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Pourquoi Notre Seigneur assiste-t-il à ces noces

Ce que le divin Maitre se proposait, en assistant aux noces de Cana, c'était : — 1° D’honorer le mariage, qui devait être en butte aux insultes des hérétiques et aux profanations des mauvais chrétiens, et d’en faire remarquer le caractère sacré’. Le mariage, lien des familles et des sociétés, a toujours été une image sensible et permanente de l’union de Dieu avec l’homme et du Sauveur avec son Eglise ?. Sous la loi de grâce, c’est un des sacrements les plus précieux #. Il n’est pas étonnant qu’il apparaisse à la première page de l'Evangile, comme au premier chapitre de la Genèse. — 2° De fortifier la foi de ses disciples, en opérant devant eux le premier de ses miracles, et de nous donner sous le voile du symbole d'excellentes instructions.

Cana est à une demi-lieue de Nazareth, où le Sauveur avait passé sa jeunesse auprès de sa sainte Mère *.

1 Quod Dominus invitatus venit ad nuptias, confirmare voluit quod ipse fecit. Futuri enim erant de quibus Apostolus dicit : Prohibentes nubere. S. Aug , In Joan., 1x, 2. — ? Sponsus et sponsa, Joan., 111, 29. Cf. Eph., v, 25-33. — 3 Infra, n. 146. — # On vient de trouver dans les fouilles faites à Elatée, en Phocide, une pierre de marbre portant l'inscription suivante : Outos eott o A 0oc amo Kavo nc Tahideuc, omou ro vowp ouvoy emouncev o Kuptoc nuwv Insouc Xotoroc, Or cette pierre était signalée dans un Jlinéraire en Palestine, rédigée par un pèlerin du vi siècle, Antonin de Plaisance, comme une relique conservée à Cana. « Accubuimus in ipso accubitu, dit le pèlerin, et ibi ego indignus parentum meorum nomina scripsi. » Cette indication donna la pensée de chercher s'il ne restait pas sur la pierre quelques traces des noms qu'Antonin avait inscrits; et en effet on lut en un coin ces mots qui terminaicnt

202. — Que signifient ces mots : Quid mihi et libi, mulier? Joan., 11, 4.

C’est une locution hébraïque, qui revient souvent dans les saints Livres et dont le sens, un peu vague, se détermine par les circonstances ‘. Nous traduisons : « Que voulez-vous de moi, ma mère? » Ces mots expriment suivant nous la pensée du Sauveur. Ils s'accordent avec ses dispositions à l'égard de sa Mère et ils se lient parfaitement avec la suite du récit. On aurait tort d’y voir un blâme ou un reproche pour la très sainte Vierge. Si le Sauveur réclame un moment pour la satisfaire, elle est la première à comprendre et à approuver les raisons de ce délai; et elle ne s’en tient pas moins pour exaucée ?. Quant aux Apôtres, ils trouvent dans l'exemple du divin Maître une instruction importante : c’est de prendre toujours pour règle, dans l’exercice de leur ministère, la volonté de Dieu et non les sollicitations de la chair et du sang *.

Le mot : Mulier, en hébreu comme en grec, est une appellation respectueuse, qui n’a rien de dur ni de dédaigneux. Sans exclure la tendresse filiale, elle réserve au Sauveur l'indépendance que son œuvre réclame. Il n’en emploiera pas d’autre quand il cherchera à consoler sa Mère au Calvaire, ni lorsqu'il se révélera à Madeleine, après sa résurrection *.

une inscription gravée à la pointe : Kat tnç untpoc Lou Avrovtvou, Ces derniers mots avaient été écrits à Cana, au vie siècle, tandis que les mots qui précèdent le furent à Elatée, auand la relique y fut apportée de Constantinople par quelque baron latin de la quatrième croisade. Bullet. cril., mars 1885. Le dessin que nous avons mis en tête du n. 201 montre comment cette pierre avait pu servir de lit à Notre Seigneur dans les noces de Cana. Il représente un friclinium, et avec une table de marbre, trouvée dans la maison de Salluste, près de Pompéi, avec trois lits, dépouillés des tapis et des coussins dont on les couvrait pour le repas. Cf. Migne, Patrol. lat., Lxxrx, col. 900.

1 CF. IT Reg., xvr, 10; IT Reg., xv, 9, 23 ; xvur, 18; Matth., xxvrr, 19: — ? Joan., n, 5. — 3 Cf. Luc., 11, 49; x1v, 26. S. Bern., In Dom. I. post Epiph., Serm. 11, 5. — # Cf. O yuvou! Iiad., m1, 204. Ce titre équivaut à celui de Madame, donné par les princes à leur mère.

* 203. — Quelles instructions trouvons-nous dans ce premier acte de la vie publique du Sauveur ?

1° Dans ce premier acte de la vie publique du Sauveur, il y a une leçon pour les époux chrétiens. — Le divin Maître leur fait entendre que les jouissances naturelles s’épuisent vite!, mais qu’on trouve dans sa grâce un secours et des consolations qui ne tarissent pas ?. Heureux ceux qui appellent à leurs noces et que sa Mère honore de sa protection |

2° Il y a ensuite pour l'Eglise un présage et une figure ? ; car tous les faits décrits par S. Jean sont mystérieux et significatifs *. — Le royaume de Dieu est semblable à un roi qui se prépare à célébrer les noces de son fils ÿ. Le Sauveur est l'époux, dit le Précurseur, et l'Eglise est l’épouse f. Bientôt se consommera entre l’un et l’autre l’alliance mystérieuse etindissoluble dont lemariage chrétien est l’image”, et qui doit donner au Seigneur un si grand nombre d’enfants *. C’est à l’'Homme-Dieu de fournir à cette famille spirituelle de quoi soutenir, animer, réjouir, vivifier tous ses membres. Il le fera en remplissant les vases vides de l’ancienne Loi, en substituant à ses eaux insipides et à ses ablutions purement extérieures une boisson généreuse et fortifiante. Qui boira de ce breuvage n’aura plus soif et ne soupirera plus qu'après la vie éternelle *. La nouvelle alliance sera donc bien supérieure à l’ancienne. Elle remplacera l'espérance par la charité et rassasiera tous les besoins et toutes les aspirations des âmes. Voilà ce qu'annonce ce prodige. Il n’y a pas de doute que Marie n’ait vu dès lors, aussi bien que Jésus, un certain rapport entre le festin de Cana où l’eau fut changée en vin et le repas mystique où le pain

1 Tribulationem carnis habebunt hujusmodi. I Cor., vir, 28: — 2 Joan., 1v, 43, 14. — 3 Excepto miraculo, aliquid in ipso facto mysterii

et sacramenti latet. S. Aug., In Joan., vin, 3. — # Quidquid Joannes locutus est mysterium est. S. Ambr., de Sacr., TI, 11, 11, — 5 Matth., xx, 2; xxv, 1; Apoc., xx, 1. — 6 Joan., m1, 29. — 7 Eph., v, 32. —

8 Joan., 1, 12. — 9 Joan., 1v, 13, 14.

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sera changé en la chair du Fils de l’homme et le vin en son sang, pour devenir la nourriture et la vie des fidèles. Peutêtre est-ce à cette parole : Nondum venit hora mea”, dite ici à la sainte Vierge, que répond cette autre parole, consignée par le disciple bien-aimé dans le récit de la dernière Cène : Sciens quia venit hora ejus ?.

3° Il y a enfin pour tout fidèle un précieux enseignement. — Par cet exemple, l’apôtre bien-aimé nous apprend quelle est la bonté du cœur de Marie pour ceux qui lui sont dévoués. Elle s’empresse d'intervenir en leur faveur ; elle prie d'elle-même, sans avoir été priée*. On voit aussi quel est son crédit auprès du Sauveur. La chose qu’elle demande ne “paraît pas bien nécessaire ; elle exige un miracle, et le temps des miracles n’est pas encore venu. Mais Marie le désire ; elle l’insinue; c’est assez *. [Il est juste que son Fils Pexauce avant tout autre ; et dût-il pour cela changer de dessein, il fera son premier prodige en faveur de ceux qu’elle honore de sa protection .

Pêches miraculeuses, Luc., v, 1-11; Joan., xxr, 1-13.

204. — Qu'est-ce que ces pêches ont de commun et en quoi diffèrent-elles ?

I. Ces pêches se ressemblent sous plusieurs rapports : — Elles ont eu lieu toutes deux sur le lac de Tibériade, l’un des plus poissonneux du monde f. — Des deux côtés, Pierre est à la tête des pêcheurs et les enfants de Zébédée sont avec lui, — D'un côté comme de l’autre, on travaille en vain durant toute la nuit, c’est-à-dire aux heures les plus favora®

1 Joan., 1, 4. Cf. Matth , xx1v, 12. — 2? Joan., x, 1; Brev. rom., Fest. sept. dol., lect. T. — 3 Miretur qui non meminerit Paulum inter maxima gentium Crimina memorantem quod sine affectione essent. Longe id fuit a visceribus Mariæ; longe sit a servulis ejus. $. Bern... Domin. infra oct, Assumpt., 15. Si hæc non rogata perfecit, quid rogata perficiet ? S. Bernardin. Serm., 1x. — # Sufficit ut noveris : non enim amas et deseris. $. Aug., Jn Joan., x1ix, 5. — 5 Matth., xxiv, 22; Bossuet, Serim. sur la dévot. à la Ste Vierge. Cf, Supra, n. 100 ; Infra, n. 415. — 6 Joseph., B., IL, xvinr.

bles ‘ ; et tout à coup, le jour venu, on prend, à la voix du divin Maître, une multitude de poissons.

IT. Chacune des deux pêches a ses particularités : — L’une a lieu au début de la prédication de l'Evangile ; l’autre sous les yeux du Sauveur ressuscité. — La première se fait en haute mer, ev tw Éa0w ?; la seconde près du rivage, cv pLaxpoy aro ts ns *. — La première fois, une seconde barque vient aider à lever le filet, au lieu même de la pêche ; à la seconde, on le traine à la côte. — Le premier miracle a pour effet d’affermir la foi des Apôtres et de leur donner confiance dans l’entreprise de leur divin Maître; le second anime leur espérance et les pénètre de cette pensée qu’il suit du regard leur travail et qu’il leur en fera bientôt goûter les fruits *. — Enfin, après la première pêche, Notre Seigneur annonce à S. Pierre qu'il sera désormais pêcheur d’hommes, homines capiens, £wyewv Ÿ; après la seconde, il le fait son

1 Plin., ÆH. N., 1x, 23. — ? Luc., v, 4. — 3 Joan., xx, 8, — # Cf. Matth., x, 47, 48. — 5 Cwypew, prendre vivants, de &woç et aypeuw. Non posuit Petrus retia, sed mutavit. $S. Aug. De là l'usage de représenter les chrétiens et Notre Scigneur lui-même sous la figure de poissons, usage qui fut en vigueur tant que dura la loi du secret. On en donne diverses raisons. Pour les chrétiens : — 10 IIS naissent dans les fonts sacrés ou dans les eaux du baptême. — 2° Ils sont tirés de la mer du monde par le ministère des pêcheurs et introduits par eux dans le royaume de Dicu, à la lumière du ciel. — 30 Ils sont désignés sous cet emblème, en plusieurs endroits des Écritures, Jer., xvi, 16; Matth., 1v, 18; xu1, 47; Joan., xx1, 6. — 4° Ils sont d'autres Jésus-Christ. Quant au Sauveur, on avait des raisons particulières pour le désigner par ce symbole : — 1° Lui-même s'est présenté sous cette figure à ses Apôtres, au repas qu'il leur offrit près du lac de Tibériade, Joan., xx1, 9. Quid enim signare piscem assum credimus, nisi ipsum mediatorem? [pse enim latere dignatus est in aquis generis humani; capi voluit laqueo mortis nostræ, et quasi tribulatione assatus est tempore passionis suæ. S. Greg., {n Ev., 11, Hom. xx. — 2° C'est pour se faire notre aliment qu’il traverse la mer du siècle et qu'il passe par le feu de la tribulation. — 39 Chacune des lettres du mot 1yüvç indique une de ses qualités. Horum verborum, Incouc Xptotoc, Oeou vtoc, Ewrtnp, si primas litteras jungas, dit S. Augustin, erit Iyôvc, id est Piscis, in quo nomine mystice intelligitur Christus, eo quod in hujus mortalitatis abysso, velut in aquarum profunditate, vivus, hoc est sine peccato esse potuerit. De Civ. Dei, xvi, 23. Cf. Tert., De Buaptl., 1; Clem. Alox,, Pedag., 111, 2,

vicaire et lui ordonne de prendre le gouvernement de l'Eglise entière.

205. — Ces pèches miraculeuses n'ont-elles pas un sens figuratif?

Ces pêches miraculeuses sont évidemment figuratives :

I. Notre Seigneur indique lui-même le señs de la première, en disant à Pierre que désormais ce sont des hommes qu'il prendra dans ses filets. La multitude des poissons figure donc la multitude des âmes que les Apôtres, sous la conduite de leur chef, doivent tirer des abîmes de l’infidélité pour les faire entrer dans l'Eglise. Toutes les circonstances du récit, la mer, le rivage, la barque, l'instruction que le Sauveur adresse au peuple, ont leur signification en harmonie avec celle-ci.

IL. Pour la seconde, elle figure spécialement celle des élus que S. Pierre et ses compagnons de travail indrotuiront au ciel. Voici, d’après S. Augustin ! et les saints Docteurs, les indices de cette signification : — 1° Cette pêche n'a lieu qu'après la résurrection. Notre Seigneur qui la bénit est déjà sur la terre ferme, comme dans la cité permanente ?. — 2° Le filet n’est jeté qu'à droite, du côté des élus?. — Dans la première pêche, le filet se brisait; une partie du poisson se perdait et la barque menaçait de chavirer : dans la seconde, au contraire, la multitude des poissons ne met en péril ni le filet ni la barque : Non est scissum rete *. — Dans cette dernière pêche, il n’y a que des poissons de choix : Magni pisces *, et le nombre en est déterminé, fixé, comme l’est celui des élus °. — 5° Les poissons ne sont pas mis comme la première fois en deux barques, encore exposées à l’agitation des flots? : ils sont portés immédiatement

1 Hoc est magnum sacramentum in magno S. Joannis evangelio. S. Aug., In Joan., axxu; Serm. cexivut. — ? Mare commotionem præsentis sæculi significat; littus autem terminus est maris. S. Thom., In Joan., xx1, 11. Cf. Apoc., xxr, 1. — 3 Matth., xxv, 33. — # Joan., xv1, 1. — 5 Quis erit tunc parvus, quando erunt æquales angelis Dei! S. Aug., Serm. acxLvin, 3. — 6 Apoc., vi, 11. — 7 Propter populos duos de circumcisione et præputio. S. Aug., Serm. coxLix, 2.

n° 206] SA VIE PUBLIQUE. — SES MIRACLES. 343

sur le rivage, où Notre Seigneur les reçoit. — 6° Le repas que le Sauveur ressuscité prend avec ses Apôtres donne l’idée du banquet céleste auquel ses ministres auront part dans l’éternité*. Les pêcheurs, qui sont au nombre de sept, représentent le sacerdoce tout entier, sous la conduite de son chef visible.

Le souvenir du premier de ces miracles suggérait à S. Pierre la signification du second, et celle-ci devait le préparer à l’instruction que son Maître voulait lui donner sur le ministère qu’il aurait à remplir et sur le dévouement avec lequel il devait l’exercer?.

Tempête apaisée. Marc., 1v, 35-40.

206. — Pourquoi Notre Seigneur commande-t-il au vent ct à la mer?

Notre Seigneur, sortant de son sommeil et se levant, deyeest<, commande, erez1po:, au vent et à la mer°, pour deux raisons : — 1° Pour faire sentir qu’il est bien le Verbe de Dieu qui a commandé aux flots à l’origne du monde : Divit : Congregentur aquæ“, celui à qui le Psalmiste a dit : Tu dominaris potestati maris”. — 2° Afin de nous apprendre à compter sur son secours dans les épreuves qui agitent l'Eglise ou qui troublent notre âme f. $. Thomas admet, après S. Ambroise, que c'était la société et les mauvaises dispositions de Judas qui mettaient les Apôtres en péril7.

Si l’on voulait aujourd’hui exprimer par une image la Providence du Fils de Dieu sur son Eglise parmi les périls auxquels elle est exposée depuis dix-huit siècles, on ne pourrait rien trouver de plus ingénieux ni de plus juste.

2 CP Duc, x1v, 15, 46 ; Joan., xx1, 5, 10 et 1v, 1, 32; x1x, 28. — ? Joan.,

xx1, 15, 18, 22. Infra, n. 441. — 3 H Goacon, la mer agitée. — # Gen., 1, 9. — 5 Cf. Ps. zxtv, 8; Lxx1, 8. Imitare ventos et mare : obtempera Creatori. S. Aug., In hunc loc. — 6 Cf. Ps. zxvirr, #5 I Cor., 1, 9-41;

Brev. rom. 1ve Dim. post Epiph., 1. vu; Imnt., Il, vu, 5 ; nt, 23, n. 8, Hujus signi typum in Jona legimus, quando cæteris periclitantibus ipse securus est et dormit. S. Hieron., In hunc loc. Tene te in navi et roga; etsi turbatur navis, navis est tamen. S. Aug., Serm. Lxxv, 4. — — 1 Ps. Lxxxvinu, 10. Cf. Ps. avis. S. Amb., In Luc., v, 3; S. Thom., 22-2e, q. 108, a. 4, ad 5.

Aussi l'Eglise a-t-elle été représentée dès les premiers temps, sous la figure d’une nacelle ou de l’arche de Noé‘.

Monnaie dans la bouche du poisson. Matth., xvir, 23-26. * 207. — Qu'est-ce que le didrachme qu'on demande au Sauveur ?

Ce didrachme était la contribution d’un demi-sicle, ou de deux drachmes, que les familles juives étaient habituées à payer pour l’entretien du Temple?. Vespasien le fit percevoir plus tard pour le Capitole*. Les collecteurs s'adressent à S. Pierre, soit par respect pour le Sauveur, soit pour engager le disciple à s'acquitter à la place du maître‘. La réponse du Sauveur suppose clairement sa divinité. Pour ne pas scandaliser ceux qui l’ignorent, il consent à payer; mais il fait observer qu’il n’est pas soumis à l'impôt, 2%, 25, et il relève par un miracle cet acte de condescendance : Reddit censum, sed ex ore piscis acceptum, ul agnoscatur majestas… Sic persolvit et mortem, dit S. Augustin : non debebat el persolvebat®. En 1398, le pape Jean XXII condamna la proposition suivante cle Marsile de Padoue : Quod Christus solvit tributum Cæsari, hoc fecit non condescensive et hberalitate suæ pietatis, sed necesSitate coactus.

Multiplication des pains. Matth., xrv, 15-21; xv, 32-38.

208. — Pourrait-on dire que Notre Seigneur n’a fait ce miracle qu'une seule fois ?

On ne peut soutenir que Notre Seigneur n’a multiplié qu'une fois les pains; car : — 4° On trouve deux faits de multiplication distinets, rapportés séparément, à la suite l’un de l’autre, dans l’évangile de S. Matthieu? et dans celui de

1 Martigny, Église, Aringhi, V, 1x, 1. Matth., xiv: 33-36. ACt., XXVII, 2491 44:—.2 Cf Exod., xxx, 11-13; -Il Par. /'xxrv, 55 IT Esd./x,032. Joseph., 4., XVI, vr, 2-8; XVIII, 1x, 1. — 5 Joseph., B., NII, vi, 6. — k Supra, n. 143. — 5 Matth., xvnr, 24, 25. — 6 S. Aug., Serm., oLv, 1. Le statère avait la valeur d'un tétradachme, trois francs environ, et par conséquent suffisait pour deux personnes. À. T., n. 185. Infra. n, 411, 515, Notes. — 7 Matth,, x1v, 15, et xv, 32, Cf. xvr, 9, 40.

n° 209] SA VIE PUBLIQUE. — SÈS MIRACLES. 345

S. Marc'. — 2° Entre les deux multiplications de pains, il y a des deux côtés des différences notables. Dans la première, rapportée par les quatre évangélistes, il y avait cinq pains et deux poissons. Par le premier miracle, Notre Seigneur nourrit cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants; par le second, quatre mille sont rassasiés. Après le premier, il resta douze paniers?; après le second, sept corbeilles ?. Ainsi, c’est le plus éclatant qui fut fait en premier lieu : c’est aussi le seul dont on lise le récit dans les quatre évangiles.

On trouve dans l’Ancien Testament‘, et surtout dans l’histoire des saints, beaucoup de faits du même genre” : mais on n’en voit aucun dont le caractère miraculeux soit plus incontestable.

* 209. — Que figurent ces multiplications de pains ?

Suivant les saints Docteurs, ces miracles figurent deux choses :

4° La multiplication que le Sauveur devait faire de son corps et de son sang pour la nourriture de nos âmes. Aussi procède-t-il chaque fois de la même manière qu’à la Cène : Accepit panes… el aspiciens in cœlum.…. cum qratias egisset, evyaototnozs, benedirit, fregit et dedit discipulis…, discipuli autem turbis$. Aussi est-il dit que les parts ne furent pas mesurées; que tous reçurent suivant leur désir, quantum volebant *; que néanmoins tout ne fut pas consommé et que Notre Seigneur recommanda de garder ce qui restait du pain miraculeux *. Aussi le premier de ces miracles est-il suivi, dans $. Jean, de la promesse de lEucharistie. Aussi

1 Marc., vi, 31 et vin, 1. Cf. vx, 19, 20. — 2 Koguwoc, petite corbeille de jonc en usage parmi les Juifs, terme propre employé par les quatre Evangélistes. — 3 Enupic. Cf, Act., 1x, 25. — # Exod., xvi, 13, 14; III Reg,

xvu, 14; IV Reg., 1v, 4, 32. — 5 Vies de Sle Chantal, ch. xxiv; du curé d’'Ars, Il, vin, de lu Mère Thérèse du S.-Sacrement, ch. xu, etc. — 6"Matth., xiv, 19, etc. — 7 Joan., vi, 11. — 8 Joan., vi, 12, 13. Panem dedit Apostolis ut dividerent populo credentium, hodieque dat nobis eum quem ipse sacerdos consecrat verbis sacris, $. Amb., De bened, POS re ACIER LCR NE, El

346 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [n° 209 ce sacrement fut-il souvent représenté, au commencement de l'Eglise, sous la figure de la multiplication des pains *.

2 La multiplication ou plutôt la propagation de la doctrine révélée, aliment nécessaire à la vie surnaturelle des âmes : panis vitæ et intellectus?. Les enfants de Dieu languissaient, faute de cette nourriture. Quand ils en ont bien senti le besoin, et l'impuissance où ils sont de se la procurer par eux-mêmes, le Fils de Dieu vient à leur secours. Il leur fournit ce qui leur manque; non en substituant des révélations nouvelles aux révélations anciennes, mais en développant celles-ci de manière à satisfaire toutes les aspirations de leurs âmes. Et c’est par ses Apôtres, par ses représentants, ministres de sa parole, qu’il leur fait part de ce don’, suivant les besoins et les désirs de chacun.

Ajoutons que ce miracle est de nature à nous faire admirer ce à quoi l'habitude nous empêche de réfléchir : Ja sollicitude et la toute-puissance avec lesquelles la Providence pourvoit à notre subsistance par les moyens naturels; car les aliments dont nous nous nourrissons sont multipliés chaque année dans le sein de la terre, d’une manière moins rapide, il est vrai, mais non moins merveilleuse, que ne furent les cinq pains entre les mains des Apôtres *.

1 Martigny, Dictionn., Eucharistie. — 2? Eccli., xv, 3; Prov., 1x, 5; Amos., vin, 11; Matth., 1v, 4. Illos quos primo pascit, id est incipientes, hordeacis panibus pascit; postea cum jam crevissent in verbo et doctrina, triticeos eis exhibet panes. Orig., In Gen., nom. x1r. — 3 Sic tunc Apostolorum manibus factum credamus, ut hoc eorum verbis quotidie fieri sine cessatione videamus. Quid enim agit Petrus, cum per Epistolas loquitur, nisi ut verbi pabulo corda nostra male jejuna satientur? Quid Paulus, quid Joannes per epistolas suas loquentes? S. Greg., Moral., xxvII, 22. — # Dat escam omni carni. Ps, cxxxv, 25. Inde multiplicat de paucis granis scgetes, unde in manibus suis multiplicavit quinque panes. Panes illi quinque quasi semina erant, non quidem terræ mandata, sed ab co qui terram fecit, multiplicata. S. Aug., In Joan., xxiv, 1; Brev., Dom. 1v Quad., lect. vrr-1x, — 5 Corbeilles qui rappellent à la

Figuier desséché. Matth., xxr, 17-22; Marc., x1, 12-14. (An 33, lundi 30 mars.)

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