HAVE VALE
« YÎscera peneirasset. » {De mortibus persecutorum, xxi.) En racontant le supplice de saint Laurpnt^ saint Maxime de Turin^ parlant comme le Psalmiste (lxv, 12), oppose aux mots ardet et uritur le refngerium promis aux fidèles dans le royaume de Dieu. (In natali S. Laurent, I, Homil, 74.) L'expression refrigeret de notre marbre me semble avoir été employée de même par opposition. Ainsi que le passage de Lactance, elle m'affermit dans la pensée que Tépitaphe de Marseille peut avoir désigné mie tombe de martyrs.
1 /. C. G., no 551 B. '— « Cf. ci-dessus, p. 45, 46. — « L C, G., n« 49ÔJ cf. no» 490, 491, 497, 498, 499. — ^ I. C. G., TiJ^ VV^.
A répoque suivante, Tépigraphie commence à dépouiller la forme païenne qui caractérise le premier âge; la mention. patronymique directe, evtychetis fi- UYS, par exemple, disparaît; mais. Tindication des parents qui ont enseveli le mort se maintient souvent, et parmi eux se montre, bien qu'indirectement, le nom paternel ; un nomen gentilitium précède parfois le cognomen^; l'idée de la vie future n'est pas encore assez nettement conçue pour que Pon n'imite pas souvent les païens, en taisant le jour de la mort. L'épitaphe chrétienne n'est point enlièrement encore ce qu'elle doit être; mais, si l'épigraphie-conserve quelque ressouvenir du style antique ^, on sent qu'une transformation générale est en voie de s'accomplir.
Des inscriptions dé Trêves ^ et de Sainte-Croix-du- Mont* nous fourniront le type de ce troisième âge, où la date de l'année, si rare sur les épitaphes païennes ^, commence à apparaître, et que caractérisent encore ou l'absence de type banal ^, ou l'usage des débuts simples,
i /. C. G.y Nos 222, 228, 230, 517, 519, 520, 531,. 595 (a© 347). Voir ci-dessus, p. 39, les dates de nos inscriptions chrétiennes qui présentent ce gentmtium et aussi le nom double d'une autre forme.
* Une inscription d'Autun, datée de 378, offre le début MEM0RIA£ AETERNAE des épitaphes païennes. (Voir mon tome 1«^, p. 19.)
8 /. C. G., no 255. — * No 591.
* A Lyon, pour ne citer qu'un seul centre épigraphique, les dates consulaires, si fréquentes sur les inscriptions chrétiennes, manquent absolument dans les épitaphes des païens. (Voir de Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon.)
^ Cf. /. C. G., no» 42 (ao 334), 230, 511, 517, 526, 596 (ao 347), etc.
D'ÉPIGRàPHIE chrétienne. 55
HIC PAYSAT, HIC lAGET, HIC QYIESCIT, HIC REQVIESCIT, parfois accompagnés des mots in page; les monogrammes ^ et T sont fréquents à cette époque.
DEPOSITIO ADELFI HIC lACET GALLA
ANORYM N m MENSlVm... QYE VDUT AN. X. DIES. XXX
ET TRIDVO P C dÔm ÎÎtRI TITVLYM POSYBRYNT.
HONORI AYGYSTl MARTYRIYS ET SIL
SEX ^ POSYIT yiA IN PAGE
PATER MAYRYSIYS ET YRSA M -^^ ^
La dernière période ne garde rien de ce qui a constitué répitaphe païenne; sauf de très-rares exceptions, le jour de la mort y figure toujours ; la date de Tannée de- Yient fréquente; on ne rencontre plus ni le nom du père, ni l'indication de ceux qui ont fait faire la tombe. Toute mention de lien terrestre a disparu. La croix se trace souYent alors au commencement de la première Ugne; c'est le temps des débuts compliqués : hic reqyies-
GIT m PAGE BONAE MEHORUE, IN HOC TYHYLO REQYIESCIT BONAE MEMORUE.
Deux marbres de Briord ^ et d'Aoste ^ représenteront ce quatrième âge :
1 /. c. G., no 386. — « N» 393.
IN HOC TVMV LO REQYIESGIT BONAE MEMO RIAE YILUEIC PÂTEA PAVFERO RVM QVl VIXIT ANNYS LXXXV OBI IT IN PAGE X cii FEES IND OCYA
"j; HIG RBQYI ESGIT IN PAGE BONE MEMO RIAE INGILDYS QYX YIXIT AN NIS im ET MSN jBIBYS OCTO OBHT IN £PQ III H NOYEVPR TERTIO i G PAYUNI ÎVN V G G
Telles sont les données fournies, Jusqu'à cette heure, par les méthodes qu'applique, ainsi que moi, le saYant commandeur De Rossi, et dont la découYerte nous est commune. De môme que l'antiquaire romain *, je puise une grande confiance dans le parallélisme de nos résultats •.
Marc-Aurèle cite comme un fait connu de tous que;
* De la détermination chronologique des inscriptions chrétiennes^ p. 42. (Revue archéologique, 1862.)
* J*espère montrer, dans les pages qui vont suivre, l'utilité des mô-» thodes nouvelles. On y gagnera d'abord d'éviter des erreurs semblables à celles d'Allegranza [Sep, christ., p. 19 et 163) et de Suarez (/. C. G., no 493), qui attribuent aux années 237, 311 et 362 des inscriptions chrétiennes de beaucoup postérieures par leur style à ces dates. Je n'ai pas besoin de faire remarquer combien, en matière chronologique, l'exactitude importe à l'histoire de la première Église.
D'ÉPIGRàPHIE chrétienne. S7
sur les épitaphes, on gravait de son temps la formule VLTiMvs syoRVU^ C'est, en matière de statistique, nous inviter à la prudence ; car on n'a, je crois, signalé, jmgita'i ce jour, qu'une seule inscription tumulaire où figurent ces mots K Bien des enseignements inattendus nous sont donc encore réservés. Opérés sur cent soixante-huit monuments à, dates certaines, ap« puyés par la comparaison des tombes de Rome, les ré«* 3ultats que je soumets aux antiquaires ne semblent toutefois pas devoir être gravement modifiés par les découvertes ultérieures.
Un mot sera peut-être encore nécessaire pour résumer leç pages qui précèdent, en rappelant les changements successif^ de Fépigraphie chrétienne et leur raison d'être»
Chez les fidèles qui virent l'&ge des persécutions, deux (portes d'épitaphes : l'une ne donnant souvent qu'un nom, une acclamation, suivant la mode antique ^; l'autre, conçue dans le type païen, et contenant parfois
^ VIII, XXXI. Kàxeivo Bè xà i7«Yootç6|ji6VOv toïç (xvYi(ia(TTv • ItrjKjxw^ Toû l5(ou yévouç.
* Cette épitaphe, plusieurs fois publiée (Odefici, Dissert. ^ p. 39; Osann, SyUoge, p. 478, etc.), parait avoir existé à la Bibliothèque impériale, où je n'ai pu la retrouver. Ses formes archaïques vi^tvma, CV- PEINNIA, inspirent une certaine défiance. On lit sur un buste antique :
QVISQVIS HOC SVSTVLERIT AVT LAESERIT VLTIMVS SVORVM MORIATVR
(Reines. XX, 441). Cette inscription contient la formule citée par Marc- Aurèle, mais non pas appliquée, comme il le dit, à la personne défunte. 8 Voir ci-dessus, p. 17, 45 et 46.
58 MANUEL D'ÉPIGRÀPHIE CHRÉTIENNE.
à peine un signe reconnaissable ^ Tel est le premier âge. Le temps marche, le monde nouveau s'organise, et le style lapidaire va se régler comme toute chose. Le chrétien ne saurait imiter ce que fait le gentil. l'Évangile Ta commandé; tout d'abord, on effacera de l'épitaphe le nom du père terrestre, l'indication de la condition sociale, de la profession, de la patrie. Ce pas fait, une mention du lien d'ici-bas subsiste encore dans les noms de ceux qui ont élevé le tombeau ; elle va disparaître à son tour. L'inscription n'a dès lors plus rien dû type ancien. C'est peu encore pour qu'elle soit toute chrétienne. L'idée nouvelle n'a pas seulement détruit, mais édifié. On le voit par les sépulcres mêmes. L'idolâtre pleure ses morts plongés dans les ténèbres; tout est funeste à ses yeux dans le dernier jour; il ne le note point sur la tombe. Mais le fidèle voit ceux qu'il a perdus, vivant dans la lumière d'en haut ^; la mort est pour lui la vraie naissance ; il doit donc en garder une mémoire pleine d'allégresse; la dallefunéraireenrappellerale jour. C'est le dernier mot de l'épitaphe chrétienne; dès que cette date y trouve place, sa forme est faite et ne peut plus acquérir.
J Ci-dessus, p. 19, 52 et 53. — 2 Voir mon tome 1", p. U à 14.
On a vu, par les pages qui précèdent, avec quelle exactitude les formules se classent dans l'échelle des temps. Attribuer cette précision à une simple rencontre, ce serait, je crois, risquer de faire fausse route. Le hasard ne saurait créer une succession de faits dont Tordre régulier ne se dément point pendant de longues années.
L'inscription suivante, découverte dans la Viennoise *, et qui contient une expression évidemment empruntée à un modèle, me parait montrer, par cela même, comment les formules épigraphiques ont pu prendre faveur,
1 /. C. G., no 476.
puis disparaître, pour faire place à de nouvelles façons de dire.
iP" IN HOC TVMO ]«0 REQYIISCIT 60 NEMEMORIA MARGA RITA ET VICXn IN PACIM ANNVS LXXV ET TRANSIIT KLEN DAS lYLIAS RIGNI DOM NI NOSTRI CHDOEDO RE GIS TANTO INDICGI ONE QVARTA ET SANTA REQYELE DS DEDIT.
Je me suis demandé tout d'abord, en étudiant cette inscription, quel sens présente le mot tanto, encadré, comme il Test ici, dans une mention chronologique. Ce n'est pas cette fois, je le pense, dans le domaine de répigraphie qu'il faut chercher une explication.
Aux temps anciens, comme maintenant encore, il existait des formulaires dressés pour servir de modèles d'actes, de contrats et de lettres privées. Les désignations de personnes, de localités et de dates, nécessairement non remplies, y étaient représentées d'ordinaire par le pronom ille, comme dans ces mots : « Actum in rr ïiio loco,.. Ego itaquc iJ(e, auuo tMo illius régis Fran-
(i chorum^ mense illo^ die t7/a, quod facit ipse mente sis, sub comité illOf scripsi et subscripsi felici^ « ter*, »
Pour les choses qui pouvaient se compter, le mot tan* tus remplissait souvent le même office et l'on écrivait dies tantos^ solidoa tantos^ etc, K
Les Grecs en employaient l'équivalent, ainsi que le montre cette formule donnée comme type de date par une novelle de Justinien, et que reproduit notre inscription :
BaatXeiaç TOuSe Tovi ôsiotcktou A0YO\;crrou xal AîrroxpaTopoç Itouc Toawîe ^»
C'est cette expression vague qui me semble remplacer ici une indication précise de l'année du règne de Clovis,
Comment un mot semblable s'est^il glissé dans notre texte ? Indique-t-ihsimplement ici l'ignorance du temps écoulé depuis l'avènement du prince ? A-t-^il été copié sans réflexion sur un modèle à l'usage des graveurs? Il est difficile de le dire* J'incline toutefois h accepter cette dernière supposition, h croire que, comme la di« plomatique, Tépigraphie a eu ses formulaires.
A défaut de ces anciens manuels, que nous ne possédons plus dans leur entier, cherchons sur les marbres eux-mêmes la marque de leur existence.
* De Rozière, Recueil général des formules usitées dans Vempire des Francs, p. 240. —* De Rozière, op, cit., p. 73, 85, 87, 211, 241, 249, 269, 326, 983, 984, etc. — » Auth, collât., V, tit. II, nov. XLVII, c. I.
J'invoque ai d'abord un fait général. On Ta vu pi haut, le style de Tépigraphie chrétienne a rapidement varié d'âge en âge. Chaque façon de dire, chaque symbole y a successivement sa phase d'existence. Telle expression, telle figure qui se montre au v® siècle en a remplacé d'autres et disparaîtra bientôt pour céder la place à quelque nouveauté. Cette loi, si constante en Gaule, en Italie, doit avoir sa raison d'être; elle me paraît exclure chez les graveurs la fantaisie individuelle, impliquer l'existence de types acceptés par une mode qui devra les rejeter plus tard. Quelque écrit les fixait sans doute et les faisait connaître aux gens du métier qui les suivaient si fidèlement.
Les monuments me semblent le montrer d'ailleurs. Souvent, en effet, des inscriptions de localités éloignées présentent des mentions frappantes par leur étroite ressemblance.
Nous lisons en même temps sur des sépultures païennes, à Vérone * et à Bevagna * :
VIVITE FELICES MONEO MORS OMNIBVS INSTAT;
sur deux marbres différents à Rome ^ :
NAMQVE DOLOR TALIS NON NVNC TIBI CONTIGIT VNi;
* Maffei, j»fi^. ver,, 172, 1. — 2 Fabretti, III, 438, n© 189.—« Miirat., 1239, 10; Ficoroni, De Larvis, p. 107.
sur deux autres de la même ville ^ :
DECIPIMVR VOTIS ET TEMPORE FALLIMYR ET MORS DERIDET CVRAS ANXIA VITA NIHIL;
à Vérone *, à Turin ^, et sauf une légère variante :
QVAERERE GESSAVI NVMQVAM NEC PERDERE DESI MORS INTERYBNIT NYNC AB YTROQVB YACO;
de même à Arles * et à Rome ^ :
TE LAPIS OBTESTOR LEYITER SVPER OSSA 'QVIESCAS;
deux fois à Arles ^ :