Que représente le figuier stérile
Le fait rapporté en cet endroit est évidemment significatif; et cet exemple doit nous apprendre à chercher une leçon dans toutes les actions de Notre Seigneur rapportées par un évangéliste.
Ce figuier est le symbole du peuple juif, dans lequel le Fils de Dieu ne trouvait qu'une vaine apparence de religion, et qu’il était près de maudire en punition de sa stérilité*. La faim que le Sauveur témoigne en cette occasion est de la même nature que la soif qu'il manifeste au puits de Jacob et à la croix*. Les paroles qu'il prononce rappellent les malédictions de David contre la montagne de Gelboë*; mais il les prononce avec une efficacité toute divine. Néanmoins, c’est miséricorde de sa part de décharger ainsi sa colère sur un être insensible, afin d’avertir les pécheurs des rigueurs de sa justice*.
S. Paulin, se faisant à lui-même lapplication de cet exemple et insistant sur ces mots de la Vulgate : Non enim erat tempus ficorum, fait cette réflexion : « C’est une leçon que le divin Maître a voulu nous donner. Il faut que notre piété ait à lui offrir dans tous les temps des fruits dignes de
Rene
fois les repas miraculeux du désert et le pain eucharistique. La multiplication des pains est représentée ou rappelée ainsi en plus de trente endroits des catacombes. Martigny, Pains.
1 Mich , vu, 1. Per ficulneam intellige synagogam et conciliabulum Judæorum. S. Hieron., In Matlh., 1, 11. Cf, Luc., xur, 6-9. Le judaïsme séché jusqu’à la racine, mais toujours debout atteste par sa stérilité même la divine malédiction qui l’a frappé. $S. Aug., Serm. xLUIv, 3; xcvur, 3. — 2 C£. Joan., 1v, 31, 32; x1x, 28; xx1, 5. — 8 II Reg., 1, 21. — # Operibus sicut parabolis loquitur. Ven. Beda; Brev. Hebd. 1 Quadrag., Fer, ur, lect. 1. Quærit intelligentem; non facit errantem. S. Aug., Serm. Lxxxix, 6. Cf, Luc., xu1, 7-9. Act., xx, 10. Bossuet, Médit., dern. serm. 20e jour. — 5 Propter nos utique scriptum est, in quibus escam suam Deus semper vult invenire.. Omni die me fertilem
318 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [no 2141
Transfiguration. Matth., xvir, 1-9.
* 211. — Pourquoi le Sauveur monte-t-il sur ce sommet et l'y voit-on ainsi transfiguré ?
1° Le Sauveur monte sur ce sommet! pour y prier plus librement?. Une haute montagne détache de la terre et fait penser au ciel*. C’est sur une montagne que Dieu s’est révélé à Moïse‘, et qu’il a souvent apparu aux prophètes ÿ. — 2 Jésus-Christ veut découvrir dès ce moment à ses Apôtres un rayon de sa gloire pour plusieurs raisons : pour animer leur espérance, pour les prémunir contre le scandale de sa Passion, pour les animer à souffrir pour Dieu. Aussi est-ce de sa Passion et de son départ de ce monde, eëoèosf, qu’il s’entretient devant eux avec Moïse et Elie. — 3° Il fait rejaillir sur ses vêtements l'éclat qui rayonne de sa personne, pour montrer son dessein de communiquer à son Eglise et à ses membres mystiques la grâce dont il possède la plénitude, et la gloire dont il est la source’. — %o La nuée qui enveloppe la montagne est comme le symbole de la majesté divine $ et l’indice d’une présence toute spéciale du Seigneur ?.
sibi Christus inveniat. $S. Paulin., Epist. xx, 6. Ces mots de S. Marc : Ov yzp nv xapoc cuxwy, rendus par : Non enim erat tempus fructuum, pourraient l'être par : Tunc enim erat, et se lier au premier membre de la phrase : si quid forle inveniret. Ov est employé quelquefois comme adverbe, en sous-entendant ypovos et emt : ep’ou ypovou, quo lempore. Les voyageurs nous apprennent que les figuiers en Palestine donnent quatre récoltes par an, et portent du fruit presque en toutes les saisons. Cf. Rom., v, 20; Heb., mr, 9.
1 In monte sancto, dit S. Pierre, II Pet., 1, 18; sur le Thabor, dit S. Cyrille de Jérusalem. Calech., x, 16, etc. — ? Tria refugia legitur habuisse, navim, montem et desertum. S. Thom., p. 3, q. 40, a 1. — 3 Apoc:,;-xx1, 10. — # Ex., x, A5 x1x, 32 —5 IIT Reg., x1x, 8:11V Res, 1V, 25, etc. — 6 Mot choisi à dessein, parce qu'il exprime à la fois sa mort et son ascension. Cf. Joan., x, 11; II Pet., 1, 15; S. Iren., LL, 1, 1. — T1 CF Isai., xzix, 18; Ps. xxxu, 6; Luc., 11, 9 ; Act., vr, A5; II Cor, ur, 1; Phil., ut, 21; Apoc., xx1, 23; S. Th., p, 3, q. 45, a. 2, ad 3; Dictionn. de mystl. chrét., Ascension; Irradiation; Lumières surnaturelles, etc. 8 D'Tim VMC EN CEEx y x 325 Num x 34 etc.
* 212. — Pourquoi Notre Seigneur veut-il avoir trois témoins de sa transfiguration?
Notre Seigneur veut avoir trois témoins de sa transfiguration, pour qu’elle puisse être attestée d’une manière irrécusable, la loi demandant plusieurs témoins pour constater un fait. C’est pour le même motif qu'après avoir été décrite par lestrois Synoptiques, elleestencorerappeléepars. Pierre‘ et par S. Jean?, qui l'avaient vue de leur yeux. Entre tous les Apôtres, le Sauveur a soin de choisir pour l’accompagner ceux qui doivent le contempler dans son agonie*. Ce sont, d’ailleurs, les plus considérés parmi ses disciples, ceux qui sont destinés à donner l’exemple à leurs frères en souffrant les premiers pour leur Maitre, ceux qui ont besoin d’une foi plus ferme et plus ardente*. Il n’en veut que trois, parce que c’est une faveur qu’il leur fait, et qu’il désire que ce miracle reste secret jusqu’après sa résurrection®.
213. — Pourquoi Moise ct Élie se montrent-ils à ses côtés ct disparaissent-ils ensuite ?
Moïse et Elie viennent là pour rendre hommage au Messie et témoigner qu’il est le grand objet de la Loi et des Prophètes 5. L’un et l’autre le reconnaissent pour Celui qu'ils ont annoncé, malgré la Passion à laquelle il se dévoue, ou plutôt à raison même de sa Passion et de sa croix 7. Ils enseignent ainsi aux Apôtres ce qu'ils auront à faire au moment de l'épreuve et désavouent par avance le peuple qui le reniera. Ensuite ils disparaissent, et ils laissent Notre Sei-
1 II Pet., r, 17. — ? Joan., 1, 14. — 3 L'une et l’autre eurent lieu le soir, car les Apôtres avaient également peine à résister au sommeil. Matth.,
xxvi, 40; Luc., 1x, 32. — + Petrus ascendit qui claves regni cœlorum accepit, Joanes cui committitur Domini mater, Jacobus qui primus martyrium sustinuit. 5. Amb., In Luc., lib. vu, 9. — 5 Matth., xvur, 9.
CF. Brev. rom., 6 aug., lect. 1v-vur. — 6 Per Moysen significatur lex; per Eliam significantur prophetæ; per Dominum significatur evangelium. Ideo Christus apparuit medius inter Moysen ct Eliam, tanquam evangelium testimonium haberet a lege et prophetis. $. Aug., in Joan., Xvn, 4; Brev., Fer. 1v hebd, I Quadrag. — T Luc., 1x, 31.
gneur seul en possession de sa gloire, pour montrer que le règne de l'Ancien Testament est terminé et que la Loi et les Prophètes doivent céder la place au Fils unique de Dieu et aux Apôtres représentants du Testament Nouveau‘. La parole du Père? : Hic est Filius meus dilectus, o Yus pos o ayarres®, ipsum audite*, que $. Paul développera dans son Epitre aux Hébreux, met hors de doute cette signification. Rien de plus décisif contre les Ebionites5. Rien de plus exprès contre les Ariens.
Nulle part on ne voit d’une manière plus sensible la vérité de ce qu'a dit un grand écrivain, après tous les Pères : « Les deux Testaments regardent.Jésus-Christ : l'Ancien comme son attente, le Nouveau comme son modèle, tous deux comme leur centre. »
214. — Pourquoi est-il dit de saint Pierre qu'il ne savait pas ce qu'il disait, Marc, 1x, 5?
C’est surtout, suivant $. Jérôme, parce qu’il n’entendait pas le mystère, parce qu’il y contredisait sans le savoir, en voulant retenir la Loi et les Prophètes, dont le temps était passé, et en paraissant les égaler dans son estime à Celui qui en était le terme, et dont il ne restait plus qu’à proclamer le règne. « Tu te trompes, Ô Pierre, dit ce docteur; un seul tabernacle suffit désormais, celui de l'Evangile, qui comprend la Loi et les Prophètes 7. »
Mais $. Pierre en reçut l'intelligence, lorsque les besoins de l'Eglise le demandérent $; et autant qu’il était raisonnable et qu'il avait pour principe l'amour du Fils de Dieu, on peut
1 Maith., xvur, 8; Luc., 1x, T. Cf. Heb., 1. — ? Cf. Act., 1x, 4-7; Brev., 12 aug. lect. vi. — 3 CF. ,Os., un, 4; Matth” ur, At: Phil, ur, 6Heb. 1, 1; I Pet., 1, 17. Hoc est : Non Moyses filius; non Elias filius; sed. hic filius. S. Amb., de Fide, 1, 13. Audiant catholici unde erubescant liæretici. S. Aug., Conl. Maxim., 1, 6; S. Thom., p. 3, d. 45,43. — # Cf. Dout., xviur, 15. Infra, n. 834, 835. — 5 Infra, n. 464, 465. — 6 Pascal, Pensées, Des figures. — 7 Erras, Petre, et nescis quod dicas. Noli tria tabernacula quærere, cum unum sit tabernaculum evangelii
in quo Lex et Prophetæ recapitulanda sint. S, Hicron., In Matth., xvu. —— ÉVACT., <, Lots lle
dire que le vœu de son cœur a été exaucé. Notre Seigneur l’a réalisé pour nous dans l'Eucharistie !.
* 215. — Pourquoi Notre Seigneur veut-il que les Apôtres attendent sa résurrection pour publier ce miracle?
1° Il pouvait voir des inconvénients à le publier auparavant *. On aurait eu peine à y croire. Peut-être se serait-on scandalisé d'autant plus de l’opprobre de sa Passion. Peutêtre se füt-on révolté à la pensée de voir Moïse et Elie relégués dans lombre ou placés au second plan. — 2° Le Sauveur voulait faire sentir à ceux qui l’accompagnaient le dessein qu’il avait en les rendant témoins de ce mystère, et la liaison qui existe dans la vie chrétienne entre la souffrance et la glorification. 3° [Il pensait qu'après sa résurrection leur témoignage ne semblerait plus douteux, parce qu’on n’aurait aucun intérêt à supposer ce prodige et qu’il perdrait son invraisemblance, la gloire qui entoure son nom étant plus merveilleuse que celle qui rayonna alors de sa personne *. — 4° La meilleure explication est peut-être une raison mystique, celle qui est suggérée par $. Augustin dans la réponse précédente. Jésus-Christ transfiguré entre Moïse et Elie, c’est l'Evangile révélé au monde et attesté par la Loi et les Prophètes. Or, la publication de l'Evangile et sa démonstration par la Loi et les Prophètes ne devaient avoir lieu qu'après la résurrection. C’est alors seulement que la parole du Père éternel, /psum audite, devait être redite à tous et avoir son effet dans le monde.
Quoi qu’il en soit, rien ne montre mieux la sincérité des Apôtres que le témoignage rendu par eux-mêmes de n’avoir parlé de ce fait qu'après la mort de leur Maitre. Des imposteurs se seraient bien gardés d’en convenir *.
1 Cf. Apoc., xx1, 3. — 2 Supra, n. 164, 194. — 3 En effect, tout chrétien ne peut-il pas dire du Verbe incarné ce qu'en ont dit les Apôtres : Vidimus gloriam ejus, gloriam quasi unigeniti a Patre, plenum gratiæ et veritatis. Joan., 1, 14; Speculatores facti illius magnitudinis. [ Pet., 1, 16. Infra, n. 414. — * ]]s n'auraient pas dit non plus qu'ils avaient sommeillé. Luc., 1x, 32.
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