Division du chapitre
Nous nous occuperons dans cinq articles : i" de la poésie hébraïque en général; 2° du parallélisme; T des vers hébreux ; A" des strophes ; 5° de quelques particularités de la poésie hébraïque.
ARTICLE I
De la poésie hébraïque en général.
Utilité do cette étude. — Classificatioa des livres poétiques de la Bible. -^ Caractèro général de la poésie hébraïque. — Caractères particuliers.
586. — Quelle utilité y a-t-il à connaître la forme de la poésie hébraïque ?
L'étude de la forme de la poésie hébraïque n*est pas une étude de pure curiosité. En connaissant bien les règles auxquelles elle était soumise, on comprend mieux un certain nombre d'écrits de l'Ancien Testament, c'est-à-dire ceux qui sont composés en vers et qui, à cause même de leur style, sont les plus obscurs et les plus difficiles de tous. Or, ces écrits sont nombreux, puisqu'ils renferment près de la moitié de l'Ancien Testament hébreu, c'est-à-dire les livres sapientiaux et les prophètes (1); les livres historiques eux-mêmes contiennent beaucoup de morceaux poétiques.
(l) On ne compte d'ordinaire, d'après les Juifs, que trois livres pro« prement poétiques, Job depuis m, 2 jusqu'à xLii, 6, les Psaumes et les Proverbes, n» 584; mais les Lamentations, le Cantique des cantiques, Isaic et une grande partie des prophètes sont aussi écrits dans une forme poétique particulière ou contiennent des morceaux en vers.
587. — De la classification des livres poétiques de la Bible.
i° On s'est donné beaucoup de peine pour classer les poèmes hébreux dans les genres lit 1er air es connus des Grecs et des Latins. Cette peine est assez inutile. La Poétique d'Aristote ne donne pas la forme nécessaire de toute poésie, et Job, pour n'être pas un drame selon le type hellénique, n'en est pas moins un magnifique poème.
2° La poésie de la Bible est en général lyrique. On peut la subdiviser en didactique, gnomique, élégiaque, dramatique même, si l'on veut, mais aucun de ces genres n'est parfaitement tranché ; toutes les subdivisions rentrent plus ou moins les unes dans les autres, et tous les poètes d'Israël sont des lyriques, en ce sens qu'ils expriment toujours les sentiments personnels qu'ils éprouvent.
3° Le véritable caractère des chants hébreux, c'est qu'ils sont religieux. Dieu, qui les inspire, y occupe toujours la première place, quand il n'en est pas le sujet unique. Les Psaumes, en particulier, sont remplis de Dieu. De là l'enthousiasme, le lyrisme des poètes d'Israël, et cet accent particulier qui a fait de leurs chants les chants de l'univers chrétien.
i® La poésie hébraïque a cela de commun avec toutes les poésies du monde, que son langage est plein d'éclat et de magnificence. Dans toutes les littératures, les poètes se distinguent des prosateurs par un style plus brillant, plus vif, pins harmonieux et plus imagé. Les poètes orientaux ne diffèrent, sous ce rapport, de nos poètes occidentaux que par une plus grande hardiesse, une profusion plus abondante de métaphores, des hyperboles plus fortes, un coloris plus riche, dont la vivacité égale celle de leur soleil : tous ces traits se remarquent dans la poésie bibhque.
Aucune partie du globe n'offre, dans un aussi petit espace, une variété pareille à celle de la Palestine. On y trouve tous les climats, les montagnes et les plaines, la mer et le Jourdain, les champs fertiles et l'aride désert, une flore et une
faune variées. Quelle abondance d'images offre au poète d'Israël cette terre bénie ! n" 345 et 432-441. Les comparaisons pleines de grâce ou de grandeur s'offrent en foule à son imagination, depuis les cèdres du Liban et les pics neigeux de l'Hermon jusqu'aux lis delà vallée et aux plantations de roses de Jéricho. Il peut contempler tous les grands spectacles de la nature, l'orage qui gronde au sommet des montagnes et les soulèvements majestueux des flots de la mer. La langue qu'il a à sa disposition, et qui est toute composée de termes concrets, vient enrichir encore d'innombrables figures le langage du poète et fournir d'inépuisables couleurs à sa palette. L'hébreu n'est pas un idiome riche ; il a cependant de nombreuses expressions pour peindre la nature et exprimer les sentiments religieux, et quel admirable usage sait en faire un artiste comme David ou comme l'auteur de Job ! Leur poésie est toujours une peinture ; elle est souvent aussi une musique. Des mots bien formés, des sons imitatifs, donnent à la pensée un merveilleux relief. Enfin, la simplicité de la syntaxe imprime aux poèmes hébreux un cachet particulier qui en augmente le charme.
2° Un certain nombre d'images reviennent fréquemment dans la poésie hébraïque, et il importe d'en connaître exactement la signification pour bien comprendre nos livres sacrés. — Avant que le Christianisme eût adouci les mœurs, U guerre était beaucoup plus cruelle et plus sanglante qu'aujourd'hui; elle n'était que meurtres et rapines sans fin; la gueiv^e et la violence sont par conséquent synonymes du plus grand des maux, et la paix, au contraire, signifie le bonheur et l'ensemble de tous les biens. — En dehors de la guerre à main armée, les maux dont les hommes d'alors avaient le plus à souffrir étaient d'abord Y oppression du faible par le fort, du petit par le puissant, et ensuite la tromperie et la fourberie, vices très communs en Orient. Aussi ces deux espèces de péchés sont-elles considérées dans les Psaumes et dans les prophètes comme celles qui résument tous les autres, tandis que la justice, opposée à la violence qui opprime, et la gincérité ou la fuite du mensonge sont regardées comme la
perfection, Ps. xiv, etc. La lumière du jour, grâce à laquelle on est en sécurité, est l'emblème du bien ; les ténèbres de la nuit, pendant lesquelles le méchant peut nuire plus aisément, sont le symbole du mal. L'eau qui rafraîchit, la source qui fertilise le sol qu'elle arose, V arbre et l'ombre qui reposent, dans ces pays brûlés par le soleil, sont l'image du bonheur et de la, joie; la sécheresse, l'aridité du désert, celle de V affliction et de la souârance.