Des répétitions dans le livre des Proverbes
La preuve, assure-t-on, que tout n'est pas de Salomon dans x-xxii, ce sont les répétitions qu'on y remarque. Il est vrai que ces répétitions existent (2), mais on n'en peut conclure que le recueil est une compilation d'auteurs difl'érents.
V Une partie des répétitions est évidemment voulue. Dans toute la collection, il y a identité de vues, conformité de
(1) Boulanger et Élie Halévy, père du célèbre musicien de ce nom, ont imaginé que Lokman n'était pas autre que Salomon. Cahen, Les Proverbes, Introduction, p. 19.
(2) XIV, 31, et XVII, 5; xxii, 13, et xxvi, 13; xix, 13, et xxvii^ 15; XX, 16, et XXVII, 13; xix, 12, et xx^ 2; xix, 24, et xxvi, 15 ; xxii, 3, et XXVII, 12, etc. Ily a des proverbes répétés trois fois, xiv, 12; xvi, 25, et XXI, 2. La désolation d'une maison où règne la discorde est peinte six fois à peu près par les mêmes traits, deux fois dans les mêmes termes :
XVII, 1 : Melior est buccella sicca cum gaudio,
Quam domus plena victimis cum jurgio.
rix, t3b : Tecta jugiter perstillantia, litigiosa mulier. Kxvn, 15 : Tecta perstillantia in die frigoris,
Et litigiosa mulier comparantur (collection différente). XXI, 19 : Melius est habitare in terra déserta
Quam cum muliere rixosa et iracunda.
XXI, 9 : Melius est sedere in angulo domatis
Quam cum muliere litigiosa et in domo communi. XXV, 24 : Autre collection. Reproduction mot pour mot de xxi, 9, dan» lliébrea et dans la Vulgate; dans les Septante on lit, xxi, 9, un proverbe différcut.
pensées, bien mieux de style, d'expression et de tournure. Assez souvent un vers est répété, comme xiii, 2 et xii, 14^ mais c'est pour faire une comparaison différente :
XIII, 2 : De fruclu oris sui, homo satîabitur bonis, Anima autem praevaricatorum iniqua.
XII, 14 : De fructu oris sui, unusquisque replebitur bonïs, Et juxta opéra manuum suaram retribuetur ci.
Cf. XVIII, il, et X, 15. Il est évident que les passages de ce genre ne peuvent être regardés comme des répétitions. Quand un vers change de place, comme xvi, 5 et xi, 21, quand il se transforme comme xvi, 2, et xxi, 2, ou cesse d'être substantiellement le même, comme xiv, 31 et xvii, 5, il prend un autre sens et n'est plus qu'une reproduction de mots, non de pensée. «Dételles répétitions, faites avec des changements tantôt minimes, tantôt importants, au lieu de prouver la pluralité d'auteurs, établissent, au contraire, son unité, parce qu'elles nous montrent un esprit limité d'un côté dans le cercle de ses conceptions, mais de l'autre se mouvant librement dans ce cercle. On ne voit pas comment un écrivain, dans la composition de plusieurs centaines de proverbes, aurait pu éviter des répétitions partielles » (Hitzig).
2° Quant aux proverbes qu'on lit mot pour mot en deux endroits différents, leur double emploi s'explique par la nature du livre et par la manière dont il fut écrit. Un auteur ne compose jamais d'nn seul trait un recueil de sentences. Ni Pascal ni Joubert n'ont rédigé à la suite toutes leurs pensées sur des sujets divers ou disparates. Dieu n'a point dû faire un miracle pour inspirer à Salomon ses maximes d'un seul coup. Il est vraisemblable qu'il ne les écrivait pas lui-même; c'était sans doute un de ses secrétaires, 111 Reg., iv, 3, car le passage des Rois où il est parlé des Proverbes ne dit pas qull a écrit trois mille paraboles, mais qu'il les a prononcées, locutus est, III Reg., iv, 32. Il résulte de là que Salomon pouvait redire plusieurs fois la même maxime; le même secrétaire ou un second, qui ne se souvenait plus qu'elle était déjà consignée dans la collection, l'y plaçait une seconde fois, comme ciila a eu lieu pour quelques Psaumes, xui
et LU, par exemple (1). Plus tard, les Juifs, en lisant ces recueils, les ont trop respectés pour y rien retrancher.