Livre II. Ps. xli-lxxi
714. — Psaume xLi-XLii, hébreu xlii-xliii : Quemadmodum desiderai cervus... Judica me, Deus.
Une âme fidèle, éloignée de Sien, désire vivement revoir le temple de Dieu.
Les psaumes xli et xlii n'en font qu*un, l'un des plus beaux de la collection (1). « Au chef de chœur. MaskîL Des
(l) Le Psalmus David qu'on lit dans la Vulgate, xlii, 1, n'est pas dans l'original, et la régularité des strophes, la répétition du refrain, de même que la suite des pensées, nous montrent que xli et xlii ne
enfants de Coré. » — Les sept premiers psaumes de ce livre portent les mots : Des enfants de Coré, et doivent par conséquent avoir été composés par eux. — Trois strophes de iO vers, XLi, 2-5; 7-11; xlii, 1-4, suivies chacune du même refrain, XLi, 6, 12; XLII, 5 — 1" str., 2 5 : L'exilé soupire après le temple de Dieu comme le cerf altéré après une source d'eau vive. — 2" str., 7-11. Plainte à Dieu. — 3® str., XLII : Prière pour que le Seigneur le délivre de ses ennemis et lui fasse revoir le temple (1). — Le Ps. xlii est récité tous les jours au pied de l'autel par le prêtre qui va offrir le saint sacrifice. Par les hésitations qu'il exprime, avec ses alternatives de trouble et de confiance, il est admirablement propre à exprimer les sentiments qui remplissent le cœur du ministre de Dieu à ce moment solennel (2).
715. — Psaume XLiii, hébreu XLiv : Deus^ auribusnosiris audivimus. Prière poor obtenir la yictoire sur les ennemis da penple de Dieu.
« Au chef de chœur. Des enfants de Coré. Maskîl. » — Ce psaume paraît avoir été composé pendant la guerre contre les Syriens et les Ammonites, Il Reg., viii, 13; cf. III Reg., XI, 15. — Six str. de 10, 10, 8, 6, 10, et 10 vers : 2-4; 5-9; 10-14; 15-17; 18-22; 23-26. — La suite des pensées est très simple : Dieu, vous nous avez aidés dans la personne de nos pères, 2-4 ; vous devez nous aider nous-mêmes, 5-9. Cependant
forment qu'un seul psaume. Les trois strophes se relient entre elles et g'entrelaceût en quelque sorte par des répétitions communes dans la poésie hébraïque; ainsi str. 1, vers 6 ou xli, ^. 4^ avec str. 2, vers 10 ou t- II** ; str. 2, vers 8 ou y. 10^ avec str, 3, vers 5 ou xlii, 2^ ; str. 1, vers 4 ou xlî, ^. 3^ et str. 3, vers 8 ou xlii, 3^ . Eusèbe avait déjà remarqué que le Ps. xlii n'était qu'une partie du Ps. xli. Commenla- 7'ia in Psalmos, Ps. xlii, t. XXIII, col. 379 : « Prœcedeutis [psalmi] pars videtur esse, quod utique cum ex similibus utrinque verbis, tum ex affini sententia commonstratur. »
(1) Traduction et analyse littéraire dans Herder, Histoire de la poésie des Hébreux, p. 507-508.
(2) Voir l'explication de ce Psaume appliqué à la messe. Le Courtier, Manuel de la Messe ou explication des prières et des cérémonies du saint Sacrifice, 3« partie, ch. U â .2. 1835, p. 222-231.
VOUS ne nous avez point secourus, 10- H; quoique aucune faute ne nous rende indignes de votre protection, 18-22. Venez donc nous sauver, 23-26. Les ff. 5-6 correspondent à 2-3 par le sens; 7-8 à 4, par le sens et par les mots.
716. —Psaume xliv, hébreu xlv : Eructavit cor meum verbum bonum. Union de Notre-Seigneur avec son Église.
« Au chef de chœur. Sur (l'air des) lis (ou sur un instrument en forme de lis). Des enfants de Coré. Maskîl, scMr (chant) d'amour. » Canticum pro dilecto, dit la Vulgate, pour traduire ce dernier mot. — Ce psaume est appliqué par beaucoup de commentateurs au mariage de Salomon avec la fille du pharaon. On peut le regarder plus justement comme un chant purement prophétique, qui, comme le Cantique des cantiques, célèbre l'union de Notre-Seigneur avec son Église. Il est certainement messianique (1). — La division des strophes est incertaine et irrégulière. On peut en distinguer sept de 6 vers, 2-3; 4-5; 6-8; 9-10; 11-13; 44-16; 17-18.
— 1" str., 2-3 : Exorde ; enthousiasme du poète produit par l'excellence du sujet qui l'inspire : la beauté du roi-Messie.
— 2^ str. 4-0 : Ce roi-Messie, prodige de beauté, est aussi un héros, un prodige de force. Le psalmistele dépeint comme un spectacle qu'il a sous les yeux. — 3" str., 6-8 : Ce héros est Dieu, un dominateur divin. — 4** str., 9-10 : Après avoir décrit le Messie, époux de l'Église, dans les trois premières str., lePsalmiste nous montre, dans les str. suivantes, l'Éghse son épouse. L'Église lui est donnée, brillante de For d'Ophir.
— 5® str., 11-13 : Discours à la reine, afin qu'elle se donne tout entière au Messie. — 6^ str., 14-16 : Description de la beauté de la reine ou de l'Église. — 7« str., 17-18 : Propagation et gloire de l'Église (2).
(1) Heb., I, 8-9 et Ps. xliv, 7; Is.. ix, 6-7 et Ps. xliv, 5, 12. Le Targumiste paraphrase ainsi le jl^. 3. « Ta beauté, ô roi Messie, est supérieure à celle des enfants des hommes, »
(2) Traduction et analyse littéraire dans Herder, Histoire de la poésie des Hébreux, p. 485-487 ; explication dans S.Jérôme, Ep. Lxv ad Priii' cipia/n v'rginem, t. xxil, col. 622-639.
[717] ART. II. — ANALYSE ET EXPLICATION DES PSAUMES. 3il
717. — Psaume xlv, hébreu xlvi : Deus noster refugîum et virtus. Dieu est notre force.
« Au chef de chœur. Des enfants de Coré. ''Al ^alâmôth (avec voix de soprano, d'après un grand nombre). Schh\ » Ce psaume a été probablement composé à l'occasion de la guerre des Moabites, des Ammonites et des Iduméens, du temps de Josaphat, II Par., xx. — Trois strophes, dont la fin est mar quée par le sélah^ de six vers chacune, 2-4; 5-7; 9-11. La seconde et la troisième sont suivies d'un refrain de deux vers, 8; 12. — V str., 2-4 : Dieu est notre secours au milieu des tempêtes et des dangers (1). — 2^ str. 5-7 : Jérusalem est inébranlable, parce que Dieu la protège. — 3° str., 9-11 : Dieu détruit tous ses ennemis (2).
(1) Pd. XLV, 3-5 : Transferentur montes in cor maris, sonuenmt et turbatse sunt aquse eorum. Le pronom eorum se rapporte à maris; il traduit le grec aÙTûv.
(2) « Je me souviens d'un récit que j'ai lu avec une vive émotion. En 1825, un violent incendie éclata, au milieu de la mer, à bord du Kent, vaisseau de la compagnie des Indes. Le capitaine, voyant qu'il n'y avait pas d'espérance de maîtriser le feu, qui allait bientôt gagner les poudres, ordonna d'ouvrir de larges voies d'eau dans le premier et dans le second pont. L'eau entra de toutes parts dans le vaisseau et parvint à arrêter la fureur des flammes; mais ce fut un autre dauger et le vaisseau semblait devoir bientôt s'ensevelir dans la mer. « Alors, » dit l'auteur du récit, commença une scèae d'borreur qui dépasse » toute description. Le pont était couvert de six. à sept cents créatures » humaines dont plusieurs, que le mal de mer avaient reteaues dans » leur lit, s'étaient vues forcées de s'enfuir sans vêtements, et cou- » raient çà et là, cherchant un père, un mari, des enfants. Les uns » attendaient leur sort avec une résignation silencieuse ou une insen- » sibilité stupide ; d'autres se livraient à toute la frénésie du déses- » poir... Les femmes et les enfants des soldats étaient venus chercher » un refuge dans les chambres des ponts supérieurs, et ils priaient et « lisaient l'Écriture Sainte avec les femmes des officiers et des passa- » gers. » Parmi elles, deux sœurs, avec un recueillement et une présence d'esprit admiraJales, choisirent à ce moment, parmi les Psaumes, celui qui convenait le mieux à leur danger, et se mettant à lire à haute voix, alternativement, les versets suivants :
Dieu est notre retraite (disaient-elles),
Notre force et notre secours dans les détresses,
C'est pourquoi nous ne craindrons point quand même la terre se boule-
Et que les montagnes se renverseraient dans la mer; [verserait,
718. — Psaume xlvi, hébreu xlvii : Omnes génies, plaudite tnanibus. La victoire d Israël et l'Ascension du Messie.
« Au chef de chœur. Des enfants de Coré. {Mïzmôr) Psaume. » — Plusieurs critiques voient dans ce psaume un chant de triomphe, entonné après une "victoire, au moment où l'on ramène l'arche sur le mont Sion ; la tradition chrétienne l'applique généralement à l'Ascension de Notre-Seigneur. — Cinq strophes de 4 vers chacune, 2-3; 4-5; 6-7; 8-9;
Quand ses eaux viendraient à bruire et à se troubler
Et que les montagnes seraient ébranlées par la force des vague*.
Car l'Éternel des armées est avec nous ;
Le Dieu de Jacob nous est une baute retraite.
Képondez maintenant vous tous qui m'écoutez, où donc est la tempête? où donc ce bruit des lames et des vagues? Vox Domini super oquas, dit ailleurs (Ps. xxviii) le Psalmiste; oui, il n'y a plus, à ce moment, sur les eaux que la voix du Seigneur et celle de l'homme que la foi unit à Dieu. Cette voix de Dieu domine pour nous le sifflement des vents, les mugissements de l'orage, et les cris des passagers désespérés, s'il en est qui soient encore désespérés à côté de la piété de ces deux jeunes sœurs; elle domine, dans notre esprit, l'idée de la tempête, comme elle dominait alors la tempête elle-même dans les âmes que ranimait ce cantique. Dans le péril extrême, le capitaine fit monter un homme au petit mât de hune, « souhaitant, plus qu'il ne l'es- » pérait, que l'on pût découvrir quelque vaisseau secourable sur la sur- » face de l'Océan. Le matelot, arrivé à son poste, parcourut des yeux » tout l'horizon; ce fut, pour nous, un moment d'angoisse inexpri- » mable; puis tout à coup, agitant son chapeau, il s'écria : Une voile » sous le venti Cette heureuse nouvelle fut reçue avec un profond sen- » timent de reconnaissance, et l'on y répondit par trois cris de joie. » Le vaisseau signalé était un brick anglais qui, mettant toutes voiles dehors, vint au secours du Kent. Alors commença une nouvelle scène. Le transbordement était difficile à cause de la violence de la mer; il devait être long, et cependant, d'un moment à l'autre, le vaisseau pouvait sombrer. La discipline fut gardée, et le sentiment de l'honneur ne fut pas moins puissant contre l'impatience de la délivrance que ne l'a- /ait été contre le désespoir de la mort le sentiment de la foi et de la prière. « Dans quel ordre les officiers doivent-ils sortir du vaisseau? » vint demander un des lieutenants. — Dans l'ordre que l'on observe » aux funérailles, cela va sans dire , répondit le capitaine. » Et c'est dans cet ordre, qui semblait un symbole du péril, que l'équipage sortit du vaisseau, les plus jeunes passant les premiers et les officiers du grade le plus élevé demeurant les derniers sur le vaisseau et restant plus longtemps près de la mort. » Saint-Marc-Girardin, Cours de littéruture drU' matique, 1843, leçon IV, t. i,p. 84-87.
10. — 1" str., 2-3 : Acclamation à Dieu; — 2° str., 4-5 : Parce qu'il soumet les peuples à Jacob. — 3° str., 6-7 : Dieu s'élève; qu'on chante sa gloire! — 4" str., 8-9. Car il est le roi de toute la terre. — 5® str., 10 : Et tout lui appartient.
719. — Psaume xlvii, hébreu xlviii : Magnus Dominus et laudabilU nîmis.
Chant de victoire à l'occasion de la délivrance de Jérusalem.
« Cantique, psaume {SchÎ7\ mizmôr). Des enfants de Coré. » — La Vulgate ajoute : Secunda sabbati, pour le lundi. Composé probablement à l'occasion de la délivrance de Jérusalem, assiégée par Phacée, roi d'Israël, et Rasin, roi de Syrie, Is., yii, i; IV Reg., xvi, 5. — - Cinq strophes irrégulières de 5,9, 5, 7, 6 vers, 2-3; 4-8; 9; 10-12; 13-15. Elles sont pleines de mouvement et de vie. La 1" glorifie le Seigneur de la beauté de la cité sainte. — La 2% dans un tableau rapide, nous montre Tarmée ennemie dispersée soudain comme une flotte brisée par la tempête. — La 3° compare les événements récents aux miracles anciens. — La 4"^ est l'action de grâces. — La 5° décrit avec complaisance la force de Jérusalem dont le Dieu est le vrai Dieu.
720. — Psaume XLViii, hébreu xlix : Audite hœc, omnes gentes. Néant des biens de ce monde.
« Au chef de chœur. Des enfants de Coré. Psaume {Mizmôr). » — Ce psaume commence par une sorte de préambule de 8 vers, 2-5, et comprend deux strophes égales, del5 vers, 6-12, et 14-20, terminées chacune par un refrain, 13, 21. — C'est un de ceux qui contiennent des passages explicites sur la croyance à une autre vie. Il rappelle les Proverbes, -, surtout dans son introduction. — Plusieurs versets sont
Iibscurs.
fSl. — Psaume xlix, hébreu l : Deus Deorum Dominus locutus est. Discours de Dieu sur le culte qu'il faut lui rendre.
a Psaume {Mizmôr], D'Asaph. » — Psaume didactique, l'une grande clarté, destiné à inculquer l'inutiUté d'un culte lu 2.1
314 CHAP. m. — • LES PSAUMES. [722]
purement extérieur. — Trois strophes de 13, 19 et 18 vers, 1-6; 7-15; 16-23. 1" str., 1-6 : Description de la théophanie ou de l'apparition de Dieu qui va parler. — 2° str., 7-15 : Discours de Dieu aux Juifs fidèles : ce qu'il désire d'eux, ce ne sont point les boucs et les taureaux, mais un sacrifice de louange, c'est-à-dire l'adoration du cœur. — 3° str., 16-23 : Discours aux Juifs pécheurs : qu'ils n'espèrent point pouvoir pécher à leur gré et obtenir le pardon de leurs fautes par l'oblation de victimes : Dieu ne pardonne qu'à ceux qui se repentent et se corrigent (1).
722. — Psaume L, hébreu Ll : Miserere mei, Deus. David pénitent implore le pardon de ses péchés.
a Au chef de chœur. Psaume {Mizmôr). De David. Cum venit ad eum Nathan propheta, quando intravit ad Bethsabee. » 11 Reg., XII. — Quatre strophes de 10, 8, 10, et 8 vers, plus une 5* str. postérieure, ajoutée après le retour de la captivité, probablement du temps d'Esdras, et placée, non plus dans la bouche de David, mais dans celle du peuple, 3-6; 7-10; 11-15; 16-19; 20-21. — Ce psaume est le plus beau de tous les actes de contrition. Jamais pécheur n*a senti plus vivement et exprimé plus fortement le besoin d'obtenir la rémission de ses péchés. Chaque str. commence par une invocation à Dieu, unique dispensateur de la grâce. La 1" str. contient la confession du crime^, la 2^ demande que la souillure soit lavée, la 3* que l'âme soit renouvelée et recréée, la 4® promet la reconnaissance et un sacrifice de louanges. Il y a peu de pages de la Bible qui renferment autant„de vérités dogmatiques en si peu de lignes. Le péché souille l'âme, c'est une ofiPense directe faite à Dieu. Seul, Dieu, l'unique dispensateur de la grâce, peut l'eflacer. L'hysope, plante dont la tige servait d'aspersoir, n'est mentionnée qu'à ce titre poétique.
(1) « Jamais nulle ode grecque ou latine, dit Fénelon , n'a pu atteindre à la hauteur des Psaumes. Par exemple, celui qui comuieoce ainsi : Le Dieu des Dieux , le Seigneur a parlé, et il a appelé la terre , surpasse toute imagination humaine. » Dialogues sur Véloquence^ dial. II, Œuvres, éd. Lebel, t. XXI, p. 92.
<î.ft-I,
^^V Hysope en fleurs. La fleur isolée, à droite, est de grandeur naturelle. Les savants ^^^^ai se sont occupés de la flore biblique n'ont pu s'entendre sur l'identificatiou de la ■^^lante appelée en hébreu 'êzôh , tt qui servait aux aspersions. Ex., xii , 22; Lév.^ ' XIV, 6; Num., xix, 18. Cf. 111 Reg., iv, 33; Joa., xix, 2i); Heb., ix, 19. Nous repros dui-ous ici la plante à laquelle oa donne communément le nom d'bysopo.
Le pardon est obtenu seulement par la contrition. — Ce psaume est le 4° des Pénitentiaux.
723. — Psaume li, hébreu lu : Quid gloriaris in malitial Contre Doêg lldaméen ; châtiment réservé aux calomniateurs.
« Au chef de chœur. Intellectus {Maskîl). De David. Gum venit Doeg Idumaeus , et nuntiavit Sauli : Venit David in domum Achimelech. » I Reg., xxii, 6-iO, — Trois str. de 7, 8 et 5 vers, 3-6; 7-9; 40-H.
Pour le psaume lu, hébreu lui, voir le psaume xiii^ n° 686.
724. — Psaume lui; hébreu liv : Deus^ in nomine tuo salvum me fac. Prière de David trahi et exposé à tomber entre les mains de Saùl.
a Au chef de chœur. Avec accompagnement d'instruments à cordes (Neginôth). Intellectus {Maskîl). De David. Gum venissent Ziphaei et dixissent ad Saùl : Nonne David absconditus est apud nos? » — Composé à l'occasion de la trahison des Ziphéens. I Reg., xxiii, 19 sq. Deux str., la 4'° terminée par Sélahj de 7 et 8 vers, 3-5 ; 6-9. — La 1" str. exprime la plainte, la 2« la confiance dans la protection divine.