Et ce nom, de Fils de Dieu, que signifie-t-il
Le nom de fils peut être pris en deux sens. — Souvent il est donné dans l’Ecriture à un homme par rapport à un autre homme, dans un sens large, dérivé, métaphorique, pour exprimer la qualité de disciple, d” héritier, de protégé, de favori, d'adopté *. Mais cette acception en suppose une
ISSN $ ,1v, 4; Heb., xxv, 6. — 3 Joan., 1, 13; T Cor. xv, 41. = Ps. vin, CE. S. Franc. de Sales, Amour de Dieu, ILE iv — 5 Act., vu, 55. Cf. a vu, 43; Matth., xxvr, 64. — 6 Apoc., 1, 13; xIV, 14. — 7 Supra, n. 38, 84, 332.
; de
autre stricte et littérale : Vivens e vivo procedens in conformitatem naturæ. — Souvent aussi il est donné dans un sens large aux hommes en général, ou à une certaine classe d'hommes, ou mème à quelque homme en particulier par rapport à Dieu, pour indiquer qu’ils ont part à son esprit et à sa vie, qu’il les aime comme ses enfants, qu’il leur destine ses biens en héritage. Ainsi les chrétiens sont des enfants de Dieu, des fils de Dieu par adoption, rexva sou !. Mais à cette signification dérivée et métaphorique de fils de Dieu répond aussi une signification propre, littérale, stricte ?, qui se vérifie dans la seconde personne de la sainte Trinité, le Fils unique du Père : o Yios vou Oecv, Unigenitus qui est in sinu Patris ?.
Cette remarque faite, dans quel sens faut-il prendre le titre de Fils de Dieu, donné à Notre Seigneur plus de cinquante fois dans l'Evangile ?
On doit admettre que ce mot est pris quelquefois dans une acception large, métaphorique, quand il lui est donné par des hommes qui ne connaissaient pas sa divinité ou par le démon *. Mais ce sont là des exceptions. Généralement, quand le Sauveur est dit Fils de Dieu, c’est par ses disciples; et alors le mot Fils est pris dans le sens naturel et littéral. Les Pères ont même cru que le démon, sans être persuadé de la divinité de Jésus-Christ, prenait ce mot dans ce sens, et ils en donnent cette raison que le Sauveur lui défend de le faire ainsi connaître *.
An moins est-il certain que dans la plupart des cas, ce nom a été entendu à la lettre et doit être pris en ce sens. Ainsi il ne saurait y avoir de doute : — 1° Quand il est donné au Sauveur comme n’appartenant qu'à lui : avec lépithète d’unique, Unigenitus 5, ou avec l’article, comme
1 Si filii Dei facti sumus, et dii facti sumus, sed hoc est gratia adoptantis, non natura generantis. S. Aug., In Ps. XLIX, 2. — 2? Adoptio, semper imitantur quod naturaliter ht S. Cyrill. Alex. — 3 Joan., 1, 18. Cf. Matth., xx, 42; Rom., var, 32, — # Matth., 1v, 3-6; vint, 29 : AA 1v, 41; vint, 28; RAS y, 39: Cf. Luc., xxuut, "47. et Marc. im, 12 — 6 Joan., 1, 18; “ie 18: Marc., x, 6. Cf. Heb., 1, 6.
un attribut caractéristique ‘, ou bien avec un autre déterminatif d’une signification équivalente ?. — 2° Quand on voit le divin Maître demander qu'on lui reconnaisse la qualité de Fils de Dieu, et ses disciples faire cet acte de foi, comme une profession de christianisme ?. — 3° Toutes les fois qu’on trouve ce terme employé ou rapporté par $. Jean *, puisque, de l’aveu de tous, cet évangéliste n’a écrit que pour confirmer le dogme de la divinité du Sauveur, ou, comme il le dit, pour justifier son titre de Fils de Dieu ?, le mot de sainte Marthe : Tu es Christus, Filius Dei vivi f, équivalant visiblement dans sa pensée à celui de $S. Thomas : Dominns meus et Deus meus *.
Du reste, les Juifs versés dans les saints Livres ne devaient pas ignorer que Dieu avait un Fils 8, ni que le Messie serait une personne divine *, le Verbe même ou la Parole de Dieu. On savait également que le Sauveur s’attribuait cette qualité, au moins dans les derniers temps de sa prédication. C’est pour cette raison qu’on veut le lapider et qu’on finit par le mettre à mort it, Mais jamais on ne lui reproche de dire que Dieu à un Fils ; et quand Notre Seigneur
1 Matth., x1, 27; xxvi, 63-65; Marc, 1, A1 5ex1v, 61, 62; Luc.,xxu, 10; Joan., 1, 34, 49; v, 25; VI, 10; 1x, 35, xt, 4, 21; XVI, 1-35 XX, 31, — 2 Matth., ur, 11; x, 32, 33, XVI, 5, 24; xx11, 42, 45: Marc., 1, 11; Luc., 1, 35; Joan., 111, 16-18; IX, 35-38: x1, 21; xvur, À. Cf. Matth., xx1, 33; Marc., x, 6. Bossuet, 1re ef Ile Inst. sur le N. T. de Trévoux, initio. — 3 Matth., xvi, 16, 17; Joan., 1x, 35-38: x1, 21. — # Joan., 1, 34, 49; v, 25;
x 1961 x10 40911 xx; 01. Cf. I Joan., 11, 22-23. — 5 Joan., xx, 31. — 6 Joan., x1, 21. — 1 Joan., xx, 28-31. Cf. Joan., x, 30 et 36. Néanmoins , 2 , , ?
ilne faudrait pas croire ce qu'avance M. Renan, que Jésus ne se sert jamais du terme « Fils de Dieu » ou «le Fils » en parlant de lui, si ce n’est dans l'Evangile de $. Jean, ni ce qu'a dit Julien l'Apostat que S. Jean est le premier qui ait attribué à son maître la divinité. S. Cyrill. Alex., Cont. Julian., x. Cf. Matth., x1, 21; XVI, 16,17; xx1r, 45; xxvI, 63, 64; xxvu, 43; xxvinr, 19; Marc., XIV, 61, 62; Luc., x, 22, xx11, 10, etc. CÉAMatth., 1235vir, 21, 1x2; NT, 24: xvinr, 6; xx1, 33; XXUI, 04, xxv, 81, etc. — $ Ps. 17, 1; Prov., vor, 22-31 ; xxx, 4; Is., LXVI, 9; Matth., xxvi, 63. — © Ps. x11V, 1, 8; avi, 20; ox, 10; Is., 1v, 2, vi, 9; vri, L4; 1x, 65 1; xxx, 20; XXXV, 4; Baruch, 11, 26-21; Mich., v, 2; Zac., 11, 10; Mal., an, À; Agg., 11,8, 10. CF. Bossuet, Ile Inst. sur une version du N.T. Passage xz, — 10 Sap., xvinr, 15. — tt Matth., xx, 42; xx vil, 40; Luc., xxir, 90; Joan., v, 18; x, 32; XIX, TA
prescrit à ses Apôtres de baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, on voit bien qu’il ne leur révèle pas un dogme inconnu et contraire au sentiment commun . Ceux qui ont prétendu que le nom de Fils de Dieu n’était dans l'esprit des Juifs qu’un titre honorifique pour désigner le Messie, comme le premier des enfants adoptifs de Dieu, l’ont avancé gratuitement et n’ont rien de solide à opposer à nos raisons. S'il ne signifiait rien de plus, d'où vient, dit Origène, qu'aucun de ceux qui se sont donnés pour Messie depuis Jésus-Christ n’a osé s’attribuer ce nom *? Pourquoi excite-t-il à ce point l’exécration du grand-prêtre dans la Passion *? Et comment, après l’avoir entendu affirmer qu’il est le Christ, demande-t-on encore au Sauveur sil est le Fils de Dieu *?
465. — Lorsque le Sauveur est appelé simplement le Fils, quel est le sens de ce mot?
Il est un bon nombre de versets où le Sauveur est appelé simplement et absolument le Fils *, comme la première personne de la Trinité est appelée le Père. Dans tous ces passages, le mot Fils, o Yioç, a évidemment le même sens que celui de Fils unique de Dieu. I indique même plus clairement encore la divinité du Sauveur, puisque le Sauveur est mis ouvertement au même rang que le Père et ie Saint- Esprit, n'étant dit Fils que par rapport à ces deux personnes, et s’en trouvant distingué par cette qualité seulement.
Remarquons ici la justesse de ce terme, le Fils de Dieu. Si le Sauveur s'était dit simplement Dieu, il se fût désigné moins nettement. En se distinguant de toute créature, il ne se fût pas distingué des deux autres personnes divines; il n’eût pas exprimé son caractère propre et personnel ; il n’eût
1 P. L.B. Drach, Harmonie entre l'Eglise el la Synagoque, 184%. — 2 Cf. Orig., Cont. Cels., 1, 28, 56; 16 9, 31; var, 12, etc. — 3 Matth. xxvI, 65. — # Luc., xx11, 66, 10 et Joan., xix, 3 et 1. Supra, n, 396. — 5 Matth., x1, 21; xxvur, 19; Marc., xux, 32; Luc., x, 22; Joan., ur, 35, 36; v, 19, 20-23, 26; vi, 40; var, 35, 36; "x1v, 13. Cf. Joan., 1, 22-98.
N° 466] SUR NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. 661 - pas fait connaître le rapport essentiel qu’il a avec son Père.
Le Père est Dieu et le Saint-Esprit est Dieu, mais ni l’un ni
l'autre ne sont Fils de Dieu ; de même qu’Adam et Eve font
partie de l’humanité, mais ne sont pas nés de l’homme, fils de l’homme, comme l’est Notre Seigneur‘.
466. — Quels sont les autres titres donnés à Notre Seigneur dans l'Evangile ?
Notre Seigneur n’est pas appelé seulement Fils de homme et Fils de Dieu dans l'Evangile : il est dit de plus le Messie ?, le Maître*, le bon maitre‘, le bon pasteur’, l'époux de l'Eglise, le prophète?, le Fils de Marie *, le fils d'Abraham et de David*, le roi des Juifs!°, le pain de vie !!, la résurrection et la vie‘?, la voie, la vérité et la vie ‘?, la lumière du monde !*, le Sauveur des hommes ‘*, l’Agneau de Dieu ‘, lEmmanuel ?, le Verbe ‘f, le Fils de Dieu vivant”, le Seigneur *, et enfin Dieu même ?".
1 Luc., 11, 38. — 2 Joan., 1, #1. — 3 Matth., xxur, 10. — k Matth., xix, 16. — 5 Joan., x, 11. — 6 Matth., 1x, 15; Joan., 111, 29. — 71 Luc., vis, 16.— 8 Marc., vi, 3. — 9 Matth., 1, 1. — 10 Joan., Xvin, 31. — 11 Joan., vi, 35. — 12 Joan., x1, 25. — 13 Joan., x1v, 6. — 1# Joan., viur, 12. — 15 Joan., 1v, 42. — 16 Joan., 1, 29. — 17 Matth., 1, 23. — 18 Joan. 1, fly — 19 Matth., xvr, 16. Becan., Analog., 11, 5. Supra, n. 469, 410. — 20 Matth., xx1, 3: xxn, 43; xxvint, 6; Marc., xv, 192200, 17710100 revers 94 ; x1, 39; xu, 42; xt, 15; xvunr, 5, 6, XVI, 6; xx1r, 3, 6; Joan., xx, 18, ete. — 21 Matth.,1, 23; Luc.,1, 16, 11; Joan, r, Ly xn, 41; °xx, 28; D'un autre côté, les Evangélistes ont rapporté un certain nombre d'injures dont le Sauveur fut l'objet. Ses ennemis le nommèrent pécheur, Joan., 1x, 24; ami des publicains ct des hommes de mauvaise vie, Matth., xr, 19; malfaiteur, Joan., xvinr, 30; séducteur, Joan., vi, 12, 41; perturbateur de l'ordre publie, Luc., xxur, 2; blasphémateur, Matth., 1x, 3; xxvr, 65; Luc., v, 21; violateur du sabbat, Joan., 1x, 16; Samaritain, Joan., vin, 48; gourmand et buveur, Matth., x1, 19; démoniaque ct insensé, Luc., vir, 38; sectateur de Béelzébub et suppôt du démon, Marc., 11, 22; enfin Béclzébub lui-même, Matth., x, 25. Sic appelluba-
tur Dominus Jesus Christus, ditS. Augustin, ad solatium servorum suo-
rum, quando dicuntur seduclores. Brev., Sabb. sanct., lect. v. C’est surtout pour la consolation de ses ministres que l'Esprit saint à consigné toutes ces injures dans le saint Evangile. Cf. Martigny, Noms des
chrétiens. Calomnies.
461. — Notre Seigneur ne parle- -t-il pas dans beaucoup d'occasions en Dieu, comme il n’est permis qu'à un Dieu de le faire, comme nul autre qu'un Homme-Dieu n'eût jamais parlé 1?
I. Quelles que soient l'humilité de sa position dans la société et la modestie de son langage, Jésus-Christ n’hésite jamais à prendre dans ses discours le rang qui convient à un Homme-Dieu, à se placer au-dessus de tout ce qui a un nom, au ciel et sur la terre *, au-dessus des justes et des patriarches *, au-dessus de Jonas et des prophètes ?, de Salomon ÿ, de David 5, de Moïse’, d'Abraham , de Jean- Baptiste, le plus grand des enfants des hommes”, audessus même des Anges. Il dit qu’il existait avant de s’incarner ‘, avant la création!?, de toute éternité ©. MI commande, il juge, il absout, il décide et il dispose de tout, avec une autorité absolue ‘*. Il donne à ses Apôtres les clés du ciel, le pouvoir de faire des miracles, de remettre les péchés 5. Il ne permet pas qu'on doute de son autorité ni de sa puissance ‘6. Il veut être l’objet de la foi, de l'amour ‘, de la prière !, de l’adoration *. Enfin il se met ouvertement en égalité avec le Père céleste ?; et lors même qu’il se dit inférieur à lui, en tant qu'homme, il fait
1 Ginoulhiac, Hist. du dogme, t. 1, VIT, 1-v1; vit, 1v,, etc. — 2 Joan., nr, 31: XVII, D. — 3 Matth., xn, 6; x, 17; Joan., 1, 13 ; vi, 49. — # Macth., xu, 41; XVI, 14-17; Joan., vu, 53. — 5 Matth., x11, 42. — 6 Matth. xxU, 43. — 7 Matth., v, 21, 22, 28; Joan., vr, 32. — 8 Joan., vi, 56, 58. — ° Matth., xr, 10; Luc., vu, 27 = 10,Matthe;1v, 11 var, 215 cr, 41e XVI, 21; XXVI, 53; Marc., vin, 838; x, 32; Joan., 1, 5l. — 11 Joan. 111, 19; vi, 32, 38, 54, 63: vInr, 52; XVI, 18; xVIT, 18. — 12 Joan., xvrr, 5 — 13 Joan., vin, DS. — 1# Matth. , V, 21-24, 27, 28, 33, 38, 34, 39, 48, 44; NO, 200 A SEX I O XII, TE xIV, 28; xvint, 18, 20; x1x, 29: XXv, 31-46; Marc., 1, 5; XVI, 17: Luc. vir, 48; XXI, 29 : XI, 43: Joan.
46, 195 v, 24" : VL, TE 5, 18: xHL, 18: X1Y, 21: XX, 29. — 10 Matth. x, 8; XVI, 19. — 16 Matth. 1V, 19: vu, 21-23 : x. 32 : XI, 21, 28 XII, ’ fA, 22: XXVI,,03, xx VIN, 18, 20; Luc; x; 19; Joan. x, 28 xr, 251 11 Joan., x, 31; x1v, L. — 18 Joan., xtv, 15, 21. — 19 Joan., x1v, 13, 14. — ?0 Joan., x, 38. — ?1 Matth., xxv, 31; Luc., xx1v, 49; Joan., 1, 18: DOME NV, ANE210823 20-29 20 ANIUT, 19, 54, 58; x 45, 28, 29, 30, 20 XD 2 NEC, 14 52: xIx, 16 ä. 10 AUS 15, 23, 26; xv, 26; XVI, 13-14, xXvu, 10, 21 : XVI, 36, etc.
clairement entendre qu'il n’est pas une simple créature ‘.
I. S'il n'avait pas eu conscience de sa divinité, jamais le Sauveur n'aurait, je ne dis pas réalisé, mais seulement prédit ou projeté, comme il a fait, l'œuvre qu'il a accomplie ?. Sil n'avait été qu'un homme, le fils d’un ouvrier juif, jamais il n'aurait osé parler de lui comme il faisait ?, dire que le ciel serait le partage de quiconque croirait en lui, s'appeler la lumière du monde‘, la résurrection et la vie e l'unique voie pour arriver à Dieuf. Jamais il n’aurait dit qu’il n’était pas d’ici-bas”, que personne ne pouvait le convaincre de péché, qu’il était sorti du sein du Père”, qu’il savait d’où il venait et où il allait ‘°, qu’il était plus grand que le temple ‘*, que le temple était sa maison comme celle de son Père‘*, que tout lui appartenait au ciel et sur la terre ‘*, qu’il avait le pouvoir de purifier les âmes ** et de leur donner la vie‘5, qu’il donnerait sa chair et son sang pour être la nourriture et le breuvage du monde entier ”, que, sans cet aliment, nul n'aurait la vie véritable, la vie éternelle ‘*, que, lorsqu'il serait sur la croix, il attirerait tout à lui , qu’il se ressusciterait le troisième jour RU enverrait son Esprit pour achever son œuvre *!, qu’il resterait avec les siens jusqu’à la consommation des siècles ?”?, qu’il jugerait les vivants et les morts 2% enfin qu’il existait avant la naissance d'Abraham **, et même avant la création **. Du moins on n’a pas d'exemple d’une simple créature, ayant l'usage de la raison, qui ait ainsi menti à sa conscience et à qui l’orgueil ait inspiré un langage si extravagant?®. Nul
1 Joan., x1v, 28. Cf. S. Cyrill. Alex, de vera Fide, 1, 11,11, et In Joan.,
Supra, n. 342. — 2 Matth., xvu, 11; Luc., 1x, 56; Joan., 111, ANR ALOS x1, 6; x, 46; xvir, 2. Supra, n. 350. — 3 Supra, n. 410. — # Joan., van, 125 1x, 53 x11, 46. — 5 Joan., x1, 98: x1x, 6: — 6 Joan.,x, 9; x1V, 6. — 1 Joan., vin, 23. — 8 Joan., vin, 46. Cf. Joan., 1, 8, 10. — ©? Joan., var, 42 ; xvi, 21, 28; XVI, 8. — 10 Joan., vin, A4. — 11 Matth., xur, 16. — 12 Matth., xxr, 43. — 13 Joan., 11, 16. — 1% Matth., xxvin, 18; Luc., x, 22; Joan., XII, 3, XVII, 2, — 15 Matth., xvinr, 18; Marc., n, 5; Luc. vir, 48; Joan., xx, 22, 23. — 16. Joan., x, 28. — 17 Joan., vi, d2. — 18 Joan., vi, 54, 55, 59. — 19 Joan., xIT1, 20 0P01Joan. FIMO RES 21 Joan., xv, 26; xvi, 1; Act., 1, 8. — 22 Matth., xxvin, 20, — 23 Joan.,
y, 25. — 24 Joan., vu, 58. — 25 Joan., xvu, 5, etc. — 26 Cf. Mas-
homme n’a osé dire, comme Notre Seigneur ‘, qu’il ne faisait qu’un avec Dieu, qu’il était Dieu, le Dieu véritable, le Dieu éternel et suprême. Nul autre ne l’eût fait croire.
468. — Ne répugne-t-il pas absolument de faire du Sauveur un imposteur ou un halluciné?
[. Il répugne de faire de Jésus-Christ un #mposteur :
1° S'il n'avait pas été sincère, ce serait le plus misérable et le plus criminel de tous les fourbes, dit $. Bonaventure”. Comment accorder tant d’orgueil, tant d’impiété, tant dhypocrisie, avec les vertus dont il a donné exemple, avec la sainteté que sa morale respire, avec l'esprit qu'il a fait régner en son Eglise, avec la religion qu’il inspire à tous ceux qui se donnent à lui?
2 S'il a fait des miracles et des prophéties véritables, en quoi a-t-il pu tromper? Si ses miracles étaient faux, comment a-t-il pu les faire prendre pour vrais par tant de témoins intéressés à ne pas se laisser tromper? Comment a-t-il persuadé à des miliers d'hommes qu’il lui suffisait de dire une parole pour guérir les malades, multiplier les aliments, ressusciter les morts? Comment a-t-il pu faire croire qu’il était mort lui-même et revenu à la vie? Si ses prédictions n'étaient que du charlatanisme, comment se fait-il que nous en voyions encore aujourd’hui l’accomplissement dans la ruine de la synagogue et de l’idolâtrie, dans la dispersion des Juifs, dans la stabilité inébranlable de l'Eglise *?
3° Si Jésus-Christ était un fourbe, que seraient ses Apôtres et ses premiers disciples? Faut-il dire que tous ont
sillon, Serm, pour la Circoncision; Lacordaire, Conf. sur Jésus- Christ.
1 Joan., x, 30. Supra, n. 336. — ? Superbissimus hominum, imo et dæmonum, quia Lucifer nunquam dixit se esse Deum, licet voluerit esse similis Altissimi. S. Bonav., S/im. div. om., 1, 6. — 3 Me atten--
dite, dicit Ecclesia. Non præterita vobis narrantur, non futura prænuntiantur, sed præsentia demonstrantur. Hoc certe, sive velitis, sive nolitis, aspicitis. S. Aug., De Fide rerum quæ non videntur, T. Supra, n. 256,
Le
été des fourbes, ou que tous ont été des dupes, ou que les uns étaient des fourbes et les autres des dupes? Ne voit-on pas que chacune de ces suppositions répugne, et qu’on en centuple l’absurdité en les multipliant.
IL. I] ne répugne pas moins de faire du Sauveur un halluciné.
4° Pour justifier un soupçon seulement à cet égard, il faudrait des raisons : quelles sont celles qu’on pourrait donner ? L’hallucination, comme on l’entend d'ordinaire, a pour objet les visions et les apparitions : combien en voit-on dans l'Evangile? Elle produit l’exaltation, l'enthousiasme, le fanastisme : le ton du Sauveur est-il celui d’un fanatique? Il a parlé souvent, sur toutes sortes de sujets et en toutes sortes de circonstances; il a été aux prises avec la calomnie comme avec la souffrance : a-t-il jamais dit un mot qui s’écartât des règles de la sagesse et de la sainteté?
2 Les hommes les plus éclairés conviennent que, pour 18
dogme comme pour la morale, il n’y a aucune comparaison à
faire entre le christianisme et les autres religions. La doctrine la plus sainte, la plus sublime, la plus complète sur l’homme et sur Dieu, serait donc le fait de l’hallucination, c'est-à-dire de la folie! Ceux dont on admire le plus les lumières seraient les plus obstinés dans l'erreur!
30 Si Jésus-Christ était halluciné, quand il croyait délivrer les possédés, guérir les lépreux, rendre la vue aux aveugles, ressusciter les morts, qu'étaient donc les Apôtres et que furent les premiers fidèles? Tous les chrétiens des premiers siècles ont-ils été hallucinés? Le sommes-nous, nous qui voyons l’idolâtrie abattue et le christianisme debout : Non unum mortuum, sed universum genus humanum et sepulcro suscilatum ; non visum uni ceco restitutum, sed discussas erroris tenebras que totam terram occupaverant; non leprosum unum mundalum, sed tot gentes quæ peccati lepram absterserunt ac per lavacrum regenerationis mundatte sunt ‘?
S'il fallait voir ici une hallucination ou une imposture, ne
18. Chrys., Cur in Pentlec. leguntur Acta Apost., 1. Supra, n. 228.
serait-elle pas plutôt du côté de ces hommes irréfléchis ou passionnés qui donnent si gratuitement le démenti à la foi des Apôtres, des martyrs et des saints ?
469, — Est-il possible de concevoir un caractère plus noble, plus aimant, plus saint, plus parfait que celui du Sauveur?
I. Le caractère du Sauveur défie toute censure et surpasse tout éloge. Sous quelque aspect qu’on le considère, on le trouve toujours d’une perfection accomplie ‘; et c’est cette perfection qui donne à l'Evangile son principal attrait.
1° À l’égard de son Père : — quel religieux respect ?! quelle soumission * ! quel amour *! quel zèle”! Par suite, quelle application dans la prière $! Il ne condamne pas les cérémonies, ni les pratiques légales, mais il s'occupe bien plus de prier que d’immoler des victimes ou de faire des ablutions. Tantôt il bénit la majesté divine ‘, tantôt il l’invoque, soit pour les autres Ÿ, soit pour lui-même *; tantôt il lui rend grâces ‘°, On le voit partout recourir à son Père et s'entretenir avec lui : sur la montagne ‘! comme dans le temple ?, dans la solitude ‘* comme au milieu de ses. disciples ‘*, à son baptême ‘ comme à sa transfiguration t; avant de choisir ses Apôtres ! comme au moment de les quitter ‘5, avant d'opérer des miracles ‘ comme au moment de se livrer à ses bourreaux °°.
2° À l'égard des hommes : — pouvait-il se montrer plus doux, plus patient, plus généreux, plus parfait? Il n’est oc-
1 Matth., 11, 15; Joan., vin, 46; xvir, 4; II Cor., v, 21; Heb., 1v, 15; vit, 26. — ? Marc., x1, 16; Luc., 1v, 8, 16. — 3 Matth., xv, 24; xxvi, 42; Joan., 11, 4; 1V, 32, 34; v, 30; x1v, 10; xvur, A1; Phil., 11, 8. — # Luc. ur, 49; x, 49 ; xxI1, 42; Joan., 1v, 3%; vin, 39, 49, 50; x1v, 31. — 5 Matth., IVe AM, 235 1x,.36, 31, Marc., 1, 145 Luc, 1, LOIR 8 EXT, 49 OUR Joan. 11, 15-11; 1v, 31-34 ; v, 30 ; xx, 42 ; xvur, 5, 16, AT. — 6 Marc., 1, 35; Luc., x1, 12; 1x, 18, 28; xxur, 41. — 7 Matth., xt, 25. — 8 Luc , xxur, 32; xx, 34; Joan., x1, 42; xvur, 6-26. — 9 Matth., x1v, 23; xxvi, 36, 39; Marc., 1, 35; Luc., v, 16; vr, 12; 1x, 28; xx, 46; Joan., xu1, 27, 28. — 10 Matth., x1, 25; xv, 36; Marc., var, 6; x1v, 23; Luc., xx1r, 115; Joan,, Vi, 115 xT, 44: — 11 Marc., vr, 46. — 12 Luc., xix, 45, 46.:=="3 Luc., V, 16. — 1# Luc., xx, À. — 15 Luc., mr, 81. — 16 Luc., 1x, 28: — 11 Luc,
VI, 12. — 18 Joan., xvir, 1-26. — 19 Matth., x1v, 19; Joan., vi, 11 ; xx, 41. — 20 Matth., xxvi, 36, 39, 42, 44.
cupé qu’à leur faire du bien, à guérir les malades, à instruire les ignorants, surtout à sanctifier les âmes et à les porter vers Dieu ‘. C’est une bonté et une tendresse vérilablement ineffables ?. [l a une affection plus vive pour ses parents ?, pour ses disciples *, pour ses Apôtres *, pour tous ceux qui lui témoignent quelque bienveillance ÿ; mais sa charité n’exclut personne ?, ni les Juifs #, ni les Gentils ?, ni les pharisiens ‘°, ni les publicains ‘!, ni les samaritains ‘?, ni les pécheurs UE pour tels !?, ni ses ennemis déclarés is ni même ses bourreaux ‘?. Sa bienveillance et ses bienfaits s’étendent sur tous !; et ce sont les petits, les pauvres ‘, les affligés qui en ont la meilleure part ‘#. Pas une souffrance qui le trouve insensible ‘*. Pas une misère qu’il ne soulage ou qu’il ne console ?. Pas un pécheur dont il n'ait pitié **, qu’il n’accueille avec bonté ??, au repentir duquel il n ”accorde le pardon *. Pas un enfant qu'il ne bénisse, dont la simplicité et l'innocence ne le ravissent ?*. Pas un trait de vertu quine soit l'objet de ses éloges et qu'il ne s’empresse de signaler *. Enfin, c’est le seul homme dont on puisse dire qu'il n’a pas vécu un seul instant pour lui-même, et que son unique désir
1 Matth., v, 3; Act., x, 38, ete. — 2 Matth., x1, 28; x11, 49; xxv, 40; xxvr, 50; Luc., 1x, 52-56; Joan., vr, 31; xu1, 14, 3%; XV, 49: 1Pet-"r;
DD 0500 Duc, 1151; J6an., x1x,26. Matth., x, 46-50; Joan., 1v, 6, 10, 16, 40. — 5 Matth., xur, 11; Marc., x, 28, 39; Luc., xnr, #; Joan., x, 271; x1, 5; XI-X VII; XVII, 85 XX, 17; XXI, 5. — Ü Matth., x11,
50 ; Re 13; Luc., vi, 5, 31-50; x, 42; Joan., xt, 35, DONS ECO É Pet., 11, 21. — 7 Matth., vu, 16, 11; Joan., vr, 97.— 8 Matth, 1x; 06;
6: xxIN, 31; Luc., vu, 4, 5; xix, 41, 42. — 9 Matth., vin, 10% xv, D. 28: Marc., XI, 10 : Luc, vu, À- 10: Joan er 02 x, 20 = MOEDUC VII, 36. — 11 Matth. 1x, TL EXT 19. — 12 Luc., 1x, 52-55; x, 33; XVII, 18; Joan., 1v, 9, 40; Act. L, 8. — 13 Luc., xv, 2, 4. — 1% Matth., xx, 31; Luc., xxu, 51; xx, 84; Joan., xIm, 97. — 15 Matth., xxvi, 50; Luc., XXI 94521 Petit, 23. — 16 Matth. 1V, 28 > vin, 16; x1v; 19; D x, 11; xxt, 15. — 17 Matth., x1, 5; Luc. …, IV, 18. — 13 Matth., x1, 25; Pico s I0an. 1x, 29-01? Matth, 1142/2192 &IV, 14: ee D PAP Marc., 1, 32; Luc., VI, 13: xIx, AIS PACT. x, 08: 2 Matth., v, 3-11; VI, 25. 86 : 184 Fe A9 Luc: REVUE 11 AT. — 21 Marc, 11, Dr — 22 Matth. Ex 12; Marc. . 16, À : Luc, xv, 1432 :#x1x, 5-7. — 23 LuCHAvIT, 00 O0 MER te Yu, 44, 1— 24 Matth., xvui, 1-5; xiIx, 13-15; Marc., x, 186 UC. XVI, 1 25 Matth. , VIII, 710; xv, 28; Marc., x, 43 ; Luc., vu, 9, 44-47; xix, 9; Joan., 1, 41.
a été de se sacrifier sans réserve pour le plus grand bien de. tous ses semblables.
3° A l'égard de lui-même : — c’est une sagesse qui ravit '; c’est une prudence qui échappe à tous les pièges et qui déjoue tous les mauvais desseins ?. Il ne s’expose qu'avec réflexion et quant il le faut *. Quoiqu'il parle de lui à tout moment, qu’il soit obligé de faire connaître sa dignité et de maintenir ses droits, son langage est d’une modestie et d’une humilité incomparables *. Jamais il ne recherche l'estime, l’éclat, les honneurs. Son détachement des biens du monde est absolu ‘; sa mortification parfaite $, sa patience supérieure à toutes les épreuves ?.
IT. Mais le trait distinctif du caractère du Sauveur et ce qui mérite d’être remarqué plus que tout le reste, c’est le principe d’où ces vertus découlent, le but auquel elles tendent, et l'accord dans lequel il sait les maintenir.
1° Sa vertu n’a pas la nature pour principe. L'Esprit de Dieu inspire et dirige toutes ses œuvres *. Toujours uni d’esprit à son Père *, toujours sous ses yeux et dans sa dépendance, il reste étranger à tous les préjugés, à toutes les craintes, à toutes les espérances, à toutes les considérations du monde ‘'?. Pas une parole, pas un acte dans son Evangile, qui soit de la terre ou pour la terre. Tout ce qu'il fait, tout ce qu'il enseigne, tout ce qu’il commande a pour objet le royaume de Dieu et la vie éternelle tt.
1 Matth., xp1, 54; Marc., vi, 3; Luc., 11, 47, 52; 1v, 22; xx, 14, 15; Joan., vit, 14, 15. — 2? Matth., vu, 6; x, 16; xu1, 1-5; x1v, 13; xvi, 20: xx1, 24-27; xxu1, 15-46 ; Marc., 1x, 6-1; Luc., vi, 1-11; x11, 14; xx, 1-85 - Joan uv, 1,3% 0v, is vx, AS UMA ovir, 3x, 22-89 EXT NS SE 3 Matth., 1v, 12; Marc., mt, 6, 1; Joan., vu, 1-10; x, 39. — * Matth., nr, 15; x1, 28, 29; xu, 16; xux, 55; xvir,3, 4; xx, 24-98; xxr, 35 xx, 5-12; Marc., 1x, 33-36; x, 35-45; Luc., x1, 27, 28; xvurr, 9-19; xxur, 24-21; Joan., vi, 15; var, 16, 18; vin, 50; xx, 4. B, 12-16; xrv, 19. — 5 Matth., v, 3; x, 8-10; xvu, 26; xxit, 19; Luc., vin, 3; 1x, 58; Joan., xut, 6; xt, 29. — 6 Matth., 1v, 2; Luc., vin, 4, 21; var, 50; Joan. IY, 6, 1, 8. — 7 Matth., xxvi, 45, 52; Marc., 11, 9, 10, 20; xrv, 65; Luc., xXxI1, 9, 105 Joan., xvin, 8 ; x1x, 3, 4. — 8 Luc., 1v, 1. — 9 Joan., vin 16. — 10 Matth., xx, 23; Joan., v, 20, 30; vu, 16, 17; vu, 38; xur, 49, 50. — 11 Matth., vi, 33; Joan., 11, 31; vaux, 23.
n° 469] SUR NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. 669
9 Toutes ses qualités se balancent et s’harmonisent de la manière la plus parfaite. Jamais un mouvementexagéré, qui dépasse la mesure. Parmi les injures comme au milieu des applaudissements, il reste toujours semblable à lui-même Fe Nul emportement et nulle défaillance; nul excès comme nulle lacune. Sa dignité ne devient jamais de la hauteur ni de la dureté ?, sa modestie n’a rien d’affecté ? ; son humilité est sans bassesse “, sa résignation sans abattement ‘, sa fermeté sans obstination f; sa douceur sans faiblesse *, son indignation sans colère *. Son austérité n’exclut pas la tendresse *. Sa franchise ne l’empêche pas d’être prudent et réservé #. La promptitude de ses réponses n’ôte rien à la discrétion de son langage !. S'il est parfois animé et véhément dans ses discours, c’est sans se troubler ni perdre la possession de lui-même ‘. Il joint à la haine du péché le plus tendre amour pour les pécheurs, à la sensibilité la plus vive une égalité d’âme inaltérable. Toujours bon affectueux, accessible à tous, il inspire le respect en même temps que la confiance ‘*. Son langage, comme sa physionomie, à une noblesse qui dénote son origine et qui fait sentir son autorité 1?.
En un mot, plus on l’étudie, plus on le reconnait supérieur à ce que l'humanité a jamais produit d’excellent et de sublime #, plus on se sent attiré vers lui par les meilleurs sentiments de l’âme.
Un auteur protestant, qui a essayé de le comparer avec celui de ses Apôtres dont on connaît le mieux le génie et la vertu, conclut ainsi son parallèle : « Entre Jésus-Christ et S. Paul, il y à la différence du saint au Saint des saints, de
1 Matth., xxvu, 14; Joan., VI, 46. — 2? Matth., 1x, 25; xix, 21. — 3 Luc., vu, 38; Joan., 1, 42. — # Matth., x1, 28, 29. — 5 Matth., xxvi, 46, 53; Joan., xvi, 32. — 6 Matth., xn, 45. — 7 Matth., xvi, 23; xvu, 19; ER 2 Matth., xxx, 2, 39. — 9 Joan., xvur, 15, 24. — 10 Matth., xxu, 16-23. — 11 Matth., 1x, 14-17; xxr, 24, — 12 Matth., 1x, 31; xu, 49; xx, 31; Luc., I, 21-30; x1ix, 41-46; Joan., vi, 27, 82; vu, 31. — 13 Luc., x, 28; Joan., 1v, 21; xx1, 12. — 1% Matth., vir, 28, 29; XXVI, 52, 64; Luc., 1, 41; 1v, 22, 82; vu, 16; x, 26-28; Joan., var, 46; vinr, 23; au, 13, 14; xvin, 21; xIx, 11; XX, 27; xxr, 22, — 15 Marc., var, 81.
l’homme divinisé à l’'Homme-Dieu. S. Paul est le digne imitateur du Sauveur : Jésus-Christ est le modèle suprême. Le caractère de S. Paul excite l'enthousiasme : celui du Sauveur commande l’adoration, et le silence est le seul éloge qui lui convienne. » « Quand je contemple ce modèle de perfection, a dit Lamennais ‘, ce grand prodige que le monde n’a vu qu’une fois et qui a renouvelé le monde, je ne me demande pas si le Christ était Dieu : je serais plutôt tenté de me demander s’il était homme *. »
* :10. — L'état actuel du monde confirme-t-il ce que l'Evangile nous dit de la vie et de la mort du Sauveur?
Non seulement le monde civilisé a gardé le souvenir du Sauveur, mais il est rempli de son culte et de ses œuvres : Ecce mundus totus post eum abit *. À s’en tenir même au monde matériel, ne trouve-t-on pas partout des monuments de son passage ici-bas et de son action ?
I. Partout où il y a des chrétiens, on trouve des édifices sacrés, des églises. Le nombre de ces églises est prodigieux. Elles sont l’œuvre de tous les âges. Il en est dont l’origine touche aux persécutions. Il en est qui remontent jusqu’au premier siècle; car on voit dans les catacombes des sanctuaires où durent se réunir les disciples des Apôtres *. Or, à qui ces sanctuaires sont-ils consacrés ? Quelle est la doctrine
1 Indiffér., xxxv, fin — ? Cf. Matth., xxvur, 54; Joan., x, 30; x1v, 9. Bossuct, H. U., IT, xix; Aimé, Fondements de la religion, part. x, Conf. 2e; Massillon, Serm. pour la Circoncision, 2° point. — 3 Joan., xn, 49. — # Act., xx, 1, I Cor., x1, 18, 22; x1v, 35, 36. C’est à Rome que sont réunis les monuments les plus nombreux et les plus frappants de l'établissement du christianisme et de son règne dans le monde. On se trouve là, pour ainsi dire, sur les confins des deux mondes, du monde ancien et du monde nouveau. On a sous les yeux les débris du paganisme et les premières assises de l'édifice chrétien. À deux pas du Colysée, les catacombes, et dans ces catacombes les tombeaux de plusieurs contemporains des Flaviens et de Trajan; autour du Capitole, du Panthéon et du Palatin, les plus anciennes basiliques, les tombeaux de S. Pierre et de S. Paul, Ste Praxède, Ste Pudentienne, $. Clément, Ste Agnès, S. Laurent, etc., les temples des dieux transformés en églises, les statues des apôtres sur les colonnes des empereurs; puis une multitude de monuments se rapportant à toutes les époques de l'histoire ecclésiastique, et attestant d'une manière sensible la divine vertu qui a présidé à l'éta-
N° 470] SUR NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. 671 qu’on y enseigne? Quels sont les mystères qu’on y célèbre ? Ne sont-ce pas autant de monuments de l’œuvre du Sauveur, autant de témoignages de la foi des peuples à la vérité de l'Evangile?
II. La Judée, ou le Sauveur à vécu, est pleine de son souvenir. On y montre au voyageur les lieux où se sont accomplis ses mystères, l'endroit où il a été conçu, la grotte où il est né, la rive sur laquelle il a été baptisé, le puits au bord duquel il s’entretint avec la Samaritaine, le massif d’oliviers sous lequel il a prié. Mais ce n’est pas seulement sur le mont des Oliviers, c'est par toute la ville de Jérusalem que les pèlerins retrouvent la trace de ses pas. Ils voient de leurs yeux, comme à la fin du premier siècle, lemplacement du temple où les prêtres résolurent sa mort, les ruines de la maison d'Anne, le prétoire de Pilate et le palais d'Hérode, le torrent de Cédron et le champ du potier, le tertre du Calvaire et le tombeau creusé dans le roc. Toutes les scènes de sa Passion ont laissé dans ces lieux l'empreinte la plus profonde.
Il n’est pas possible d'attribuer à ces croyances une ori-
gine récente ou de les rattacher à des légendes apocryphes; car si haut qu'on remonte dans le passé, on trouve les mêmes monuments en honneur et les mêmes traditions autorisées et suivies ‘. La Providence a voulu que Jérusalem füt dans tous les temps la ville la plus visitée et la mieux connue. « La dévotion des saints lieux, dit $. Jérôme, dans une lettre de l’an 386 à sainte Paule, est aussi ancienne que l'Eglise. Elle a commencé avec la foi et la reconnaissance des premiers chrétiens. Impossible de faire l’'énumération des personnages considérables, des évêques, des martyrs et des Docteurs qui se sont ici succédé depuis PAscension du Sauveur ?. » Déjà S. Paul y amenait les premiers gentils blissement de l'Eglise et qui préside à son maintien. Il n'est pas possible d'avoir ce spectacle sous les yeux sans en rien conclure, sans apprécier les obstacles qu'il a fallu vaincre et la puissance quiles à vaincus. Aussi le peuple de Rome persévère-t-il dans sa foi, en dépit de toutes les
excitations et de tous les exemples.
1 Théodoret, AH, E., 1, xvur. — ? Longum est nunc ab ascensu Domini
672 QUESTIONS RÉTROSPECTIVES. [n° 470
qu’il avait convertis’. Jérusalem ayant été saccagée pour la seconde fois en 134, sous l’empereur Adrien, les païens voulurent étouffer cette dévotion aux lieux sanctifiés par la mort et la résurrection du Fils de Dieu; ils profanèrent les sanctuaires; ils nivelèrent le mont du Calvaire pour y ériger des autels à leurs divinités; mais leurs profanations ne firent que rendre ces lieux plus célèbres et les signaler à la piété des chrétiens ?. Si l’usage des pèlerinages en fut suspendu, l'interruption dura peu. En 212, on voit deux évêques, Alexandre et Firmilien, celui-ci de Césarée, celui-là de Flavias en Cappadoce, visiter la Palestine. Le premier, que Clément d'Alexandrie vit à Jérusalem et avec lequel il se lia, pendant la persécution de Sévère, resta auprès de Narcisse, évêque de Jérusalem, comme son coadjuteur?; le second profita de son voyage pour consulter Origène et prendre ses leçons sur la sainte Ecriture *; car Origène s’est lui-même retiré en Judée vers cette époque (215); et ce sont les faits dont il y fut témoin qui lui faisaient dire à Celse, quelques années après : « Si quelqu'un avait encore des doutes touchant la naissance du Sauveur, après la pro: phétie de Michée et les écrits des premiers disciples, qu'il aille à Bethléem : on lui montrera la grotte où Jésus-Christ est né, et la crèche où il reposa enveloppé de langes; il verra ce grand mystère attesté et célébré dans les lieux même où il s’est accompli, tout occupés qu’ils sont par une population infidèle 5. »
En 326, sainte Hélène prend possession des anciens sanc:
per singulas ætates currere, qui Episcoporum, qui Martyrum, qui elo: quentium in doctrina ecclesiastica virorum venerint Jerosolymam, pu tantes minus se religionis, minus habere scientiæ, nisi in illis Christun adorassent locis de quibus primum evangelium de patibulo coruscaverat S. Hieron., Epist. xzvr, 9; S. Cyrill. Hieros., Catech., xvur, 16.
1 Act., xx, 3, 4, — 258. Hicron., Epist., LI, 3. — 3 Euscb., H. E. V, 12, 22, 23, vi, 911; S. Hicron., de vir. illust., Lx, Bollan. 10 mars p. 614. Narcisse qui avait 112 ans et qui en vécut 116, avait conm S. Siméon, deuxième évêque de Jérusalem. — # S. Hicron., hid., Liv Martigny, Pélerinages. — 5 En M6. — 6 Orig., Cont. Cels., 1,51. Ci 5. Justin., Dial., 78; Apol., 12, 3%; Euseb., Demonst., 1v, 16; vur, 2, 5 5. Joan. Damasc., de Imagin., Orat., 11, 16. Ms Mcignan, Evangiles, xr-x1v
tuaires au nom de l’empereur Constantin, et les remplace par des monuments en rapport avec la munificence impériale. La découverte de la vraie croix redouble en toute l'Eglise l’ardeur des fidèles pour visiter les saints lieux : Adorasse ubi steterunt pedes Domini, pars fidei est el quasi recentia Nativitatis et Crucis et Passionis vestigia vidisse?. Il semble que chaque fidèle s’applique à lui-même les paroles de l’Ange aux saintes femmes : Venite et videte locum ubi posuerunt eum?. Dans un Jtinéraire dressé pour les habitants des Gaules, par un pèlerin qui a passé à Constantinople, en 333, on trouve indiquées avec précision toutes les étapes de Bordeaux à Jérusalem, avec les stations d’usage dans cette dernière ville’. Quelques années plus tard, une femme riche, docte et pieuse, sainte Sylvie *, abbesse d’une communauté de religieuses en Provence, écrit pour leur édification ce qu’elle a vu de plus remarquable, en faisant ce pèlerinage, de 380 à 384. Elle décrit PAsie mineure, le mont Sinaï, l'Egypte, mais surtout les lieux saints de Judée et de Jérusalem, où elle séjourna trois ans. Elle dit qu’elle a passé la semaine sainte en cette ville, et suivi les offices dans les églises du mont des Oliviers, du Calvaire et de la Résurrection *. Elle parle de la fente du rocher, du bois et du titre de la croix. Elle vitS. Cyrille et put l'entendre prononcer ses Catéchèses. En 379, S. Grégoire de Nysse, de retour du même voyage, signale à son peuple les abus auxquels il pourrait donner lieu. De 385 à 429, la retraite de $. Jérôme à Bethléem et sa réputation accroissent encore le nombre des pèlerins, en attirant vers lui une foule de personnes de la plus haute noblesse. « On accourt ici, écrit-il, de toutes les extrémités du monde‘. On vient de l’Inde et
1 $. Hieron., Epist., xzvur, 2. — ? Matth., xxvin, 6. — 3 J{inera Iliero-
solymilana, édités par la Société de l'Orient latin, 1877, 1880. me 0 Sylvie, sœur de Flavius Rufin, consul en 392 ct Préfet d'Orient sous Théodose et Arcadius. Voir Pallade, Iisl. Lausiac. (38%). = $ Son récit, déjà connu par les citations de Paul, diacre, a été retrouvé en majeure partie à Arezzo en Toscane dans un manuscrit du onzième siècle avec le livre des mystères et quelques hymnes de $. Hilaire de Poitiers. — 6 De toto luc orbe concurritur. S. Hieron., Ep. ad Paulin., Lvx, #.
de l'Ethiopie, de l'Arménie et de la Perse, de la Bretagne et de l’Hibernie, de tous les points de l'Orient et de l'Occident. Toutes les langues célèbrent à la fois la gloire du Christ sur son tombeau *. »
En 573, S. Grégoire de Tours atteste que les pèlerinages n’ont pas cessé. Il parle d’un de ses diacres qui est allé à Jérusalem et d’un hôpital qu'on y a bâti en faveur des étrangers ?. En 808, Charlemagne envoie des aumônes aux fidèles de cette ville par Zacharie, un des prêtres de son palais. Depuis cette époque, les voyages en terre sainte sont innombrables. Le moyen âge a vu les croisades, et notre siècle revoit les caravanes et les pèlerinages. Or, la Judée garde toujours les mêmes souvenirs et présente toujours le même aspect". Jérusalem est toujours foulée aux pieds *; le temple toujours en cendres, le peu de Juifs qui vit parmi ces ruines, toujours asservi et toujours en deuil; et comme $. Cyrille au quatrième siècle, le patriarche actuel peut dire à ceux qui le visitent : « Ge n’est pas ici qu’il sied d’être incrédule °, »
IT. Entre autres monuments relatifs au Sauveur, il en est deux qui méritent d’être signalés d’une manière: particulière, à cause de leur célébrité et de leur caractère miraculeux :
1° La vraie Croix dont la découverte n’est pas seulement supposée dans les Catéchèses de S. Cyrille de Jérusalem (347), mais encore attestée de la manière la plus expresse
1 Juxta Salvatoris cloquium : Ubicumque fueril corpus, illuc congregabuntur aquilæ, concurrunt ad hæc loca. Vox quidem dissona, sed una religio. S. Hieron., Epist. xLvi, 10; Brev. rom., 17 jul. et 6 décemb., lect. v; Mammachi, Orig. el Antiq. Chrisl., t. 11, initio. — 2 Cf. Baronius, Ann. 699, 10. — 3 Eginhard, Annal., ann. 800, 801. — * Quomodo sedet sola civitas plena populo? Facta est quasi vidua, domina gentium. Thren., 1, 1, 4. Cf. nn, 15; Isai., ur, 1-4, 26. À. T., n. 185, dernière médaille. — 5 Luc., xx1, 24. Jer., Thren., 1, 1. Cf. Supra, n. 239, 249. — 6 Si negarce velles, locus iste Golgotha quem cernis, te revincet; arguet te Caiphæ domus; Gethsemani testatur; testatur et lapis ad hodiernum usque diem positus. Alii enim audiunt tantum; nos ct videmus et attingimus, $. Cyrill., Calech., 1v, 10; xur, 38, 39; xrv, 26, XVI, 4; XVI, 13.
par ce saint Docteur dans sa Lettre à l’empereur Constance, fils de Constantin (354) ", et confirmée par un grand nombre d'écrivains de la même époque ?. Une multitude de parcelles en furent bientôt détachées, puis dispersées et vénérées dans toute l'Eglise *.
2° La fente du rocher *, qu’on a montrée de tout temps sur le mont du Calvaire. S. Cyrille, évêque de Jérusalem, la signale comme une preuve incontestable de la véracité des Evangélistes’. S. Lucien, prêtre d’Antioche, martyr sous Dioclétien, en parle de même (220-312). Ainsi parlent encore un grand nombre de voyageurs contemporains, aussi éclairés que consciencieux. On lit dans Les lieux saints de ME Mislin : « Tout près de la croix commence une fente large et profonde, qui descend dans le rocher jusqu’au bas du Calvaire *. » Mandrell, auteur protestant d’une véracité reconnue, dit : « Que ce déchirement ait eu lieu à la mort de Jésus-Christ, la tradition seule peut létablir; mais que
1S. Cyrill., Cf. Calech., 1v, 10; x, 19; xrir, 4. CF, Ann. de phil, chrét., Lxxxu, 269. — 2 S. Amb. (+ 397), de Obitu Theod., 41-53; S. Chrys. (t 407), {n Joan., Homil. Lxxxv, 1 (398) ot Quod Christus sil Deus, 10 (387); Rufin (+ 410), H. E., 1, 1, 8; Sulp. Sev. (+ 410), H. S., v, 34; S. Paulin (+ 431), Epist. xxxr, Socrates (+ 440), IT. E., 1, 11; Sozom. (+ 450), H., 1, 1; Theodoret (+ 458), 1, 18. Pour Eusèbe, un grand nombre rejettent comme apocryphe la mention qui est faite de l’invention de la Croix dans sa Chronique, ann. 321 (Cf. Gretser, de Cruce, 1, 63); mais bien des Auteurs aussi croient voir la Croix désignée dans sa Vie de Constantin, 11, 30 (337-340), comme le monument de la Passion du Sauveur, longlemps enseveli dans la lerre, ro yvopiopa tou ayiwrarou exetvou Iafous uxo tn Yaradot xpurTopEvoy, et son Invention rappelée dans le Commentaire du Psaume Lxxxvur, 12, où il parlo, des merveilles opérées au sépulcre du Sauveur. Migne, Patrol, græc., t. XXXIII, p. 20. Dans Ze Voyage aux saints lieux, de sainte Sophie, Supra, n. 470, on voit que cinquante ans plus tard, en 379, on célébrait . à Jérusalem, dans l’église du Golgotha, le 13 septembre, la mémoire du
jour où l'on avait retrouvé la sainte Croix du Sauveur. Cf. Rufin, H. E., 1, vu. Bossuet, H. U., 1, 2 ct Serm. 1, pour la Circoncision. — ?$. Cyrill. Hieros., Catech., xxvur, 51 ; 1v, 10, x, 19; xux, 4; S. Paulin., Epist. xxxr, 6. — # Matth., xvir, 51. — 5 Ne abneges Crucifixum. Si abnegaveris, convincet te Golgotha iste sanctus et hucusque conspicuus, usque in presentem diem fidem faciens quomodo petræ propter Christum sint scissæ. S. Cyrill. Hieros., Catech., x, 39; 1v, 9 et 11. — 6 Rufin., H. É., 1x, 6. Of. Euseb., H. E., 1x, 6, — 7 Mgr Mislin., t. n, ch. 23.
676 QUESTIONS RÉTROSPECTIVES. [n° 471
l'art ou la main des hommes n’y soit pour rien, il suffit d’avoir des yeux pour s’en convaincre‘. » « Cette déchirure, que j'ai étudiée avec le plus grand soin, écrit M. Saulcy, est verticale. Elle forme une ligne ondulée de l’est à l’ouest. La plus grande largeur est de vingt-cinq centimètres. IL y à preuve matérielle que cette déchirure n’est pas une veine naturelle entre deux couches parallèles. Elle va en diminuant depuis le haut jusqu’en bas ?. » « Je suis de ceux qui peuvent attester, dit encore M. Poujoulat, que la fente du rocher du Calvaire n’est pas naturelle, qu’elle est à contresens des veines. »
En présence de ces tèmoignages et de ces monuments, comment mettre en question l'existence et l’histoire du Sauveur? « Si l’on doute de l'Evangile à Jérusalem, dit Chateaubriand après S. Cyrille, il faut renoncer à croire quoi que ce soit. »
* 411, — Dans l'ordre moral et religieux, reste-t-il des traces aussi sensibles de la vice et de l’action du Sauveur?
Il en est de plus frappantes encore pour ceux qui réfléchissent.
I. Son Eglise, d’abord. Elle est devant nous, avec ses millions de membres, avec son organisation, son sacerdoce, sa discipline, sa foi. L'existence de cette Eglise suppose celle du Sauveur. Elle la suppose pour deux raisons : — 4° Parce que la vie du Sauveur est l’objet de sa foi et de son culte, qu’elle en atteste la réalité, comme un fait dont elle a conscience, et que son témoignage est irrécusable, plus irrécusable encore sur ce point que l’existence de Dieu ou l’immortalité de l'âme. Si multitudini credendum est, dit S. Augustin, quid copiosus Ecclesia toto orbe diffusa? Si divitibus credendum est, attendant quot divites cepit; si pauperibus credendum est, attendant pauperum millia ; si regibus, videant omnes subditos Christo; si eloquentioribus, doctioribus, prudentioribus, intueantur quanti oratores, quanti philosophi
1 Cf. Adisson. De la religion chrétienne, 1. — ? Dictionn. des Anliq.
hujus mundi a nostris piscatoribus irretiti sunt ! — 2 Parce que si Jésus-Christ n’avait pas existé et s’il n’avait pas fait les grandes œuvres rapportées dans l'Evangile, cette Eglise n’existerait pas; on ne pourrait expliquer ni sa fondation, ni ses progrès, ni son nom, ni sa durée, ni son culte, ni son action ?. Est-il besoin de remonter tout le cours d’un fleuve pour s’assurer qu’il a une source ?
IT. La littérature chrétienne. — On ne saurait trouver dans les productions de l’esprit humain un monument comparable à ces milliers d'ouvrages du plus haut mérite, composés par les meilleurs auteurs chrétiens, c’est-à-dire par les plus grands génies et les plus belles âmes qui aient honoré le genre humain depuis dix-huit siècles, saints Pères, Docteurs, théologiens, prédicateurs, moralistes, philosophes, apologistes, ascétiques. Qui peut dire ce qu’un tel monument suppose d’études, de recherches, de réflexions, de discussions, par conséquent de sagesse, de lumière, de connaissances en tous genres ? Combien doit être certain, solide, évident, ce que tous ces grands hommes affirment unanimement, ce qu'ils tiennent pour constaté, pour indubitable, ce qu’ils proclament ou supposent dans tous leurs écrits, ce dont ils font l’objet de leur foi, la base de leur doctrine, la règle de leur vie *? Or, ce sur quoi ils s'accordent tous, ce qui fait le fond de toutes leurs convictions, leur point de départ dans la pratique comme dans la science, n’est-ce pas la vérité de l’histoire évangélique, lexistence et la divinité du Sauveur du monde? Ils ont pu se diviser sur des questions secondaires : mais pour ce point fondamental, pour
1S, Aug., Serm. Lx, 4. — ? Hæc multitudo paucitas fuit. Unde crevit hæc multitudo ? Ille qui discipulos suos piscatores fecit, intra sua retia omne genus auctoritatis inclusit. S. Aug., Ibid. Auctor nominis, Christus. Tacit., Ann. XV, 44. Cf. Isai., Lx, 2; Act., x1, 26. 3 Discussi, fateor, sectas attentins omnes; Plurima quæsivi, per singula quæque cucurri, Et nibil inveni melius quam credere Christo, S, Paulin., Poem, ultim.
k Si me depreheuderis errantem, patere me, quæso, errare cum talibus, S. Hicron.
l'existence du Christ, pour sa personnalité, pour sa vie et sa mort, n’auraient-ils pas regardé comme une folie d’en faire l’objet du moindre doute?
IL. Tout ce qu’on peut voir de surnaturel ou de miraculeux dans l’histoire de l'Eglise ou dans la vie de ses membres. — Combien de faits de ce genre, depuis dix-huit siècles? En premier lieu, la conversion du monde ancien : d’idolâtre qu’il était, il est devenu chrétien. En abjurant ses croyances, il a dépouillé ses instincts et transformé ses mœurs. (a été le commencement d’une ère nouvelle et d’un nouveau monde !, sicut cœli not et terra nova ?. — Puis, mille faits analogues, moins frappants sans doute, parce qu’ils s’opérent sur des individus, mais également inexplicables sans l'intervention divine : des conversions complètes d’esprit et de cœur, tantôt subites comme celle de Saul ÿ, tantôt lentes et réfléchies comme celle d’Augustin ; des prodiges de sainteté dont on n'avait pas l’idée; des vertus autrefois ignorées qui deviennent communes et qui s'élèvent jusqu’à l’héroïsme; et cela dans tous les états comme à tous les âges, au milieu du monde comme dans le sacerdoce, comme dans le cloitre; des institutions saintes, variées dans leur forme, innombrables dans leur objet, toutes inspirées par l’esprit de charité et dans lesquelles une multitude de personnes font à l’envi, pour la gloire de Dieu et la sanctification du prochain, un sacrifice complet et irrévocable de leurs biens, de leur liberté et de leur vie‘; enfin des miracles sans
1 Traxisti, Domine, omnia ad te, et cum expandisses tota die manus tuas ad populum non credentem et contradicentem tibi, confitendæ majestatis tuæ sensam totus mundus accepit. S. Leo, Serm. 11x, 1, de Pass. Dom., 1. Nunc totius mundi una vox Christus est. S. Hicron., Epist. 1x, 4. — ? Isai., Lxvi, 22; Apoc., xx, 1. — 3 Orig., Cont. Cels' 1, 68. — # Dieu a permis qu'on exhumäât de nos jours une cité payenne ensevelie subitement, il y dix-huit siècles, dans une éruption du Vésuve. Qu’a-t-on trouvé sous son linceul de cendres et de laves ? Tout ce qui atteste le luxe et l'opulence, tout ce qui peut faire l'orgueil et les délices d'un riche de la terre, des palais ct des forums, des cirques et des théâtres, des bains et des fontaines, des statues et des portiques, on le trouve là en abondance; mais un hospice pour les malades, un refuge pour les infirmes, une maison de secours pour les pauvres, ce
n°471] SUR NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. 679
nombre, sur lesquels on peut discuter plus ou moins dans le détail, mais qu’il serait déraisonnable de rejeter en masse comme autant d'illusions ou d’impostures ‘; des lumières admirables, évidemment célestes, souvent prophétiques, accordées à une foule d’âmes, même aux plus simples, quand elles sont ferventes et pures...?— Tous ces faits et une foule d’autres du même genre, auxquels nous ne réfléchissons pas, tant ils sont communs, ne démontrent-ils pas que nous vivons sous une influence surnaturelle, dans d’autres conditions que les peuples infidèles avant Jésus-Christ? Et comment les expliquer autrement que par la rédemption, par la vertu de l'Homme-Dieu, par l’action persévérante de son Esprit dans les âmes *? On l’a dit avec raison : « Une sœur de charité prouve un Dieu sauveur aussi réellement qu'une fleur des champs prouve un Dieu créateur *. » Mais combien plus des milliers de saints, d’apôtres, de martyrs, de vierges, de thaumaturges! Combien plus un crucifix vivant, comme S. François d'Assise! « [l n’est pas moins visible, historiquement, dit le P. Gratry, que Jésus-Christ
qu'on rencontre aujourd'hui partout, dans nos moindres bourgades, vous en chercheriez en vain la trace. On n’en avait pas l'idée à cette époque. La charité était si peu connue qu'on n’en sayait pas encore le nom.
1 Quand nous disons aux incrédules qu'un seul miracle suffirait pour établir la religion, ils répondent qu'une seule contradiction ou une seule erreur en matière de foi suffit pour la ruiner. Mais il y a entre eux et nous cette différence, que nous avons des milliers de miracles constatés par des milliers de témoins, et qu'ils n’ont pas une seule erreur qu'ils puissent donner pour démontrée, ou dont l’évidence ne soit niée par les hommes les plus intelligents et les plus désintéressés. Bien plus, l'impüissance où ils sont de nous citer une seule contradiction ou une seule erreur manifeste, dans la religion chrétienne, n'estelle pas une preuve convaincante de sa divinité? Si c'était une œuvre d'homme, comment serait-elle exempte des défauts inhérents à toute
œuvre purement humaine? Supra, n. 452, 462. — ? Inspiratio omnipotentis dat intelligentiam. Job, xxx11, 8. S, Aug., de Ulilit. credendi, 34, 35. Cf. Diclionn. de mystique chrél. passim. — 3 Habitare in cor-
porc animam probant vitales motus corporis habitare in anima Spiritum Sanctum probat vita spiritualis; illud ex visu et auditu dignoscitur; istud ex caritate, humilitate, cæterisque virtutibus. S. Bern., Serm. de Dedic., 1, 2. — # Montalembert, Moines d'Occident, Præf.
est la lumière du monde‘, ou que notre civilisation a le Christ pour auteur, qu'il est visible, géographiquement, qu’elle a pour théâtre l'Europe. L’œil du corps voit le globe terrestre, moitié dans la lumière et moitié dans la nuit : la moitié lumineuse est celle qui fait face au soleil. De même il y a, dans le genre humain qui couvre le globe, la partie éclairée et la partie obscure : la partie éclairée est celle qui regarde le Christ, et la partie obscure celle qui ne aperçoit pas. » Aussi tous les peuples civilisés datent-ils leur ère du jour où Jésus- Christ est né. :
412. D'où vient qu'on voit encore, au sein du christianisme, des hommes qui refusent de croire en Jésus-Christ?
I. Quelle que soit la raison qui empêche un certain nombre d’esprits de croire en Jésus-Christ, un chrétien ne doit pas se laisser ébranler par leur incrédulité. I ne doit pas même en être surpris ; car ceux qui ne croient pas en Jésus-Christ ne croient guère plus en Dieu, ni à la vie future ; et Notre Seigneur, qui avait prédit l’intidélité de ses compatriotes ?, a prédit aussi qu’ils auraient des imitateurs ?.
Nihil moveor quod pars hominum rarissima clausos Non aperit sub luce oculos et gressibus errat,
Quamlibet illustres titulis et nomine clari.
PrupenT., Cont. Symmach.
IL. Les causes de cet aveuglement sont toujours les mêmes. C’est avant tout l’ignorance en matière religieuse : un grand nombre ne croient pas à la religion parce qu’ils n’en ont jamais étudié les preuves *. Il est des écrivains qui ont mis vingt ans à combattre l'Evangile et pas un jour à le lire.
1 Sol intelligentiæ. Sap. v, 6. Il règne par sa doctrine comme le soleil par sa lumière. Joan., xvimr, 37, 38. — ? Job., xxr, 14, 45, Matth., vu, 10-12; x1, 16-26; xur, 14, 15; Marc., 1v, 11, 13; Luc., xur, 28, 29,35: xVI, 31, xx11. 61, Joan., v, 43-47; vin, 21, 24; 1x, 39-41; x, 31-40. Corsair xxx 06 er, vor, T6 Matth xr, 2550 x1m, 80 Marc. xvI, 16; Luc., xvur, 8; Joan., x1, 20; v, 44%; 1x, 39. — # On peut appliquer à la religion ce que Tertullien dit de la divinité du Sauveur : Qui studuerit intelligere, cogetur et credere. Apolog. 21.
Ce sont ensuite les préventions de l'esprit, les préjugés : Numquid ex principibus aliquis credidit in eum ‘? ou bien les passions du cœur : l’orgueil de la science : Nisi videro, non credam ?; et le désordre des mœurs : Qui male agit odit lucem *. Si Notre Seigneur se donnait seulement pour docteur, tout le monde rendrait hommage à ses lumières et applaudirait à sa doctrine; mais il prétend être législateur et juge; avec l’adhésion de l'esprit, il exige la soumission de la volonté et la réforme des cœurs. C’est ce qui fait difficulté. Tout ce qui nous condamne nous déplait, et l’on ne trouve rien de clair quand on a intérêt à douter de tout. Il en serait autrement si l’on était désintéressé. Une âme pure, humble, docile, qui met en pratique les conseils du divin Maître, ne voit rien que de croyable dans sa doctrine et dans ses œuvres *.
LIL. S'il est parmi nous beaucoup d'hommes instruits qui refusent à Jésus-Christ l'hommage de leur foi, on n’en voit plus guère qui osent lui refuser leur respect *. Tel qui n’adore pas en lui le Verbe divin révère au moins le sage. Nul ne le confond avec les faux Messies qui ont cherché à le supplanter. On le contredit : on ne le refute point. Un savant, dont la science se résout en doutes et en paradoxes, qui s’est fait l'historien du Sauveur pour lui contester toutes ses œuvres, n’a pas laissé d'écrire : « Jésus est l'honneur commun de tout ce qui porte un cœur d'homme. La conscience universelle lui a décerné avec justice le titre de Fils de Dieu 5. » Un autre écrivain qui a tenu, de nos jours, le
1 Joan., vi, 48. — ? Joan., xx, 25. Cf. Prov., xxv, 27. I Cor., 1. 19, 20. Non credit in humilem Deum homo superbus. S. Aug., Serm. GxLIv, 1. Pudet dictos animos ex discipulis Platonis fieri discipulos Christi, qui piscatorem suo Spiritu docuit sapere et diccre : In principio erat Verbum. etc. S. Aug., De civ. Dei, x, 29. — 3 Joan., 1n, 19, 20. Cf. I Cor., 11, A4. — # Jac., 1v, 8. CF. Ps. xon, 5; Joan., vu, 11; vins, 47; Brev., 5.jun., S. Bonif., lect., vu-1x; S. Aug, de vera Relig., passim, Massillon, Sur les doutes de la religion; sur la vérilé de la religion, etc.; Lacordaire, Confér. xv, Lviu. Supra, n. 228, 452. Infra, 563, 661. — 5 Tanta est ejus gratia ut multi qui in eum non credunt, propterea dicant nolle in eum credere, quia nemo potest implere quod jubet. S. Aug., In Ps. om, Serm. 111, 13, — 6 M, Renan, Vie de Jésus.
sceptre de la critique dans le domaine littéraire, et que son incroyance n’a pas empêché de parvenir au faite des distinctions académiques, a tracé ces mots qui le condamnent : « Prenez les plus grands des modernes antichrétiens, Frédéric, Laplace, Gœthe, quiconque a méconnu Jésus-Christ, regardez-y bien : dans le cœur ou ‘dans lesprit, il lui a manqué quelque chose. Ceux qui le nient absolument en portent la peine ‘. »
Nous ne donnons pas ces paroles comme un digne hommage rendu au Sauveur; car au fond de ces respects, il y a encore un blasphème ? ; mais nous les citons comme un aveu forcé de sa grandeur et de sa sainteté surhumaines.
1 Sainte-Beuve. Cf, Matth., xxr, 44. Voltaire et Béranger, allégués à l'encontre par M. Havet (1e" avril 1881), n'infirmeront pas ce jugement, — ? Non attendas osculis, sed cave venenum. $S. Cyrill. Hier., Catech., vi. Cf. Marc., 1, 2%; Luc., 1v, 41. Le Maistre, Considérations, ch. v, fin. — 3 Sceau des catacombes, donné par Perret. Au milieu, le monogramme de Notre Seigneur, et à l'entour ces mots : Spes în eo.
S. Matth. | S. Marc. | S. Luc. | S. Jean.
4. Préface à Théophile. re let sde NME 1re PARTIE. — Vie cachée de Notre Seigneur : Ses trente premières annces.
2, Le Verbe : sa génération éternelle.|. . . . . ARNTO EAO ED 1 1-14 3. S. Jean-Baptiste annoncé à Zacharie.| . . . . . ne I MODS 4. Annonciation de la sainte Vierge. |..+...1..... 1 26-38 PR IONICIAtiOns- Men Re DMES PR le ot) ES TRRTS 1 39-56 6. Naissance de saint Jean-Baptiste. |. ....1|..... 1 51-80 7. Soupçons de saint Joseph. 1 19-25 8. Naissance du Sauveur. |... ..|..... 2 1-20 DAC CONGO ee ON D |, PARA 221 10. Adoration des Mages. DA?
11. Présentation au temple. |+.... Mr Di1|N2122"89 12. Fuite en Egypte. Massacre des Innocents. 2 13-18 13. Généalogies. AE AT RCE 3 23-38 14. Retour d'Egypte. 21925 | ee 2 41 45. Jésus parmi les docteurs. 20 MIT. nee NCA) AO SAN Nazareth ee un ne le 2e rue 2 50-52 7. Prédication et baptème de saint Jean.| 3 1-10) 1 1-6 3 1-14 8 18. der témoignage de S. Jean à N. S.| 3 11-12) 1 7-8 | 3 15-11) 1 15 19. Baptème du Sauveur, 3 13-17] | 9-11| 3 21-23 20. Jeûne et tentation au désert. 4 1-40! 1 42-13] 4 1-43 21. Second témoignage de Jean-Baptiste.| . . « . . |. + ++. 1... 1 19-28 22. Troisième témoignage. |.+...1....: EC | in BOX EE 2e parie. — Vie publique de Notre Seigneur : Sa prédication. (An 30-33.) 23. Premiers disciples à la suite de N. S.|. . . . «|... .. s «une le 1085251 94. Jésus fait son premier miracle à Cana.| . « . . . |... . .|..... 2 1-11 25, 11 se retire à Capharnaüm. ss : m2
. Jésus-Christ se rend à Jérusalem.
. 11 chasse les vendeurs du lemple.
Première Pâque.
Ne te à Cu NRA one A URS RMNEASREEAT
. Piscine probatique. 17.
. Epis rompus le jour du sabbat. 12 18 2 23-28 . Main aride guérie le jour du sabbat.|12 9-14] 3 14-16 . Miracles et bonté du Sauveur. 12, 15-211M3 07-12 SACHOSNUES ADO RS 3 13-19 . Sermon sur la montagne. )
. Serviteur du centurion guéri.
. Le fils de la veuve de Naïm ressuscité.| . . . . . Disciples de saint Jean-Baptiste de-
. N.S., Simon et la pécheresse.
2, Les femmes picuses et leurs libéra-
S. Matth. | S. Marc,
. Ses paroles et sa conduite après
celte action. tot eee trie
. Son entretien avec Nicodème. UT ehollhe elarene . 4e témoignage de Jean-Baptiste. .
. Emprisonnement de S. Jean-Baptiste. |1% 3- SE 6 17- 18 3 .19-20 . Entretien avec la Samaritaine. sl... .
. Retour en Galilée. 449 À 14
. Second miracle à Cana. COCOON PERTE AS . Retour à Capharnaüm. 4 13-16| 4 22
. Prédication aux alentours. 4 17 FÉES . Synagogue de Nazareth. S. arcoro Pool . Démoniaque de Capharnaum.