ART. II. — ANALYSE ET EXPLTC. DU LIV. D'ESTDER
avaient été traduits, de cette dernière source, dans Tancieiine Italique. Ces fragments sont rejetés par les protestants comme apocryphes. Ils forment la partie deutérocanonique du livre d'Estber et on y lit plusieurs fois le nom de Dieu. L'Église les range parmi les cents inspirés, de même que les autres parties de la Sainte Écriture, n° 35 (!). Ils sont au nombre de sept: 1" Songe de Mardochée et découverte de la conspiration contre Je roi, Vulg., xi-xii; Septante, avant i, 1 ; 2° Édit d'Aman (mentionné m, 12) contre les Juifs, xiii, i-7; Septante, après i!i, 43; 3" Prières de Mardochée et d'Esther, xiii, 8-xiv; Septante, après IV, 17 ; 4° Message de Mardochée à Esther, xv, i-3 ; Septante, après iv, 8 ; 5° Visite d'Esther au roi Assuérus, XV, 4-19; Septante, v^ 1-2 ; 6° Édit de Mardochée (mentionné viii, 9), XVI ; Septante, après viii, 12; 7° Explication du songe de Mardochée, x, 4-13; Septante, après x; les Septante ajoutent la mention de l'introduction de la fête des Purhn en Egypte.
ARTICLE IL
Analyse et explication du livre d'Esther.
Éicvalion d'Esther. — Décret de persécution contre les Juifs. — La reiue invite le roi à un festin. — Aman obligé de rendre les honneurs royaux à Mardochée. — Sa chute. — Triomphe des Juifs.
Îi52. — pe section : Élévation d'Esther à la dignité de reine, i-iii ; x-xii.
i°La scène se passe à la cour d'Assuérus (hébreu Akhasch- >érosch)(2). Assuérus est Xercès 1", fils de Darius I", fils d U ystaspe (3). La forme hébraïque Akhaschvérosch correspond
(1) Josèphe counaissait ces passages, et il s'en est servi, Aniiq,, XI, VI, 1 sq. — Sur la canonicilé des appendices d'Esther, voir La Bible vtutHée par les protestants, p. 203-210. Ue Rossi a supposé qu'il avait existé un origiaal chaldéen du livre d'Esther, plus complet que le texte hébreu actuel, et couleuant en entier les documents qui sont njainLeuauteo appeudices dausia Vulgate, Spécimen variarum leclionum Sicn textus et chaldaica Estlieris additamenta, Tubiogue, 1783.
(2) Commentateurs catholiques : Raban Maur, Expositio in lia. Esther, t. cix, coi. 635-670; Meuochius, In lib. Esther, dans Migne, Cursus Scripturc-e Sncne, t. xiii; J.-A. Nickles, De Estherœ libro, Rome, 1836; B. Meteler, Die Bûcher Esdras, I\ehemias und Esther, ûlûnster, 1877, etc.
(3) « Un des premiers résultats de la lecture des inscriptions perses.
Ce qui est dit de la magnificeuce des rois perses et de la beauté des peintures qui décoraient leur palais, — qiiod mira varietate pictura decombat (Estlier, i, 6) — a été pleinement confirmé par le résultat des fouilles faites à Suse, en 1884-1886, par M. et M^^ Dieulafoy. Ils ont découvert en particulier des frises de lions et de guerriers eu émail, qui sont de véritables cbefs-d'œuvre. Nous reproduisons ici deux de ces guerriers. Les archers du palais royal de Suse formaient une frise composée de briques émaillées, aux couleurs les plus vives et le , plus harmonieuses; chaque brique est moulée et de même grandeur 34 ceutim. de largeur et 8 centim. de hauteur. L'émail est transp.irent, chatoyant comme des pierreries, les tons sont profonds et chaudô. La saillie sur la brique est seulement de 5 centim., mais les archers n'en ont pas moins, vus d'une certaine distance, un relief extraordinaire, dû aux parties colorées du visage, à l'éclat des prunelles blanches dans le visage noir et aux broderies étincelantes du costume. Ces guerriers ont 1 mètre 53 de hauteur. Ils sont revêtus du costume médique, longue tunique à larges manches, armés d'une longue lance terminée en bas par une grenade d'argent, d'un arc passé dans le bras gauche et dont le bois recourbé s'élève au-dessus de la tête, et d'un grand carquois noir dont le couvercle est assujetti par des liens flottants. Ils n'ont pour coiffure qu'une simple corde, roulée en torsade autour des cheveux, semblable à la corde de poil de chameau que les Arabes de Syrie et de Palestine emploient aujourd'hui pour nouer le voile flottant qui protège leur tête contre le soleil. La peau du visage et des mains est noire. Les yeux sont représentés de face, quoique les personnages soient de profil. Les cheveux et la barbe sont frisés en petites boucles serrées et d'une couleur verdâtre. Ils portent des pendants d'oreilles et des bracelets d'or. La vue seule des originaux peut donner une idée de l'éclat et de la beauté de l'émail. Le fond du relief est d'un bleu changeant qui passe par une infinité de nuances, selon le degré de cuisson de la brique. Les tuniques sont alternativement jaunes et blanches. Les tuniques jaunes sont parsemées de petites rosaces blanches; les tuniques blanches, au lieu de rosaces, sont ornées, en guise de broderies, d'écussons en losanges de couleur foncée où l'on voit dessinée une forteresse à trois tours, qui est, d'après M. Dieulafoy, une image simplifiée de la ville de Suse. Les pieds des archers sont chaussés de brodequins jaunes. U'^e large raie jaune délimite la Irise des guerriers en haut et en bas. Au-dessous sont des denticules blancs et des palmettes.
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nistrative plus générale, faite en "vue du prélèvement des tributs.
3° Assuérus nous est représenté, i, 2, assis sur son trône. Hérodote nous dit aussi, vu, i02, qu'il assista, assis sur son trône, au combat des Thermopyles ; Plutarque, Thémistodey XIII, raconte la même chose dala bataille de Salamine.
4" Au moment où commence le récit, ilestà Suse, capitale de la province de Susiane, ville forte, où le roi des Perses passait plusieurs mois de Tannée. La troisième année de son règne, 482 av. J.-C, il donna un splendide festin (1) à tous les grands de son royaume, pendant 180 jours, ce qu'il faut entendre en ce sens qu'ils vinrent les uns après les autres et que des premiers aux derniers invités, il s'écoula un espace de 180 jours. C'était pour montrer à tous sa puissance et son opulence, i, 4; c'était aussi, sans doute, pour préparer l'expédition de Grèce, car Hérodote nous apprend, vu, 8, qu'après avoir soumis l'Egypte, Xercès manda à sa cour tous les grands de son royaume pour s'entendre avec eux sur cette guerre et qu'il employa quatre ans à en faire les préparatifs.
5" La reine Vasthi, en ancien perse, Vahista, excellente, donna aussi un banquet à ses femmes. La reine prenait d'ordinaire ses repas avec le roi (2), mais non dans les festins publics. Assuérus lui ordonna de venir montrer sa beauté à ses convives, elle refusa, non sans raison, Hérod., v, 18, de paraître devant des gens ivres. Le message lui avait été apporté par les sept eunuques, dont le nombre correspond à celui des sept Amschaspands. Le roi, irrité de sa désobéissance, la répudia.
6** Par une permission particulière de la Providence, une juive, nommée Édissa, myrte, qui prit le nom perse d'Esther ou Astre, remplaça comme reine la fîère Vasthi, en 479 ou 478. C'était la nièce de Mardochée (3). Celui-ci rendit peu après au roi un service signalé en découvrant une conspiration tramée
(1) Brisson a réuni tout ce que l'on sait des festins chez les Perses, De regio Persarum prmcipatu, 1. I, c. xcviii-cv, éd. de 1710, p. 149-157.
(2) Cf. Herod., ix, 110; Brisson, ibid., 1. 1, c. xcviii, cm, p 149, 154. (C) La nièce selon la Yulgate, la cousine germaine selon l'hébreu,
Esth., II, 7, 15.
u. Il
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contre sa vie, ii, 22-23; x-xii. — Mardochée était dès lors très âgé, selon plusieurs interprètes, qui entendent ii, 5-6, en ce sens qu'il avait été transporté, de Jérusalem, du temps de Jéchonias, c'est-à-dire en 599; il aurait eu ainsi alors plus de 120 ans. Mais il est plus naturel de rapporter le % 6, qui iranslalus fueraty à Gis, son arrière grand-père. Son nom de Mardochée, qui est babylonien et non palestinien, semble indiquer qu'il était né en Babylonie. Cf. cependant xi, 4.
553. — !!• section : Décret de persécution porté par Assuérus contre les Juifs, à la sollicitation d'Aman, m; xiir.
Quelque temps après l'élévation d'Esther à la dignité de reine et le service rendu au roi par Mardochée, Assuérus choisit pour premier ministre un Mède nommé Aman, originaire de la province d'Agag (1), et ordonna à tous ceux qui se tenaient à la porte de son palais de fléchir le genou devant son favori. Mardochée refusa de lui rendre cet hommage, le considérant sans doute comme un acte d'idolâtrie (2). Aman, irrité contre le Juif, voulut se venger de ce qu'il regardait comme un affront et fit porter contre toute la race à laquelle
(1) « On a longtemps cru que Haman, fils d'Hamadâtha, dont le nom a reçu une si triste célébrité, était Amalékite, car l'un des rois d'Aïualec s'appelait Agag. Et puisque déjà dans l'antiquité les noms d'Éeaù, d'Amalec, étaient pris comme les désignations des païens d'Europe, les Septante traduiseat l'hébreu Agogi par Maxeôtov, le Macédonien. Néanmoins, le nom de Haman, ainid que celui de son père, trahit une origine médo-perse. Nous savons maintenant, par les inscriptions de Khorsabad, que le pays d'Agag composait réellement une partie de la Médie. Or, voilà donc une nouvelle circonstance qui montre, jusque dans ses moindres détails, la valeur historique du livre d'Esther. » Oppert, Commentaire historique et philologique du livre d'Esther, p. 13- 14. — On voit par là que l'objection faite contre Esth., xvi, 10, et tirée de ce que, dans ce passage, Aman est qualifié : animo et gente Macedo, est sans valeur. Ce passage ne contredit pas, comme on le prétendait, III, 1, 10; VIII, 3; ix, 6, 24. Le mot de Macédonien, dans le ch. xvi, vient de ce que les traducteurs grecs, d'après lesquels a été faite la version de ce ch. xvi, ont rendu à tort, ici comme ix, 23 (24), le mot Agagite par Macédonien.
(2j Les Spartiates refusèrent également de rendre un hommago semblable à Xercès. Hérod., vu, 136. Cf. Plutarque, Thémist.^ 17; Q, Gurce, VIII, v, 5, n.