‹ Manuel BibliqueChapitre 89 sur 126 · UT · texte numérisé non relu

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part, mais ma chair animée par mon esprit; ou plus littéralement : c’est l'esprit vivifiant qui lui est uni et qui en fait la vertu. »

Dans tous les cas, il est impossible d’admettre l’interprétation des Calvinistes : « Je n’ai pas voulu parler de manducation proprement dite, ni de ma chair en particulier. Mes paroles doivent s'entendre en un sens métaphorique. Il s’agit de faire un acte de foi, de croire en moi et de reconnaître ma double nature. » Si tel avait été le sens des paroles du Sauveur, tout murmure aurait cessé; aucun schisme n'aurait eu lieu, et S. Pierre n’aurait pas eu à protester de sa foi et de celle des véritables disciples.

321. — Pourquoi Notre Seigneur demande-t-il à ses Apôtres s'ils ne veulent pas le quitter aussi, 68, et pourquoi S. Pierrre répond-il qu’ils ont cru el connu... T0 ?

1° Par ses paroles, Notre Seigneur témoigne qu’il n’a

besoin de personne en son Eglise, qu’il ne veut que des

disciples convaincus et volontaires ‘; et il donne lieu à ses

Apôtres de faire connaître leur foi en sa doctrine et leur dé-

vouement pour sa personne ?.

2° Les paroles de S. Pierre : Credidimus et cognovimus *,

font entendre que l'intelligence ou la connaissance nette et claire des vérités chrétiennes est un fruit de la foi. Elles s'accordent avec celles d’Isaïe, souvent citées par S. Augustin “, d’après l’Italique : Nisi credideritis, non intelhigetis®.

Les Apôtres avaient commencé par croire à la doctrine du

Sauveur sur les preuves miraculeuses qu’il leur avait don-

nées de sa mission; mais ce qu'ils avaient cru d’abord par

simple soumission, en dépit de leurs préjugés, devenait pour eux de jour en jour plus manifeste et plus indubitable °.

4 Matth., x, 9. — 2 II Thess., ur, 2. — 3 Cf. I Joan., 1v, 16. — 4 S. Aug., Epist. cxx, 3. — 5 Isai., vir, 9. Loquitur Petrus Ecclesiæ nomine, ostendens quia, etsi contumax et superba multitudo discedat, Ecclesia tamen a Christo non recedit. Unde scire debes Episcopum in Ecclesia esse et Ecclesiam in Episcopo. S. Cyp., Epist. zxix, 8. — 6 Fide intelligimus. Heb., xt, 3. Quid est fides? Credere quod non vides. Fidei merces est videre quod credis. S. Aug., Serm. xzut, 1. Qui non credide-

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Discussion de Notre Seigneur avec les Juifs sur sa divinité. Joan., vus, 17-58.

328. — Est-ce comme Dieu ou comme Homme-Dieu que Notre Seigneur est la lumière du monde, 12?

En même temps qu’il se dit la fumière du monde, Notre Seigneur se proclame le guide et le modèle par excellence : Qui sequitur me non ambulat in tenebris. Or, c’est par lIncarnation qu’il s’est rendu notre modèle. Gest donc comme Homme-Dieu qu'il se dit la vraie lumière, c’est-à-dire le principe de toute connaissance et de toute vie surnaturelle pour le genre humain, la source de la grâce et de la gloire pour tous les enfants d'Adam, lumen vitæ. Tel est du reste le sens de tous les passages parallèles f.

La fête des Tabernacles ? était destinée à rappeler aux Israëélites le séjour que leurs pères avaient fait dans le désert et les grâces signalées qu’ils y avaient reçues *. Durant l’octave, on habitait sous des tentes; on célébrait le miracle de la source miraculeuse * et celui de la colonne de feu ‘; on en faisait des représentations. C’est à quoi le divin Maître semble faire allusion, quand il dit® qu’il est la véritable source où toutes les âmes peuvent étancher leur soif, la vraie lumière qui doit éclairer le monde et montrer aux hommes leur voie’. On peut remarquer avec quel soin il profite des solennités et des cérémonies religieuses pour prêcher le royaume de Dieu et enseigner sa doctrine.

rit, non experietur, et qui expertus non fuerit, non intelliget. S. Anselm., de fide Trin., 2. C'est ce que les âmes fidèles éprouvent encore dans la fréquentation de la sainte Eucharistie. On commence par l'obscurité de la foi; la lumière vient avec l'amour. Le Sauveur ne cesse pas de se manifester dans la fraction du pain, et les vrais croyants s'étonnent des témoignages qu’il leur donne de sa présence et de sa vertu. Cf. Brev., 14 juill., lect. vi, Vie de S. Odon, 4 juill.; de M. Vianney, 1. 11, ch. 3; 1. 1v, ch. 14, Miracle des Billettes, 1306, et des SS. Gervais et Protais, à Paris, 12714, de Bruxelles, 1369, de Faverney, 1608, etc. Migne, Dictionn. de myst. chrét., Eucharistie, Hosties, Attraction, etc. Infra, n.693.

1 Joan ,1, 9;1n1, 19 ; 1x, 5; xux, 46. Cf. Matth , v, 14; x1, 21. — 2? Joan., Va CO ON, Ex, EL Num x = /Exod IV 300 6 Joan., vir,,87, — 11 Joan., van, 12. — 8 Cf. Joan., 1, 13; vw, 15 vr, 4; VI, 12 40, 4450x 22; ur, ete.

* 329. — Pourquoi les Juifs demandent-ils au Sauveur où est son Père, 19, et qu'annonce-t-il en disant qu'ils mourront dans leur péché, 21 ?

1° Les Juifs demandent au Sauveur où est son Père, parce

qu'ils ne voient en lui qu’un homme, ou bien ils parlent

ainsi pour l’humilier, en affectant d'ignorer son origine divine. La réponse qu’il leur fait : Si me sciretis, et Patrem meum sciretis, implique sa divinité, puisqu'elle suppose, entre lui et son Père, identité de nature‘.

2° Quand il dit: /n peccato vestro moriemini, 21, il les considère comme nation, et il entend qu’ils périront pour l'avoir crucifié ; ou bien il ne s’adresse qu’à ceux de ses auditeurs qui s’obstineraient dans leur incrédulité, 24 ?.

330. — Comment faut-il traduire ces mots : Principium qui el loquor vobis, 25?

Ceux qui s’attachent à la Vulgate traduisent : « Je suis le principe de tout, » c’est-à-dire l’auteur et le commencement des choses #. Ceux qui suivent le grec traduisent : « Depuis le commencement, je suis ce que je vous dis : À principio sum quod dico »; ou bien: « Je suis ce que je vous dis depuis le début de mon ministère : Ego sum quod et loquor… «a principio» ; où plus simplement encore : «Je suis réellement, uniquement ce que je vous dis être, la lumière du monde » ; les mots tv apyrv, rendus par principium, ne pouvant être employés qu'adverbialement, pour xata tv apynv, dans le sens de «& principio, de principio, ou bien, omino prorsus ; et ot ne pouvant se rapporter qu’à toute, sous entendu après Ce

L'auteur de la Vulgate paraît avoir Iu octte au lieu de o w, Sil a Ju o7, il aura traduit par quia, dont les copistes auront fait qu. |

1 Cf. Joan., x1v, 19. — 2 Cf. Act., 1v, 12. — 3 L'auteur de le Vulgate aura vu ou soupçonné une allusion aux passages de l'Ecriture où le Verbe est appelé principe. Prov., vu, 22 (Cf. S. Justin., Dial, 61; Tert., Adv. Prax.,"1}5 Ps: c1x, 8; Apoc., x, 1; 11,1, 8; xxr, 6. — * Cependant S. Chrysostome donnant à ces mots o tt Xzlw vuv, un sens interrogatif, entend : « Que vous dirai-je encore? À quoi bon plus de paroles? »

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331. — Quel est le Fils qui vit en liberté dans la maison de son Père, et de quelle servitude affranchit-il ses disciples, 35, 36?

1° Ce fils dont Notre Seigneur parle au verset 35, c’est lui-même, impeccable par nature, et libre au milieu des morts, C’est lui seul, mais lui tout entier, avec ses membres vivants; car ils participent à ses privilèges ?.

2° La servitude dont il délivre ses disciples, en les éclairant de ses lumières, c’est celle de la loi, de l’erreur et du péché, 32-34. Celle du péché est la plus terrible, même dès cette vie. Elle dégrade entièrement l’âme et finit par attirer sur elle la colère et les châtiments éternels de Dieu *. Les Juifs ne songeaient qu’à la liberté civile et politique; mais la liberté des enfants de Dieu est d’un ordre et d’un prix infiniment supérieurs". Elle fait qu’on n’est plus assujetti qu’au seul véritable Maître, à celui qui veut nous associer à sa puissance et à sa gloire dans l’éternité. « En parlant ici de lui-même, 36, Notre Seigneur fait allusion à l’histoire d’Isaac et d’Ismaël, 35 ; et les Juifs n’ont pas de peine à comprendre Ÿ. »

* 332. — Dans quel sens le mot f/s est-il pris dans les versets 39-447

Le mot fils est pris ici dans un sens métaphorique. Chez les Hébreux, tout rapport de cause à effet, de principe à conséquence, de maître à disciple, était rendu par l’idée de production, de génération f. On disait : enfants des prophètes, pour disciples ou serviteurs des prophètes 7. On tenait la ressemblance des instincts et des dispositions pour

1 Ps. Lxxxvir, 6. — 2 Joan., xvu, 24; Eph., n, 6. — 3 Cf. Rom., v, 20, 21; vi, 16-23; vur, 1; Gal., 1v, 21-34, — * Erit voluntas libera, si fuerit pia. Eris liber, si fucris servus; liber peccati, servus justitiæ. Prima libertas est carere criminibns. S. Aug., In Joan., xix, 8, 9. — 5 Cf, Rom., vi, 13; Gal., 1v, 22-31. — 6 On trouve dans l'Evangile : les fils du diable, Joan., vit, #1, 44, les fils du royaume, Matth., x, 38; vin, 12, les fils de ce monde, Marc., 11, 11; Luc., xx, 34, les fils de la géhenne, Matth,, xxin, 15, les fils de la lumière, Luc., XVI, 8; Joan., xu, 36, les fils de la résurrection, Luc., xx, 36, les fils de la paix, Luc. x, 6, les fils de l'époux, Matt., 1x, 15 ; Marc., «1, 19, etc. — 7 IV Reg., 1V, 38, et Supra, n. 38.

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un indice de l'identité des races. « Vous avez les goûts, la malice, la ruse du démon ; vous êtes donc de sa famille; il est votre père; c’est lui qui vous a formés‘. Vous avez une conduite opposée à celle d’Abraham : ne me dites donc pas que vous êtes ses enfants. Ceux-là seuls qui pratiquent la vertu peuvent se vanter d’être les enfants d’un homme vertueux ?. » Quand Notre Seigneur ajoute que le démon est menteur et homicide dès l’origine, 44, il fait allusion à la tentation du paradis terrestre, et au châtiment comme à la chute de nos premiers patents.

333. — Le mot par lequel le Sauveur termine son discours : Antequam Abraham fieret, ego sum, 58, ne suppose-t-il pas sa divinité?

En disant qu'il existait avant-de venir en ce monde à, le Sauveur affirme clairement qu'il a une autre nature que sa nature humaine, ou que sa personne est antérieure à son humanité. En disant qu’il était avant qu'Abraham fût, ou plutôt avant qu’il naquit : [lot Afpzap yeveodar, eyuw eu #, il fait comprendre de plus qu’il n’a pas reçu l'existence, comme ce patriarche, mais qu’il la possède essentiellement, éternellement; par conséquent qu’il n’est pas une simple créature, mais l’Etre souverain et infini, Celui qui peut dire dans tous les temps : « Je suis » : Ego sum qui sum *.

Cette conséquence n'échappe point à ses auditeurs; car S. Jean rapporte qu'après cette parole du Sauveur comme après celle qu’il relève un peu plus loin : Ego et Pater unum sumus ‘, ils prennent des pierres pour le lapider *. Dans un cas comme dans l’autre, nous pouvons dire avec $. Augustin : Ecce Judæi intellexerunt quod non intelligunt Ariani ‘.

Comme ils avaient gardé le souvenir de la création et de

1 Cf, Matth., x, 1; v, 9, 44; I Joan., 1x, 8, 12. — 2 Cf. Phil., rx, 5. Infra, n. 464. — 3 Cf. Joan., vur, 51, 52; x1v, 19. — # Cf. Joan., xvu, 5, 24. Non dixit : Antequam Abraham csset, ego eram; neque : Antequam Abraham fieret, ego factus sum; sed : Antequam Abraham fieret, ego sum. Agnoscite Creatorem; discernite creaturam. Qui loquebatur, semen Abrahæ factas erat; sed ut Abraham fieret, ante Abraham ipse erat. S. Aug., In Joan., xuur, 11. — 5 Exod.,nr , 14; Ps. LxxxIx, 2. — 6 Joan., x, 30. — 7 Cf, Lev., xx1v, 14. — 8 In Joan., xLvin, 8.

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la religion primitive, les Juifs étaient pénétrés d’un profond respect pour l'antiquité. De là la haute idée qu’ils avaient de leurs ancêtres et la vénération que leur inspiraient les patriarches. Un des défauts qui les choquaient le plus dans l'Evangile et dans Notre Seigneur, c'était la nouveauté. Ils ne pouvaient souffrir qu’on leur donnât la préférence sur une institution qui remontait à l’origine des siècles, sur des hommes qui avaient conversé avec les anges et avec Dieu même. S. Jean, qui sentait la force de ce préjugé, ne néglige aucune occasion de le combattre. Il ne manque jamais de signaler les paroles et les faits propres à faire ressortir cette vérité, que sous le rapport de l’antiquité, comme sous celui de la grandeur et de la sainteté, rien ne peut être mis en comparaison avec le Fils de Dieu ni avec son œuvre ‘.

Autre discussion sur le même sujet, Joan., x, 22-42.

* 334. — A quelle époque remontait la fête de la Dédicace, 22, et quel était le portique de Salomon, 23?

1° La fête de la Dédicace remontait à l’an 16%, où Judas Machabée, ayant délivré Jérusalem, avait brisé l’idole de Jupiter Olympien, placée dans le sanctuaire, et purifié le temple des profanations commises trois ans auparavant par Antiochus Epiphane?. Elle durait huit jours et se célébrait à l'entrée de hiver, comme $. Jean en fait la remarque pour ses lecteurs, étrangers à la Judée.

2° La galerie couverte où se promenait Notre Seigneur s'appelait portique de Salomon, parce qu’elle était bâtie sur une terrasse élevée par Salomon. Peut-être y voyait-on encore quelques restes de l’ancien temple $. On découvrait de

1 Cf. Joan.,r, 1, 45, 27, 30; xnr, 41; xvir, 5, 24; 1 Joan., 1, 4; Apoc., 1, 14, 17; xun, 8; xxu1, 13. Item Eph., x, 14; Col., x, 45-11; IT Tim., 1, 9; Heb.,1, 192; v, 10; vu, 3; xnr, 8; EŒuseb., H.,EÆ;, 1, 24; S'Aüg, de Civ. Dei, xvin, 31-41. Les premiers Pères font de même : O Christum et in novis veterem! Tert., Adv. Murc.,1v, 21. — 2 Eyxa@ux, I Mac., 1V, 36, 52-59; IT Mach., x, 1, 5-8. Brev., Fer. 1v. Passion. lect. 1. Cf.

Joseph., À., XIT, vu, 6 et 7. — 3 III Reg., vi, 3; [I Par., m1, 4. Cf. Joseph., A4, XXI

là la colline des Oliviers et toute la vallée du Cédron. Le Sauveur et les Apôtres s’y tenaient de préférence, parce qu’elle était ouverte aux Gentils aussi bien qu'aux Juifs ‘.

335. — Pourquoi les Juifs pressent-ils Notre Seigneur de leur déclarer s’il est véritablement le Messie, 24?

Quand les ennemis du Sauveur le pressent de déclarer s’il est le Messie, c’est par malice qu’ils le font, afin de le rendre odieux aux Romains, en disant qu’il aspire à la royauté ?: car les infidèles prenaient ce nom de Messie dans le sens des Juifs les plus terrestres, et non dans celui des prophètes #. Mais Notre Seigneur ne veut pas s’attribuer nettement cette qualité de roi jusqu’au moment de sa passion, où il montrera que sa royauté n’est pas de ce monde, en même temps qu’il versera son sang pour en soutenir la réalité et pour nous mériter la possession de son royaume *.

336. — Ces paroles : Ego et Pater, o Iurnp, unus sumus, 30, peuventelles s'entendre d'une simple union morale ?

S'il n’avait pas été certain que ces paroles signifiaient autre chose qu’une union morale, ou une conformité de volontés, les Juifs n’auraient pas pris aussitôt des pierres pour lapider le Sauveur, 31; ils ne lui auraient pas reproché de se faire Dieu, 33 5. Aussi le sens est-il manifeste, et ces mots ont-ils toujours été regardés comme la formule la plus précise de la consubstantialité du Père et du Fils. Notre Seigneur dit que le Père et le Fils, tout en étant des personnes distinctes, suimus, sont néanmoins une même chose, ev, wnum, et non ete, unus $; qu'ils sont un même Dieu, qu’ils ont une même nature, une nature identique, la nature divine ne pouvant

OPA nn AL ov, 12 EC TA TOane VrmMs e 2 ACT-tLuc:, xx, 66. — 3 Supra, n.18. Infra, n. 601. — # Matth., xvr, 20; xxvi, 63, 64. — 5 Cf. Joan., x1v, 9-12 ; I Cor., vi, 171; Phil., 11, 6, 7. Si voluntas unum esse cos faceret, Dominus ita precaretur : Pater, sicut nos unum volumus, ita et illi unum velint, ut unum per concordiam simus omnes. S. Hilar., de Trinit., vit, 11. — 6 Comme aux Galates, 111, 28, où il s’agit des chrétiens incorporés à Jésus-Christ et ne faisant plus avec lui qu’une seule personne morale. Cf. Apoc., xx1, 1, 3.

être qu’une, en nombre comme en espèce ‘. Le mot unum confond les Ariens, dit S. Augustin, et le pluriel swmus réfute les Sabelliens *.

3317. — Le Sauveur ne se défend-il pas de se faire Dieu ou de se dire le propre Fils de Dieu, 35, 36?

Le Sauveur se borne à faire aux Juifs, ici comme en d’autres occasions semblables #, un argument ad hominem, qui les déconcerte et les désarme. Sans revenir sur ses paroles : Qu'il ne fait qu'un avec son Père, sans les adoucir comme sans y insister, il se borne à dire que le grief qu’on invoque n’est pas une raison pour le lapider * ou pour laccuser de blasphème, 36; que l’Ecriture même, dont on s’arme contre lui, donnant le nom de Dieu à des hommes imparfaits et sujets au péché”, pour ce seul motif qu'ils sont revêtus de l’autorité divine ou honorës des communications du ciel, 25, ce ne peut être un crime de se l’attribuer, quand on à pour Père le Dieu du ciel, qu’on a été sanctifié par lui-même d’une manière incomparable $ et envoyé sur la terre pour accomplir ses desseins : Si per sermonem Dei fiunt homines du, unde participant non est Deus ? Si lumina illuminata dii sunt, lumen quod illuminat non est Deus? Si vos deos facit sermo Dei, quomodo non est Deus Verbum Dei? Tel est le sens de ses paroles, d’après S. Augustin *. Le divin Maître conclut du petit au grand, du fini à l'infini. Puis il confirme d’une manière positive et très claire, bien qu'indirecte, ce qu’il a dit de sa divinité, en se plaignant, non qu'on interprète mal ses paroles, mais qu’on refuse d’y croire, et en répétant qu’il est en son Père, et que son Père est en lui, 38, c’est-à-dire que son Père et lui ne sont qu’une seule et même substance. Si le mot n’y est pas, l’idée y est

1 Joan., x1v, 1-9, — 2? Sumus, non diceret de uno; sed et unum non diceret de diverso. S. Aug., In Joan., xxxvi. Cf. Lxxvur, 2. Deo ex Deo nato, nec eumdem nativitas patitur esse, nec aliud. $. Hilar., de Trinit., 1. — 3 Cf. Matth., 1x, 15; xx1, 25; xx1r, 20-22; Joan., vir, 49-93; vnnt, 1; 02-50 MT oan x, DSL CPV 59 MA CET, Tv 585 xx aile XAIT, 12. — 5 Ps, Lxxx1, 6. Cf. Exod., vur, 1, — 6 Cf. Jer.…., 1, 5; Luc., 1, 35, Cf. S. Thom., p. 3, q. 34, a. 2, — 7 In Joan., xzvim, 9.

évidemment. Elle y est, non seulement énoncée, mais répétée ‘. Aussi, loin de s’adoucir à son égard, ses ennemis cherchent-ils à s'emparer de sa personne ; et lui, de son côté, s’empresse de se soustraire à leurs poursuites ?.

Discours après la Cène. xiv-xvir.

338. — Ce discours ne mérite-t-il pas une estime et une attention particulières ?

Pour sentir l'importance de ce discours, il y a trois choses

à remarquer :

4° Le moment.— Notre Seigneur est à la veille de sa mort, tout près d'entrer dans la carrière de sa Passion. Il sort du Cénacle, où il vient d’instituer l’eucharistie et le sacerdoce pour donner à son Eglise un culte et des ministres dignes de lui. Emu des grandes choses qu’il a faites et de celles qui lui restent à faire, il s'arrête pour épancher ses sentiments et exprimer une dernière fois ses pensées.

2% Les auditeurs. Ce n’est plus à la foule que le divin Maître s'adresse, ni à des auditeurs suspects, à peine initiés à sa doctrine : c’est à ses Apôtres, c’est-à-dire à l’élite de ses disciples, à des hommes qu’il a appelés personnellement à sa suite, qui ont écouté avec docilité toute sa prédication; à des hommes qu’il vient d'élever au sacerdoce, après les avoir nourris de sa chair et de son sang, et qui doivent désormais lui servir d'organes pour instruire et sanctifier le reste du monde. Quel auditoire plus digne de ses communications et mieux disposé pour les mettre à profit *!

3° Le sujet. — Il ne s’agit pas seulement de quelques maximes ou pratiques particulières. Il s’agit des dogmes les plus essentiels du christianisme, des rapports du Fils avec le Père, du Père et du Fiis avec le Saint-Esprit. Il s’agit surtout de ce qui fait l'essence de la vie chrétienne, de l'union intime et surnaturelle que le Sauveur daigne avoir avec

1 Tanquam in obliquo Dominus Deum se dicit, propter quosdam qui negant Filium Dei Deum esse. S. Aug, in Joan., xLIx. — 2 Cf.S. Thom., p. 1, q. 42, a. 5. — 3 Joan., xv, 13-16; xvr, 25-21.

l'Eglise entière et avec chacun de ses membres ‘; de la dépendance où nous sommes par rapport à son Esprit et à son action ?, des grâces dont il est la source *, et des fruits de salut qui en sont l'effet *.

Ce discours est donc éminemment dogmatique et mystique. Il contient la partie la plus sublime de l’enseignement du Sauveur. Il est à l'Evangile ce que l'Evangile est à la Loi, ce que le sanctuaire est au temple. Entre les discours de S. Jean, il tient le même rang que celui de la montagne parmi ceux de $. Matthieu *.

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