‹ Manuel bibliqueChapitre 236 sur 476 · Psaume cxv, hébreu : Non nobis, Domine, non nobis · texte numérisé non relu

Psaume cxv, hébreu : Non nobis, Domine, non nobis

Prière pour obtenir le secours de Dieu en commençant une guerre.

Ce Psaume, quoique il ait une numérotation particulière, pour les versets, dans notre Vulgate, ne compte que pour un avec le précédent, non seulement dans les Septante, nos éditions latines et la liturgie, mais aussi dans les versions syriaque, éthiopienne et arabe. Le beau sentiment

(1) La Harpe dit, au sujet de ce psaume : « Si ce n'est pas là de la poésie lyrique et du premier ordre, il n'y en eut jamais; et si je voulais donner un modèle de la manière dont l'ode doit procéder dans les grands sujets, je n'en choisirais pas un autre : il n'y en a pas de plus accompli. Le début est un exposé simple, rapide et imposant. Le poète raconte des merveilles inouïes comme il raconterait des faits ordinaires : pas un accent de surprise ni d'admiration, comme n'y aurait pas manqué tout autre poète. Le Psalmiste ne veut pas parler lui-même de l'idée qu'il faut avoir des merveilles qu'il trace. ,11 veut que ce soit toute la nature qui rende témoignage au Maître auquel elle obéit. 11 l'interroge donc tout de suite, et de quel ion l Mer, poioguoi as-tu fui? Jourdain, etc. Je cherche quelque chose de comparable à cette brusque et frappante apostrophe, et je ne trouve rien qui en approche. Il interpelle la mer, le fleuve, les montagnes, les collines, et avec quelle sublime brièveté! Et dans l'instant vous entendez la mer, le fleuve, les montagnes, les collines qui répondent ensemble : Eh! ne vorjez-vous pas que la terre s'est émue à la face du Seigneur? Et comment ne serait-elle pas émue à la face de Celui qui change la pierre en fontaine et la roche en source d'eau vive? Car ce sont là les liaisons supprimées dans cette poésie rapide. Le poète aurait pu aussi mettre en récit ce miracle, comme il a fait des autres ; mais il préfère de le mettre dans la bouche des êtres inanimés ; est-ce là un art vulgaire ? » Le Psautier en français, traduction nouvelle^ Discours prélimi7iaire, II« pe^rtie, 1811, p. 33-37.

352 CHAP. III. — lES PSAUMES. [784]

qu'exprime le Non nohis, Domine, non nohis, sed nomini tuo da gloriam, à la suite des merveilles de la sortie d'Egypte, semble, en effet, relier ce Psaume au précédent : le chantre sacré, comme ébloui et accablé à la vue de tant do miracles, et tout pénétré du sentiment de l'infirmité de l'homme, pouvait s'écrier naturellement : Non nobis. Mais la différence de sujet et de rythme paraît donner raison au partage du Ps. In exitu, dans la Bible hébraïque. — C'est une prière d'Israël adressée à Dieu pour obtenir son secours dans une guerre contre les ennemis idolâtres. On le chantait peut-être solennellement au moment de marcher contre l'ennemi. — Cinq strophes irrégulières de 7, il, 6, 7, et 8 vers : 4-3; 4-8; 9-1 J ; 12-14; 15-18. — 1" str., 1-3 : Que Dieu glorifie son nom en accordant sa victoire aux siens contre les idolâtres (1). — 2« str., 4-8 : Les dieux des païens ne sont rien. — 3" str., 9-11 : Que les guerriers d'Israël soient donc pleins de confiance, car c'est le vrai Dieu qui est leur soutien. Comme cette dernière idée est celle que le Psalmiste veut inculquer le plus profondément dans le cœur des soldats, elle est répétée trois fois dans cette strophe, à la 3* personne. Les vers : 14-15, sont à la 2^ personne ; ce changement provient, sans doute, de ce que le refrain était chanté par le chœur de ceux qui ne partaient point pour la guerre, tandis que les guerriers chantaient eux-mêmes le reste du psaume, d'où l'emploi de la 1" personne : 1, 3, 12, 18. — 4e str., '12-14 : Promesse que Dieu bénira son peuple. — 5« str., 15-18 : Même pensée exprimée en d'autres termes : Dieu conservera à Israël la terre qu'il lui a donnée, et les Israélites le loueront, avant de descendre dans la tombe.

(1) Le dimanche 12 septembre 1683, Jean Sobîeski livra la fameuse bataille qui délivra Vienne, assiégée par les Turcs, en brandissant sa framée au premier rang de ses troupes et en répétant à grands cris ce verset : Non nobis, non nobis, Domine exerciiuum, sed nomini tuo da fjloriam. A cette voix, à ces accents, « les Tartares et les Spahis le reconnurent et reculèrent, » dit Tbistorien de la Pologne. Salvandy, Hiiioire de la Pologne avant et sous le roi Jean Sobieski, 1829, t. m, p. 91.

785. — Psaumes cxiv et cxv, hébreu cxvi : Ditexi quoniam exaudiet Dominus et Credidi propter quod locutus sum.

Chant d'action de grâces d'un malade qui a échappé à la mort.

Ces deux psaumes, sans titres, n'en forment qu'un seul en hébreu. La Vulgate ne les compte aussi que pour un dans la numérotation des versets. Quoique on puisse très bien les couper en deux, ils paraissent cependant étroitement unis et l'orment quatre strophes de 9, iO, 10 et 11 vers : 1-4; 5-9; 10-14; 15-19, lesquelles se correspondent exactement. Les deux premières racontent à quel péril de mort a échappé le Psalmiste : les deux dernières remercient Dieu de cette délivrance : les quatre strophes se correspondent même deux à deux pour la forme, f. 10 à 1, et 15 à 5. — ^. 13, le calice du salut, figure du calice eucharistique, désigne la coupe qu'on offrait à Dieu pour le remercier de ses bienfaits, et qu'on buvait ensuite (1). Lef. 15 rappelle la mort dont le Psalmiste a parlé, Ps. cxiv, et à laquelle il a échappé. En disant que la mort du juste est précieuse aux yeux de Dieu, il alfirme par là même l'existence de l'autre vie.

786. — Psaume cxvi, hébreu cxvii : Laudate Dominum, omnes génies. Invitation à tous les peuples à louer Dieu.

Sans titre. — Ce quatrain est comme une prophétie de la conversion des Gentils. Rom., xv, 11.

787.— Psaume cxvii, hébreu cxviii: Confitemini Domino quoniam bonus.

Hymne d'action de grâces pour la dédicace du second temple.

Sans titre. — Ce Psaume dont la forme même, — la quadruple invitation de 1-4, le refrain répété après chaque vers : 1-4, etc., — indique qu'il avait été composé pour une cérémonie publique, fut probablement chanté à la Dédicace

(1) Pocuhim gratiarum actionis, dit Kimchi. La troisième des quatre coupes que buvaient les Juifs, dans la célébration de la fête de Pâques, était appelée la coupe de bénédiction ou d'actions de grâces. Of. I Cor., X, 16; Matth., xxvi, 27; Luc, xxii, 17; Jer., xvi, 7;1I Reg , m, 35; Prov., XXXI, 6; III Mac., vi, 21, dans les Septante.

334f CËAP. m. — LES PSAUMES. [788]

du second temple, I Esd., vi, 15-16. On n'y distingue pas de strophes régulières, mais il se divise en divers groupes, destinés à être chantés à des moments différents. Au commencement de la cérémonie, quand la procession se met en marche, elle loue la bonté de Dieu, i-4; pendant la marche, elle rappelle comment Dieu a délivré Israël de la captivité, et elle l'en remercie, 5-18; à l'entrée du temple, elle demande que les portes du temple lui soient ouvertes, pour y glorifier Dieu, 19. — Ceux qui reçoivent la procession répondent que c'est la porte de Dieu, et que les justes seuls y entrent, 20; ils remercient Dieu de l'érection du nouveau temple, et de la joie qu'il leur donne en cette fête, 21-23 (1); ils accueillent enfin ceux qui arrivent, et ordonnent de conduire les victimes du sacrifice à l'autel, 24-27. — La procession répond en glorifiant Dieu, 28. — Enfin tous ensemble, ceux qui arrivent et ceux qui attendaient, répètent les deux premiers vers qui résument tout le Psaume :

Confitemini Domino quoniam bonus :

Quoniam in sseculum misericordia ejus.

788. — Psaume cxviii, hébreu cxix : Beati immaculatiin via. Bonheur de celui qui observe la loi de Dieu.

Sans titre. — Ce psaume, le plus long de tous, est alphabétique, mais les lettres de l'alphabet ne commencent pas seulement un vers, comme dans les autres psaumes alphabétiques, elles commencent les huit premiers vers des huit distiques que renferme chaque strophe (2). Les strophes sont égales en nombre à celui des lettres hébraïques, c'est-àdire 22, formant par conséquent 8 x 22 = 176 distiques ou 352 vers. — La pensée principale développée dans ce psaume est que notre devoir capital consiste dans l'observation de la

(1) Sur le f, 22, voiris., xxviii, 16; Rom., IX, 33; i Petr., ii, 6-7; MatLli.,xxi, 42-44; Marc, xil, 10 sq., Luc, XX, 17; Act., IV, 11; S. J. Chrys., in Ps. cxvii, n» 5, t. cv, col. 335-336.

(2) « Consummatio nostrae doctrinae et eruditionis nostrœ, dit S. Hilaire, sub perfecti hujus numeri (octo) absolutione per singula elementa concluditur. » Tractatus in CXVIII Ps., t. ix, col. 503.

loi de Dieu (1). L'Église le fait réciter tous les jours à ses prêtres, dans les petites heures du bréviaire, pour leur rappeler que leur vie tout entière ne doit être que l'accomplissement de la volonté de Dieu (2).

On a reproché à ce psaume de manquer de plan et delogique, d'être rempli de répétitions oiseuses et monotoues, etc. Voici ce qu'on peut répondre à ces objections : « Le ^. 9 nous montre que l'auteur est un jeune homme [adolesceniior), ce

(1) « In hoc psalmo tanquam synonyma pro divina lege et sapientia accipiuntur haec utroque numéro : lex, mandata, statuta, vise, judicia, frstimoma^ prxcepta, justitia, xquitas, fiistificationes, sermones, verbum,

oquium, veritas; nam vel non différant, vel eu m re idem sint, eameinque divinam legem et doctrinam significent, ratione et notatione diiritaxat distinguuntur, quatenus legis divinx qualitates, notse, perfeciioues, proprietates, variée sunt ac multipliées. » Tommasi, Psalterium perpétua interpretatione omaium, Opéra, t. III, p. 438. Le seul f. 122 ue contient pas de mots signifiant la loi.

(2) « Est altissimus profunditate sensuum, dit Cassiodore, ^jpo^. m Ps. cxviii, t. Lxx, col. 835, et contextus quasi similium repetitione ver- Ijorum, modo profitendo quod accepit, modo iterum gperando quœmeruir. Qui more nobilium fluviorium leuis ire conspicitur, cum nimis ! rofundus esse noscatur. » Tommasi donne un moyen de réciter pieu- <fment ce psaume en le distribuant de la manière suivante : Idée générale : « Quod Christus nos imbuat praeceptis, juslificationibus ac legibus mis. Vox Christi ad Patrem de adversario, et de Judseis et de adventu

MO et passione et resurrectione sua; de judicio ejus futuro et regno; de monendo proximo. » Division des strophes : «I. Âleph. Psalmus de doctrina distinctus mystica. II. Deth. Vox novelli populi et juvenum iiuper credentium in Deum. III. Gimel. Vox confessorum et pœnitentium ab ignorantia se convertentium. IV. Daleth. Vox saecularium cre-

lentium in Deum. V. He. Vox monachorum singulariter viventium. VI. Vau. Vox sacerdotum regentium. VII. Zain. Vox viri sancti, inter iniquos deputati. Vlli. Heth. Vox doctorum adnuntiantium judicia Dei et vigilantium. IX. Thet. Vox sanctorum in tribulatione degentium, qui in adversis probantur. X. lod. Vox praepositorum et confessorum ac virginum in Deum credentium. XI. Caph. Vox pœnitentium hominum. XII. Lamed. Vox clericorum in gradu novo introeuntium. XIII. Mem. Vox doctorum legem depromentium. XIV. Nun. XV. Samech, Vox justi in tentationibus. XVI. Ain. Oratio fidelis in fine obitus sui. XVII. Phe. Verba percipiens, gratias Deo agens. XVIII. Sade. Deprecatio tabescentis inter peccatores. XIX. Coph. Vox confessoris laborantis a

uventule. XX. Resch. Supplicatiopauperis in doloribus positi. XX!. Sïn. XXII. Tau. » Psalterium juxta duplicem editionem quam Romanam dicunt et Gallicam, Xill, Coilectio argumentorum in Psahnos ex dictis Origenis. éd. de 1683, p. xxv-xxvi, ou Opéra, 1745, t. ii, p. LViii.

qui est confîrmépar les versets 99-iOO [et! 4 1 ]. Ce jeune homme se trouve dans un état qui est clairement décrit : Il est traita avec mépris, maltraité, persécuté par les ennemis de la parole de Dieu , puisque la défection Tentourej par un gouvernement hostile à la vraie religion, 23, 46, 161; il est dans les fers, 6ij 83, il attend la mort, 109; il reconnaît dans ses souffrances une humiliation salutaire qui lui vient de Dieu ; la parole de Dieu est donc sa consolation, sa sagesse; it attend le secours divin et Timplore ; — le psaume tout entier est une prière pour obtenir la persévérance au milieu d'une société impie et dégénérée, la consolation au milieu d'une affliction profonde, augmentée par l'infidélité de ceux qui l'environnent ; c'est une prière pour obtenir le salut : elle devient de plus en plus pressante et fait entendre, dans la strophe ca/?A, le quando consolaberis me? 82. — Quand on s'est bien pénétré de ce caractère du psaume, il est impossible de ne pas apercevoir le développement de la pensée. Après avoir loué la parole de Dieu (str. aleph) et proclamé combien grande est sa vertu, puisqu'elle rend pieux le jeune homme qui l'étudié avec soin {beth)^ le poète demande, au milieu des ennemis railleurs qui le persécutent, la grâce de l'illumination {ghimel), de la fermeté {daleth), de la persévérance {hé), et la force de confesser sa foi avec force et avec joie (vav); la parole de Dieu est l'objet de son affection {zaïn) ; il se range parmi ceux qui craignent Dieu {kheth), il reconnaît que son humiliation est salutaire {teth), mais il a besoin de consolation [yod), et il demande en soupirant : Quand serai-je consolé {caph)? Sans la parole puissante, ferme, éternelle de Dieu qui le soutient, il perdrait courage {lamed); elle lui donne la sagesse et la prudence (mem), il lui a juré fidélité et il garde son serment, malgré la persécution (noun), il abhorre et méprise les apostats (samech). Il est opprimé, mais Dieu ne le laissera pas périr {'aïn), il ne permettra pas que les efforts des impies, qui lui arrachent des larmes, l'emportent (phé) sur lui, qui est petit (encore jeune) et méprisé, mais que consument le zèle contre ceux qui oublient Dieu (/5ac?e). Puissele Seigneur entendre les cris

par lesquels il l'appelle, et le jour et la auit (^o/), le consoler bientôt par sa miséricordieuse bonté (resch), lui qui, persécuté par les princes, s'attache fermement à Dieu {schîn)^ et enfin le sauver, lui, pauvre brebis errante et en grand danger {thav) ! — Toutes les pensées principales des diverses strophes ne sont pas épuisées par cette analyse,... mais elle montre du moins que ce psaume ne manque point de suite et de mouvement dans la pensée, qu'il n est point un simple poème abstrait, mais qu'il est fondé sur des événements particuliers et est l'expression d'une situation personnelle, d'où est sorti, comme un fruit de la piété (de l'auteur), cet éloge intarissable de la loi de Dieu... 11 est possible que la composition d'un psaume aussi long, qui manifeste dans sa forme artificielle, depuis le commencement jusqu'à la fin, la tranquillité d'âme d'un confesseur de la foi, soit l'œuvre d'un prisonnier qui abrégeait les heures de sa captivité en exprimant ainsi, en strophes alphabétiques, ses plaintes et ses espérances (1). » Quelques critiques l'attribuent à Esdras.

a II nous paraît, dit M. Le Hir, que l'on pourrait tirer de la seule lecture ou exposition de ce psaume une preuve frappante de la divinité d'une religion qui inspire de tels sentiments d'amour, d'amour tendre, vif et désintéressé pour la loi de Dieu. Le Psalmiste va jusqu'à verser des larmes et à se consumer de douleur et d'indignation, par zèle pour cette loi qu'il voit transgressée, méprisée par les méchants. L'homme cherche en vain de tels sentiments en lui-même, il faut que la grâce les y forme. Aussi ne trouve-t-on rien d'analogue dans toutes les littératures ni dans toutes les philosophies profanes (2). »

(1) F. Delitzsch, Die Psaimen, 3« édit., 1874, t, ii, p. 241-242.- S. Ambroise a fait un commentaire moral très développé de ce Psaume : In Psnlmum David cxviii Expositio, t. xv, c. 1197-1527. Voir aussi l'exposition de ce psaume dans M. Bacuez, Du saint office^ 2e partie, titre II, seclioQ II.

(2) Le Hir, Les Psaumes^ p. 276.

358 CnAP. III. — LES PSAUMES. [791]

Les quinze psaumes graduels, cxix-cxxxiii.

, 789. — Psaume cxix, hébreu cxxiAd Dominum cum tribularer clamavi. Prière à Dieu contre les fourbes.

« Schîr ham-ma^alôthy cantique graduel, » Ce psaume est le premier des quinze qui porte ce nom. En voir la signification, n° 666, au mot ma'alôth. — L'auteur vit dans un temps de trouble, peut-être du temps d'Esdras, après la captivité; il est entouré d'ennemis, comme une brebis au milieu des loups, et il implore le secours de Dieu. — Trois str. de 4, 4 et 6 vers, 1-2; 3-4; 5-7. — Le rythme de gradation, n° 666, qui est très sensible dans plusieurs des psaumes graduels, est ici manifeste (i). — 4" str., 1-2 : Invocation à Dieu contre les fourbes. — 2® str., 3-4 : Apostrophe aux fourbes, qui ne retireront aucun profit de leur tromperie. — 3^ str., 5-7 : Plainte sur son sort.

790. — Psaume cxx, hébreu cxxi : Levavi oculos meos in montes. Dieu est notre garde.

({ Psaume graduel. » — Quatre strophes régulières de 4 vers, 1-2; 3-4; 5-6; 7-8. Sur le rythme de gradation, très sensible dans ses strophes, voir n** 666, au mot ma^alôth,

— Ce psaume est écrit avec simplicité, élégance ; il respire une grande sérénité d'âme. Les pensées du poète sont exclusivement tournées vers les choses saintes. 11 est en route pour Jérusalem, où il est sûr de trouver le protecteur qui le garde de tout mal.

791. — Psaume cm, hébreu cxxii : Lœtatus sum. Bonheur de celtn qui visite la maison de Dieu.

« Psaume graduel. » — Le texte hébreu ajoute : « De David. )) — Composé peut-être pendant la révolte d'Absalom,

— Trois strophes de 6, 6 et 8 vers, 1-3; 4-5 ; 6-9 (2). —

(i) A lingua dolosa, 2^ et ad linguam dolosam, S'» ; habitavi et incoîa fui, 5b et 6^ ; pacem et pacificus, 7* et 7b . (2) Le rythme de gradation se remarque l^ , 5* et 9" : Domum Do*

Ce psaume suppose très clairement l'existence des pèlerinages à Jérusalem, 4* - 6, comme règle, 4^"*. — 1" str., 1-3 : Joie au départ pour Jérusalem (1) ; arrivée à la ville bien bâtie. — 2° str., 4-5 : Les tribus d'Israël vont là en pèlerinage, selon la prescription {testimonium) faita à Israël, pour y louer le Seigneur et y être jugés parla maison de David,

— 3° str., 6-9 : Vœux pour la félicité de Jérusalem.

792. — Psaume cxiii^ hébreu cxxiii : Ad te ievavi oculos meos.

Confiance en Dieu au temps de l'affliction.

« Psaume graduel. » — Le pieux Israélite lève ses yeux avec confiance vers Dieu 1° pour connaître sa volonté, 1-2; 2° pour recevoir sa grâce au moment de l'affliction, 3-4. Ces deux pensées sont exprimées dans deux strophes de 6 et 4 vers. On rencontre dans le texte original de ce psaume plus d'assonances que dans aucune autre partie de l'Ancien Testament, ce qui lui donne une apparence de poème rimé, S-^et 3^; 3''et4*; 3''et4=(2).

793. — Psaume cxxiii, hébreu cxxiv : Nisiquia Domînus eratin nohis.

Bonté de Dieu qui a délivré Israël de sea ennemis.

« Psaume graduel. » — Ce beau psaume peint les efforts qu'ont fait les ennemis du peuple de Dieu pour le dévorer, mais Dieu les a arrachés à leur rage. Cette même pensée est exprimée sous des images diverses : des flots qui menaçaient de les engloutir, des rets qu'on leur tendait pour les prendre.

— Les aramaïsmes du texte original indiquent que la composition est relativement récente. Elle est faite avec un art raffiné, dans lequel le rythme de gradation est très vi-

fwmt, David; 2^ et 3« : Jérusalem; 4» et 4^ : tribus; 5« etB*» : sedes; 6*, 7* et 8b : pax^ pacem; 6^ et 7^ : abundantta.

(1) On peut comparer à la joie qu'éprouvent les Juif3, quand ils voient Jérusalem, celle des croisés, très bien décrite par les chroniqueurs. Voir Robert le Moine, Hist. Hier.^ 1. IX, c. i, Migne, Pat. lat., t. CLV, col. 745, et Balduin, Hist. Hier., 1. IV, ib., t. clvi, col. 1139.

(2) On observe aussi dans ce psaume le rythme de gradation : 1«, 2», 2^ et 2» : oculi; 2' et 3« : miserere; 3»» et 4^ : repleti;^^ et 4» : despectio.

sible (1). — 4 sir. irrégulières de 4-, 6, 6 et 2 vers; 1-2; 3-5 ; 6-7; 8.

794. — Psaume cxxiv, hébreu cxxv : Qui confidunt in Domino, Sécurité de ceux qui se conQent en Dieu.

« Psaume graduel. » — Composé sans doute pendant la captivité, f. 3 (2). —Trois strophes de 6, 4, 5 vers, 1-2; 3 ; 4-5. Ce psaume développe la pensée que Dieu protège ceux qui lui demeurent fidèles au milieu des épreuves de la captivité. — 1" str., 1-2 : Qui se confie en Dieu est inébranlable comme Jérusalem sur ses montagnes. Les montagnes, dans l'Écriture, soat l'image de la sécurité, parce que c'est là que les Hébreux se mettaient à l'abri de leurs ennemis, n° 425, 3'*. — 2® str., 3 : La captivité prendra fin. — 3® str., 4-5 : Que Dieu traite le bon avec bonté; le méchant, qu'il le punisse, et qu'il donne sa paix à Israël (3).

795, Psaume cxxv, hébreu cxxvi : In convertendo Dominus, Joie du retour après la captivité de Babylone.

« Psaume graduel. » — Composé au retour de la captivité. — Deux str. régulières de 8 vers, 1-3; 4-6 terminées, l'une et l'autre par une sorte de répétition : 1** Magnificavit Dominus facere cum ei's, 2^, et magnificavit Dominus facere nobîscum, 3* ; 2** mittentes 6^, et portantes 6<i (c'est le même mot dans le texte original). — La 1" str., 1-3, s'occupe du passé, la 2% 4-6, de l'avenir. Dans le passé, le Psalmiste rappelle la joie du retour de la captivité; des difficultés

(1) 2» est répétition de 1»; 5> est comme 3> et 4»; Peau se trouve 4^ et 5^ ; ït^ répète à peu do choses près i^. Au f. 7, le laqueus est meutionné 1^ et 7° , et la délivrance 7» et T"».

(2) Rythme de gradation : 1» : m aitemum^ et 2c : in sœculum; 2^ et 2i> : in circuitu; 3^ et 3^ : Justi; 4» : benefac et bonis.

(3) Le mot oblîgationesy cxxiv, 5, est obscur. Plusieurs pensent qu'il faut lire obh'quationes, voies tortueuses. Ita Weitenauer, Lexicon Bibllcum, Rome, 1866, p. 360. — Cependant obligationes parait être la vraie leçon; ce mot signifie liens, corde pour étrangler. Cf. Act., vin, 23. Le Psalmiste parle ici de ceux qui tournent à l'oppression, qui en viennent à opprimer les habitants de Jérusalem, Kaulen, Handbuch zur Vulgata, 1870, p. 61 et 30.

sont survenues depuis ; les peuples qui entourent Juda lui suscitent toutes sortes d'obstacles pour entraver la reconstruction du temple ; tous les captifs ne sont pas revenus, mais que personne ne se laisse abattre : on sème dans les larmes, on récoltera dans l'allégresse. — E unies ibant,... venient, est pour eunt, vem'unt^ n» 667. Le participe du verbe, placé devant le verbe, correspond à un idiotisme hébraïque qui a pour objet de donner plus de force à l'expression; c'est une forme intensitive.

796. .— Psaume cxxvi, hébreu cxxvii : NisiDominus adificaveritdomum.

L'homme De peut rien sans le secourt de Dieu.

« Psaume graduel de Salomon. » — Le nom de Salomon manque dans la plupart des exemplaires des Septante, et Théodoret observe que le 1" verset semble indiquer qu'il s'agit non du premier temple, mais du second, dont la construction fut entravée par les peuples voisins, f. 2, et fort difficile à cause du petit nombre de Juifs qui étaient revenus de captivité avec Zorobabel, f. 4. Il faut remarquer d'ailleurs que ce psaume imite les écrits de Salomon. — Quatre strophes régulières de 4 vers, 4 ; 2 ; 3-4 ; 5. — 1" str., 1 : Tous nos efforts sont vains, sans le secours de Dieu; — 2* str., 2 : Vain le lever matinal, vaine la veille prolongée, et, sans travail, à celui qu'il aime, pendant qu'il dort, Dieu donne son pain. — 3^-4° str., 3-5 : Comme bénédiction spéciale de la Providence, le Psalmiste énumère les enfants : ils sont la force de la famille, comme des flèches dans un carquois, les défenseurs naturels des parents devenus infirmes (1).

797. — Psaume cxxvii, hébre\i cxxviii : Beati omnes qui iiment Dominum.

Bonheur du juste.

« Psaume graduel. » — Le Psalmiste chante le bonheur du juste dans sa famille, et termine par des souhaits en faveur

(1) Rythme de gradation : l^isi Dominus sedificavent, 1« : nisi Dominus custodieritt 1; ssdificanty i^\ cusiodit^ 1^ ; m vanum, 1^; frustra

l«i ; taiiuui, 2*; fdii, 'J» cL 4^^ .

36^ CHAP. in. — LES PSAUMES. [799]

de Jérusalem. — Trois strophes de 4-, 4 et 7 vers : 1-2; 2 ; 4-6. — 4" str., 1-2 : Heureux qui garde la loi, il jouira du fruit de ses mains; — 2* str., 3 : et aura une nombreuse famille. — 3" str., 4-6 : Ainsi il sera béni et verra Jérusalem prospère (1).

Page 1