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CHAPITRE XLIV

TECHNIQUE DE PRÉPARATION ET DE TITRAGE DES VACCINS MICROBIENS.

La technique de préparation de ces vaccins varie avecles divers microbes pathogènes. Quelques méthodes peuvent toutefois être appliquées à beaucoup d’entre eux.

A.— Vaccins antityphoïdiques.

a) Méthode de Wright-Leishman. — Cette méthode fut la première utilisée dans la pratique lors de la guerre du Transvaal.

Des cultures de bacilles typhiques dans du bouillon peptonisé, largement aérées et âgées de 48 heures, sont chauffées au bain-marie à 53° pendant une heure.

Après refroidissement, elles sont additionnées de 0,4 p 100 de lysol. On effectue ensuite le titrage du nombre des éléments microbiens par centimètre cube, suivant la technique de Wright qui sera décrite un peu plus loin (G) et, par addition d’eau salée physiologique, on fait en sorte que chaque centimètre cube contienne 1 milliard de bacilles. Le vaccin est ensuite réparti en petits flacons qu’on scelle à la lampe. On injecte une première fois 1/2 centimètre cube, puis 8 jours après, 1 centimètre cube et, encore 8 jours plus tard, 1 centimètre cube.

Au lieu de cultures en bouillon, on emploie aujourd’hui,

pour la préparation du vaccin destiné aux armées anglaises, des cultures sur gélose nutritive en fioles plates de Roux. Après 48 heures, les microbes sont recueillis par raclage, puis délayés dans de l’eau salée physiologique.

b) Méthode de Chantemesse. — Lors de ses premières recherches qui datent de 1887 (avec F. Widal), Chantemesse chauffait à 120°, puis plus tard à 1000, des cultures en bouillon. Mais à cette température le pouvoir vaccinant est à peu près complètement détruit. Le vaccin actuel de Chantemesse est préparé de la manière suivante, très analogue à celle de Wright :

Une émulsion de culture sur gélose âgée de 24 heures est diluée dans une quantité d’eau salée physiologique stérile, telle que chaque centimètre cube renferme 1 milliard à 1 milliard 200 millions de germes. On chauffe au bain-marie à 56° pendant 45 minutes; on ajoute 2,5 p. 1000 de crésol ou d’acide phénique et on répartit en tubes.

c) Méthode de Widal et Salimbeni. — Des cultures de bacilles T, À et B, sélectionnés d’après leur pouvoir antigène, sont émulsionnées dans l’eau physiologique après 18 heures d’étuve. On les stérilise pendant une heure dans un appareil à agitation continue à 57° pour le para B, à 56° pour le bacille typhique et le para A. L'émulsion renferme finalement, par centimètre cube, 4 200 millions de germes dont 3/7 de T, 2/7 de para À, et 2/7 de para B.

On pratique soit une seule inoculation de 1,5 centimètre cube, soit deux inoculations de 1 et 2 centimètres cubes.

d) Méthode de Vincent. — Les cultures sur gélose, âgées de 24 heures, de dix souches de T, cinq de A et cinq de Bsont émulsionnées dans l’eau physiologique stérile, puis diluées aux proportions voulues. On additionne ensuite le liquide d'éther, on agite et on laisse à la glacière pendant 24 heures. On évapore alors l'éther en portant le liquide dans un flacon large, à demi rempli, et simplement bouché à l’ouate et plongeant dans un cristallisoir garni d’eau à 38°, sous la cloche à vide. L’éther est ainsi évaporé rapidement. Le liquide vaccinal est finalement réparti aseptiquement en flacons stériles qu'on scelle à la lampe. Il est titré à raison de 2.500 millions de bacilles par centimètre cube, soit 1/2T,

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1/4 A et 1/4 B. On doit le conserver en glacière à l’obscurité et le rejeter après trois mois.

C’est sous cette forme que le laboratoire spécial du Valde-Grâce le distribue pour l’armée française, où la vaccination antityphoïdiqueest obligatoire depuis 1914. On pratique actuellement une seule inoculation de 2 centimètres cubes, en arrière de l'épaule, à deux travers de doigt en dedans de l’'acromion, sous la peau.

Au lieu de tuer les éléments microbiens par l’éther, on peut les stériliser très efficacement, sans endommager leur protoplasme, par le chlorure d'éthyle, comme l’a fait A. Berthelot pour le Proteus.

Pour stériliser par le chlorure d’éthyle une émulsion microbienne, on abaisse la température de celle-ci au voisinage de 0° en plaçant letube qui la renferme dans de la glace concassée ; puis on y introduit, par 10 centimètres cubes d’émulsion, un ou deux centimètres cubes de chlorure d’éthyle liquide, en se servant pour cela du jet capillaire produit par les petits tubes qu'on utilise pour l’anesthésie locale. On agite doucement le mélange des deux liquides et l’on place le tube debout dans une bouteille Thermos contenant de la glace pilée. On l’y laisse 24 ou 48 heures.

Pour se débarrasser rapidement du chlorure d’éthyle, il suffit de plonger queïque temps dans un bain d’eau tiède, à 38°, le tube qui contient l’émulsion stérilisée.

Cette méthode est applicable à la préparation de divers vaccins microbiens.

e) Méthode de Pfeiffer et Kolle. — Des cultures sur gélose de 24 heures sont émulsionnées dans l’eau salée physiologique, chauffées à 60° pendant une heure et demie à deux heures, additionnées de 3 p. 1.000 d’acide phénique, réparties en flacons scellés à la lampe et chauffées de nouveau à 60° pendant 30 minutes Chaque centimètre cube d’émulsion contient environ 4 milligrammes de microbes.

f) Virus vivants vaccinants. — Castellani a employé comme vaccin, en injections sous-cutanées, des cultures chauffées 1 heure à 500.

Ch. Nicolle, Conor et E. Conseil ont proposé l'injection intraveineuse de bacilles typhiques provenant de cultures sur milieux gélosés, bien lavés par plusieurs centrifugations

successives avec de l’eau physiologique, puis. chauffées seulement pendant 25 minutes à 46°, température insuffisante pour les tuer. On fait une première injection de 400 millions de bacilles et, 2 semaines après, une seconde de 1 milliard

200 millions.

g) Autolysats. — Conradi, Bassenge et Mayer ont utilisé comme vaccins les produits d’autolyse directe des bacilles typhiques dans l’eau distillée. Les bacilles, recueillis sur gélose après 24 heures de culture, sont simplement mis en suspension dans de l’eau distillée et rigoureusement agités par intermittence pendant trois jours. On filtre ensuite sur bougie Berkefeld ou mieux sur papier Chardin mouillé.

Mac Fadyen et Rowland ont employé un filtrat de bacilles congelés d'abord par l'air liquide, puis décongelés.

h) Méthode de Ranque et Senez, vaccins iodés. -— Une dilution de cultures de 18 heures sur gélose, de concentration telle qu’un centimètre cube contienne environ 500 millions de bacilles, est additionnée de 1 p. 100 de solution aqueuse iodo-iodurée décinormale du Codex. On laisse agir l’iode pendant 30 minutes et on arrête ensuite son action par addition d’une solution d'hyposulfite de soude stérilisée, jusqu'à décoloration totale. On laisse ensuite au repos pendant 15 à 20 jours. Les bacilles morts se déposent. On décante le liquide surnageant qu'on remplace par un volume d’eau salée physiologique correspondant au volume initial de la dilution de culture. Le vaccin est réparti en ampoules et prêt à servir.

i) Lipo-vaccin de Le Moignic, Pinoy et Sézary. — On émulsionne les cultures sur gélose après 19 heures d’étuve, dans l’eau physiologique stérile. Après centrifugation, le culot est additionné d’une préparation huileuse spéciale et stérilisé par chauffage à 57° pour T et à 60° pour À et B avec addition d’eugénol. On dilue ensuite le tout dans un mélange huileux définitif qui renferme, par centimètre cube, 2 milligrammes de T, 1,75 milligramme de A et autant de B. On pratique une seule inoculation de 1 centimètre cube.

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B. — Vaccins sensibilisés de Besredka.

Au lieu de tuer ou d’atténuer les cultures par un antiseptique ou par la chaleur, Besredka « sensibilise » les microbes avec un antisérum spécifique (antityphique, antipesteux, antidysentérique, anticholérique, etc.).

On racle des cultures sur gélose, on les émulsionne dans une petite quantité d'eau physiologique et on verse cette émulsion dans un tube contenant un volume au moins double de sérum sensibilisateur. Les microbes sont bientôt agglutinés. On les laisse en contact avec le sérum à la glacière pendant 48 heures. On centrifuge et on décante le sérum clair. Le dépôt de microbes est alors remis en suspension dans de l’eau salée physiologique, centrifugé de nouveau et lavé encore trois fois de la même manière pour enlever toute trace de sérum libre.

La masse microbienne est diluée dans une quantité d’eau salée physiologique telle que chaque centimètre cube contienne environ 500 millions de corps microbiens et répartie dans des tubes qu’on scelle à la lampe, sans addition d’antiseptique.

Sadakichi Ichikawa, au Janon, dit avoir obtenu des résultats excellents dans la thérapeutique de la fièvre typhoïde en sensibilisant les bacilles typhiques et les paratyphiques B par du sérum de convalescents. Il émulsionne 10 anses de culture dans 10 centimètres cubes de sérum de convalescent, laisse en contact 5 à 6 heures à l’étuve, en agitant fréquemment, centrifuge et lave trois fois les bacilles avec de l'eau salée physiologique stérile, puis reprend par 100 centimètres cubes d’eau salée physiologique phéniquée à 0,8 p. 100 et agite fortement pendant 1 heure.

Avant l'emploi, chaque ampoule de vaccin est agitée pour dissocier les grumeaux et aspirée dans une seringue contenant 0 cc. 5 environ d’eau salée physiologique tiède.

La dose de vaccin à injecter est de 0 cc. 8 à 0 cc. 6. L’injection doit être faite dans les veines. Elle est inefficace sous la peau. Elle produit, chez les malades typhiques, une élévation immédiate de température suivie d’un frisson et d’une chute brusque de la fièvre. |

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