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PRÉLIMINAIRES

40 De l'Évangile en général et de l’étude qu’il faut en faire.

I. — Titres, ordre chronologique, division des Evangiles. 39. — Que signifient ces mots : l'Evangile, les Evangiles ?

I. Le sens du mot Evangile s’est modifié par l'usage, comme celui de Testament ?. Employé d’abord pour exprimer la bonne nouvelle de l’accomplissement des divines pro-

1 Cette figure de Notre Seigneur, dessinée par Perret dans ses Calacombes et souvent reproduite, est prise d’une terre cuite, trouvée dans des fouilles pratiquées au-dessus du cimetière de Ste-Agnès. On conteste l'authenticité de l'œuvre, et plusieurs ne la croient pas antérieure à la

fin du xve siècle ; mais tout le monde s'accorde à louer la beauté de ce visage, son caractère noble, religieux, surhumain. — ? Supra, n. 1.

messes ‘, ou l’annonce de la rédemption du monde par les mérites du Sauveur ?, il servit bientôt à désigner les quatre livres inspirés qui nous retracent l’histoire de cette grande œuvre et ses diverses phases : l’incarnation du Fils de Dieu, sa prédication, son sacrifice *. Cette dernière signification est aujourd’hui la plus commune.

II. Comme il importait souverainement de conserver un souvenir exact et certain de cet événement capital, Dieu a pris soin de l’entourer des garanties les plus sûres et des témoignages les plus convaincants. Il a voulu :

1o Que la vie de son Fils fût écrite peu de temps après sa mort ‘, non par un auteur seulement, mais par quatre écrivains 5, dont deux, le premier et le dernier, étaient témoins oculaires des faits qu'ils rapportent, et les deux autres, compagnons de ses Apôtres.

2° Que ces écrits reçussent aussitôt la plus grande publicité; qu’ils fussent, non seulement lus dans une église avec solennité, mais répandus dans le monde entier, mis sous les yeux de tous, de ceux mêmes qui étaient les plus intéressés à les contredire et les plus aptes à les contrôler.

3° Que, dès leur apparition, ils fussent placés, par l’ordre des Apôtres et la pratique de l'Eglise, au même rang que les livres les plus vénérés de l’Ancien Testament, comme inspirés par le même Esprit et réclamant la même foi *.

4° Que les auteurs de ces livres, avec une multitude de pasteurs et de fidèles instruits par eux, consumassent leur vie et répandissent leur sang pour attester la vérité des faits qui y sont consignés.

Ainsi rien ne manque à l'autorité des saints Evangiles ; et

1 Evayyehov Incou Xprorou, Yiou tou Oeov. Marc.,r, 1; Rom., 1, 9. Cf. II Reg., 1v, 10, Græce. — 2? Luc., 11, 10, 11. Deus in terra, homo in cœlis : quid paresse potest? S. Chrys. In Mallh., Hom. 1. — 3 Cf. Apoc., x1V, 6; 5. Clem. Epist. [la 8; Epist. ad Dioqg., xt, S. Justin., I Apol., 1, 66; Dial., 10. — # « Dieu a toujours gardé cet ordre admirable de faire écrire les choses dans le temps qu’elles étaient arrivées et que la mémoire en était récente. » Bossuct, AH. U., 11, 21. — 5 Joan., vu, AT: Heb., x, 28. Supra, n.3; Infra,n. 458. — 6 Aurora, Luc., xur. Cf. Deut., xvur, 6. — 7 Supra, n. 23 et 24.

not) LES QUATRE ÉVANGILES. 109 çil n’a pas fallu d'autre quadrige au Seigneur pour soumettre tous les peuples à son joug doux et léger !. »

40. — Les titres donnés à chacun des Evangiles : se/on S. Matthieu, selon saint Marc, etc., n'indiqueraient-ils pas qu'ils out été rédigés après les Apôtres et suivant leur récit, plutôt que composés par eux? On ne peut entendre les titres des Evangiles autrement

que les entendaient les Pères de qui nous les tenons. Or, il

est constant qu'on ‘a toujours dit dans l'Eglise indifférem-

ment Evangile de S. Matthieu ou Evangile de Notre Seigneur selon S. Matthieu, etc. *.

Ce n’est pas pourtant que le sens de ces mots soit tout à fait identique. Quand on dit : l'Evangile de $S. Matthieu, on entend l'écrit de $S. Matthieu sur le Sauveur et sa prédication; et quand on dit : l'Evangile selon S. Matthieu, on entend l’avènement du Sauveur et sa prédication décrits par S. Matthieu. Ainsi cette expression : selon, secundum, zar2, fait entendre que l'Evangile a existé comme fait avant d’être rédigé par écrit, et qu’il a êté écrit par plusieurs auteurs et de plusieurs manières, sans rien perdre de son unité objective. C’est dans ce sens que nous disons : L’Ancien Testament selon les Septante: le Nouveau Testament selon Ptalique, selon la Vulgate, etc. *.

Al. — Dans quel ordre et dans quel espace de temps les Evangiles ont-ils paru ?

L'ordre selon lequel les Évangiles ont été publiés est marqué par le rang qu'ils occupent dans le Nouveau Testament; car la disposition actuelle de ces livres remonte aux premiers temps *, et ne peut guère s'expliquer autrement. Si S. Jean, par exemple, avait écrit avant les synoptiques,

1$. Aug., De consensu Evangelist., 1, 10.S. Hicron., Epist, Lurr, 4, 5. On peut voir ce sujet parmi les sculptures de N.-D. de Brou. M. Rossi a publié, en 1871, une figure du même genre, détachée d'un sarcophage des premiers siècles : c'est Notre-Seigneur porté par un vaisseau qui a les quatre évangélistes pour rameurs. — 2 Cf. Marc., 1, 1. S.lren., 1, xxvi, 2; [1 Clem., Scrom., 1, 21. — 3 CF. S, Aug., Conf. Faust., xxxur, 2. — # On peut alléguer les premières versions, les Canons les plus anciens, le fragment de Muratori, S. Irénée, I, 1, 1; Origène, Zn Matth. 1, etc.

ILT, 7

quelle raison aurait-on eue de le placer après eux? Et si S. Marc avait écrit avant $S. Matthieu, comment $. Matthieu ne viendrait-il pas après lui ! ? C’est du reste le témoignage bien exprès de la tradition *.

On sait que les Evangiles synoptiques ont paru dans un espace de vingt à vingt-cinq ans, de l’an 45 à Pan 65 environ, longtemps avant l'Evangile de $. Jean. $S. Matthieu a écrit le premier, de très bonne heure, avant de quitter la Judée pour aller prêcher la foi parmi les Gentils ?. S. Marc a fait sa rédaction un peu plus tard, mais pourtant bien avant la mort de $. Pierre (+ 67). D’après Papias *, Clément d'Alexandrie, Tertullien, etc., son livre fut rédigé avec le concours, suivant la prédication et sous la direction du chef des Apôtres. Eusèbe et S. Jérôme © disent que $. Pierre a donné sa sanction à cet ouvrage et qu'il en à autorisé la lecture pour toutes les Eglises. Le troisième Evangéliste, qui débute en disant qu’il existe déjà plusieurs écrits sur la vie de Notre-Seigneur *, qu'il à pris tous les renseignements qu'il a pu, qu'il s’attachera à être complet et bien suivi, n’a écrit qu'après S. Marc. Cependant il fait mention de son livre, au commencement des Actes, comme d’un ouvrage déjà publié. Or, les Actes ont été terminés visiblement avant l’an 67 et probablement vers 63 *. Cet évangile, comme celui de S. Marc, a donc été écrit du temps des Apôtres et approuvé par eux.

42, — Evangiles synoptiques : leur caractère. Quelles raisons donnet-on des différences et des analogies qu'on remarque entre eux ?

I. Les Allemands ont donné le nom de synoptiques * aux trois premiers évangiles, à cause d’une particularité qui leur

1 Infra, n. 62, — ? Canon de Muratori, À. T., n. 40. — 3 Euseb., H., ux, 39. — # Euseb., 10id. — 5 Euseb., A., 1x, 14, 15: vr, 14, 95. — 5 5. Hier., de Vir illusl., 8, 9. — T Luc., 1, 1. — 8 Eo tempore scripse-

runt Marcus et Lucas quo non solum ab Ecclesia Dei, sed ab ipsis adhuc in carne remanentibus apostolis, probari potuerunt. S. Aug., De consensu Evangel., IV, 9; Tert., Ad Marcion., 1v, 2, 5. Infra, n.52, 53, 62, 63, 68, 475, 416, 551. — ? Corrélatifs ou parallèles, de cuvoWe, vue simultanée.

N°42] LES QUATRE ÉVANGILES. at

est commune et qui les distingue de $. Jean. Ayant tous trois le même objet et suivant la même méthode, ils semblent marcher de front dans leurs récits, sur des lignes parallèles, de sorte qu’à toutes les époques de la vie du Sauveur, on en trouve au moins deux en regard l’un de l’autre pour s’éclairer et se soutenir.

IT. Les Synoptiques se distinguent encore du quatrième évangile par d’autres caractères, Outre qu’ils sont d’un autre style !, ils se proposent un autre but et se placent sur une autre scène.

1° Le dessein des Synoptiques est de faire connaître le divin Maitre, ses œuvres et sa doctrine, toute sa doctrine sans distinction, afin de lui gagner des disciples. S. Jean se propose d'éclairer et de soutenir la foi de l'Eglise sur la divinité du Sauveur. [l a surtout en vue de réfuter ceux qui s’attaquaient à ce dogme. Ce but est manifeste, et l’auteur s’en explique clairement à plusieurs reprises ?.

20 Les Synoptiques s’attachent à retracer la prédication du Sauveur dans la Galilée, patrie des Apôtres, sans laisser ignorer néanmoins qu'il a fait plusieurs voyages et même plusieurs séjours à Jérusalem et aux environs *. [ls nous le montrent occupé à former ses premiers disciples sur les bords du lac de Génésareth, à Capharnaüm, près de Tibériade, à Nahim, à Bethsaïde ; quelquefois dans la Décapole, à Gadare, à Césarée de Philippe; quelquefois dans la Pérée : mais ils ne le suivent dans la Judée qu’une seule fois, à la fin de sa

Wnfra, n. 14, 12. — ? Joan., xx, 31. Cf. 1, 7; mr, 16; 1v, 42; xu1, 31. — 3 [1 suffirait de citer cette plainte du Sauveur à l'approche de sa Passion : Jerusalem, Jerusalem, quolies volui!….. Matth., xxut, 37; Luc., xux, 34. Mais de plus S. Luc nous apprend qu'il faisait des voyages en Judée, Luc., x, 38-42, à Jérusalem, Luc., 1x, 51, ete., qu'il avait coutume de se retirer sur le mont des Oliviers, Luc., xxir, 39; Joan., xvinr, 2, Nous voyons aussi qu’il comptait dans la ville des amis, Matth., xxvr, 18; xxvu, 51; Marc., xiv, 12; Luc., x1x, 32-34, et des disciples, Matth., 1v, 25; xx, 3: Marc., ut, 1, Luc, vi, 11; xx, 41, 12, qu'il y était connu du peuple, Matth., xx1, 38; Luc., xix, 38, et des autorités, Matth., xxvi, 3, 4; xxvir, 62, 63. Dans les six derniers mois de sa vie, Jésus vint trois fois à Jérusalem, en octobre, décembre et mars, pour la fète des Tabernacles, pour celle de la Dédicace et pour celle de Pâques.

112 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. ‘ [n°49 vie, lorsqu'il y vient pour y faire sa dernière Pâque et y subir sa Passion. S. Jean a un autre plan et se tient sur un autre théâtre. Il s’attache à ce que Jésus-Christ a dit et fait en Judée et à Jérusalem, à l’occasion des quatre solennités qu'il signale dans son Evangile ‘. Il rapporte les discours qu’il a tenus dans le temple, ses discussions avec les docteurs sur sa dignité et sur sa mission, ses miracles à la piscine, à la fontaine de Siloé, à Béthanie. Il s’étend sur le séjour qu’il a fait dans la ville ou dans les environs, aux approches de sa mort, etc. ?.

IT. Quant aux différences qu'on observe entre les trois Synoptiques, il suffit, pour s’en rendre compte, de penser que le premier écrivait pour les Hébreux, le second pour les Romains, le troisième pour les Grecs. Mais les analogies qu’ils présentent étonnent davantage *. On se demande comment il se fait qu'en tant d’endroits ces trois auteurs se ressemblent à ce point, non seulement pour le fond de l’histoire et pour la doctrine, mais encore pour l’ordre du récit, pour la forme du langage, et même pour les expressions 5. Les Allemands se sont beaucoup exercés sur cette question :

1° Certains docteurs se bornent à dire qu’il a dû exister à l’origine une sorte d’évangile oral, c’est-à-dire un fond de

1 Joan., 1, 13-25; vi, 4-72; vur, 2, 10; x, 22, 23, etc. — 2 Il ne laisse pas néanmoins de faire mention de son séjour en Galilée, Joan., 11, 3: 1v, 3, 45-47; vi, 1; vir, 1, ctc. Le désir exprimé par les Galiléens de le voir à Jérusalem, x1, 55, 56, témoigne des prédications qu'il avait faites parmi eux. Cf. var, 32. — 3 Infra, n. 461. — # Près de la moitié du premier évangile appartient uniquement à $. Matthieu, comme un peu plus de la moitié du troisième à $. Luc; mais il y a peu de choses en S. Marc (24 versets), qu'on ne lise également ou en S. Matthieu, ou en S. Luc, ou dans l’un et l’autre à la fois. Ce dernier cas est même le plus fréquent. L'identité des choses n'emporte pas pourtant l'identité des termes. La plapart du temps, cinq fois sur six, quand les évangiles rapportent un même fait, ils l'énoncent en termes différents. C’est surtout dans les discours du Sauveur, ct particulièrement dans ses maximes, que l’on trouve réunies l'identité des mots avec celle des pensées. — 5 Cf. Matth, x1, 4-6 et Luc., vu, 22-23; — Matth., xx, 11, et Luc., vrr, 25; — Matth., x1, 16-19 et Luc., var, 31-35; — Matth., 11, 7-9 et Luc., ar, 1-8; — Matth., xu, 43-45 et Luc., x1, 24-26; — Matth., vu, 9, 10 et Luc, vu18, 19, 1etc:

prédication commun entre les Apôtres, et que ce protévangile a passé naturellement de la mémoire des prédicateurs ! dans les écrits des auteurs sacrés. Mais cette explication est insuffisante. Tout le monde convient que les Apôtres devaient avoir au fond les mêmes souvenirs sur la vie de leur Maître et que leurs écrits résument leur prédication ?. Ce qu'on voudrait savoir, c’est comment il se fait que, pour les détails et pour les expressions, $. Matthieu, $. Marc et S. Luc se rencontrent si souvent deux à deux, et même qu’en plus de quarante passages leurs écrits soient parfaitement identiques.

2° Eichorn imagina qu’il y avait eu un premier évangile écrit, une histoire du Sauveur composée en hébreu par le collège apostolique, et que c'était ce protévangile qui avait fourni à chacun des Synoptiques le fond de son récit et aux Pères des premiers temps leurs citations, toujours un peu différentes des textes actuels. Mais il a laissé peu de partisans. Si ce protévangile avait existé, s’il avait eu pour auteurs les douze Apôtres, c’eût été pour l'Eglise le plus vénérable de tous les livres : comment laurait-on répudié ? comment aurait-il disparu sans faisser aucun souvenir ?

3° Un mot d’un homme apostolique, recueilli par Papias et rapporté par Eusèbe #, a fait hasarder une autre supposition. S. Matthieu aurait écrit les discours ou les maximes du Sauveur, tx hvyta ; S. Marc aurait retracé les faits ; et de la combinaison de ces deux éléments seraient sorties trois rédactions différentes, faites par des auteurs inconnus, et attribuées, la première à S. Matthieu, la seconde à $. Marc et la troisième à $. Luc... C’est une hypothèse que les rationalistes ont exploitée quelque temps, mais à laquelle ils semblent avoir renoncé. Papias lui-même,-sur lequel ils s’'appuyaient, proteste contre l'interprétation qu'ils lui

î Cf. Arxouvnuoveuuaro, S. Justin., Æ Apol., 66. — 2 IT Gtüayn Toy Amocto)wv, Act., 11, 42. On voit en effet par les discours de S. Pierre à Césarée, x, 33-43, et de S. Paul à Antioche de Pisidie, xur, 23-86, que la prédication des Apôtres consistait presque uniquement à rapporter les faits de la vie du Sauveur, et à s’en déclarer les garants. — 3 Euseb., ENS MeRR

donnent. Après avoir dit que S. Marc a rapporté les discours comme les actions du Sauveur, ta h keyôevra Toaybevts, il ajoute qu’il n’a pas fait néanmoins une histoire suivie de sa prédication : cvy’ wotep cuvraëtv Tuy xupiaxwWy ToLoupLEvOs AoYw». S'il oppose $. Matthieu à S. Marc, ce n’est pas comme ayant traité un sujet différent ou plus restreint : c’est comme ayant écrit en hébreu, dans un idiome peu répandu. Et s'il dit qu'il a écrit z4 Aoyia Xptorou, les oracles ou les instructions du Seigneur, plutôt que ses actions, il y en a une raison fort simple : c’est que les discours du Sauveur sont l’objet principal du premier évangile.

En définitif, la meilleure explication des analogies que les Synoptiques ont entre eux est encore la plus ancienne. Ces écrits se sont suivis dans l’ordre où l’Eglise les a rangés. Le second évangéliste a connu le premier, et le troisième les deux précédents !. Le dernier a profité du travail de ses devanciers, comme le second de celui du premier”. f ne le nomme pas néanmoins, parce qu'il n’a pas besoin de garant pour se faire recevoir et que son inspiration suffit. Ce qui ne va pas à son but, il l’omet ; il intercale dans son récit ce qu'il a vu personnellement et ce qu’il a appris de vive voix des Apôtres ou des premiers disciples *. On peut croire, en

1 Luc., 1,2; S. Aug., De cons. Evang., 1, 3, 4, 6, etc. — ? Luc, 1, 1, 2. — 3 Ainsi chaque évangéliste a des récits qui lui sont propres et il n’en faut négliger aucun, si l'on veut connaître tout ce que l'Esprit saint a voulu nous apprendre de la vie du Sauveur. Il faut lire : — 10 Dans S. Malthieu : l'adoration des Mages, la fuite en Egypte, le massacre des Innocents, la pièce de monnaie dans la bouche du poisson, Pilate averti par sa femme, et se lavant les mains devant le peuple, les défunts qui ressuscitent à la mort du Sauveur, les gardes mis à son tombeau; huit de ses paraboles, celles de l’ivraie, du trésor caché, de la perle, du filet, des vignerons, des deux fils, des deux débiteurs, des dix vierges. — 20 Dans S. Marc : deux guérisons miraculeuses, celle du sourd-muet de la Pentapole et celle de l’aveugle de Bethsaïde, la fuite précipitée d’un jeune homme à l'arrestation du Sauveur et la parabole de la semence qui croît sans qu'on s'en aperçoive. — 30 Dans S. Luc : la naissance miraculeuse de $. Jean-Baptiste, l'annonciation de la sainte Vierge, les cantiques de Marie, de Zacharie et de Siméon, la première manifestation de Jésus au temple, l'histoire de Marie et de Marthe, celle de Zachée, celle du bon larron, la vocation des soixante-douze disciples, la guérison des dix lépreux, celle d’un homme hydropique, celle d'une femme que

outre, pour expliquer certaines nuances, que $S. Marc et S. Luc n’ont connu de S. Matthieu que le texte hébreu, ou qu'ils l’ont reproduit de mémoire ! ; mais pour l’un et pour l’autre, S. Matthieu a été une source aussi bien qu’un mo-

dèle.

IT. — Autorité de l’histoire évangélique.

43. — Ne pourrait-on pas démontrer directement et à la fois l'authenticité, l'intégrité et la véracité des quatre évangiles ?

C’est ainsi qu'on démontre solidement l'autorité historique des Evangiles dans les traités théologiques : De vera religione, et dans les Introductions au Nouveau Testament ?. Mais nous croyons pouvoir nous en tenir aux raisons que nous avons données ”, et aux observations qui nous restent à faire au début des Evangiles et à la fin de ce volume“.

Il nous semble d’ailleurs que, pour un esprit intelligent et droit, l'Evangile n’a plus à établir ses titres de créance. Nous ne sommes plus au temps de Gelse. À quoi bon recommencer ce qu'on a fait tant de fois avec tant de soin ? La cause a été jugée, il y a dix-huit cents ans : quelle raison y aurait-il de révoquer larrêt? Les peuples civilisés ont accepté l'Evangile; ils lui ont donné leur foi, la foi la plus

l'esprit mauvais rendait infirme, la résurrection du jeune homme de Naïm, l'apparition de Notre Seigneur aux disciples d'Emmaüs, les sept paraboles du bon Samaritain, de l'enfant prodigue, de l'économe infidèle, du riche surpris par la mort, du mauvais riche, du juge inique, du pharisien et du publicain, — 4° Dans S. Jean : outre la durée de la prédi- cation de l'Evangile, on trouve la vocation de Philippe et de Nathanaël, l'entretien avec Nicodème, l'épisode de la Samaritaine, le lavement des pieds, suivi du discours de la dernière Cène, le côté du Sauveur ouvert, son apparition à $S. Thomas et sa manifestation sur les bords de la mer de Tibériade, enfin cinq miracles, deux à Cana, un à la Piscine probatique, un autre près de l'étang de Siloë et le dernier.à Béthanie, où Lazare est ressuscité. Cf. S. Aug., De consensu Evang., I, 1v, etc.

4 Cf. Act., 1x, 23 xx, 4. Cf. de Val-Roger, 1, 352; Lamy, 11, 248; Wallon, Bougaud, Mgr Meignan. — ? Quand on fait attention au début de S. Luc, au séjour et au voyage de $. Pierre à Jérusalem et à la rapidité avec laquelle nos saints Livres se propagèrent, il est difficile de se persuader que le premier évangile était inconnu à l'auteur du second, et les deux premiers à l’auteur du troisième. — 3 Supra, n. 22-25, — # Infra, n. 53, 61, 65, 68, 459, 559-562, 832.

116 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [N° 44° à

vive, la plus universelle et la plus constante, au moment où il en coûtait le plus de le reconnaitre pour vrai, où il eût été le plus facile de le convaincre de fausseté, si c’était une imposture ou une erreur. Pour se faire accepter ainsi, avec une telle conviction, par les esprits les plus éclairés et les moins crédules!, il a fallu que l’histoire évangélique fût non seulement authentique et certaine, mais la plus authentique et la plus certaine de toutes les histoires. Le jugement que le monde a porté alors contre lui-même conserve toute sa valeur, et la foi toujours persistante des esprits sages et clairvoyants est la plus convaincante des démonstrations ?.

Supposez que vous ayez devant vous un vaste édifice, dont l’antiquité soit notoire, dont la masse n’ait jamais subi le moindre ébranlement, et qui, battu en brêche depuis des milliers d'années, brave tous les coups, sans rien perdre de sa fermeté ni de son élévation : aurez-vous besoin de creuser profondément le sol pour être assuré que la base en est solide et que ses premières assises ont été bien eimentées ? Que penserait-on de celui qui n’oserait en franchir le seuil avant d’avoir fait cette exploration, et de s'être assuré par lui-même qu'il ne sera pas enseveli sous des ruines * ?

44. — Les évangélistes n'ont-ils rien écrit que sur des témoignages et des renseignements certains ?

On peut distinguer dans l'Evangile deux sortes de faits :

1 Temporibus eruditis ct omne quod fieri non potest respuentibus. S. Aug., De civil. Dei., xx, 6, 1. — 2? Unius et certi institui infinita inquisitio non potest esse : quærendum est ergo donec invenias, et credendum ubi inveneris, et nihil amplius, nisi custodiendum quod credidisti. Tert., De præsc., 9, etc. Nihil omnino humanæ societatis incolume remanet, si nihil credere statucrimus quod non possumus tencre perceptum. Quæro enim, si quod nescitur credendum non est, quomodo serviant parentibus liberi, eosque mutua pictate diligant, etc. S. Aug, De ulil, credendi, 26. Si autem rationabile est ut ad magna quædam, quæ capi nondum possunt, fides præccdat rationem, procul dubio quantulacumque ratio quæ hoc persuadet, etiam ipsa antecedit fidem. Episf, exx, 3. — 3 I Tim., 11, 7. Cf. Mgr Perrault, Lettre à M. À. Lemann, 1881.

N° 44] LES QUATRE ÉVANGILES. à 17

1° Des faits capitaux, d’une importance majeure, comme les principales œuvres du Sauveur, sa prédication, ses miracles les plus éclatants, sa passion, sa mort, sa résurrection. — Pour ceux-ci, si l'on s’en tient à la substance, on doit dire que les auteurs sacrés les ont rapportés sur des preuves historiquement certaines et sur des témoignages au-dessus de tout soupçon. Et il importe de bien établir ce fait, afin de montrer aux incrédules que l’histoire évangélique n’a pas moins de garantie que les autres, ou qu'avant d’être des dogmes de foi, les événements qui servent de base au christianisme sont des réalités manifestes et incontestables.

2° Des faits moins saillants, d'un moindre intérêt, mais infiniment plus nombreux, comme incidents, détails, circonstances, discours, maximes, etc. — [len est beaucoup qui ne sont pas susceptibles d’une telle constatation et sur lesquels une histoire ordinaire ne donnerait que des probabilités. Citons pour exemple les sentiments intimes des personnages évangéliques, les actes secrets du Sauveur et ceux qui n’ont pu avoir qu’un témoin ou deux ‘. Des faits de ce genre ne sauraient être allégués avec avantage à des incrédules qui n’admettent pas l'inspiration des Ecritures. Comment ont-ils pu être connus avec certitude des évangélistes et devenir, avec les autres, un objet de foi obligatoire pour les chrétiens? C’est que, comme nous distinguons deux sortes de faits, il fautdistinguer aussi, avec Notre Seigneur ?, deux témoignages, celui des hommes et celui de Dieu. Sur les faits importants et publics, les évangélistes peuvent alléguer le premier avec le second; pour les autres, ils ont le second qui leur suffit.

Il n’y a pas de doute que l’Esprit-Saint, qui inspirait les auteurs sacrés dans le récit même des faits les mieux connus, ne les ait éclairés, autant qu’il fallait, sur ceux qui avaient laissé un souvenir moins précis, et qu’au besoin il

4Nfatth., 1, 20, 25: 17, 10,13, 49, 20% m1, 16 1v, 2-11; x1v, 23-25; xxvI, 39, 42, 44; xxvunr, 18,14; Marc., x, 21; Luc., 1, 8-10, 26-38; xxn1, 32; Joan., 1v, 1-29; xx, 33 ; xx, 21, etc. — ? Joan., v, 86, 31.

de

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n'ait suppléé par ses lumières aux garanties surnaturelles et aux renseignements humains ‘. Le Sauveur avait promis cet Esprit aux Apôtres, et ils pouvaient compter sur son secours dans leurs récits historiques aussi bien que dans leurs instructions doctrinales ?. Ils ont reconnu et attesté l’accomplissement de cette promesse en S. Marc et en S. Luccomme en leur propre personne, puisqu'ils ont donné à l'Eglise nos évangiles pour divins, qu’ils les ont mis au même rang que les livres de l’Ancien Testament. Le Ciel à sanctionné par ses miracles et la parole des uns et les écrits des autres *.

Voilà pourquoi nous croyons sans réserve aux quatre évangiles, au second comme au premier, au dernier comme aux trois autres. Voilà pourquoi ces livres sont pour nous un objet de foi dans toutes leurs parties, sans distinction. Dieu a tout inspiré; et sa véracité, qui nous répond de tout, nous oblige à tout croire. Car la foi que nous leur devons a essentiellement pour motif son témoignage et son autorité. Ce serait faire acte de bon sens, mais non pratiquer la vertu de foi, que d’adhérer à une vérité, par cette seule considération qu’elle a pour garants des hommes qui ne peuvent être ni trompeurs ni trompés.

* 45, — Evyangiles apocryphes # : quel rapport ont-ils avec les Evangiles authentiques ?

On connaît une quarantaine d’évangiles apocryphes; mais un petit nombre seulement nous sont parvenus en entier. C'est : Le Protévangile de S. Jacques, le mineur, connu de Clément d'Alexandrie; l’Evangile de S. Thomas, cité par Origène; celui de Enfance de Notre Seigneur, écrit en arabe, au v° siècle (56 chapitres) ; celui de Za Nativité de la Sainte Vierge, beaucoup plus court ; ceux de Joseph, le Char-

1 Gal., 1, 11, 12. — ? Spiritus veritatis docebit vos omnem veritatem. Joan., xvi, 13. Spiritus sanctus vos docebit omnia et suggeret vobis omnia quæcumque dixero vobis. Joan., x1v, 26. — 3 Domino cooperante et sermonem confirmante sequentibus signis. Marc., xvr, 20. Contestante Deco signis et portentis et variis virtutibus et Spiritus Sancti distributionibus. Heb., 11, 4. — # Amoxpuyoc, caché.

pentier, de S. Thomas, de Nicodème !. Tous ces livres ont pour objet l'enfance et la jeunesse de Notre Seigneur, sauf le dernier, qui se rapporte à la Passion. Loin de jeter du doute sur l’authenticité de nos quatre évangiles, ils en font ressortir le caractère original et divin ? : un regard suffit pour reconnaitre la contrefaçon *.

Ils prouvent en même temps, de la manière la plus sensible, l'impossibilité qu’il y a toujours eu de faire recevoir comme inspiré un écrit qui n'avait pas en sa faveur le témoignage des Apôtres et la tradition de l'Eglise. Tout apocryphes qu'ils sont, en effet, plusieurs de ces ouvrages ne laissent pas d’avoir un certain mérite. Sans être du premier siècle, ils remontent assez haut dans l'antiquité; ils sont presque toujours d'accord avec nos saints Livres; ils y font de fréquentes allusions et s'efforcent d’en reproduire le langage. On pouvait donc s’édifier et s’instruire en les lisant *. On peut encore y reconnaître certaines traditions respectables 5. Néanmoins l'Eglise s’est bien gardée de les mettre au même rang que les quatre évangiles ou d’en faire le même usage. Elle a pu en témoigner quelque estime, comme des Vies des Saints et des Actes des Martyrs; mais jamais elle ne les a insérés dans ses Canons; jamais elle n’a souffert qu’on leur attribuât l’autorité des Ecritures; et quand on à prétendu : les faire passer pour canoniques ou qu'on les a attribués sérieusement à des écrivains inspirés, elle n’a pas hésité à punir les imposteurs qui en imposaient à la crédulité des simples. Tertullien nous apprend que S. Jean fit déposer un prêtre, dans l’Asie-Mineure, pour avoir attribué à S. Paul une Histoire qu'il croyait édifiante et glorieuse pour PApôtre 5; et Sérapion, qui gouvernait l'Eglise d’Antioche

1 A. T., n. 64-69. Comme il y a eu de faux prophètes dans l'Ancien Testament, dit Origène, il y a eu des faussaires dans le Nouveau. — 2 Wallon, Croyance à l'Evangile, 11, 2. — 3 In quantum falsum corruptio est veri, in tantuni præcedat necesse est veritas falsum. Tert. Adv. Marc., 1v, 4. — # Nous exceptons ceux qui ont été condamnés dès leur apparition, comme des productions hérétiques, l'Evangile de Nicodème et celui de la Nativité de la S'e Vierge. — 5 Par exemple les noms des parents de la sainte Vierge, sa Présentation au temple, etc. — 6 Sciant in Asia

du temps de ce Docteur, nous fait connaître le principe qui dirigeait tous les pasteurs, lorsqu’à propos d’un évangile apocryphe publié sous le nom de $, Pierre, il dit : « Nous sommes attachés à S. Pierre et à tous les Apôtres, mais cela ne nous empêche pas de rejeter les écrits qu’on leur attribue faussement, étant certains de n'avoir rien reçu de semblable de ceux qui nous ont précédés ‘. »

IT. — Chronologie et géographie.

* 46, — Importe-t-il de connaître la chronologie de la vie de Notre Seigneur et de la rattacher exactement à l'histoire profane ?

La chronologie et la géographie sont les deux flambeaux de l’histoire. Dans la vie du Sauveur, les questions chronologiques ont une importance particulière, au point de vue de l’exégèse et de l’apologétique. Si l’on donne aux faits de l'Evangile leur véritable date, on voit s’évanouir une foule de difficultés relatives à Ja naissance, à la prédication, à la mort de Notre Seigneur. Elles ne se présentent même pas; et les synchronismes indiqués par les auteurs sacrés attestent l'exactitude de leur récit. Au contraire, ces difficultés sont insolubles et deviennent autant de protestations contre l’histoire évangélique, si les faits sont transposés ou si l’on ne met pas entre eux l'intervalle qui les sépare ?.

41. — À quelle époque a-t-on commencé à dater de la naissance de Notre Seigneur et comment a-t-on déterminé cette date ?

L'ère chrétienne, adoptée aujourd’hui dans toutes les contrées de l'Europe, sauf la Turquie, n’est en usage que depuis

presbyterum, convictum atque confessum id se amore Pauli fecisse, loco discessisse. Tert., de Bapl., xvu. Cf. S. Hieron., de Vèr. ill, vu.

1 Oxt to tourvto ou mape)abouev. Euseb., H., vr, 12. Cf. 1v, 22. Nolite in scandalum mittere Ecclesiam, legendo in populis Seripturas quas canon apostolicus non recepit. S. Aug., Epist. Lx1v, 3. Cf. S. [ren., I, xx, 8 ; S. Justin., { Apol., 66, 61; Tert., de Præsc., 36; De anima, 1; Orig., In Luc., How. 1; Euseb., F., ur, 25; S. Hieron., Epist. cvnr, 12, Concil. Laod., can. 60 (363). — 2 S. Aug., de doct, Christ., 11, 28.

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le septième siècle. Jusque-là, chaque Etat avait supputé le temps par la série de ses princes et les années de leur règne ‘. On jugea meilleur et plus convenable pour les chrétiens de partir tous d’un point commun et de compter par les années de l'Eglise, ou de l’empire de Jésus-Christ. Le vénerable Bède (+ 735) suivit ce système dans son Histoire d'Angleterre. Pépin et Charlemagne l’adoptèrent pour leurs actes officiels : Sous l’empire de Notre Seigneur Jésus-Christ, Pan de grâce, etc. ?.

C’est un prêtre de l'Eglise de Rome, aussi savant que pieux, Denys le Petit (+ 540), qui eut honneur d'imaginer et de proposer cette innovation”. Malheureusement, son point de départ ne fut pas déterminé d’une manière bien exacte. Non seulement Denys commença son année au premier janvier, au lieu de la commencer au vingt-cinq décembre*, mais encore, de l’aveu de tous les ehronologistes, il retarda la naissance de Jésus-Christ de quatre ans au moins, et probablement de six : car il l’a placée en l’an de Rome 754; et il est prouvé par la date certaine de la mort d’Archélaüs et de Philippe, fils et successeur d’'Hérode, et par la durée connue du règne de l’un et de l’autre”, que leur père est mort quatre ans plus tôt, lan de Rome 750. Ce n’est donc pas en 754 qu'a eu lieu la naissance du Sauveur, mais au plus tard en 749 et probablement en 747, Hérode ayant ordonné au départ des Mages qu’on massacrât les enfants de Bethléem jusqu'à l’âge de deux ans°.

L'erreur de Denys le Petit est excusable, sans doute; mais

elle n’est pas sans inconvénient. Elle vient surtout de ce qu'il a cru devoir prendre à la rigueur ce qu’on lit dans le troisième évangile, que Jésus-Christ avait une trentaine

1 Luc, ut, 4, 2. — ? [mperante Domino nostro Jesu Christo, anno...

CRPS ED GPS 7, 12 Moan- vu, 26, D Corixv 25 Ion; 1; EPet., v, 2, etc., Martyrol. rom., 25 déc. — 3 Migne, Patrol. lat. teLxvir, p. 481, 498, etc. ; Bossuet, I, U., I, x. — # Sur le début de l'année, on ne s’accorda qu'assez tard. Plusieurs voulaient commencer à Pâques et dater de la Résurrection. Un édit royal de 1505 prescrit de commencer en France au 1er janvier. — 5 Joscph., À., xvur, 15; xvur, 6, — 6 Juxta tempus, quod exquisierat a magis. Matth., 11, 16,

d'années en l'an 45 de Tibère‘.$. Luc semble pourtant avoir eu d'autre intention en cet endroit que de constater que Notre Seigneur n’a pas commencé son ministère avant d’avoir atteint l’âge requis pour l’exercice du sacerdoce *.

48. — Est-on d'accord sur l’année où le Sauveur a commencé à prècher et sur celle où il est mort?

On discute sur la date de la mort du Sauveur, comme sur celle de son baptème, et sur celle de sa naissance.

4° Un certain nombre d’auteurs pensent que la tradition nous à conservé fidèlement le nombre d'années que Notre Seigneur a vécu; et, le faisant naître quatre ans avant notre ère, ils sont forcés, pour ne pas dépasser la mesure de trente-trois ans, de placer sa mort en l’an 29%. Par suite, ils font commencer sa carrière évangélique en l’an 26 ou à la fin de l’an 25, la plupart donnant à sa prédication trois ans et demi, plutôt que trois ans. Pour concilier ce sentiment avec le texte de $. Luc, qui place le baptême du Sauveur trois ans plus tôt, en l’an 45 de Tibère*, ils disent que le règne de Tibère commença pour l’Orient, où il exerçait l'autorité, non à la mort d’Auguste, mais trois ans plus tôt, au moment où Auguste l’associa à l’empire. Telle est l’opinion de Sepp, de Rorbacher, etc.*. Le P. Patrizi place égale-

1 Erat incipiens (prædicationem), quasi, woer, annorum triginta. Luc., Int, À, 23. Cf. pe0’ nuepoc eë, Matth., xvir, 1; woe, Marc., 1x, 2 et woet nuepar oxtw. Luc., 1x, 28. Scriptura non facit vim in minutis numerorum. S. Th., Opusc. Cf. S. Aug., Quæst. xuvur in Exod. — ? À triginta annis et supra. Num., 1v, 3, 23, 35 ; [| Paral., xxim, 3; Ezech., 1, 1. Ajoutez qu'il n'est pas certain que Notre Seigneur fut baptisé dès le commencement du ministère de S. Jean-Baptiste. Cf. Luc., 1x, 1, 21; Act., xI11, 25. — 3 An de Rome, 182. La tradition n’a rien d'assuré à cet égard. La plupart des Pères donnent à Notre Seigneur au moment de sa mort une trentaine d'années; mais suivant S. Irénée, il en aurait eu quarante au moins, peut être cinquante. IT, xxu, 5. Cf. Joan., vu, 56, 51; S. Chrys., Hom. 1v in Joan.; S. Aug., de doct. Christ., n, 28. — # Luc., 11, 1. — 5 S. Luc écrivant sur des renseignements et des mémoires recueillis en Palestine, a dû suivre, disent-ils, la manière de compter usitée dans cette partie de l'empire, plutôt que celle qu'on suivaiten Occident. Par là, ils se mettent d'accord avec un certain nombre d'auteurs anciens, Tertullien, Adv. Jud., 8; Lactance, Instil., 1v, 10;

"n° 48] LES QUATRE ÉVANGILES. 123

ment la mort de Notre Seigneur en l’an 29; mais comme il reporte sa naissance six ans avant notre ère, il lui donne alors trente-cinq ans.

2° Un grand nombre d’historiens et de commentateurs, persuadés qu’on ne peut faire commencer les années du règne de Tibère avant la mort d’Auguste’, soutiennent que le Sauveur a commencé sa prédication à la fin de l’an 29, et qu'il est mort en 33°, mais ils sont forcés de dire qu'il avait à sa mort 36 ou 38 ans et quelques mois, selon qu’ils le font naître en 749 ou 747 de Rome, quatre ans ou six ans avant notre ère. Le dernier de ces sentiments était celui du P. Pagi, au xvu° siècle, de Sanclementi”, au xvim°. C’est aujourd’hui celui de MM. Mesmain *, Wallon, Alzog; et nous le suivrons dans les dates que nous aurons à indiquer. On conçoit, du reste, qu’on s'accorde sur la date de la mort du Sauveur, sans s’accorder sur celle de sa naissance et des divers faits de son histoire; mais l’époque de sa mort est déterminée par celle de son baptême.

Suivant le sentiment commun, c’est de l’an 29 à l’an 33, une dizaine d'années après la mort de Tite-Live, dans le temps où Tibère (+ 37) avilissait à Caprée sa vieillesse et Fempire, que le divin Maître prêchait son Evangile et le confirmait par ses miracles. Les auteurs qui s’éloignent le plus de ce sentiment avancent de trois ans sa vie publique et sa mort.

S. Aug., De civ. Dei, XVIII, cap. ult., etc., qui placent la mort du Sauveur sous le consulat des deux Geminus.

1 An 767 de Rome, 14 de l'ère chrétienne. — 2 An 786 de Rome, 33 de l'ère chrétienne. Ceux-ci tiennent pour certains que cette année 33, est la seule de l'an 271 à l'an 38, où la Pâque ait eu lieu un vendredi; et ils croient pouvoir attribuer à un faux calcul, et non à une autorité historique, le sentiment qui rapporte la mort du Sauveur au consulat des deux Geminus. Cf. Wallon, Croyance à l’Evang., n, #. — 3 De vulgaris æræ emendatione, 1190. — # Etudes chronol. sur la vie de J.-C., 4867. — 5 Caprinus, « Le bouc de Caprée, » comme le peuple l’appelait à Rome, en dépit de Séjan. Suet., Tib., 43; Tacit., À., vr, 1; ann. 26-57. Infra, n. 141.

KA

* 49, — Importe-t-il aussi de connaître la situation politique ct les divisions géographiques de la Palestine au temps de Notre Seigneur ?

Il importe d'en connaître non seulement la constitution politique, mais encore la position géographique et les principales divisions, avec la distance de la capitale aux diverses localités nommées dans l'Evangile‘.

La Palestine, où se sont passés tous les faits de la vie du Sauveur?, est une petite contrée de l’Asie, d’une soixantaine de lieues de longueur sur vingt-cinq à trente de largeur au plus *; mais sa situation à l’entrée de l’Orient et à proximité de l'Occident, au point de jonction des trois grandes parties du monde ancien, l'Asie, PEurope et l'Afrique, aussi bien que les mœurs du peuple qui Phabitait, la mettait en relation avec toutes les contrées du globe*. Le Jourdain, qui coule en ligne droite du mont Hermon jusqu’à la mer Morte, en traversant au milieu de son cours le lac de Génésareth, la divise dans toute sa longueur en deux parties inégales, dont la principale s'étend, à l'Ouest, des bords du fleuve jusqu’à la Méditerranée. Au temps de Notre Seigneur, on distinguait, de ce côté du Jourdain, trois provinces : la Galilée, au Nord; la Judée, au Sud, la Samarie entre l’une et autre; et, du côté opposé du fleuve jusqu’au désert et à l'Arabie, une seule province, qui s’étendait depuis Césarée de Philippes jusqu’à la mer Morte et qu’on nommait la Pérée, quoique ce nom appartint surtout à la partie méridionale. Des quatre provinces que baignait le Jourdain, celle où lon voyait le plus de Gentils était la Pérée; la plus peuplée et la plus riante était la Galilée, la moins juive était la Samarie, mais la plus célèbre était la Judée, dont la

! Quemadmodum græcorum historias melius intelligunt qui Athenas viderunt, ita Sacram Scripturam lucidius intuebitur qui Judæam oculis contemplatus est. S. Hieron., Pro. in Paral.; Epist. xivn, 2; Breviar., 30 sept., lect.1v. — ? Terra sanctificata. Zac., 11, 12. Terra promissionis. Heb., x1, 9. — % Pudet dicere latitudinem terræ repromissionis, ne ethnicis occasionem blasphemandi dedisse videamur. S. Hieron., Epist. CIS MC 4. Tn.1845, 432 Metc. —"5/Toseph., 4 41,x, A UB, LH

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