Moyens de lire avec fruit le livre des Proverbes
« Proverbium, dit S. Basile, morum est institutio et correctio affectuum ; et in summa, vitae est disciplina, eorum quaB agenda sunt praeceptiones sanas ac cordatas complectens » (3).
« 1" Pour les bien entendre, en réduire la doctrine à certaines vérités capitales d'où les autres dépendent. — 2° Comparer les instructions de ce livre avec celles de l'Évangile et des Apôtres, ainsi que de la loi, des prophètes et des autres livres de l'Ancien Testament. — S** Chercher dans les histoires de l'Écriture des hommes tels, en bien et en mal, que les dépeint le livre des Proverbes (4). — 4° Profiter des ou-
(1) Ainsi Jahn, întroductio, § 182, p. 397-398.
(2) Reusch, Einleitung, p. 60. — La tradition juive attribue le Cantique des Cantiques à la jeunesse de Salomon, les Proverbes à son âge mûr et l'Ecclésiaste à sa vieillesse. Les Pères remarquent que dans les Proverbes, Salomon instruit les plus simples, dans l'Ecclésiaste les hommes déjà avancés en âge, et dans le Cantique les âmes parfaites.
(3) S. Basile, Hom. xil, Inprincipium Proverbiorum^ t. xxxi, col. 383.
(4) Cf. par exemple» Prov., i, 7, et 1 Reg., ii, 25; m Reg., xii, 13.
vertures que donoent les Pères de l'Église sur certains endroits de ce saint livre, pour entendre non seulement ces endroits, mais encore tout le reste du livre. — 5° Lire et méditer ce divin livre dans le même esprit dans lequel il a été composé» (1).
Voici un exemple, tiré de S. Augustin, qui montre quel fruit on peut retirer de la lecture et de la méditation des Proverbes dans les applications morales. Saint-Marc Girardin, après avoir rapporté le passage des Proverbes, vi, 6-8, qui vante la prévoyance do la fourmi, continue : « Ne croyez pas que les docteurs chrétiens, surtout les Pères de l'Église, n'aient expliqué la prévoyance que Salomon loue dans la fourmi, que par le soin d'amasser des richesses matérielles pour nos vieux jours. C'est la richesse morale qu'il faut acquérir quand on est jeune, pour en jouir quand on est vieux. Enricûissez votre âme, afin qu'elle ait de quoi se soutenir dans les mauvais jours, a Voyez, dit S. Augustin, la >j fourmi de Dieu : elle se lève tous les jours de grand matin, y> court à l'église, prie, entend la lecture de la parole sainte, i) chante les hymnes, repasse dans son esprit ce qu'elle a » entendu, y réfléchit longtemps et amasse le grain qu'elle » a recueilli dans Taire... Vient l'épreuve de la tribulation, )) l'hiver de la vie, l'orage de la crainte, le froid de la tris- » tesse, la perte des biens, le risque de la vie, la mort des » siens, la disgrâce et l'humiliation... Alors les hommes re- » gardent cette âme fidèle avec une grande compassion : » Quel malheur! disent-ils; le moyen de vivre après cela? »> Comment cette personne n'est-elle point accablée par tant » de maux ? — Ils ne savent pas les provisions qu'a faites la )) fourmi et qui la nourrissent à ce moment ; ils ne voient » pas quels grains précieux elle a amassés, et comment, » renfermée dans son abri, loin de tous les yeux, elle se sou- » tient pendant l'hiver à l'aide des travaux de l'été » (2). Voilà comment S. Augustin explique l'éloge que Salomon
(1 ) Trouvé dans un ancien manuscrit, sans nom d'auteur, de la Bibliothèque du séminaire de Saint-Sulpice.
(2) Enarratio in Ps. Lxvi, n. 3, t. xxxvii, col. 805.
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fait de la prévoyance de la fourmi , prévoyance d'autant plus louable qu'elle s'applique à des biens plus élevés et plus solides que ceux que recherchent ordinairement les hommes, biens qu'on ne possède et dont on ne jouit dans la vieillesse qu'à la condition de les avoir acquis dans la jeunesse. Ne nous y trompons pas, en effet, notre jeunesse fait et prépare notre vieillesse [et même notre vie éternelle], et nous ne retrouvons dans nos greniers que ce que nous avons semé et cultivé dans nos champs pendant le printemps (1). »
ARTICLE II
Analyse et doctrine du livre des Proverbes.