Division et analyse du prologue, i-ii
Il nous fait connaître le principal personnage et les circonstances qui amènent la discussion sur le problème de l'existence du mal, problème dont la solution fait le fond du poème, n° 610. — \° Piété de Job au milieu de la plus grande prospérité : sa grandeur morale est égale à celle de sa fortune, I, 1-5. — 2° Résolution que Dieu prend d'éprouver la fidélité de son serviteur, i, G-12. Nous sommes transportés de la terre au ciel, où tout ce qui se passe ici-bas a sa racine et sa raison dernière. Satan, « l'adversaire, » l'ennemi des hommes, apparaît au milieu des bons anges pour calomnier le juste; mais c'est pour concourir finalement, malgré sa malice, aux desseins de Dieu et travailler malgré lui à Taccomplissement du plan de la Providence (2). — 3° Job subit sept épreuves successives : les quatre premières l'atteignent uans ses biens et dans ses enfants, la cinquième dans son corps ; la sixième et la septième sont des épreuves morales. Les quatre premières ne se passent pas sous ses yeux, il en reçoit la nouvelle par quatre messagers de malheur : 1" les Sabéens, dans une razzia, lui enlèvent tous ses troupeaux de bœufs et d'ânes, i, 13-15 ; 2« la foudre fait périr ses brebis, T, 16; 3° les Ghaldéens, dans une razzia, lui enlèvent ses
(1) Commentateurs catholiques : b. Epiirem, In lib. Job Explanatio^ Opéra syriaca^ t. ir, p. l-i9; S. Augustin, Annotationum in Job liber unusy t. ixxiv, col. 825-886 ; S. Grégoire le Grand, Moralium libri sive expositio in lib. B. Job, t. Lxxv-Lîxvi; S. Thomas d'Aquin, InJobum Comment., in-fol., Venise, 1503; Cordier, In lib. Job Comment.^ Migne, Curs. compl. Script. Sacr., t. xiii et xiv; Pineda, Commcntarium in Job libri xiii, 2 in-fol., 1537; Welte, DasBuch Job ùbersetzt underkiart, Fribourg, 1849; Zschokke, Das Buch Job i/bersetzt underklàrt, Vienne,1876 ; J. Navarrine, Le livre de Job traduit de la Vulgate^ en vers français, Paris, 1879, etc.
(2) Satan reparaît sous ce uom, dans TAncieû Testament, 1 Par., xxi, 1, elZach., m, l, 2.
chameaux, sa plus grande richesse, i, 17; 4° un vent violent renverse la maison où tous ses enfants étaient réunis pour prendre part au festin que leur offrait leur frère aîné, et les écrase tous, i, 18-19. Job a écouté en silence le récit des trois premiers malheurs, mais, au quatrième, lorsqu'il apprend la mort de ses fils, il ne peut plus contenir sa douleur ; toutefois elle ne sert qu'à faire ressortir davantage la solidité de sa vertu^ car elle ne lui arrache que ces paroles admirables qui sont l'expression même de la résignation at qui feront à jamais l'admiration des hommes :
Je suis sorti nu du sein de ma mère.
Nu j'y retournerai ; Dieu m'avait donné, Dieu m'a ôté.
Que le nom de Dieu soit béni!
Cependant Job n'était pas au terme de ses malheurs : 5* Satan revient à la charge contre lui, au bout d'un temps indéterminé, quadam die, ii, 1, et demande à le frapper dans sa personne après l'avoir frappé dans ses biens. Dieu le lui permet, et le saint patriarche est atteint d'une des plus terribles maladies de peau qui désolent l'Orient, l'éléphantiasis (1). Devenu ainsi la proie de la lèpre, Job doit se retirer
(1) D'après tous les caractères de la maladie de Job disséminés dans le cours du livre, vir, 4-6; xiii, 14, 28; xvi, 14-16; xvii, 1; xviii, 13; XIX, 17, 19, 20, 26; xxiii, 17; xxx, 10, 17-19, 27-30, J. D. Michaelis a prouvé, Isagoge in V. T., § 10, p. 56 sq., que la maladie dont Job fut frap[>é est l'cléphautiasis. Elle commence par l'éruption de pustules, qui ont comme la forme de nœuds, d'où son nom latin de lepra nodosa; elle couvre ensuite comme un chancre toute la surface du corps et le ronge de telle façon que tous les membres semblent s'en détacher. Les pieds et les jambes s'enflent et se couvrent de croûtes au point d'être pareils à ceux de l'éléphant, d'où le nom d'éléphautiasis. Le visage est boursouflé et luisant, comme si on l'avait oint avec du suif, le regard est fixe et hagard, xvi, 17, la voix faible; le malade fiuit quelquefois par tomber dans un mutisme complet. Eu proie à d'atroces douleurs, objet de dégoût pour lui-même et pour les autres, éprouvant une faim insatiable, accablé de tristesse, ne pouvant dormir ou bien tourmenté par d'affreux cauchemars, il ne trouve aucun remède au mal qui le ronge. Son état peut durer vingt ans et plus. Il meurt quelquefois subitement, après une faible fièvre ou étoufle par la maladie. Heer donne la bibliographie de cette maladie, De Elephantiasi Grxcoi'um et Arabum, Breslau, 1842; on en trouve desreprésen-