PRÉLUDE
Dialogue du Sauveur avec les Apôtres, x1v.
340. — Comment Notre Seigneur est-il /a voie, la vérité, et la vie, 62
Etant homme et Dieu tout ensemble, Notre Seigneur est à
1 Joan., x1v, 6, 19, 21, 23; xv, 1, 4; xvur, 23. — 2 Joan., xiv, 16 18; XV, 5, 13. — 3 Joan., xv, 16; xvi, 14; xvir, 19, 22. — # Joan., xv, 2, 5, 1, 20. — 5 CF. Deut., xxvi-xxxin. — 6 Voir sur tout ce discours :
S. Aug., In Joan., cvr-axt. Cf. Duguet, Traité de la Croix.
la fois médiateur et fin. Il possède tout ce qui nous manque, la gloire comme la grâce; et son office propre est de nous mettre en possession de tous les biens. Ainsi il est :
1° La voie ; puisqu'il nous offre le moyen de parvenir au ciel, soit en nous dirigeant par sa doctrine et ses exemples, soit en nous attirant par sa grâce, soit en nous y introduisant par ses mérites.
2 La vérité. Vérité absolue comme Verbe, il est devenu pour nous, comme Verbe incarné, la vérité révélée, la lumière de la foi. C'est lui seul qui connaît le Père, qui le fait connaitre et qui peut mener à lui *.
3° La vie. Nie essentielle et infinie, comme Dieu, il est notre vie surnaturelle, comme Homme-Dieu ; car il possède en son humanité la plénitude de la vie divine, et son buten venant parmi nous est de nous y associer, par sa grâce d’abord et par la gloire ensuite ?.
Tous les biens sont donc réunis en sa personne et il n’y à rien à chercher hors de lui. Quand on le possède, on échappe à tous les périls, aux précipices, aux ténèbres, à la mort fa Qu'on juge quelle grâce c’est de le bien connaître et pourquoi l’'Apôtre ne voulait pas d’autre science *.
341. — Si les œuvres des Apôtres surpassent celles du Sauveur, 12, comment celles-ci prouvent-elles sa divinité ?
Pour être moins éclatantes que ne furent parfois celles des Apôtres et de bien d’autres saints, les œuvres du Sauveur ne laissaient pas de prouver sa divinité; et cela de plusieurs manières : — 1° Parce qu’il les faisait pour établir cette vérité, et qu’illes donnait pour des démonstrations. Or, sans avoir l'éclat de certains prodiges opérés après lui*, elles
1 Matth, xr, 27; Joan., 1, 9, 17; x1v, 9. — ? Joan., 1, 16; v, 40 ; x1, 25. Act., 11, 15; Uol., 1, 4. Sola intelligitur vita quæ beata quæ autem non beata, nec vita. S. Aug., Serm. accvi, 6. Cf. Apoc., 11, 1. — # Hoc est per me venitur; ad me pervenitur; in me permanetur. S. Aug., de Doct. christ., 1, 38; Imit. Christ., 1, 56. — # I Cor., x, 2; Eph., 1, 14-19. Sequamur, Domine, te, per te, ad te, quia tu es via, veritas, ct vita : via in exemplo, veritas in promisso, vita in præmio. S. Bern., de Ascens., Serm. 11, 6. — 3 Act., v, 5, 15; x, 44; x1x, 6, 12; Rom., XV, AS LS I Cor., x1v, 26-33: I Thess., 1, 5. Cf, Matth., xvur, 19,
n’en étaient pas moins des œuvres surhumaines et de véritables miracles. — 2° Parce que les miracles que faisait Notre Seigneur, il les faisait en son nom, par une puissance propre et personnelle, bien qu’en union avec les deux autres personnes divines ‘. Ils supposaient donc en lui un pouvoir absolu, et, par conséquent, ils prouvaient sa divinité, indépendamment de toute affirmation de sa part. — 3° Parce que les œuvres même des Apôtres appartenaient au Sauveur, en ce sens qu’ils ne les faisaient que par lui, en son nom et en sa vertu, qu’il leur avait donné le pouvoir de les faire ?. Procédant de la même puissance, elles confirmaient la même doctrine *. Jésus-Christ paraît même d'autant plus grand qu’il lui est indifférent d’agir par lui-même ou par ses organes, et qu’il ne témoigne aucun souci de léclat extérieur *:
* 342. — Est-ce à tous les fidèles ou aux Apôtres seulement que le Sauveur promet d'exaucer toutes les prières qu'ils adresseraient à son Père, 13?
Quoique le Sauveur s’adresse directement aux Apôtres, sa promesse s'étend à tous les chrétiens; mais il faut remarquer qu'il ne promet d’exaucer que les prières qui seront faites en son nom. Il fait cette réserve expressément et à deux reprises, 13, 14. Qu'est-ce donc que prier en son nom, et quand peut-on prier autrement?
Prier au nom de Jésus-Christ, c’est demander les grâces dont on à besoin pour répondre à ses desseins, et les demander comme fruit de ses mérites, en se fondant sur ses promesses. Si l’on prie ainsi, quelque grâce qu’on demande,
1 Supra, n. 239. — ? Matth., x, 8; Marc., xv, 11. — 3 Act., mr, 12, 46; XIV, 12-17. Ad vocoem Domini surrexerunt mortui : ad umbram transeuntis Petri surrexit mortuus. Majus hoc videtur quam ïillud. Sed Christus facere sine Petro poterat; Petrus nisi in Christo non poterat. S. Aug., in Ps. cxxx, n. 6. Cf. S. Thom., p. 3, q. 43, a. 4, ad 2; Bossuet, Méditations, la Cène, 1re part., Lxxxvur. — # [1] faut d'ailleurs distinguer, selon 5. Augustin, des œuvres du Sauveur les mystères de sa vie : Aliquid proprium facere debuit : nasci de virgine, resurgere a mortuis, cœlum ascendere. Hoc Deo qui parum putat, quid plus expectet ignoro. Epistl, cxxxvu, 13.
fût-elle miraculeuse, il est certain qu’on l’obtiendra. C’est ainsi que les Apôtres ont demandé et obtenu tous les prodiges qui ont signalé leur ministère : c’est ainsi que les justes obtiennent tous les jours de nouvelles grâces pour persévérer dans la vertu et faire des progrès dans la perfection. Notre Seigneur nous a mérité ces grâces et il veut que nous les recevions, à la seule condition de les réclamer en son nom ‘.
Mais si l’on prie autrement, c’est-à-dire si l’on manque de confiance en Notre Seigneur, ou bien si l’on demande des choses qui ne serviraient pas à l’accomplissement de ses desseins et qu’il n’a pu avoir intention de nous mériter, on ne peut pas dire qu’on prie en son nom et l’on n’a pas droit de rien attendre du ciel. Il ne faut donc pas s’étonner de n’être pas toujours exaucé, et surtout de ne l’être pas toujours à l’instant même et de la manière qu’on le désire ; car lors même que nous croyons prier le mieux, il arrive souvent ou que l’objet de nos prières est contraire à nos vrais intérêts, ou que nous sommes disposés à en abuser, si précieux qu’il soit, ou qu’il nous deviendra plus utile si nous l’attendons quelque temps, ou enfin qu'il nous importe moins qu'une autre chose dont Dieu veut bien nous gratifier ?.
Au reste, l'efficacité de la prière n’a pas d'autre durée que
1 Deus ad hoc se peti vult ut capaces donorum ejus fiant qui petunt, Non dat nisi petenti, ne det non cupienti. S. Aug., Epist. cxxx, 11. — 2 Ne contristemini quando petitis et non accipitis. Non enim semper ægrum exaudi medicus ad voluntatem, quamvis ejus sine dubio procuret sanitatem. Artis est, non crudelitatis. S. Aug., Serm. GCLXxXxXVI, 5. Petit æger ut quod ad salutem apponit medicus, auferatur. Medicus -dicit : Non mordet, sed sanat. Tu dicis : Tolle quod mordet. Medicus dicit : Non tollo, quia sanat. Non ergo exaudivit Dominus Paulum ad voluntatem, quia exaudivit ad sanitatem. În 1 Joan., vi, T. Qualis cost apud te filius tuus nesciens res bumanas, talis es et tu apud Dominum nesciens res divinas. Ecce ante te filius tuus tota die plorans ut des illi cultrum, id est gladium; negas te dare; non das; contemnis flentem, ne plangas morientem. Ploret, affligat se, collidat se ut leves eum in equum; non facis, quia non potest eum regere; elidet et occidet illum. Cui negas partem, totum illi servas. Serm. Lxxx, 1. Cf. S. Thom., 29-2v, q. 83, a. 15, ad 2,ct a.16; Breviar., Dom. v post. pasc., lect, 8. Supra, 196,
la prière elle-même. Notre Seigneur veut qu'on prie toujours; et ce serait une erreur de penser que pour être assuré du salut, il suffit de l'avoir demandé un seul instant, fût-ce avec les meilleures dispositions.
343. — Si le Sauveur est Dieu comme son Père, comment peut-il dire que son Père est plus grand que lui, 28 ?
C'était la grande objection des Ariens ; mais rien de plus facile à résoudre, puisqu’eux-mêmes reconnaissaient deux natures en Jésus-Christ, et qu’il ne parle ici, évidemment, que de son humanité, en se considérant comme homme. De quoi s'agit-il, en effet? De son retour à son Père, de son Ascension, de la gloire dont il va bientôt jouir : St diligeretis me, gauderetis utique, quia vado od Patrem, quia Pater major me est. C’est bien comme Homme et non comme Dieu qu’il va quitter la terre et monter au ciel. C’est son humanité qui va être glorifiée à la droite de son Père, Pourquoi donc s’étonner de l'entendre dire ici qu'il est inférieur à son Père, lorsqu'on ne s'étonne pas de l’entendre prier, demander, rendre grâces, s’abandonner à la volonté divine ? S. Paul ne nous donne-t-il pas la raison de tous ces actes et de toutes ces dispositions, en disant que le Fils de Dieu, sans abdiquer sa divinité, s’est anéanti jusqu'à prendre la forme d’un esclave !?
Il est vrai qu'un certain nombre de Pères, dans l'Eglise grecque, ont cru pouvoir suivre les Ariens dans l’application qu'ils voulaient faire de ces paroles à la nature divine de Notre Seigneur. Il ont dit que, dans la Trinité même, le Père a sur les deux autres personnes une certaine priorité ou supériorité, vu qu'il en est le principe et qu'il a envoyé son Fils pour nous racheter. Mais, quelle que soit la valeur de leurs explications ou l’obscurité de leur langage, ces docteurs n’ont pas entendu préjudicier au dogme de la divinité du Sauveur, puisqu'ils enseignent, aussi expressément et aussi constamment que les autres, que le Père et le
1! Philip., x, 6, 7.
"N° 345] SA VIE PUBLIQUE. — $ES DISCOURS. 189 Fils ont une même nature, une même puissance et une même souveraineté.
* 344. Que signifient ces mots : Surgile, eamus hinc, 31?
Plusieurs pensent qu'après avoir dit ces mots : Surgite, Notre Seigneur sortit du Cénacle. Dans ce sentiment, il aurait prononcé le reste de son discours en se rendant au jardin de Gethsémani, sur le mont des Oliviers; et les premiers mots du chapitre xvm signifieraient qu'au moment où il terminait sa prière, il sortait de Jérusalem et passait le Cédron ‘. Mais le sentiment le plus commun paraît être qu à la fin du chapitre xiv, le Sauveur ne fit autre chose que se lever de table, et qu'après avoir averti ses disciples de la nécessité de partir bientôt, il ne laissa pas d'achever son discours à l’endroit où il l'avait commencé. Quoi qu’il en soit, nous avons là un moment de suspension et une division dans le discours. Le mot surgite ne doit pas être précédé d’un point, mais d’une virgule.
Corps DU DISCOURS.
lo Vie surnaturelle du Sauveur en ses membres, xv.
* 345. — Pourquoi le Sauveur s'appelle-t-il la vigne véritable, n axn0uwn, À ?
Notre Seigneur dit qu'il est la vigne véritable, pour se distinguer de toute autre : des vignes naturelles ou proprement dites, dont plusieurs supposent qu’il avait un plant sous les yeux ; et des autres vignes mystiques ou de ce qui pouvait recevoir ce nom, en particulier de la Synagogue, représentée sous cette image dans les prophètes et figurée par cet emblème à la porte du temple ?. L’'Homme-Dieu est,
1 Cf. II Reg., xv, 23, 30, 31. — 2? Ps. Lxxix, 9; Is., v, 1; Jer., xIT, 10; Ezech.; xv. Cf. Tacit., H., v, 5; Joseph., 4,, NN D 36 DEV, MEL
490 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [n° 346 d’une manière réelle, parfaite et permanente, ce que ces : vignes pouvaient être d’une manière figurative, imparfaite et transitoire. Bientôt il poussera des rejetons et étendra ses branches jusqu’à couvrir le monde entier, et c’est lui seul qui donnera partout des fruits dignes des bénédictions du ciel *.
Ainsi est-il la vraie lumière, ow$ to axn0tvov ?, le pain véritable, o xptoc o aknbivos *, le ministre du véritable tabernacle, Tns cenvns ns ahn0iwns *, c’est-à-dire le type, la réalisation parfaite de l’idée exprimée par ces termes.
346. — Dans quel but Notre Seigneur a-t-il recours à cette comparaison ?
Notre Seigneur se compare à la vigne et nous compare nous-mêmes aux ceps de la vigne, pour nous faire entendre cette vérité, qui vient naturellement après l'institution de PEucharistie : qu’il est et qu'il sera toujours pour nous Punique principe de la grâce, du mérite, de la vertu et de toute vie surnaturelle.
Quand il s’est agi d'exprimer l’unité et la solidité qu’il voulait donner à son Eglise, ce divin Maître l’a comparée à un édifice bâti sur le roc. Quand son Apôtre voudra faire ressortir l’unité d'esprit qui doit y régner, malgré la variété des fonctions et des ministères, il la comparera à un corps vivant dont le Sauveur serait le chef et tous les chrétiens les membres *. Mais ici la pensée est différente. Le divin Maître veut nous apprendre à quel point nous dépendons de lui pour l'acquisition de la vie surnaturelle, pour son développement et pour son exercice. Or, quelle image plus propre à nous faire concevoir et sentir cette dépendance, que celle d’un arbre et de ses rameaux, c’est-à-dire d’un être vivant, et comme tel indivisible, dont toute l’activité se borne à vivre, à croire, à fructifier $? « Et entre tous les
1 CF. Matth., xxr, 33-43; Gal., v, 19-25, Phil., 1, 6. — 2 Joan., 1, 9. — ë Joan., v1, 32. — # Heb., vi, 2. — 5 Rom., xu, 4, 5; I Cor., x, 12-27; Eph , 1v, 8. C£. S. Thom., p. 3, q. 8, a. 1, 2. — 6 Un terme de comparaison moins populaire, mais aussi juste à beaucoup d'égards, serait lunion d’une mère avec son enfant, tant qu'elle le porte dans son sein.
n° 347] SA VIE PUBLIQUE. — SES DISCOURS. 491 arbres, quel autre répondait mieux à son idée que la vigne, cet arbuste précieux, si souvent nommé dans l’Ecriture !, au cep si humble, au fruit si exquis et si abondant ?, qui a besoin d’être cultivé et taillé, qui demande le grand soleil, dont le fruit doit passer sous le pressoir, dont les rameaux peuvent s'étendre en tous sens et se propager indéfiniment, mais dont le bois séparé du tronc sèche si vite et ne sert plus qu’à alimenter le feu *?
Il est certain que cette comparaison met dans tout son jour ce principe, essentiel pour l'intelligence et la pratique de la vie chrétienne : que Jésus-Christ est la source unique de la grâce; que tout ce que nous en avons dérive de lui, dépend de lui et est à lui plus qu’à nous; qu'entre lui et ses membres vivants ou les âmes justifiées, il y a une liaison réelle, une communication incessante et incessamment active, une union si intime et si constante qu’on pourrait lappeler substantielle, puisqu'elle est analogue à celle que la sève établit entre une tige et ses branches, et qu’elle a pour effet, non pas sans doute de transférer au Sauveur la propriété de nos actes en totalité, mais de faire qu’il la partage avec nous, de sorte qu'ils lui appartiennent autant et plus qu’à nous, et qu’ils deviennent par là surnaturels et surnaturellement méritoires *.
341. — Est-ce comme Dieu ou comme homme que Notre Seigneur se dit la tige de cette vigne dont nous sommes les branches ?
C’est comme Homme-Dieu que Notre Seigneur est la vigne dont nous sommes les branches. Comme Dieu, il a planté celte vigne avec son Père par l’Incarnation; il la cultive, il la fait croître, la taille, la vendange : Agricola estÿ. S'il n’était qu'homme, il ne pourrait ni s'élever ni élever les autres au-dessus de l'humanité. Mais étant Dieu et homme tout ensemble, il possède comme une double source de vie
1 Ps. Lxxix, 9; Eccli., xx1v, 23; Cant., 11, 13; Is., v, 1. — ? Jud., 1x, 13. — 3 Aut in vite, aut in igne, S. Aug., In Joan., zxxxr, 3. Cf. Ezech., xv, 3. — 4 Gal., x, 20. Cf. S. Thom., p. 3, q. 8; q. 23, a. 3. — 5 Joan., VS COr.; ur, 9:
192 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [n° 348 surnaturelle : d’abord la source première et proprement dite dans sa divinité, puis une autre source dérivant de la première dans son humanité. La première seule est infinie. Néanmoins, la seconde, par le rapport qu’elle a avec la première, est intarissable, et tous les membres du Sauveur y peuvent puiser selon leur capacité ”. Jésus-Christ est donc, au centre et au sommet de l'Eglise, comme l’âme supérieure de tous les fidèles, comme un principe de vie surnaturelle pour l’humanité : Factus in spiritum vivificantem ?.
Ainsi, la comparaison de la vigne est vraie dans tous les points. Comme ce n’est pas d'elle-même, mais du dehors, et en partie des influences du ciel que la tige tire la sève qui vivifie ses branches, de même c’est du dehors aussi, c’est de plus haut qu’elle, de la nature divine, que l’humanité de Jésus-Christ tire la vie dont elle nous fait part, afin de nous élever au-dessus de notre condition et de nous faire produire des fruits de salut éternel?. L’Incarnation profite d’abord à l'humanité de Notre Seigneur, puis, par elle, an genre humain tout entier, chaque individu étant appelé à participer aux trésors spirituels qu’elle à fait descendre ici-bas *. Toute âme qui à la vie de la grâce est sous l'influence de ce divin chef; elle participe au fruit de ses mérites et dépend essentiellement de son action.
348, — Que signilie cette recommandation : Manete in me, 4?
Etre en Jésus-Christ, c’est appartenir à son corps mystique et participer à son esprit, comme un de ses membres vivants. Demeurer en Jésus-Christ, c’est donc persévérer en cet état, vivre dans cette société et cette dépendance, agir dans cette union ‘. Quand nous devenons chrétiens, nous
1 Joan., 1, 16; v, 26. Brev., Comm. Mart. lemp. pasce., lect. 1-9. — 2 L Cor., xv, 45. — 3 Sicut spiritus hominis, mediante capite, ad membra vivificanda descendit, sic Spiritus sanctus per Christum venit ad christianos. Hug. a S. Vict. — # Joan., 1, 46. In illo homine et Ecclesia suscepta est a Verbo, quod caro factum est. S. Aug., In Psalm. m1, 9. Noli sponsum a sponsa separaro, quia jam non sunt duo, sed una caro. In Ps, xxxiv. Serm. 11, 1. Cf. S. Thom., p. 3, q. 8. — 5 Cf. Joan., vi, 51; XIV, 16, 23; Rom., v, 5; vu, 10, 11; I Cor., ur, 16; vi, 19; II Cor.,
à PES = £ / <
sommes incorporés au Sauveur par une opération surnatu- relle et mystérieuse, à peu près comme la greffe est insérée
dans l’arbre qu’on veut fertiliser ou dont on désire améliorer les produits : Vivimus succo radicis ælernæ ‘. Cette comparaison est de J’Apôtre ?. Mais Notre Seigneur ne peut pas employer ici cette image, parce que, relativement à son but, il n’y à pas de parité entre la greffe et nous. En se communiquant à la greffe, la sève de l’arbre se transforme et acquiert les propriétés de cette greffe de qualité supérieure; tandis qu'au contraire, en se communiquant à nous, l'Esprit de Notre Seigneur, infiniment plus excellent que le nôtre, conserve sa nature et s’assimile celui que nous possédons. Ainsi, Jésus-Christ est en nous par sa grâce plus encore que nous ne sommes en lui *. Son union avec nous est d'autant plus intime et d'autant plus féconde que nous secondons davantage Pinfusion de son Esprit par nos aspirations, et ses mouvements par notre docilité *.
Du reste, il y a des degrés dans la séparation ou le retranchement, comme il y en à dans l’union. Il y a un retranchement absolu, qui a lieu pour le pécheur au moment de la mort : tollet eum, 2. Il y à un retranchement presque complet, mais révocable, qui résulte de l’excommunication, de l’hérésie, du schisme, de l’apostasie *. On est séparé du corps de l'Eglise; on n’en ressent plus l'influence salutaire; mais on peut s’y rattacher. Enfin, il y à la rupture accidentelle, qui est produite par un péché mortel quelconque. On reste membre de Jésus-Christ et de l'Eglise; mais on est un membre paralysé, sans mouvement, un rameau flétri et sans sève. Les influences qu’on reçoit encore de temps en temps ont pour but de ramener la vie par une nouvelle infiltration de l'esprit qui est remonté à sa source °.
PET MR Gal, iv 16: Eh er AUPBIIhesS-Mrv 8; 10 Tim, x, 44; J'Joan., 11, 6, 24, 21; 245 iv, 15,46:
1 In venas mentis ac vires animæ succus Verbi descendit æterni, S. Amb., In Ps. 1, 33. Cf. Joan., x1v, 20; S. Paulin., Epist., 1x, 6-13. — 2 Rom., xt, 117, 48. — 3 II Cor., x, b; Eph., 11, 17. — # Eph., 1v, 45, 16, — 5 Cf. Rom., x1, 17. — 6 Rom.,, x1, 23.
349. — Faut-il prendre à la lettre ces paroles : Sine me nihil poteslis facere, 5?
Ces paroles sont rigoureusement exactes ‘ : cela résulte de ce qui vient d’être dit. La tige étant pour les rameaux l’unique source de la sève et de la vie végétale, la branche qui s’en détache reste isolée, sans vigueur et sans fécondité, e$xr0n etw. Non seulement elle cesse d’en rien recevoir, mais encore elle perd tout ce qu’elle avait reçu. De même, Jésus- Christ étant pour nous le seul principe de la vie surnaturelle, le chrétien qui rompt avec lui par le péché s’exclut de tout mérite et de toute vertu. Il peut : recouvrer la vie de la grâce, mais seulement en se rattachant à son chef et en ANUS rentrant dans sa première union avec lui, grâce aux secours tout gratuits qu’il reçoit de la divine miséricorde. Les œuvres sur lesquelles l'esprit de Jésus-Christ n’a aucune influence, que la foi n’inspire à aucun degré, ne sont pas chrétiennes et ne peuvent avoir de mérite surnaturel devant Dieu *.
1 Cf. Joan., m1, 3; IL Cor., 11, 5; x, 6. Magna gratiæ commendatio! Corda instruit humilium, ora obstruit superborum. Sive ergo parum, sive multum, sine illo fieri non potest sine quo nihil fieri potest. S. Aug., In Joun., Lxxx1, 3. Audiant qui dicunt : Deus me-hominem fecit : justum ipse me facio. O pejor Pharisæo! Serm. axv, 3. Supra, n. 2711. Cf. Horat., Epist. 1, 18. Tibi sine te placere non possumus. Orat. Eccles. Christus Jesus, tanquam caput in membra et tanquam vitis in palmites, in justificatos jugiter virtutem influit; quæ virtus bona eorum opera semper antecedit et comitatur et sequitur, et sine qua nullo pacto Deo grata et meritoria esse possent. Conc. Trid., Sess. vi, 26. — 2? Anneau et sceau des premiers siècles. Of. Gen., xzr, 42; Esth., ur, 40; Dan., xX1V, 10; Jac., 11, 2; Martigny, Anneaux. Cf. Supra, n. 309; Infra, n. 4172. — 3 Nonne huic veritati repugnant homines, reprobi circa fidem, dicentes : À Deo habemus quod homines sumus, a nobis ipsis autem quod justi sumus? Sed veritas contradicit : Palmes non potest ferre fructum a semetipso nisi manserit in vite. Qui a semetipso se fructum existimat facere in vite non est, in Christo non est; qui in Christo non est, christianus non est. S. Aug., In Joan., Lxxx1, 2; Heb., xt, 2. Cf. Brev., Comm. Mart. temp. pas., 2° loco, lect. 7-9. La vigne avec ses ceps et ses raisins se montre souyent dans la partie décorative des monuments
350. — Qu'est-ce que Notre Seigneur fait remarquer aux Apôtres dans leur vocation, 16?
Sur leur vocation, Notre Seigneur fait remarquer aux Apôtres deux choses, qui se déduisent des principes qu’il vient d’énoncer : — 1° Sa gratuité. Il les a choisis de luimême par un mouvement spontané. — 2 Son efficacité. Il leur promet sa grâce pour remplir leur mission, et il s’engage à maintenir le fruit de leurs travaux, c’est-à-dire la conversion des peuples et l'établissement de l'Eglise. Ces dernières paroles supposent et démontrent sa divinité. Les séducteurs qui cherchent à fonder des sectes tremblent pour leur œuvre et n’osent répondre de sa durée. Notre Seigneur parle avec assurance, parce qu’il a tous les siècles devant les yeux et tous les événements dans sa main.
2° Promesses et Consolations, xvi.
* 351. — Pourquoi le Sauveur devait-il se séparer des Apôtres pour que le Paraclet leur fût donné, 7?
Tel était le plan de la divine sagesse ?. Il fallait que PHomme-Dieu commençâät par s’immoler pour le salut du monde et qu’il remontât à son Père : — 1° Pour qu’il parût que l'Esprit saint venait de lui comme du Père et qu’on vit dans les dons de sa grâce le prix de son sacrifice et le fruit de son amour. — 2° Pour que les trois personnes divines apparussent successivement, quoique d’une manière différente, dans l’œuvre de la régénération du monde, et que la mission du Saint-Esprit suivit la mission du Fils de Dieu, comme sa procession suit la naissance de ce Fils dans l’éternité. — 3° Enfin pour que les Apôtres, privés de sa présence sensible, sentissent davantage le besoin qu’ils avaient de sa
primitifs: et les: vers suivants, qu'on lisait dans l’église de Saint-Clément à Rome, en disent la signification : -
Ecclesiam Christi viti similabimus isti,
Quam lex arentem, at Christus facit esse virentem,
1 CF, Marc., 111, 13. — 2 Joan., vu, 39.
grâce, et que, par le désir qu’ils en concevraient, ils fussent mieux disposés pour la recevoir ‘.
Hapaxhnrec, avocat, soutien, protecteur, consolateur ?.
* 352, — Que doivent être les résultats de la venue du Saint-Esprit, 8 ?
On peut considérer les effets de la venue du Saint-Esprit par rapport au monde et par rapport aux Apôtres.
I. À l’égard du monde. Le Saint-Esprit, par l'organe des Apôtres, fera reconnaître, ekeëe, trois choses : — 4° La malice de son incrédulité*, effet et source de tant de crimes. — 20 La sainteté de Celui qu’il a crucifié et que le Père appelle à partager sa gloire *. — 3° Le châtiment de son prince, dépouillé de l'empire qu'il exerçait sur ses esclaves, pour leur avoir fait méconnaître cette sainteté et consommer ce crime ÿ. Cette vue le mettra sur la voie du repentir et du salut.
IT. A l’égard des Apôtres. Le Saint-Esprit leur fera connaître, non seulement des faits cachés et à venir ÿ, mais encore un grand nombre de vérités surnaturelles qu’il ne leur était pas utile d'apprendre plus tôt, par exemple, la conduite à tenir à l'égard des Gentils et des observances légales, etc. Surtout il les éclairera davantage sur ce qu’ils savent déjà : il leur donnera du christianisme une intelligence plus complète $. k
Quant à ces mots : Non loquetur a semetipso, 13, les théo-
1 Si alimenta terrena quibus vos alui non subtraxero, solidum cibum non esurietis; sed nolo me carnaliter adhuc diligatis et isto lacte contenti semper infantes esse SORTE S. AUS. MnbJoan. MERCI: A UCE S. Thom., in 1 Sent., dist. 22, q. 3, a. 1, ad 5. — 2? Terme propre à S. Jean, et appliqué par lui à Notre Seigneur, en sa Ire Epître, 11, 1; mais ici et x1v,16; xv, 26, le Sauveur distingue parfaitement le Paraclet de sa personne et de son Père, tout en lui attribuant la même nature divine. Cf. Deut., xxx, 1, 14, 22. Brev., Vigil. Pentec., |. vu. — 3 : VD OACE pc 24,80 J0aN. AVI AS VIII, DOLNIS, 16 Ve 122 027 # CF. Joan., v, 18; Act., 11, 36-40; nr, 13-16; v, 29- 32. — 5 sn RTE al: x1r1, 18; Col., 5, 15 : Ps. vi1,16. — 6 Act., VI, 3: “x 2 1201 : ADOC., II- XXI. — T1 Joan., xvi, 12, 13. — 3 Joan., xv, 16. Non dicit 8 Mitto vobis Paraclitum, qui doceat yos de cursu solis et lunæ : christianos enim volebat facere, non mathematicos. S. Aug., Act. Cont. Felic., I, 10.
logiens les expliquent très bien par cette considération que PEsprit saint reçoit toutes ses connaissances, comme tout son être, du Père et du Fils, ex tou epov Armbstat. Plusieurs interprètes disent que c’est un hébraïsme, et que ces mots signifiaient chez les Juifs : Non loquetur temere, pro libito, mendaciter ?. Ces deux explications semblent se compléter et se confirmer l’une l’autre.
* 353. — Pourquoi le Sauveur, après avoir reproché aux Apôtres de n'avoir encore rien demandé en son nom, 24, dit-il qu'il ne leur promet pas de prier son Père en leur faveur, 26 ?
1° IL est à croire que les Apôtres n’ignoraient pas la qualité de médiateur qui est propre au divin Maitre, mais ils n'avaient pas assez réfléchi sur l'efficacité de sa méditation, et ils n’en avaient pas assez profité. Notre Seigneur leur fait entendre qu’ils peuvent en tirer un tout autre parti; qu'il dépend d'eux d'obtenir par cette voie les plus grandes grâces *.
2° Au verset 26, il ne dit pas qu'il cessera d’intercéder pour eux, ce qui serait contraire à ce qu'atteste $. Paul *. Mais il dit qu’il n’aurait pas besoin d'intervenir en leur faveur, ou plutôt qu’ils n’ont pas besoin de savoir qu'il s’emploiera pour eux auprès de son Père, parce que son Père ne peut pas ne pas les aimer, leurs dispositions envers son Fils suffisant pour leur assurer son amour et ses bénédictions, 27.
PRIÈRE DU SAUVEUR, POUR LUI-MÊME , POUR SES APOTRES ET POUR SON EGLISE Ÿ, XVII.
334. — En quoi fait-il consister le bien suprême ou la vie éternelle, 3?
La vie éternelle ou le bien suprême consiste, dit Notre Seigneur, à connaître le vrai Dieu et son Fils, le Sauveur
1 Joan., xvi, 15. C. Matth., xt, 27; Joan,, xvr, 15; xvir, 10. On remarque que dans ce discours Notre Seigneur ne manque jamais de joindre son nom à celui du Père et du Saint-Esprit. — ? Cf. Joan., var, 185 vin, 26, 28, 38, 40, 4%; x1V, 10. — 3 Ivo n xapa upwv n TErMnowpevn. Cf. Joan., x1v, 13, 14; xv, 7, 16. — * Rom., vur, 33, 34; Heb., vit, 25; 1x, 24. — 5 Dat exemplum ut quos instruimus verbo, juvemus suffragio. S. Thom., /n hunc loc.
198 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE.. [No 355 ”
Jésus, envoyé par lui en ce monde : Jæc est vita œæterna*. La connaissance que la foi donne de l’un et de l’autre met sur la voie du ciel; c’est une condition et un moyen pour arriver à la félicité. C’est même une sorte d'initiation à la vie bienheureuse, une vision commencée, selon $. Thomas ? ; et à proportion qu’elle se développe et s’éclaircit, la connaissance qu’elle nous donne nous approche de Pétat des élus, c’est-à-dire de la vision intuitive de Dieu et de sa possession parfaite dans la clarté de la gloire ?. Suivant le même Docteur, la connaissance explicite du Père et du Verbe incarné implique la notion des trois personnes divines *. Mais ce qui résulte plus clairement de ce verset, c’est que, pour arriver au ciel, il ne faut ni méconnaître le vrai Dieu, comme les païens, ni rejeter Jésus-Christ, comme les Juifs *. Notre Seigneur demande à son Père la connaissance de l’un et de l'autre, une connaissance vraie, pratique, salutaire, pour tous ceux qu'il lui à donnés.
353. — Dire que le Père est le seul Dieu véritable, 3, n'est-ce pas nier la divinité de Jésus-Christ ?
1° De ce qu'on attribue quelque chose, comme un bien propre, à l’une des personnes de la Trinité en particulier, il ne suit pas qu’on la dénie aux deux autres; il suit seulement qu’on en exclut quiconque n’est pas, comme elles, une personne divine. C’est ainsi qu'on dit du Père éternel qu’il est seul sage, seul puissant f, de Jésus-Christ qu’il est seul Sau-
1 Joan., xvir, 3. Cf. Joan., vi, 40. Gal., n1, 16; I Joan., v, 20; Brev., Comm. Abb., 29 loco, lect. 1x. — 2? S. Thom., 2:22, q. 4, a. 1. — 3 [ Joan., 11, 23 v, 20. Si in cognitione Dei est vita æterna, tanto magis vivere tendimus, quanto magis in hac cognitione proficimus. S. Aug., In Joun., &v,3.Si gavisi sunt illi quibus Dominus oculos carnis aperuit, quale gaudium erit videntis cordis oculis lucem ineffabilem, Verbum immanéns, sapientiam indeficientem apud Patrem manentem ! xLut, 16. — #5. Thom., p. 1, q: 10, a. 3; q. 31, a. 4, ad 1; 2222, q. 9,318 — 5 $. Jean comprend dans la connaissance de Dieu et de Jésus-Christ son Fils, comme $. Paul dans la foi, ce qui en découle naturellement : la vie et les vertus chrétiennes. I Joan, 11, 4; 1117, 6; 1v, 7, 8. Cette connaissance est bien supérieure à la notion abstraite que la raison nous donne de Dieu comme créateur du monde. — 6 Soli sapienti Deo per Jesum Christum. Rom., xvr, 27; I Tim., vi, 15, 16.
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veur ‘, seul saint, seul Très-Haut ; du Saint-Esprit qu’il connait seul les secrets de Dieu ?.
2° Notre Seigneur ne dit pas que le Père seul soit Dieu, mais il affirme que le Père est le Dieu unique, le seul Dieu véritable. Il suit donc de ses paroles, non que le Fils n’est pas Dieu ou que la nature divine n’est pas commune au Père et au Fils, mais qu’il n’y a qu’un Dieu véritable, en d’autres termes, que le polythéisme est une erreur. Que solum se rapporte à verum Deum, c’est-à-dire qu’il tombesur la nature et non sur la personne du Père, c’est ce que le texte grec montre avec évidence : 14 Ylozxwat 92 toy puovoy ahrivov Oeov, rat Iisouy Xpiorov 3. La phrase de S. Jean doit donc se construire ainsi : Hæc est vita æterna ut cognoscant te esse ilum qui solus est verus Deus. S. Augustin la construit un peu différemment : Hæc est vita æterna ut cognoscant te et quem misisti, Jesum Christum, esse solum verum Deum*. Cette disposition des mots écarte toute difficulté; mais l’inversion qu’elle suppose parait moins naturelle.
3° Quant Notre Seigneur dit que la vie éternelle consiste dans sa connaissance et dans celle de son Pêre, on peut croire qu'il insinue légalité du Père et du Fils *; néanmoins, son intention principale semble être de présenter le premier comme objet de la béatitude et le second comme moyen d’y parvenir.
356. — Quel est le monde pour lequel Jésus-Christ ne prie pas, 9?
On doit entendre ici par le monde tous ceux qui, n’ayant pas lesprit de Jésus-Christ, sont attachés à la terre et asser-
11s., xLr, 11, 12. — 2 Joan., vi, 46; I Cor., 11, 11. Dicitur ad differentiam eorum qui dii non sunt. Quid enim? Cum dicit Paulus : An solus ego et Barnabas, an Barnabam tollit? Minime. Illud so/us ad aliorum differentiam ponitur. S. Chrys., In Joan., Hom. xxx, 2. Cf. Matth., x1, 21. Tert., Cont. Prax., 18. — 3 Of. I Cor., vor, 6; I Thess., 1, 9, 40. Ce saint nom tant de fois répété dans les Actes et les Epîtres n’a été employé par les évangélistes que dans leur prologue. Matth., 1, 1; Marc., 1, 1; Joan., 1, 17. Quand S. Matthieu, xvi, 20, et S. Jean, xvur, 3; le mettent sur les lèvres du Sauveur, ce n’est pas précisément pour le désigner, mais pour indiquer sa dignité, ses prérogatives. Cf. Matth., 1, 16. "#0. JL Joan.,:v, 20, — 5 Cf:S. Th., p. 4, q. 31, a. 4, ad 4,
vis aux biens d’ici-bas. Mais il ne faut pas croire que le Sauveur nait jamais prié pour eux. Il à prié pour tous, même pour ses plus grands ennemis; seulement il ne priait pas pour tous à tout moment; il faisait parfois des prières spéciales pour ceux qui lui étaient plus chers ou dont la vertu importait davantage à ses desseins !. C’est par une prière de ce genre qu’il débute ici. Il demande à son Père ses grâces les plus précieuses, et il dit qu’il les demande pour ses Apôtres et non pour d’autres : Non pro mundo rogo, 9. Il ne laissera pas, un moment après, 20, d’intercéder pour tous les fidèles, et même de recommander expressément le monde à son Père : Uf credat mundus, 24 *.
Il est des auteurs qui prennent sans restriction ces mots du Sauveur : Non pro mundo rogo, qui disent que Jésus-Christ n’a pas voulu prier pour le monde, qu’il l’a excommunié. C’est une nécessité pour eux de modifier le seus du mot monde, de l'entendre de la malice du monde, du monde en tant que monde, ou des mondains obstinés jusqu’à la fin dans leur mauvaise disposition *.
* 357. — Que signifient ces mots : Pro eis ego sanclifico meipsum, ut sint el ipsi sanclificati in verilate, 19?
Le verset 19 signifie que Notre Seigneur va accomplir par son sacrifice la plus sainte de toutes les œuvres, et qu’en la faisant, il s'offre spécialement à son Père dans l’intérêt de ses Apôtres, afin qu'il leur communique le fruit de son sacrifice et qu'il les sanctifie de plus en plus par linfusion de sa grâce *. — On pourrait dire aussi : afin qu'ils entrent dans les mêmes sentiments que lui et qu’ils s’unissent à son immolation:; afin qu’ils se fassent comme lui, intérieurement, victimes et prêtres de la majesté divine; ou bien, afin qu'ils soient consacrés prêtres et pontifes, comme Aaron et ses enfants l’ont été par les sacrifices
1 Luc, xx, 32. — 2 CL Luc., xx, 34; IL Cor., v, 415, etc. — 3 Cf. Joan., xu, 31; x1v, 30; xvr, 11. — * Cf. Jer., 1, 5. Non ab altero sanctificatur, sed se ipse sanctificat ut nos in veritate sanctificemur. S. Athan.,
Cont. Arian., n. In veritate sanctificetur, cujus veritatis umbræ fuerunt sanctificationes veteris Testamenti. S. Aug., In Joan., cvur, 2
de Moïse. Aytabetv, signifie souvent consacrer, offrir, immoler ‘.
* 358. — Comment entendre ces paroles : Clarilalem quam dedisti mihi, dedi eis, ut sinl unum sicul et nos, 22?
Par cette gloire que le Sauveur communique à ses disciples, quelques-uns entendent la charité divine, l'amour de Dieu pour nos âmes? ; d’autres le don des miracles, d’autres la gloire de la vie ressuscitée, d’autres l’Eucharistie. Il semble plus juste de dire que Notre Seigneur a en vue la dignité de Fils de Dieu, laquelle fait à la fois, quoique dans une mesuredifférente, sa gloire et celle de tous les chrétiens”. En nous unissant à lui par sa grâce, Notre Seigneur nous communique, autant qu'il est possible, ce qu'il a de plus essentiel ; il nous fait devenir par adoption ce qu’il est par nature : Ut filii Dei nominemur et simus *. Ne formant avec lui qu’un seul corps et comme une même personne, nous participons à sa vie et à son esprit, nous avons droit au même héritage, et le Père céleste étend sur nous la complaisance qu’il prend en son Fils *. Tous ses dons et tous nos biens sont des suites de cette faveur; et cette faveur elle-même est le fruit de ses mérites et de ses prières.
On remarquera l’insistance avec laquelle Notre Seigneur demande que tous ses membres soient unis entre eux et comme identifiés en sa personne : Ut omnes unum sint. I répète jusqu’à cinq fois cette prière. Il a surtout en vue, en la faisant, l’union des deux peuples, ou la cessation de l’antipahie séculaire et comme naturelle qui séparait les Juifs et les Gentils. « O mon Père, dit-il, faites cesser cette inimitié. Qu'on ne voie plus de division, de distinction même, sil se peut, entre ceux qui me seront incorporés par le baptême ; plus de Gentils et de Juifs; plus de Grecs et de barbares ; plus d'esclaves et d'hommes libres Ÿ. Je suis la pierre angu-
4 Ex., xt, 25 xx vin, 285 Lev., xxut, 115 xxvn, 14. — ? Cf. Joan., xvur, 26. — 3 Cf. Joan., xvir, 5 et 22. — # I Joan., 1, 1F4Jo2nr, 712 43; xx, 11. — 5Joan., xvur, 26. — 6 Cf. Joan., x1, 32; Gal., 111, 16, 25-29, ÆEph., 11, 13-22; 11, 5-6.
laire qui doit tout réunir. Qu'ils soient tous en moi une même chose; et que vous et moi nous soyons tout en chacun d'eux ‘. »
359. — N'avons-nous pas, dans ce discours de ia Cène, un tableau
parfait de l'âme du Sauveur?
C’en est l'expression la plus touchante et la plus complète. L'esprit et le cœur du divin Maitre s’y révèlent à la fois. Sans jamais perdre de vue son dessein principal, qui est de nous faire apprécier l’union qu'il daigne avoir avec ses membres vivants, union ineffable dont lEucharistie qu'il vient d'établir est le signe et le lien, il rappelle à ses Apôtres les grandes vérités dont ils doivent garder le dépôt : l'unité de Dieu et la trinité des personnes divines ?, sa propre divinité *, son humanité *, sa consubstantialité avec son Père *, la personnalité du Saint-Esprit $, sa procession du Père * et du Fils , son habitation dans l'Eglise * et son action sur ses membres !?, l'excellence de la divine grâce ‘!, sa nécessité !?, l’union où elle nous met avec son Père et avec lui-même ‘, les fruits qu’elle doit produire ‘?, le terme auquel elle doit nous faire arriver ‘5. À ces instructions se mêlent un grand nombre de prophéties et de recommandations, relatives aux événements qui se préparent !. Le Sauveur annonce sa passion !? et sa mort volontaires ‘À, le court triomphe de ses ennemis ‘*, la chute de Pierre ??, la dispersion des disciples *!, sa résurrection et son ascension ??, la descente du Saint-Esprit **, les persécutions qui attendent ses apôtres ?*, leurs miracles *”, et enfin leur martyre et leur triomphe ?5. Toutes ces choses sont exprimées simplement, sans emphase, mais avec une majesté calme, une émotion
1 Eph., x, 10; I Cor., 11, 23. — ? Joan., x1v, 16, 26 ; xv, 26. — 3 xrv, À, 1-14, 14; xvur, 3, 5-14. — # x1v, 16-28; xv, 27. — 5 x1v, 1, 9, 11, 20; XV, 23; XVI, 19; XVII, 21, — 6 xv, 26. — 7 Joan., x1v, 26; xv, 26. — BUXV, 26, XVI,01, 13-15. — 9 xrv, 12, A6, AM xv, 265 xvr, 1, 8,013. — 10 x1v, 263; xvi, 13, 14. — 11 xv, 5; xvur, 17, 19, 29. — 12 xv, 5, 6. — LIN, 6,220,-21,023 ;:xv,01, L4, SU TE EVIL 023 ES N6 15 x1V, 2-4, XVI, 24. — 16 x1v, 29. — 17 x1v, 30. — 18 xrv, 34, — 19 xvr, 192229 0x 2 x vT 22 XIV, 092 xvT, 5, 10, 416,254 28 xvr, 1. — 24 xv, 19, 20; xvr, 2. — 25 x1v, 12, 26. — 26 x1v, 1; xvr, 33°
N° 360] SA VIE PUBLIQUE. — SES DISCOURS. 503 intime, une tendresse ineffable, une céleste onction dont il est impossible de n'être pas pénétré. Aussi tous les esprits élevés, comme toutes les âmes saintes, parlent de ce discours avec admiration. « Vous y trouverez des profondeurs à faire trembler, dit Bossuet. Ceux qui ne les sentent pas n’entendent pas. » « Je ne l’ai jamais lu, écrit Laharpe, sans une émotion singulière. [Il me parait contenir toute notre religion. Chaque mot est un oracle qui réveille en moi une multitude de sentiments et d’idées, après ce long sommeil des erreurs de ma vie. » Il en est de même de tout fidèle qui recueille ces paroles comme sortant de la bouche du Fifs de Dieu. « Des milliers d’âmes, dit M# Freppel, y ont puisé la confiance en son amour, le sentiment de la dignité, le courage de la vertu. »