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III. — LEPRE

A. — Bacillus lepræ, de Hansen. — Acido-résistant. Immobile. Colorable par toutes les méthodes qu’on emploie pour le bacille tuberculeux. Ses éléments renferment des granules (dits de Babès-Ernst) qu’on peut colorer par le bleu de méthylène, le brun de Bismarck ou la méthode de Much, et qui sont probablement constitués par des lipoïdes.

Les bacilles sont presque toujours intracellulaires, disposés en faisceaux, en amas ou buissons épineux très caractéristiques (globies), souvent entourés d’une matière mucilagineuse, formant capsule. Leur acido-résistance est moindre que celle du bacille tuberculeux, surtout dans les jeunes lépromes.

La méthode de coloration de Baumgarten permet de les distinguer des bacilles de Koch. Colorer à froid pendant 5 minutes avec le violet aniliné, après fixation des frottis par la chaleur. Décolorer avec :

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Laver et sécher. Le bacille de Koch n’est pas coloré tandis que le bacille de Hansen est coloré en violet.

Coloration des coupes. — Faire agir successivement glychémalun 5 minutes ; laver, fuchsine de Ziehl 5 minutes ; laver, et picro-indigo carmin pendant une minute. Laver à l'eau puis à l'alcool, décolorer par l'essence de girofle, arrèter la décoloration par le xylol. Monter au baume. Les

noyaux sont colorés en violet, les hématies en jaune, le tissu conjonctif en bleu, les bacilles en rouge.

La méthode de Fick est très recommandable : elle consiste à colorer pendant 20 à 25 minutes, à froid, dans une solution forte de fuchsine (phéniquée à 2 gr. 5 p. 100) ; on lave ensuite à l’eau, puis dans l'alcool à 95° pendant 15 secondes, on traite par le vert d'iode à 1 p.100 (dissous dans de l’eau phéniquée à 2 p. 100) pendant 2 minutes ; on passe à l’alcool absolu jusqu’à ce que la coloration verte apparaisse, puis dans le xylol, et on monte dans l'huile de cèdre.

Les crachats, les exsudats naso-pharyngiens et les lépromes peuvent être avantageusement dissous par l'antiformine pour la mise en évidence des bacilles lépreux.

On traite des crachats pendant 15 minutes à 2 heures, les fragments de léprome broyés pendant 2 à 18 heures, par une dilution à 25 p. 100 d’antiformine ; on agite à diverses reprises, on centrifuge et on lave RAS ne. le dépôt à l’eau physiologique, puis on l’étale sur lames pour fixer et colorer. Il est possible de découvrir ainsi, dans les produits d’expectoration, les bacilles lépreux qui passent inaperçus lorsqu'on n’emploie que les méthodes d'examen direct.

On peut par ce moyen se procurer en assez grande abondance des bacilles lépreux pour faire des essais de culture ou pour préparer des extraits pouvant servir d’antigène.

Pour le diagnostic bactériologique des lépromes, la meil- . leure technique consiste à piquer la tumeur, non pas avec une aiguille, mais avecune pointe de pipette effilée, en verre, en aspirant fortement par l'extrémité opposée bouchée à l’'ouate. On obtient ainsi une goutte de sérosité qui, étalée en frottis, se montre habituellement très riche en bacilles, tandis qu'une gouttelette de sang prélevé par piqûre à l’aiguille n’en montre que très rarement.

La culture du bacille lépreux en série sur des milieux artificiels n’a pas encore pu être réalisée.

La spécificité des cultures doit être authentifiée : 19 par leur aptitude à servir d’antigène et à fixer l’alexine dans la réaction de Bordet-Gengou en présence de sensibilisatrices contenues dans le sérum des lépreux ; 2° par leur aptitude à produire chez les lépreux des réactions locales analogues

à celles que l'on obtient avec les cultures tuées de bacilles tuberculeux où avec les tuberculines.

B — Le bacille de la lèpre des rats, de Stefansky, ressemble beaucoup au bacille lépreux. Il est également acidorésistant, intracellulaire, et se trouve parfois en nombre immense dans les cellules endothéliales vasculaires, dans les ganglions lymphatiques, la rate et la peau.

C. — Le bacille de l'entérite chronique pseudotuberculeuse du bœuf, de Johne, est également très voisin : acido-résistant, intracellulaire, il est cultivable sur les milieux glycérinés additionnés d'extrait glycériné de bacilles de la fléole. On émulsionne 1 gramme de bacilles de la fléole secs dans 20 centimètres cubes d’eau physiologique à 8 pour 1.000, glycérinée à 4 p. 1.000. On porte l’émulsion à l’autoclave, on chauffe à 120° pendant une heure et demie et on filtre sur papier. On ajoute ensuite 100 centimètres cubes de ce filtrat à 300 centimètres cubes de milieu à l'œuf, glycériné à 5 p. 100, préparé en mélangeant intimement blancs et jaunes aussi aseptiquement que possible (voir la préparation du milieu de Pétrof au chapitre tuberculose). Après avoir agité, on répartit ce milieu dans des tubes stériles qu'on chauffe au bain-marie à 60° pendant une heure, trois jours de suite. Finalement on coagule en position inclinée dans l'appareil spécial et, après les avoir capuchonnés, on éprouve la stérilité des tubes en les laissant à l’étuve à 37° pendant 2 jours.

Bacillus mallei. — Immobile, non sporulé,

a) COLORATION. — Toutes les couleurs basiques. Ne prend pas le Gram. La thionine phéniquée convient très

bien mais l’action des matières colorantes doit être un peu prolongée. Le bleu de méthylène, suivi de lavage rapide par l'acide acétique dilué à 0,5 p. 100 et du traitement par la solution à 10 p. 100 de tanin pour différencier (suivant le procédé de M. Nicolle), est aussi excellent.

La double coloration dans les tissus est difficile à obtenir. On peut employer, à cet effet, le mélange de Gorini : 1 partie d’eau saturée de bleu de méthylène, 1 partie de solution d’éosine à 0.5 p. 100 dans l'alcool à 709, 2 parties d’eau.

Les frottis se colorent en quelques minutes ; les coupes en 1 heure environ.

b) CULTURE. — Se développe de 25 à 45°. L’addition de 4 à 5 p. 100 de glycérine aux divers milieux est très favorable. Bouillon de viande de bœuf, de veau ou de cheval neutre ou très légèrement alcalin. Trouble dès 24 heures après l'ensemencement ; anneau muqueux adhérent au verre à la surface du liquide et celui-ci se couvre bientôt d’une membrane analogue à celle que forme le bacille tuberculeux mais plus lisse et plus grasse. Cette membrane se dissocie, se dépose au fond du vase etse reforme plusieurs fois si on laisse longtemps la culture à l'étuve.

Le bacille de la morve pousse également bien sur sérum coagulé glycériné et sur gélose glycérinée. Mais la pomme de terre glycérinée est le milieu qu'il convient de choisir en tous cas. Il s’y développe rapidement et forme une couche crémeuse, luisante, d'abord jaunâtre, qui prend après 6 à S jours une teinte brique et qui brunit à la longue.

Les pommes de terre ne doivent jamais être acides car la moindre trace d’acidité empêche la culture. Il est donc nécessaire d'en faire tremper les fragments pendant une heure, avant la mise en tubes, dans une solution de bicarbonate de soude à 0,5 ou 1 p. 100.

Les pommes de terre gelées, qui sont plus ou moins sucrées, sont également inutilisables.

Le lait est lentement coagulé sans formation d'acide. Les cultures sur gélose ou sur pommes de terre doivent être réensemencées tous les mois, car elles sont assez fragiles. Après 3 ou 4 jours d’étuve, il est préférable de les garder dans une armoire à l'obscurité et à la température du laboratoire.

Le jaune d’œuf coagulé, en tubes inclinés, constitue un excellent milieu de culture. Au contraire, le blanc d’œuf ne convient pas.

Le bacille morveux chauffé à 58° est tué en 1 heure à 1 heure et demie ou en 5 minutes à 80°. Il se conserve trois mois environ vivant et virulent dans les cultures en gélose glycérinée, en tubes scellés maintenus à la glacière après développement à l’étuve.

Les cultures en bouillon âgées d'un mois et stérilisées à 110°, puis évaporées au bain-marie, permettent d'obtenir la malléine. Les bacilles tués sont eux-mêmes très toxiques. (Voir les travaux de M. Nicolle dansles Annales de l’Institut Pasteur 1906 et 1907.)

L'isolement du bacille morveux est difficile à faire en partant des lésions morveuses du cheval ou de l’homme, à cause des infections microbiennes associées. Pour l'obtenir, il faut inoculer d’abord un cobaye sous la peau de la cuisse avecune petite quantité d'émulsion du produit suspect. Si ce produit renferme des bacilles morveux, les ganglions inguinaux voisins se tuméfient au bout de quelques jours. On enlève alors par excision un de ces ganglions (dont on peut effectuer l’examen microscopique immédiat en coupes et frottis); on le broie aseptiquement, on l'émulsionne dans un peu d’eau physiologique stérile et on l’injecte dans le péritoine d’un cobaye mâle. On voit bientôt (en 5 à 6 jours) apparaître chez cet animal une vaginalite morveuse (sarcocèle) dont il est facile alors d’extraire à la pipette, après avoir sacrifié le cobaye, de la sérosité plus ou moins riche en éléments microbiens. On ensemence directement cette sérosité sur plusieurs tubes de pommes de terre glycérinées qu'on porte à l'étuve à 37°. La culture est déjà très abondante en 5 à 6 jours.

ANIMAUX SENSIBLES. — Cobaye, chat, mouton. L’âne est hypersensible. Viennent après lui : le cheval, le mulet, l’homme et les grands carnassiers (lion, tigre, léopard). Les bovidés sont réfractaires.

Le lapin est peu sensible à l’inoculation sous-cutanée, mais il prend très bien la morve aigue par inoculation intraveineuse, et sa rate, ainsi que le sang du cœur, peuvent alors servir à ensemencer les milieux de culture liquides destinés à la préparation de la malléine. L’inoculation intra-

péritonéale des produits morveux au cobaye provoque une vaginalite caractéristique (signe de Strauss). La mort survient en 8-15 jours.

Le chien est peu sensible. Il en est de même du porc etdu rat. La souris est réfractaire mais devient sensible si on lui injecte au préalable un peu de phloridzine pour la rendre diabétique.

Les oiseaux sont réfractaires.

L'homme est très réceptif.

DIAGNOSTIC DE LA MORVE PAR L'AGGLUTINATION. — Il est commode d'employer, comme émulsion agglutinable, une émulsion de culture sur gélose glycérinée tuée par 30 minutes de chauffage à 60° et additionnée de 0,5 p. 100 d'acide phénique. La culture doit être préalablement broyée au mortier d’agate et émulsionnée dans de l’eau salée physiologique stérile, puis diluée jusqu à former un liquide blanchâtre, laiteux, qu'on filtre rapidement sur un mince tampon d’ouate hydrophile mouillée. L’émulsion ainsi préparée peut se conserver plusieurs semaines.

I] faut savoir que l’agglutinabilité des cultures de morve est très variable Se leur origine, et s'en tenir à une souche dont l'agglutinabilité est connue.

L'épreuve de l’agglutination se faitcomme pour les sérums de typhiques. Les sérums normaux de cheval agglutinent souvent jusqu'à 1 p. 300, mais pas davantage ; celui de l’homme sain à 1 p. 500. Le sérum des morveux agglutine à des taux variant de 1 p. 1.000 à 1 p. 10.000. Les tubes doivent être maintenus pendant 30 minutes à 370 avant la lecture des résultats.

Les sérums de volailles (poule, canard, pigeon, oie) agglutinent normalement le bacille morveux à 1 p. 1.000, quelquefois davantage.

La malléination préalable du cheval sain n Fe pas le pouvoir agglutinant de son sérum.

DIAGNOSTIC DE LA MORVE PAR LA PRÉCIPITATION. — On procède comme dans la méthode d’Ascoli (voir bactéridie charbonneuse) par superposition de l’antigène (malléine au 1/10 dans l’eau physiologique), au sérum anti, chauffé à 55°. On laisse à la température du laboratoire et on note les résultats après 18-20 heures.Méthode de peu de valeur, beaucoup de sérums normaux précipitant au contact de la malléine.

DIAGNOSTIC DE LA MORVE PAR LA DÉVIATION DU COM- PLÉMENT. — La technique générale de Calmette et Massol est également applicable au diagnostic de la morve par la déviation du complément. La malléine diluée à 1 p. 5.000, employée comme antigène (Ciuca), donne des résultats inconstants. Les émulsions de corps microbiens préparées de la manière suivante (Brocq-Rousseu, Forgeot et Urbain) la remplacent avantageusement :

a) On émulsionne 2 centigrammes de bacilles morveux tués dans 20 centimètres cubes d’eau physiologique et on centrifuge à deux reprises en décantant chaque fois le liquide surnageant qui est remplacé par un égal volume d’eau physiologique. La suspension microbienne est ensuite portée pendant 5 minutes à l’ébullition. Cet antigène est employé à la dose de 3/10 de centimètre cube par tube dans la réaction de fixation.

b) L'antigène préparé avec des bacilles morveux traités par l’alcool-éther a la même activité que le précédent. Il offre l'avantage de se conserver indéfiniment lorsqu'il est maintenu à l'abri de l'humidité. Les cultures de bacilles morveux en bouillon glycériné, âgées de 6 jours, sont stérilisées par un chauffage de deux heures au bain-marie à 600. On centrifuge ensuite et on lave à deux reprises les corps microbiens dans l’eau physiologique. Finalement on déshydrate le culot par l’alcool et on ajoute une quantité égale d’éther. On laisse agir le mélange alcool-éther pendant 24 heures, puis on décante le liquide et on fait dessécher les corps microbiens à l’étuve ou sous la cloche à vide. Quand ils sont bien secs, on les broie dans un mortier d'agate ou bien dans un tube métallique garni de billes de bronze. Pour la recherche des anticorps morveux, on les émulsionne à raison de { centimètre cube pour 50 centimètres cubes d’eau physiologique et on emploie 3/10 de centimètre cube de cette émulsion par tube.

La malléine, injectée sous la peau, fait apparaître des anticorps chez les chevaux sains. Si l’on associe la malléination à la déviation du complément, il Convient de prélever le sang avant ou dans les 3 jours qui suivent la malléination (Brocq-Rousseu, Forgeot et Urbain).

MICROBIOLOGIE 2/1)

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