine à Rome deux grandes séries d'inscriptions : celles qui appartiennent aux Catacombes, celles des sépultures qui plus tard s'agglomérèrent autour des basiliques ou dans leur enceinte. L'antiquaire romain, classant ses marbres suivant l'ordre des temps, montre qu'en 340 se présente pour la première fois avec toute certitude un monument de la deuxième série. {Inscript, christianœ urbis Romœ, t. I, p. ci.) Je viens de rappeler qu'à Rome la mention des noms de ceux qui ont fait faire la tombe s'arrête à l'année 408. Ces deux bases fournissent, me semble-t-il, un moyen de classer dans un intervalle de soixante-huit années environ un grand nombre d'épitaphes romaines. En effet, lorsque, par des signes matériels qu'indique le savant antiquaire^ une inscription tumulaire de Rome doit être attribuée aux ba-

D'ÉPIGRÂPHIE CHRÉTIENNE. 89

J'ai exposé ailleurs comment la forme des noms propres pouvait servir à classer dans Tordre des tempà les inscriptions sans date ; comment le vieux nom triple accusait, à mes yeux, une époque primitive*; comment les vocables empruntés à ceux des empereurs pouvaient parfois permettre de rattacher les monunients au règftè de ces princes K A Taide des nombreuses inscriptions chronologiques du sol romain, le savant commandeur De Rossi a pu étendre davantage l'application de eettt sorte de règles. On consultera avec fruit les ingéhieut aperçus qu'il apporte, pour l'histoire des noms aux premiers siècles chrétiens ^. J'ai utilement appliqué à nos marbres plus d'une de ces observations^ Les résul^ tats acquis par, l'antiquaire italien, ceux qui me sont propres, me permettent de maintenir mes premiers ju^ gements et de poser en principe': que les tria nomina du vieux système tt)main accusent une haute antiquité *; que le nom double, peu usité du v*^ au x® sià^

siliques, sa proYenance ne parait pas permettre de la faire remonter au delà de 340. Si^ d'un autre côté^ ce marbre présente les noms de cent qui l'ont fait graver, ce point interdit, d'après les enseignements de là statistique, de le faire descendre sensiblement plus bas que l'année 408.

1 /. C. G,, t. I, p. 133, note. — « T. I, p. 403. — » Inscr. ehriHè rom,, t. I, p. cxii, cxiii. — * Cf. ci-dessus, p. 19*

* Cf. De Rossi, 1. 1, p. cxii. Nos marbres datés donnent, en 347 (n* S96) t VAL.SETVERA, PAC . PATROCLVS; en 377 (no 369) : pontivs asclepio^ DOTVS ; en 447 (n© 35) : décora mercvrina. Le nom double ne s*y montre plus à compter de cette époque. Les marbres sans date qui le présentent (no» 64, 222, 223, 230, 252, 275, 320, 511, 519, etc.) offrent en même temps les caractères qui accusenV un ^^^ t^\i\^*VL^V.^'QN«^^!!i^

cle S indique la seconde époque^ ; que le nom simple, qui est de tous les temps, règne exclusivement dans le troisième et le quatrième âge ; que les vocables germaniques n'apparaissent point sur nos marbres avant l'année 455 ^ ; que l'antiquité des inscriptions d'un lieu donné est en raison inverse du nombre de ces derniers noms *. Dans mon essai de classement chronologique des

que je réserve les noms doubles dans la composition desquels^ par un usage qui s'est perpétué^ Flavius figure comme prénom. (Cf. Du Gange, De infimi cevi numism. G. XLiv; Gannegieter^ De mutata nominum rationé, p. 8; L. Renier, Inscript, de tAlg., n© 4066; De Rossi, loc, CiU; mon tome IJ, n» 405, etc.)

* Voir tome II, p. 450, ma Dissertation n« 609.

s Je parle ici seulement au point de vue épigraphique. Si les noms doubles ou multiples ne se rencontrent point sur nos marbres après le v« siècle, il faut, en effet, se garder de croire qu'ils aient alors cessé d*ètre usités en Gaule. Au vi* siècle, je trouve, dans notre histoire littéraire, des personnages nommés Magnus Félix Ennodius, Alcimus Ecdicius Avitus, Rusticus Hëlpidius, Securus Melior Félix, Georgius Florentinus Gregorius; au viP siècle, Audoenus Dado. L'appellation unique mentionnée sur les tombes gauloises de la même époque n'est donc peutêtre parfois qu'un nom diacritique, c'est-à-dire celui par lequel le mort était généralement désigné. (Voir à ce sujet Borghesi, Lapide Gruteriana, Œuvres, t. III, p. 503.)

* N® 610, inscription de Montady, Première Narbonnaise. Oh remarquera que le vocable teutonique gravé sur cette épitaphe se rencontre précisément dans la première province où les barbares se soient établis. Voici les dates auxquelles je trouve ensuite sur nos marbres des noms germaniques : 483; 486; 487; 488; après 490; 491; 500, 527, 591 ou 690; 501? 506; 510; 523? 527; 529 (ou 486?); 537; 538 ou 600; 541; 547; après 549; vers 560; vers 573; 582; 600 ; 606; 628 à 629; 643 ou 690; 676; vers 680. (N»» 448, 388 A, 379, 374 A, 556 A, 474 B, 388, 565, 374, 381, 31, 61, 390, 370, 373, 567, 616, 394, 467, 384, 209, 211, 611, 474, 397, 397 A, 586 A, 91, 199.)

* Voir mon tome II, p. 358, et dans les Mémoires de la Société des Antiq, de France, t. XXVIII, ma Note sur le rapport de la forme des noms propres avec la nationalité ^ à l'époque mérovingienne.

inscriptions sans date, je ne saurais négliger les quelques éléments que peut donner la paléographie. Par la singulière variété de leurs caractères, nos marbres se prêtent en effet à des observations profitables, si Ton se garde de conclusions trop absolues.

Si j'écarte l'F (F), que j'ai mentionné plus haut *, les lettres de forme exceptionnelle ne remontent point au delà des premières années du v® siècle.

D'après les marbres datés, les B, les E, les F, les P, les ^, les R, dont la haste dépasse les membres transversaux, comme dans Finscription de Saint-Ferjeux2, se montrent en 485 ou 508, 502, 520, 547, 563, 600, 646 et 676? 3.

Le C carré paraît en 506, 534 ou 609, 568, 573? 602, 643 ou 690*.

Je trouve en 487, 492, 527, 562, 571, 573? 600, 606, 646? le D tournant au A ^. La forme du A réel substituée à celle de la lettre latine se rencontre en 586 ou 587, 593 (ou 473??), 600, 646? 689«;

* P.35. Cette lettre se rencontre sur sept marbres, dont six (/. C. G., n«» 50, 58, 412, 438, 575, 676) présentent d'ailleurs, par leur texte ou leurs symboles, des marques sérieuses d'antiquité. (Cf. ci-dessus, p. 22 et suiv.) La septième (n«> 458 A) est un fragment trop petit pour se prêter à une appréciation raisonnée. Je trouve à Rome le môme caractère sur une inscription chrétienne datée de 439 ou 472. (DeRossi, Inscr. christ, rom., t. J, n«> 847.)

« /. C. G., no 680. — 8 No» 434, 70, 633, 467, 466, 474, 476, 91. (Cf., t. II, p. 574.) — * NOS 631, 556 G, 616 B, 211, 397, 586 A. — « NO» 474 B, 623, 613 A, 461, 432 B, 211, 474, 397, 476. — « N»» 597, 620 A, 474, 476, 621.

L'6 lunaire, en 527, 545 ou 605, 666 ou 667, 676 *;

L'b, en 405, 495, 534 ou 609, 545 ou 605^ 531 à 561 ou 504 à 6282;

L'X (L), en 501 et 6103;

L'fn, en 527, 545 ou 605, 568, 676, 689*;

L'N à barre diagonale n'atteignant pas l'extrémité des hastes, en 472, 492, 506, 515, 528, 559 et au delà»;

L'O, plus petit que les lettres qui l'entourent, en 405, 448, 501, 510, 517, 600«;

L'O, après et vers 587, en 628 ou 629, 643 ou 690, 6897;

Le Q (Q) en 487, 494, 646? «;

y U ou M en 534 ou 609, 568, 676, 689«;

L'U en 449, 501, 545 ou 605 *^

Je n'ai marché, jusqu'à cette heure, qu'en me fondant sur les données fournies par des marbres datés. Il me faut oser davantage et tenter maintenant un nou* veau pas sans recourir directement à cet appui.

J'ai dit plus haut qu'une mention fort rare sur les marbres des païens, celle du jour de la mort, devint fréquente dans les épitaphes des fidèles i*. Pour faire voir qu'elle ne fut point admise dans les formulaires

1 /. C. G., nos 613 A, 556 D, 450, 91. — « No« 591, 538, 556 G, 556 D, 564 A. — » No» 67 et 61. — * N»» 613 A, 556 D, 616 B, 91, 621. — 8 Nos 391, 623, 631, 492, 431, 405 A. — « Nos 591^ 443^ 57^ 61, 36, 474. - 7 Nos 707, 397 A, 586 A, 621. — » Nos 48I A, 503, 476. — ^ No^556 C, 6i6 B, 91, 621. — *<> Nos 667, 381, 556 D. — " P. 13.

D'ÉPIGRâPHIB chrétienne. 43

des premiers temps, je manque des précieux secours qu'auraient pu m'apporter des inscriptions à marques chronologiques. Mais si Ton admet que le style, les emblèmes de Tépigraphie aient pu varier avec les âges, il est un autre moyen d'appréciation. La série de nos marbres non datés où ne figure point le jour du décès est en môme temps celle qui présente toutes les marques de l'ancienneté : indication de ceux qui ont fait faire la tombe *, absence complète de l'indiction et presque absolue des mots bona^^heuoriâe, qui caractérisent les monuments de basse époque^, noms empruntés à ceux des empereurs du iv'' siècle ^, emploi des débuts simples hic iacet, hic iacet in pace^, hic paysat^, hic

QVIESCITv hic OYIESCIT IN PAGE ^, HIC REQYIESGIT, HIC

aEQYiESCiT m PAGE^ usago de l'acclamation yiyat in.

1 /. C. G,, no* 64, 202, 820, 326, 344, 346, 347, 348, 399, 414, 460 A, 504, 506, 617, 518, 519, 520, 522, 525, 581, 533, 548 A, 551 B, 591, 621 G; plus 65 inscriptions de Trêves. (Cf. ci-dessus, p. 11, 21, 22.)

* Cette formule, qui se lit cent vingt-trois fois en Gaule, ne se rencontre que sept fois sur les marbres où le jour de la mort fait défaut. (/. C. G., nos 45^ 59^ 71^ 468, 535, 568, 602.) Quatre de ces monuments ne nous sont connus que par des copies anciennes, dont trois au moins semblent incomplètes (no« 59, 568 et 602); les originaux portaient peut-être donc la mention qui nous occupe.

8 /. C. G., no8 295, 296, 297, 298. (Voir mon tome 1«', p. 403, et De Rossi, Inscr. christ, rom., t. ï, p. cxiii.) — * N®» 16, 18, 48, 222, 230, 230 A, 235, 236, 237, 239, 240, 247, 249, 250, 255, 263, 271, 281, 291, 355, 420, 422 A, 440. — » Nos 265, 273, 546. — « No» 224, 231, 243, 254, 256, 264, 274, 279, 282, 290, 292, 294, 296, 301, 321, 338, 346, 348. — 7 Nos 33, 203, 362, 399, 401, 408, 414, 416, 418, 419, 424, 427, 439, 441, 466.

DEO *, noms* et formules' antiques, symboles primitifs de l'Ancre, du Poisson*, monogrammes du Seigneur*. Les localités où se trouvent nos plus vieux monuments chrétiens sont de même celles qui possèdent le plus de . marbres où la date de la mort fasse défaut : Trêves, dont les quatre-vingt-dix-huit épitaphes ne donnent que six mentions de Tespèce*, Vaison^, Arles ^ Marseille •, Aubagne *^, Sainte-GrOix-du-Mont " , Bainson et Sivaux**.

Un très-petit nombre d^xceptions m'empêche de chercher, dans le point que je signale, un critérium absolu *3; mais le nombre considérable des preuves qui en

1 1, C. G,y no» 336 G et 576 ; cf. ci-dessous, p. 45, 46.

s Voir à Arles, à Marseille, à Aubague, les inscriptions donnant les noms : Hydria Tertulla, Axia ^liana, Terentius Musseus, Julia Supera, Aurelius Glemens, Julia Valeria Serenilla> L. Septimius Primitivus, Optatina Reticia, Ennius Beticius sive Pompeius, Turannia Pithanes, Vibia" Fromene,... Sentrius Volusianus, Sentrius Fortunatus, Q. Vetina Eunoetus, Vetinii Hermès et Acte. (No« 517, 519, 520, 525, 531, 548 A, 551 B.) Cette observation, en ce qui touche le nom double, et celle qui précède, me sont suggérées par les savants relevés du G. De Rossi (Inscr. christ, rom,, 1. 1, p. ex, cxn, cxm).

8 /. C. G., no» 548 A et 551 B. — * Ibid. — » No» 16, 48, 49, 73, 202, 230 A, 231, 234, 236, 239, 244, 245, 246, 247, 249, 250, 252, 255, 263, 264, 265, 267, 269, 270, 273, 275, 277, 281, 287, 289, 292, 295, 299, 300, 302, 306, 307, 321, 326, 328, 329, 336 C, 337 A, 338, 345, 346, 347, 354, 355, 359, 403 A, 459, 465, 490, 491, 495, 497, 498, 499, 501, 526, 546, 576.

6 NO» 230, 248, 261, 291, 294 et 310. — ' No» 490, 491, 495, 497, 498, 499, 501. — » No» 515, 517, 519, 520, 522, 525, 526, 531, 533. — 9 No 548 A. — 10 No 551 B. — «* No 591. — " No» 336 et 576. (Cf. De Rossi, Inscr. christ rom,, t. I, p. ex.)

^ ur nos inscriptions datées, le défaut d'indication du jour de la

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attestent l'importance me contraint en même temps à lui donner sa place parmi les marques utiles à consulter pour la classification chronologique des épitaphes chrétiennes.

On sait combien les acclamations sont fréquentes et variées sur les marbres païens ^ £n les admettant dans leurs épitaphes, les premiers fidèles ont suivi Tusage du temps où ils vécurent.

Si j'excepte des dictions de basse époque, féliciter^ pour en citer une seule ^, les souhaits, les saints adressés aux morts, indiquent donc un âge reculé et parfois antérieur à la paix de l'Église ^. Tels sont les mots hâve VALE, réunis sur un vieux marbre chrétien de Vaison*, et que je n'ai trouvés encore que dans les épitaphes des gentils^; refrigeret^, vivas in deo^ aivtit spiritvs ^,

mort cesse en 431; mais je retrouve, en 578? et 695 (ao« 690 et 477), deux exemples isolés de cette prétention. Elle se rencontre encore avec, la formule initiale in hoc tomûlo reqviescit bone memorie (no» 45, 59 et 71 J sur deux épitaphes précédées de la croix, signes qui, comme je l'ai déjà dit, ne se montrent en Gaule qu'à dater de 491, 493 et 503. En tout, sept raisons de doute contre la multitude de preuves que je viens de soumettre au lecteur.

1 Voir, entre autres, Gruter, Index XVI, p. Lxxu, Lxxm; Orelli, t. II, p. 331.

* Ce mot, si fréquent dans les formules initiales et finales des manuscrits, termine, en Italie, des épitaphes du vu® siècle (Gazzera, Iscr, crût, del Piem., p. 45 et 53), et, en Gaule, deux légendes funéraires d'époque assez basse (/. C. G., no» 339 et 340).

8 Voir no 548 A. — * No 495. — » Gruter, Orelli, hc, a ^ — « /. C. G., no 548 A. — ? No» 336 B, 576. — » No 583 A.

FAX TEGYM ^ gravés dans des inscriptions non datées, mais évidemment de type ancien '•

Les formules, les symboles lapidaires ne fournissent pas seuls des données utiles sur Page des inscriptions sans date. Il est de plus, dans cet ordre de recherches, une circonstance qu'il faut noter.

Souvent nos légendes sont tracées sur des marbres antérieurement employés, ou sur des matériaux tirés des ruines. Moulures, frises, bas-reliefs, sarcophages ou fragments de sarcophages païens, débris de statues,^ revers d'inscriptions antiques, ont servi à marquer des sépultures chrétiennes '.

C'est là encore^ me semble*t-il, un signe d^époqué.

i /* C. G.> no» 410, 490, 491, 495j 497 j 499, 519, 520, 522^ 526, 531 ^ 533, 541. Il paraît y avoir, pour l'âge de cette acclamation, une exception dans l'épitaphe n» 329 A, au début de laquelle figurerait une croix* L'incertitude de la leçon ne permet toutefois de l'ien conclui'e de ce texte disparu. Le mot pax, que je lis au début des marbres les plus antiques d'Arles, se rencontre dans les mêmes conditions sui* les inscriptions païennes. (Orelli, 740; Dumont, Inscr. d'Arles, no» 86 et 88; cf. ddessous, p. 62, note 3.) A ces premiers temps où l'Église s'entourait de mystère, les fidèles semblent donc s'être empi'essés d'adopter nne formule courante, qui présentait pour eux un sens caché. Je pourrais citer d'autres exemples de ce fait.

* Ces marbres portent l'Ancre, le vieux monogramme y^, le nom triple, ne mentionnent pas le jour de la mort (cf. ci -dessus, p. 12 et 42), et nomment souvent ceux qui ont fait faire la tombe. (Voir, pour le parallélisme des inscriptions de Rome, De Rossi, Inscr. christ, rom., t. I, p. ex. Bullet. di arch, crût,, 1863, p. 6.) Une pierre sans date, trouvée à Mandourel (/. C. G., no 621 B), me semble constituer ici une exception dont on doit tenir compte.

s /. C. G., no 5, 29 A, 264, 283, 299, 355, 490, 503, 511, 572, 575, 622, 700, 705.

Le IY% le V® siècle, furent témoins delà chutedes vieux temples* En môme temps que les lois de Tempire autorisaient une réaction violente S Fardeur des fidèles, les croisades entreprises ou encouragées par saint Mar<> tin firent de cette période un âge* de destruction. Les sépultures mômes furent dévastées K En vain les empe« reurs voulurent protéger les tombes des idolâtres, en vain des lois, renouvelées de 340 à 447, s'efforcèrent d'assurer aux païens la paix dans la dernière demeure^ ; tous les souvenirs matériels du vieux culte devaient, être frappés à la fois.

Quelques-unes de nos inscriptions chrétiennes nou& font assister, pour ainsi dire, au spectacle de tant de ruines*

Je viens d'indiquer les caractères propres aux monu ments épigraphiques du second âge ; ils se trouvent tous à la fois dans les légendes gravées sur des débris païens i débuts de forme simple*, mots degessit^, recessit^,

* Cod, theod,, c. 36, De operibus publiais (XV, i), c. 16 et 19, De paganis (XVI, x).

* Voir entre autres la curieuse épigramme de saint Grégoire de Nazianze contre ceux qui croient honorer les martyrs en leur élevant des églises avec des matériaux provenant des tombes violées. (Murât., Aneodoia grceca, p; 139, et Anth. gr., éd. Tauchnitz, t. Il, p. 43, Epigr. 173.)

' Cod, Theod,f c. 1, 2, 3, 4, De sepulcris violât! s (IX, il); Valentim Noveilœ, V, i. En constatant la participation du clergé à Pœuvre de destruction, cette dernière constitution atteste suffisamment qu'il s'agit ici des sépultures païennes.

* /.ce, nos 129 A, 264.— s N<'5. — 6 No»29 Aet233.

monogrammes du Christ S mention des parents qui ont fait faire la tombe ^ prétention du jour de la mort^, acclamations ^, noms empruntés à ceux des princes du Y* siècle ^*.

Les légendes que distinguent ces traits divers ont donc été gravées lorsque le sol, chargé de ruines, mettait aux mains de tous d'innombrables matériaux. Une contreépreuve l'atteste. Le ferrement des routes, la construction des ponts, des aqueducs, des édifices nouveaux, ,des enceintes fortifiées, devaient épuiser ces amas, si grands qu'ils fussent. Aussi, quand le temps a marché, lorsque les épitaphes de notre Gaule présentent des signes d^une basse époque, les mots bonâe memoriae, les croix, les indictions, la date de la mort, quand le nom des parents en est banni, je trouve rarement sur le marbre qui les porte la marque d'un usage antérieur. La disparition des débris répond donc au changement du style épigraphique, et leur emploi semble permettre de classer dans une période ancienne les inscriptions qui y sont gravées ^.

1 /. C. G.y no» 264, 282, 299, 355, 490, 572, 575.-8 No» 282, 299, 5 U. — « No» 264, 282, 299, 355, 5H. — * No» 490 et 572. — » No 355.

« Treize marbres, de dix lieux différents (Autun, Lyon, Trêves, Cologne, Vaison, Orange, Arles, Le Puy, Pern, Antibes), affirment cette règle, à laquelle des monuments trouvés à Saint-Pierre de Vienne apportent seuls des exceptions (nos 453 R^ 690, 694, 700, et mon tome II, p. 581) qui, dans cette ville, ont probablement leur raison d'être. Ce fait, qui semble accuser une tardive destruction des tombeaux et des édifices païens, n'est peut-^tre point, en effet, sans quelque rapport avec la singu-

D'ÉPIGRÀPHIE CHRÉTIENNE. 49

Lorsque les inscriptions abondent dans une même contrée, Tapplication des règles que je recherche peut parfois indiquer encore Tâge comparatif des formules locales.

Répéter que certaines façons de s'exprimer prennent faveur, puis disparaissent, c'est à coup sûr insister sur un point qui n'a pas besoin de démonstration ; mftiS| . devant l'extrême brièveté des textes épigraphiques, toute particularité a son prix; car une observation pa<«* tiente peut nous apprendre quelle fut, dans un temps donné, la progression du christianisme^ en montrant comment un grand nombre dlnscriptions sans date doi** vent se classer dans l'échelle des ftges.

Deux formules dont j'ai recherché la raison d'être S

RESVRRECTVRVS OU RESVRGET IN GHRISTO, RBQVÎESCrr IN SPfl RESVRREGTIONIS MISERIGORDlAS CHRISTI, SOUt Spéciales RUX

monuments de Vienne et de quelques localités voisines. On rencontre la première en 441, 491 et 495, la seconde en 647 '. Quatre épitaphes seulement fournissent Ces dates; il serait donc téméraire d'affirmer, sur cette simple donnée, que les deux inentions n'ont pas été contemporainfes. Mais, si l'on admet que les monuments à marques chronologiques puissent fournir, pour le classement des autres, un élément de quelque importance,

lière persistance de l'idolâtrie dans le sénat de Vienne au vi» siècle. (Voi ci-dessous, p. 122.)

1 Ci-dessous, p. 94. — « No« 415, 436, 458 EE,4^1.

oa reconnaîtra que, selon la coutume, la plus développée des deux formules est réellement postérieure à la plus brève *. Les marbres où se lit cette dernière présentent en même temps tous les signes particuliers aux siècles antiques , le Poisson * , les monogrammes ^ et T ^, les débuts simples hic pàvsat, hic reqviescit, hic re« QVIESC1Y IN PAGE ^, Ics uoms de ceux qui ont fait faire Va tombe ^ le mot regessit ^, le défaut d'indication du jour de la mort ^. Les épitaphes qui portent la seconde formule offrent, au contraire, les caractères qui, d'après les marbres chronologiques, nous reportent au VI* ou au VII' siècle : défaut de monogrammes, croix en léte de la première ligne ^, indiction ®, débuts compliqués : IN HOC LOCO REQVIESCIT, mC REQVIESCrr IN PAGE

BONAE MEMORiAE ^^. Ce sout là autant de confirmations de l'écart indiqué par les trois dates connues, et l'ensemble des éléments qui m'ont permis d'assigner une époque différente aux deux formules funéraires dont je m'occupe, tire de cette application même une nouvelle valeur démonstrative.

Au nombre des mentions usitées dans la Gaule, il en est deux assez fréquentes pour qu'il importe d'en rechercher l'âge : je veux parler des mots vixit in page et

1 Cf. èi-dessus, p. 22,23. —« /. C. G., n» 398. — » N»» 414, 427, 439. — * No» 498, 414, 418, 427, 439. — » N* 414. — « No 427. — ^ No» 398, 414, 418, 439. — 8 No 468. — » No» 464 et 465. — w No» 464, 467, 468, 470 A.

des jours indiqués, non par les calendes, les nones, les ides, mais par la date du mois, suivant le système qui est devenu le nôtre.

Gomme je l'expliquerai plus loin, la première formule se rencontre, sur nos marbres datés, de 486 à 695, et ceux qui la portent, sans offrir d'ailleurs de signe chronologique, présentent toutes les marques d'une époque secondaire *•

Sur plusieurs épitaphes, le jour du mois est indiqué par les mots : quo^ quod ou ubifecit (januarius)d%e8 {XV). C'est une locution de bas temps, comme l'attestent et la date des diplômes *, et le style des inscriptions qui la présentent ^. ,

Des exemples dégageront utilement les résultats généraux de cette trop longue étude.

Nos inscriptions funéraires représentent quatre âges principaux.

A la première époque, qui précède l'avènement de Constantin, le formulaire épigraphique chrétien n'existe point encore; les épitaphes, rédigées suivant la mode antique, n'offrent à l'appréciation que des caractères fugitifs; un mot, un antique symbole, et, semble-t-il,

1 /. C. G., no 680.

* Cette formule ne se montre dans nos chartes qu'à compter de 531. (Pardessus, Diplom., 1. 1, p. 80.) — » /. C. G., n<»« 322, 324, 325, 325 A, 360, 586 A et 659 A. L'inscription n» 586 A, seule de l'espèce qui soit datée, appartient à l'an 6i3 ou 690.

Tabseace du Diis manibus^^ les distinguent; elles sont païennes encore, pour ainsi dire, par le moule où elles furent jetées; la date de Tannée y fait défaut, le jour de la mort n'y est point exprimé ; on y trouve les tria nomina du vieux système romain, l'indication de ceux qui ont fait faire la tombe, le mot liberti et la mention des potteriy si fréquente sur les marbres païens, et que n'a point gardée le formulaire de Tépîgraphie chrétienne \ Nous en possédons le type exact dans ces deux inscriptions de Marseille et d'Aubagne :

SenfThio voLvsiANO

EVTYCHETIS FILIO

et. . ,Sen?trio fortvnato qvi vim ignifs passi svnt

EulofGIX PIENTISSIMIS Pt

liis fecit refrigeret nos Qui omnia po ?test ^ ^

* Voir les épitaphes que je vais citer et celle que rapporte M. De Rossi, Inscr, christ, rom,, l. I, p. 9.

s Je n'ai encore rencontré sur les marbres que trois exemples chrétiens de cette mention (Bosio, Roma soiterranea, p. 433; Doni, xx, 62; Margarini, Inscr. Basilicœ S. Pauli, p. 15, n» 213). Sur le peu de souci que le chrétien doit avoir d'une postérité, voir TertuUien, Ad uxorem, I, 5, et Eusèbe, Demonstr. evang., I, 9; cf. ci-dessous, p. 168.)

^ /. C. G.y no 548 A.Le supplément proposé vim igràs a besoin qu'on e justifie. Je le ferai en quelques mots. Les exemples de cette façon de dire sont en grand nombre. J'en ai déjà indiqué trois, d'après Orelli (no» 1002 et 1909) et les Recognitiones de saint Clément (vi, 9). J'en rencontre d'autres encore dans YOctavius de Minutius Félix (xxxiv) et dans ce texte relatif aux persécutions de TÉglise : « Quod postremo ac- « cidebat, cum per multum diem, decocta omni cute, vis ignis ad intima

D'ÉPIGRAPBIE CHRÉTIENNE. 53

Q.VETINAE.EYNOETO

QVI.VIX.ANN.XV.M.III tv-;^-'^ YETINlI. FERMES ET ACTE ^^^i';^-*-^

PARENTES . FIL . PITSSIMO.

ET DYLCISSIMO.FECERYNT ET HBRHAIS.60R0R UB.UBERTAB.FOSTBRISQ.EORVM ^

Bientôt viendront de brèves épitaphes où se montre le monogramme constantinien ]^, et que caractérise le plus souvent, avec la concision particulière aux premiers monuments des catacombes, Tusage des acclamations funéraires*.

Sivaux, Vaison surtout, possèdent de ces moni^ments contemporains du triomphe de l'Église.

STAFILI AETERNALIS

FAX TEGVM ET SERVIUA

M i)B0 VIVATIS IN DEO*.

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