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70 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [no 322 2

condition, la foi, une foi véritable et pratique, et tous les hommes sont appelés à la foi. Dieu veut les instruire et les éclairer tous, et si un grand nombre de Juifs restent sourds à sa voix, un plus grand nombre de Gentils recevront sa parole et répondront à sa grâce *.

3° La manne n’était qu’un aliment corporel et elle ne soutenait le corps que peu de temps *. Le pain que le Sauveur veut donner est un aliment surnaturel dont l'effet doit toujours durer ÿ. Il satisfait à tous nos besoins *. Il donne à l’âme et au corps une vie pleine, parfaite, immortelle ÿ; il est un germe de résurrection aussi bien que de béatitude 6.

Si l’on trouve ces pensées moins distinctes et moins nettes en $. Jean qu’elles ne le sont ici, cela vient surtout de ce que Notre Seigneur veut insister sur les plus importantes, et qu'il est forcé de répéter à plusieurs reprises ce qui est contesté où mal compris.

* 322, — Dans quel sens faut-il entendre que Jésus-Christ est le pain de vie, 35, — que celui qui le mange ne mourra jamais, 50, 52, — que celui qui croit en lui aura La vie élernelle, 40?

L° Il est le pain de vie, o aptoc trs Cwns ‘, en ce sens qu’il communique à ceux qui le reçoivent la vie véritable et parfaite, celle de la grâce et de la gloire. C’est dans l’Eucharistie surtout qu’il peut dire : Ego vivo et vos vivetis *.

2° Ceux qui usent, comme ils doivent *, de ce divin aliment s’assimilent ce qu'il contient, ce qu’il porte avec lui, la vie surnaturelle, la vie divine, source de tout mérite, de toute perfection et de toute béatitude ". Sur ce point, l’expérience n’ajoute-t-elle pas son témoignage à celui de la foi ?

1 vi, 37, 39, 44, 45. Sur ce sujet de la substitution des Gentils aux Juifs, S. Jean est plus exprès encore que $. Paul. On voit qu'il a écrit plus tard. — ? vi, 21, 49. — 3 vr, 217, 50, 52, 58. — 4 vr, 35. — 5 \vr, 49, 50. — 6 vr, 39, 40, 55, 59. Le dogme de l'Eucharistie est intimement lié à celui de la résurrection, soit parce qu'il suppose le corps du Sauveur ressuscité, soit parce que Notre Seigneur témoigne par là vouloir nous associer à sa gloire comme à sa vie, — 7 vi, 48. Cf. 51, — 8 va, xIV, 19. C£. xv, 1, 5. — 9 Cf. Joan., vi, 59 et Act., 11, 21, — 10 Joan., Yi, D2, 9.

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3° Quiconque croit au Fils de Dieu d’une foi véritable, pleine, conséquente, parfaite, est par là même justifié. Sa foi l’anime et le sanctifie. Ce que le soleil fait dans la nature, cette foi le fait dans son âme. Elle léclaire, elle l’échauffe, elle la féconde. Avec la lumière, elle y répand la charité, la grâce sanctifiante, la véritable vie, la vie de Dieu qui ne doit pas finir *. La chair du Sauveur est l’aliment de cette vie : elle laccroît et la fortifie. Il n’y a donc de perdus que ceux qui n’ont jamais cru comme il faut, ou qui ont cessé

- de croire ainsi ?.

* 323. — Ce verset : Nisi manducaverilis carnem.…. el biberilis sanguinem, 44, ne suppose-t-il pas que la communion sous les deux espèces est de nécessité de moyen?

1° Cette parole de Notre Seigneur n'implique pas la nécessité de communier sous les deux espèces ; car la chair et le sang du Sauveur se trouvant sous chaque espèce, il suffit d’en recevoir une pour recevoir en réalité ce corps et ce sang ?. Il est certain d’ailleurs que le mot ef est souvent employé par les écrivains sacrés dans un sens disjonctif *.

2° On ne peut pas en conclure davantage que la communion, même sous une espèce, est de nécessité de moyen. Car le Sauveur n’adresse son discours qu’à ceux qui sont capables de l’entendre et sujets à des préceptes positifs : il n’a donc pas en vue les enfants. D'ailleurs, il suffit de rapprocher ce verset d’autres paroles du divin Maître pour voir que l’Eucharistie, si précieuse qu’elle soit pour le salut, si nécessaire qu’elle puisse ètre pour se sanctifier, n’est cependant pas l'unique moyen de salut, ni une condition absolument essentielle pour arriver au ciel *.

Il n’en résulte pas moins que, selon les lois établies de

1 Gratia Spiritus sancti quam in præsenti habemus, etsi non sit æqualis gloriæ in actu, est tamen æqualis in virtute, sicut semen arborum, : : A 7 G in quo est virtus ad totam arborem, S. Thom., 12-22 , q. 114, a. 3, ad 3, 20 Cf: Marc, xvi,16%2%uc.; 07, 453%vnr,, 48; Joan., v, 24; x1, 26; VI 3 UACt., XDBLOOMEVE SH ROME Sn 225M1V,08,-22% x, 4-16; Phil 11, 9; Heb., 1v, 3; I Petit, ; 6. — 3 Joan., vi, 52, 59; I Cor., x1, 27. — 4 Exod., xx1, 31, 32; Act., 11, 6. — 5 Marc., xvi, 16.

472 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [n° 324 Dieu, toute vie a besoin, pour s’entretenir, d’un aliment en rapport avec sa nature. À la vie du corps il faut un aliment corporel, à la vie de l'esprit un aliment spirituel, et à la vie de l’Ââme, à sa vie surnaturelle et divine, un aliment surnaturel et divin.

324. — Comment s'explique ce verset : Sicut misit me vivens Paler et ego vivo propler Palrem, el qui manducat me el ipse vivel propler me, vi, 58?

Le mot da, propter, au verset 58, a le même sens que par, en vertu de. Il indique non le but ou l’objet, mais le principe de la vie de Jésus-Christ et des fidèles, sa cause efficiente. « Comme je tire ma vie du sein de mon Père, ainsi celui qui se nourrira de moi, o tpwlwy me, tirera sa vie de moi ‘. » Ce raisonnement suppose encore que la chair de Jésus-Christ est aussi réellement dans celui qui communie que la nature divine du Père est dans le Fils. « Comme je reçois à chaque instant de mon principe tout ce que j'ai de vie, comme l'être qu’il me donne, loin de me séparer de lui, m'unit à lui substantiellement et me fait vivre de sa vie, ainsi en sera-t-il par rapport à moi de celui qui m’aura reçu. » La parité n’est pas complète assurément. Le Fils reçoit la vie du Père en plénitude, c’est-à-dire sans mesure, en tant que Verbe, et il y participe en tant qu'homme, dans une mesure proportionnée à sa dignité souveraine; tandis que le fidèle qui communie ne participe à la vie du Fils que suivant sa capacité et ses dispositions, dans un degré trèsinférieur, par conséquent. Cela suffit néanmoins pour donner à la communion une vertu et un prix infinis. Chaque fois qu'entre deux êtres vivants il s’établit une union intime, comme celle d’un arbre avec sa greffe, cette union donne lieu à des fruits nouveaux, absolument supérieurs à la moindre des deux natures. Dès lors on conçoit ce que doit

1 C£. Rom., vu, 11,31; Phil., 1, 45; Apoc., xu, 11. Proprius effectus hujus Sacramenti est conversio hominis in Christum, ut dicat cum Apostolo : Vivo jam non ego, vivit vero in me Christus. S. Thom., 7x 1v Sent., us ONU ame,

produire une semblable union entre Dieu et l’homme. Ce ne sont pas seulement des fruits meilleurs; ce sont des fruits d’un autre ordre, des fruits surnaturels, divins comme le plus excellent des deux principes, des merveilles de grâce, de vertus et de gloire éternelle {.

325. — Que signifient ces mots : Si ergo viderilis Filium hominis ascendentem, etc., 63?

Cette proposition est à la fois interrogative et elliptique. Les interprètes la complètent de diverses manières. Selon les uns, la pensée sous-entendue est celle-ci : Après mon Ascension, ne reconnaitrez-vous pas que je suis descendu du ciel, que je suis l'organe de mon Père et que vous devez croire à toutes mes paroles? Ou bien : Ne comprendrez-vous pas qu'il s’agit d'autre chose que d’une manducation charnelle, comme vous vous le fiqurez ? Selon les autres, cette pensée serait toute différente : Le mystère de l'Eucharistie, impliquant clairement la multiplication de mon corps et de mon sang, ne vous parditra-t-il pas moins croyable encore après ma disparition de ce monde? Cette dernière interprétation est la plus commune parmi les interprètes modernes, et se lie mieux, ce semble, avec ce qui précède et ce, qui suit. Quoi qu'il en soit, ces paroles du Sauveur montrent qu’il a été bien compris de ses auditeurs. Il ne suppose pas qu’ils manquent d'intelligence, mais bien de docilité. S'ils avaient mal saisi sa pensée, il l’aurait expliquée, comme il fait toujours quand ses paroles donnent lieu à une méprise, par exemple lorsqu'il parle de levain, de régénération, du sommeil de Lazare, de l’aliment dont lui-même se nourrit, de son départ prochain ?.

1In corporali manducatione, manducans convertit in se cibum, quia dignior et nobilior est cibo; in spirituali est e contrario, quia cibus est nobis dignior et perfectior et completior. [deo potius in ipsum mutamur et incorporamur quam e converso. S. Bonav., In 1v Sent., dist. 9. a. 4, q. 2, ad 3. S. Thom., Opusc., vint, 20. Cf. Joan., xv, 4-8; xvir, 2. Eph., v, 31. — 2? Matth., xvi, 8-12; Joan., 1x, 3-5; 1v, 32-34; vur, 32-84; x1, 11-14; xvi, 16-19, 29.

326. — Comment expliquer cette parole : Caro non polest quidquam, et ces autres : Verba quæ ego locutlus sum, spiritus et vila sunt, 64?

4° On explique de diverses manières cette parole de Notre Seigneur : « La chair ne sert de rien. » Le sens charnel ne saurait rien entendre en ce mystère; la foi, ou l’esprit humain éclairé par celui de Dieu, peut seul le concevoir et l’accepter ‘. » « La chair, à elle seule, fût-ce celle du Fils de l’homme, ne peut rien, pas même donner la vie naturelle, qui a Pesprit pour principe. » « Ge qui est salutaire et vivifiant, ce n’est pas précisément de recevoir la chair de Jésus-Christ, c’est de participer par ce moyen à son esprit et d’être uni par là à sa divinité ?. » Ces interprétations n’ont rien dont les hérétiques puissent se prévaloir ; er elles n’impliquent aucune concession du divin Maître à l’incrédulité qui murmure de ses paroles Ÿ.

2° Les derniers mots du verset sont en rapport avec ceux qui précèdent. — Si l’on entend par caro le sens charnel, les idées grossières des esprits terrestres, tels qu'étaient les Capharnaïtes, la pensée de Notre Seigneur ne différera pas de celle de $. Paul, quand il dit aux Corinthiens : Animalis homo non percipit...: spiritualis autem judicat omnia *. I faut s'élever au-dessus des sens, et tenir compte de la sagesse et de la puissance du divin Maître pour la réalisation de ses promesses. — Si caro signifie la chair du Sauveur, séparée de sa divinité, les mots : Verba que ego locutus sum... signifieront : « Ce dont j'ai parlé, ce n’est pas ma chair, prise à

1 Matth., xxvi, 41; Joan., 1, 6; Rom., vix, 5, 6; vin, 1-4; I Cor., V, 5. — ? Joan., 11, 6; I Pet., r1, 18. Domine, quomodo caro non prodest quidquam, cum tu dixeris : Nisi quis manducaveril carnem meam, non habebit vilam? — Non prodest quidquam, sed quomodo illi intellexerunt, quomodo in cadavyere dilaniatur : non quomodo spiritu vegetatur. Dictum est : Caro non prodest quidquam, quomodo dictum est : Scientia inflat. Quid est : Scienlia inflal? Sola, sine caritate; ideo addit: caritas vero ædificat. Sic etiam nunc caro non prodest quidquam, sed sola caro. Accedat Spiritus ad carnem et prodest plurimum. S. Aug, In Joan., xxvu1, 5. Item, littera occidit, spiritus autem vivificat. Accedat spiritus; adjnvet et fit quod jubetur. Serm. aux, 6. —3 Joan., vi, 65, 61. — # I Cor., 1, 145 II Cor., rx, 6.

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