ART. II. — CONQUÊTE DE LA TERRE PROMISE
humaine, comme la question de la guerre elle-même. Elle est une conséquence de l'existence de l'homme sur la terre, une condition de la vie et de la régénération des sociétés, une sorte de loi de l'humanité, loi mystérieuse que l'histoire constate à toutes ses pages sans pouvoir l'exphquer. 11 n'existe guère aujourd'hui, sur notre globe, de terre habitable où les colons primitifs n'aient été supplantés par des envahisseurs plus forts, venus après eux. Les invasions des barbares aux iv** et v° siècles ne sont pas un fait isolé ; il s'était produit souvent dans les siècles antérieurs, et il se répétera encore dans les siècles futurs : les mêmes causes ramèneront les mêmes effets.
Nous n'avons ni à expliquer ni à justifier une loi sociale dont le motif, connu de Dieu seul, échappe à nos faibles yeux. Quand les peuples ne peuvent plus être contenus dans leurs anciennes limites, leurs flots débordent comme un fleuve grossi, en inondant et ravageant tout sur leur passage. Ils ne se posent point de questions théoriques, ils ne songent pas au droit des gens ; ils suivent une sorte d'instinct, ils veulent vivre. Les Israélites, opprimés en Egypte, trop nombreux pour se fixer dans l'étroit désert du Sinaï, suivent la loi qui règle les grandes migrations humaines, ils vont chercher dans la terre de Ghanaan ce qu'ils n'ont pas ailleurs : l'indépendance religieuse et politique, en s'affrauchissant d'un joug injuste, et des champs à cultiver pour se nourrir. Ce qui rend compte des migrations de tous les autres peuples peut rendre compte aussi de la migration d'Israël, et les incrédules ne peuvent lui refuser un certain droit de se faire, même par les armes, comme les autres peuples, une place au soleil.
2° Cependant il faut observer, de plus, qu'en dehors du besoin d'avoir une patrie propre, les Hébreux avaient un titre particulier de possession à la terre de Chanaan, titre dont ils avaient connaissance et qu'ils invoquaient pour justifier leur conquête ; la Palestine, c'était pour eux la Terre Promise; Dieu leur en avait fait don. (1) Or, on ne saurait contester à
(1) Gen., xii, 7; iiu, 15; xv, 18-21; ixvi, 4; Ex., un, 5 ; Deut., xxxiv, 4.
-fî cuAP. I. — josuÉ. [4-30]
Dieu la propriété de la terre qu'il a créée, Ps. xxni, 4. Tout ce qu'on peut demander, c'est qu'il ne voue point sans motif des nations entières à l'extermination, et ce motif, Dieu l'avait et il nous l'a fait connaître. S'il condamnait les Amorrhéens à périr sous les coups des enfants de Jacob, c'est parce que la mesure de leurs crimes était comble, et qu'il voulait les cbâtier de leurs monstrueuses prévarications (1). La société a le droit de punir les individus de leurs fautes, à plus forte raison Dieu a-t-il celui de punir les particuliers et les peuples, selon qu'il le juge à propos, dans sa justice (2).
3" R.emarquons d'ailleurs que les Hébreux firent la guerre comme on la faisait de leur temps; Deut., ii, 12, 23. Le livre des Juges, i, 7, note expressément qu'on n'infligea à quelquesuns des rois vaincus que le traitement qu'ils avaient infligé eux-mêmes à d'autres.
4° Enfin, il faut observer que les Hébreux n'exterminèrent pas tous les Ghananéens , comme on l'a dit quelquefois. Quoique leur propre sécurité dans l'avenir et les ordres mêmes de Dieu dussent les y pousser, Num., xxxiii, 55, il resta, de fait, un grand nombre de Ghananéens dans le pays conquis, Jud., I, 27-34; iv, i, etc
(1) Gen., XV, 16; Lev., xviii, 3, 21. « Quidam arguunt prophetam crudelitatis, eo quod omnes prorsus trucidaret et reges crucifigeret. — Qui prophetam arguit, arguit etiam illum qui ita praecepit. Ipse eiiim universorum Deusper Mosem legislatorem jussit omues peuitus interfîci qui terram iacolebaut : quippe qui internecione digua commisisseat, et devenissent ad extremam nequitiam. Quam ob causam et olim diluvium immisit, et Sodomam ac Gomorrham igné consumpsit. » Théodoret, Qusest. xxi in Jos., t. Lxxx, col. 474. Cf. coi. 475, quaest. xv, Voir aussi Haneberg, Histoire de la révélation biblique, trad. Goschler, 1856, t. I, p. 179, 192-195, 227-232.
(2) Dieu n'avait condamné à la ruine que les sept tribus chananéennes, parce que c'étaient les plus coupables; il avait expressément excepté les autres nations, Dent., xx, et donné, sur la manière de faire la guerre, des lois beaucoup plus douces que celles qui étaient alors en usage, ibid. — Il faut noter aussi que Dieu, en infligeant un châtiment sévère aux Ghananéens, voulait intimider les Israélites par cet exemple, Lev., XVIII, 24-S;0; Sap., xii.
[133] ART. m. — PARTAGE DE LA TERRE PROMISE. 23
ARTICLE III
Partage de la Terre Promise.