Noms du livre des Proverbes
i° Les Hébreux l'appellent Mischlê, comme le porte le premier verset : « Mischlê de Salomon, fils de David, roi d'Israël » (1). Les premiers chrétiens l'appelèrent, d'après les Septante, 7uapoi[Â;ai 2a)vO[j,u)VToç, et c'est de là qu'est venu le nom latin de ce livre : Proverbia. Le mot proverbium signifie quasi publicum et commune verbum (2).
2° Le mot ivn^ mâschâl, d'où vient le titre hébreu de ce livre, a plusieurs significations : — !«* Similitude, comparaison, et par extension, sentence, maxime (yvwply], d'où le nom de poésie gnomique donné à h. poésie sentencieuse des Proverbes). On est passé du premier sens au second, parce que
(1) « Liber Proverbiorum, quem Hebraei Misle appellant, » lisonsnous dans le titre de la Vulgate.
(2) Rosenmûller, Scholia in Proverbia^ I, i, p. 24. — Didyme, Catena, donne ainsi l'étymologie de 7rapoi(xia : « Proverbialis sermo alio nomine Parœmia vocatur, nam cum initio vise in milliaria, ut Romani appellant, necdum essent distinctae, priscae aetatis homines, per certa itinerum intervalla, signa defigebant, iisdemque aliquod apophthegma, vel illustre aliquod dictum adscribi curabant. Faciebant id autem duplicide causa : harum una erat ut viator intelligeret quantum viae spatium emensus esset, altéra vero ut ejusmodi sententiam animo versans ejusdemque interprétation! iter profîciscendum, insistens, melior doctiorque evaderet, simulque itinerismolestiam falleret. » Plusieurs anciens Pères grecs ont appelé ce livre Soçîa, i\ Travàpexoç aoçia , la sagesse ornée de toute vertu. Quelques Pères latins, S. Cj^prien, par exemple, l'ont aussi désigné sous le nom de Sapientia Salomonis.
la sentence est très souvent exprimée au moyen d*une comparaison : Cœlum sursum et tei'ra deorsum et cor regum inscrutabile, Prov., xxv, 3. C'est parce que le livre des Proverbes est un recueil de sentences de ce genre, qu*il a été appelé Mischlê (i). Le nom de Proverbes que nous donnons à ce livre dans notre langue ne signifie donc pas des proverbes proprement dits, c'est-à-dire des phrases familières et des dictons populaires, comme « tout ce qui luit n'est pas or, » etc. — 2"* Mâschâl signifie cependant quelquefois proverbe proprement dit, mais c'est une acception plus rare. Quelques-unes des maximes de Salomon sont devenues de vrais proverbes (2). — 3° Ce terme s'emploie également p<ïur désigner une allégorie^ fable ou parabole, comme les fables de Joatham, de Nathan et les paraboles de l'Évangile (3). Il n'y a pas de mâschal ainsi entendu dans notre livre. — , 4* Mâschâl s'emploie aussi pour signifier objet de mee, dans le sens où nous disons en français : se rendre la fable de la ville, Dent., xxviii, 37. — S'» Eufîn, il désigne quelquefois un chant ironique {^).
3° D'après l'introduction des Proverbes, i, 6, ce livre contient, outre diverses espèces de mâschâl, l*» des énigmes, khidah, interpretationem, c'est-à-dire des paroles obscures et difficiles, des espèces de problèmes dont la solution demande de la pénétration et une certaine subtiUté d'esprit (5). — 2^ Les paroles des sages, verba sapientium, c'est-à-dire, sans doute, des sentences des anciens sages qui sont insérées ici.
— 3° Meliisâhf mot traduit dans la Vulgate par ssnigmata.
(1) Ce livre, par son genre de composition et sauf son caractère inspiré, correspond aux livres que nous appelons en français des pensées, comme les Pensées de Pascal, etc.
(2) Par exemple, xxvi, 1, 2, 3, 6, 7, 8, 9, H, 14» 17, etc. Cf. I E^g., SXiv, 14; Luc, IV, 23, etc.
(3) Jud., IX, 7 sq.; Il Reg., xii, 1; cf. ÎV Reg., xiv, 9; Ez., xvii, 2; XXIV, 3.
(4) Michée, ii, 4; Hab., ii, 6; Is., xiv, 4; ou même simplementl un chant, un poème, Job, xxvii, 1; xïix, 1, etc.
(5) S. Alhanase donne comme exemples, Prov., xxx, 15; ix, 1, ettt,
— Les énigmes dont il est question, Jud., xiv, 12; lU Reg., x,, 1, et U Par., IX, 1, portent, dans le te:if.e original, le nom, de hiddàJu
et dans les Septante par ff7.0T£tvbç Xô^oq, « discours obscur ». Il est impossible de déterminer plus e^Lactement la signification de ce terme.
* 822. — Du texte et des traductions anciennes des Proverbes.
!• Le texte original et les anciennes versions de ce livre diffèrent entre eux, en certains points : par un arrangement divers des sentences, par des additions ou des omissions. Les anciens exemplaires hébreux ne paraissent pas avoir été complètement uniformes, les uns renfermant un plus grand nombre, les autres un moindre nombre de maximes, ce qui se comprend sans peine dans une collection de ce genre : de là ces différences.
2" La version des Septante, la plus ancienne de toutes, témoigne dans le traducteur, comme celle de Job, une connaissance plus parfaite du grec que la version des autres parties de l'Ancien Testament. Elle est plus libre que littérale, et l'on peut expliquer par cette circonstance quelques variantes. Parfois, des traductions incompatibles du même passage sont réunies ensemble, comme vi, 25; xvi, 26 ; xxiii, 31. Le plus souvent, les divergences ont certainement pour cause un texte original diffèrent (i).
(1) Elles sont peu considérables dans la première partie du livre, i-ix : deux versets, ajoutés à la fin du ch. iv, complètent le sens, de sorte que la conclusion n'est plus brusque; à la description de la fourmi, vi, 8, est ajoutée celle de l'abeille; après vi, 21, il y a une addition qui paraît inconciliable avec la suite. Dans le ch. ix, plusieurs traits assez longs sont ajoutés à la description des femmes sages et des femmes folles, et achèvent heureusement le portrait. — Les différences sont plus notables dans la seconde partie, x-xxiv. — l® Omissions, xi, 4; xrii, 6; xvi, 1-4; xviii, 23-24; xix, 1, 2; xx, 14-19; xxi, 5; xxii, 6; xxiii, 23 (qui se présente d'une manière inattendue dans l'hébreu), XXIV, 8. — 20 Changements dans la disposition des maximes; par exemple, xv se termine avec f. 29-30, 32-33; et un verset tout semblable à 31 se lit après xvi, 17. Le y. 3 de xix est le dernier verset de xviii; dans xx, les ff. 20-22 sont placés entre 9 et 10. Le bouleversement le plus important, qu'on ne peut guère attribuer qu'à une faute de copiste, paraît au ch. xxiv; après le f. 22, on lit xxix, 27, suivi de quatre distiques qui ne sont nulle part dans l'hébreu ; ils décrivent la colère du roi et stimulent l'attention du lecteur; nous trouvons ensuite, après 33, une partie des paroles d'Agur (Congregans) et celles de La-
3° La version de la Vulgate est de S. Jérôme ; il l'acheva en trois jours, avec celle de FEcclésiaste et du Cantique des Cantiques. Elle contient quelques-unes des additions des Septante (1). On ne peut douter qu'elle n'ait été faite sur un texte antérieur à tous les manuscrits hébreux actuellement existants et différent de ceux que les Massorètes avaient entre les mains.