‹ Manuel BibliqueChapitre 16 sur 126 · IV. — Beauté des Évangiles · texte numérisé non relu

IV. — Beauté des Évangiles

* 50. — D'où vient le charme attaché au saint Evangile, l'intérêt qu'il excite, le fruit qu’on en retire ?

On a attribué le charme du saint Evangile à la naïveté des légendes et au vaque exquis du langage *. 1 tient au contraire, comme l'intérêt qu’on y trouve et le fruit qu'on en retire, à l’évidente réalité de l'histoire, à l’excellence de la doctrine, au caractère sublime et divinement aimable qui y est dépeint *.

1o En nous tenant en présence du Sauveur, ce livre nous le fait connaitre, non seulement dans sa vie extérieure, mais dans ce qu'il a de plus intime et de plus ravissant, dans ses sentiments, dans ses vertus, dans son esprit, dans son langage. S'il est si doux de rencontrer une belle âme, combien plus d'étudier et de contempler à loisir celle du Fils de Dieu, le Saint des saints, la grandeur et la sainteté mêmes 5!

1 À. T., n. 431. Cf. S. Hier., In Ezech., xzvur, 9. — 2 À. T., n. 345, 432-444, Pour les sites, voir V. Guérin, La Terre Sainte. Planches. 2 in-fol. 1882-8%. Cf. Joseph., B., 1v, 8; Tacit., Ann., v, 6. Mgr Meignan, Evangiles, leç. x1 et xur. — 3 M. Renan, Evangiles, p. 198. Cf. p. 104. — # Ps. x11v, 5; exvinr, 85. Trahitur ad Christum qui delectatur veritate, delectatur justitia, delectatur sempiterna vita, quod totum Christus est. Quid enim fortius desiderat anima quam veritatem ? S. Aug., In Joan., xxv1, 4, 5. Brev., Fer. 1v infra Oclav. Pentec., lect. 1-17. — 5 Audiendo te felix sum; de tua voce felix sum; intus bibendo felix sum. S, Aug., In Joan., xxv, 11. $. Th., 1e 2e, q. 66, a. 5, ad 3.

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EE = N°50] LES QUATRE ÉVANGILES. 129 2 En nous faisant connaître Notre Seigneur, l'Evangile nous le fait aimer ; car comment ne pas s'attacher à celui qu'on voit si aimable et si parfait? Ceux qui lui ont été les plus affectionnés sur la terre sont ceux qui l’ont vu de plus près et fréquenté davantage ‘. Quand on n’a plus d’autre science que Jésus-Christ, peut-on avoir un autre amour etune autre vie ??

3° De plus, en étudiant le divin Maître, on s’anime de son esprit; on se remplit de ses dispositions ; on se conforme à ses exemples. On apprend à s’occuper des mêmes objets que lui, à les voir du même point de vue, à en juger comme il en jugeait. On s’habitue à parler de tout comme il en parlait; chose capitale pour un prêtre,appelé à continuer son ministère, et qui à besoin, pour le faire avec succès, non seulement de prêcher la même doctrine, mais de la prêcher avec le même accent, la même simplicité, la même charité.

4° Pour tout dire en un mot, l'Evangile est le complément de l'Eucharistie, ou plutôt l'Evangile et l’Eucharistie se complètent l’un l’autre, pour le soutien et la consolation des âmes. L’Evangile ravit notre esprit; néanmoins une chose y manque pour contenter notre cœur : 11 faudrait sous ses récits une réalité vivante. Après avoir admiré ces discours et ces miracles, on en cherche l’auteur. C’est dans lEucharistie qu’on le trouve : Ego qui loquebar, ecce adsum *. Réciproquement, l’âme, en présence de l'Eucharistie, ne laisse pas d’éprouver encore certains désirs. I y à mille choses qu’elle voudrait apprendre du divin Maitre. Que souhaite-t-il de moi? Quelles sont ses pensées et ses vues à mon égard? Qu’ai-je à faire pour lui plaire? C’est dans l'Evangile qu'est la réponse à ces questions : Qui loquitur tecum, Ipse est *. Aussi, quoi de plus cher à l’âme fervente, après le Saint-Sacrement! $. Augustin rapporte qu’un barbare, fait prisonnier par les Romains et converti au chris-

1 Multo intuitu. Isaï., xx1, 1. — 2 In evangelicis sermonibus semper litteræ adjunctus est spiritus, et quidquid primo frigere videtur aspectu, si tetigeris, calct. S. Hieron., {n Matth., xiv, 14. Legebam ot ardebam. S, Aug., Conf. 1x, 4. — 3 Isai., ur, 6, — # Joan., 1x, 31.

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tianisme, fut si touché de cette pensée que l'Evangile est la parole de Dieu, qu’il obtint du ciel, par ses prières, d’apprendre à lire en trois jours, afin de se rassasier à son gré de cette nourriture sacrée ‘.

* 51, — D'où vient qu'un si grand nombre trouvent peu d’attraits dans l'Évangile et n’en voient pas la beauté?

Si l’on trouve peu d’attraits dans l'Evangile, ce défaut tient à la mauvaise disposition de l’esprit ou du cœur.

I. Souvent on a, par rapport à l'Evangile, le méme préjugé que les Juifs avaient à légard du Sauveur. Ceux-ci, sachant que le Messie devait descendre du ciel, et appliquant à son premier avènement ce que les prophètes ont dit du second, ou à son humanité ce qui se rapporte à sa nature divine, s’imaginaient qu'il serait entouré d’un éclat tout divin, qu'il effacerait les monarques du monde par sa magnificence. Aussi s’indignèrent-ils de la prétention du fils du charpentier. Sa pauvreté les choquait; sa simplicité les faisait rougir. [ls voulaient des merveilles et ils ne voyaient que des haillons. Aufer hine sordidos pannos, disaient-ils comme Marcion *. Ainsi en est-il encore de beaucoup de chrétiens à qui l’on présente l'Evangile comme l’œuvre du Saint-Esprit. Ils s’imaginent qu’un livre qui a Dieu pour auteur doit posséder au plus haut degré toutes les qualités qu'on admire dans les productions humaines, surpasser en éloquence, en poésie, en perfection littéraire les chefsd'œuvre les plus vantés. Et lorsque, au lieu des beautés qu'ils ont rêvées, ils trouvent dans ces pages tant de simplicité, si peu de littérature, si peu d’art, un tel dédain de

1 De doctrina Christi., Prol., 4. « Je me rappelle le moment où après avoir lu les dernières pages des anciennes Ecritures, j'ouvris pour la première fois le Nouveau Testament. Il était neuf heures du soir. Mon âme s'attacha si fortement à cette lecture, que je ne pus la quitter durant une partie de la nuit; et d'un seul trait j'avalai la coupe d'eau vive de l'évangile de S. Matthieu. I1 m'en arriva de même avec l’évangile de S. Jean; et à deux reprises, je ne pus le laisser qu'après l'avoir Ju tout entier, » Th. Ratisbonne, Phi. du Christ., Préf. Cf. Brev., S. Cécile, Resp. 11; Martigny, Evangile. — ? Tert., De carne Christi, 1.

lélégance et de l'éclat, ils s’étonnent : c’est un mystère qui les confond. — Qu'ils réfléchissent cependant; qu'ils consultent leur foi : ils verront que ce livre à réellement les caractères qu'il doit avoir. Si le Fils de Dieu a voilé sa grandeur pour habiter parmi nous, sil a été humble et caché dans son humanité, s’il s’anéantit chaque jour sur nos autels, ne doit-il pas s’humilier aussi, se voiler dans son langage, dans le récit de ses actes, dans l’énoncé de ses maximes? N’est-il pas naturel qu'il adopte l’idiome des petits, après s'être réduit à leur petitesse? Ce qui ne veut pas dire que ses discours manquent d’élévation ou d'énergie. Puisque l'humilité de sa vie ne l’a pas empêché de remplir sa mission, d’abattre lidolâtrie, et de faire régner sa loi d’un bout du monde à l’autre, la simplicité de son langage n'empêchera pas non plus que sa parole ne devienne ce qu’elle doit être, la lumière des intelligences et le principe de toutes les vertus, la force et le soutien des âmes, la règle et le mobile du monde surnaturel !. « La grandeur du Sauveur

1 Rien ne montre micux la valeur de nos saints Livres que les Histoires ou les Vies de Notre Seigneur qu’on a composées, en joignant aux récits des évangélistes les renseignements fournis par les auteurs profanes et les descriptions de lieux tracés par les voyageurs. Ces ouvrages ont leur raison d'être sans aucun doute. Plusieurs ont été publiés de nos jours par des hommes d'une foi profonde et d’un grand talent. Néanmoins, quel est celui qui pourrait remplacer dans l'Eglise nos saints Evangiles, dont la lecture produirait dans les âmes la même impression religieuse et la même édification ? Presque partout, la main de l’auteur se montre trop. En faisant du Fils de Dieu une histoire suivie et complète, comme l'histoire d'un héros ou la vie d'un saint, on court risque de le réduire, de l'humaniser plus qu'il ne convient. Ce qu'il y a en lui d'extérieur et d'accidentel prend du relief; mais à proportion, ce qu'il y à d'intime et de divin se voile. Les paroles de vie qui sortent de ses lèvres se perdent dans une multitude de paroles oiseuses et stériles. Qu'importent au fidèle les particularités de la vie de Caïphe, l'origine de Pilate et d'Hérode, le site de Tibériade et les paysages du lac de Génésareth ? A côté de l'Homme-Dieu toute particularité s’efface. L'horizon de la Palestine est trop étroit pour sa grandeur. S'il devait y paraître, ce n’était pas pour y demeurer. Le cadre qui lui convient, c'est celui que $. Jean lui a tracé dans son prewier chapitre et que le fidèle sous-entend dans les synoptiques. C’est sur ce fond qu'il faut le voir, si l’on veut se faire une juste idée de son élévation, de sa sainteté et de sa perfection infinies. Le motif qui porte les rationalistes à décrire avec tant de soin le milieu où

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132 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [no 51 n’est pas de ce monde, dit Pascal. Si l’on en comprend la nature, on le verra si grand, qu’on ne sera pas tenté de se scandaliser de sa bassesse. »

II. Sourent aussi le cœur est mal disposé. Il manque de pureté, de droiture, d’élévation, d’ardeur pour la vérité et pour la perfection. On ne cherche pas dans l'Evangile ce qu’on devrait y chercher; on n’a pas les sentiments qu'on devrait avoir. On lit par curiosité, pour éclairer et orner son esprit ‘. On lit par amour-propre, afin de se distinguer dans la prédication. On lit par un goût naturel, pour occuper le temps ou faire diversion à des travaux qui fatiguent. Ce qu’on voudrait trouver, ce sont les agréments de livres profanes. Avec ces dispositions, est-il étonnant que l’Evangile contente peu, qu'on y rencontre des déceptions, de l'ennui, du dégoût? Pour sy plaire, il faudrait avoir les mêmes vues que les Evangélistes, n’y chercher que ce qu'ils se proposaient : notre sanctification, notre avancement dans la vertu, l’établissement du règne du Sauveur en nous. Quærant inveniendum *. Si c’est notre vrai bien que nous voulons, nous l'y trouverons *. Rien ne fait mjeux connaître le Verbe fait chair, ses mystères, ses vertus, sa doctrine, ses œuvres, rien ne le fait plus aimer *.

s’est passée la vie du Sauveur, n'est-ce pas qu'ils croient y voir la raison de son caractère, de son langage, de son œuvre? — Sur Ja beauté des Evangiles, consulter $S. Augustin, De docl. Christ., 11; Bossuet, Panég. de S. Paul, n° point; Lacordaire, ITe Lettre sur la vie chrétienne. Etudier, entre tous, les morceaux suivants : dans S. Matthieu, les trois principaux discours, sur la montagne, v-vir, aux Apôtres, x, sur les pharisiens, xx; en 5, Luc, les tableaux et les cantiques, 1-11, x, 38-49, xx1v; dans l'un et l'autre les paraboles, Matth., x, 6; xxv, 1-30 ; surtout l'enfant prodigue, Luc., xv, et le bon Samaritain, x, 30-39; enfin dans $. Jean, ses récits si touchants et si dramatiques, la Samaritaine, 1v, l'aveugle-né, 1x, la résurrection de Lazare, x1, la dernière cène, x, les apparitions du Sauveur ressuscité, XX, XXI, etc.

1 Qui loquendi arte cæteris excellere videntur, sedulo monendi sunt

ne sordeat eis solidum eloquium, quia non est inflatum. His maxime utile est nosse ita esse præponendas verbis sententias, ut præponitur

animus corpori. 5. Aug., De catech. rud., 13. —2$, Aug., In Joan., Lx, À. —3 Petenti datur, pulsanti aperitur, quærens invenit. S. Hieron., Ep. 1, 9, — # Inter hæc vivere, ista meditari, nihil aliud nosse, nihil

quærere, nonne tibi videtur jam hic in terris regni cœlestis habita-

2° Des Évangiles en particulier !.

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