Mer Morte
1» La mer Morte (2), dans laquelle se jette le Jourdain, n'est pas moins singulière que le fleuve qui l'alimente. Elle porte plusieurs noms qui dépeignent chacun quelqu'un de ses traits distinctifs : mer Moi^te, parce qu'elle ne contient aucun être vivant, si l'on ne tient pas compte de quelques animalcules insignifiants ; mer de sel, parce que ses eaux sont extraordinairement salées ; lac Asphaltite, parce qu'on y rencontre beaucoup d'asphalte et de bitume.
2° Cette petite mer est un des endroits les plus remarquables du monde, à cause de la profondeur de ses eaux, de leur salure et de la dépression de sa surface. Le niveau varie un peu suivant les saisons, qui lui apportent une quantité de liquide plus ou moins considérable. D'après les mesures moyennes, elle est à 393 mètres au-dessous de l'Océan (3).
(1) Vignes, Extrait des noies d'un voyage d'exploration à la mer Morte, p. 6.
(2) « Le lac Asphaltite ne mérite pas seulement le nom de mer à cause de sa profondeur et de sa forte salure; il a aussi son courant principal, se dirigeant du nord au midi en continuant le cours du Jourdain, et ses autres courants, refluant à droite ou à gauche, parallèlement au littoral. » Vignes, Voyage d'exploration à la mer Morie, p. 7 ; Elisée Reclus, La Terre, 1870, t. i, p. 536.
(3) « D'après Wilson, le niveau du lac Asphaltite est, en moyenne, de 393 mètres inférieur à celui des océans. La plus grande profondeur constatée par Vignes dépasse 349 mètres et se trouve par conséquent à 744 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée. Ainsi, la dépression dans laquelle va se jeter le Jourdain est plus creuse que ne le sont, dans toute leur étendue, la mer Adriatique et plusieurs autres bassins maritimes en communication avec l'Océan. » È. Reclus, ibid., p. 536. — Jérusalem (latitude, 3lo 46' 30", longitude, 32<> 53' 8") est élyvée de 779 mètres au-dessus du niveau de la Méditerranée, et de 1171
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Elle est Je forme oblongue, d'une longueur de soixante -quatre kilomètres 3G0 mètres, et de seize kilomètres dans sa plus grande largeur. Elle se compose de deux parties 1res distinctes, la partie septentrionale, qui est une ftoupe gigantesque, et la ])artie méridionale, qui est une sorte de plaine unie. Très refonde au nord, où elle atteint jusqu'à 400 mètres, elle ne orme au sud qu'une sorte de lagune de cinq à six mètres de profondeur. L'énorme dépression du sol est cause que la chaleur y est très intense et y produit une évaporation extraordinaire égale en moyenne à la quantité d'eau reçue. Cette évaporation couvre constamment le lac de vapeurs.
3° L3i pesanteur spécifique de ses eaux n'est pas partout la même : en moyenne, elles pèsent deux dixièmes déplus que l'eau distillée (1), ce qui permet d'y nager plus facilement qu'ailleurs. Cette densité considérable provient de la quantité de sels minéraux qui y sont en dissolution. Elle en contient 25 pour 100, tandis que l'eau de mer ordinaire n'en contient guère que quatre. Le sel ordinaire entre pour près d'un tiers dans ces éléments minéraux, le chlorure de magnésium y entre pour près de deux et lui communique un goût amer et nauséabond. Le chlorure de calcium, qu'elle renferme aussi, la rend huileuse au toucher (2). Elle est d'ailleurs limpide (3). Tous les éléments qui la composent se trouvent
au-dessus de la mer Morte. La dépression extraordinaire de la mer Morte n'avait pas même été soupçonnée avant 1836. V^oir Vivien de Saint-Martin, Histoire de la découverte de la dépression de la mer Morte ^ dans VAnnée géographique, t. iv, ISCo, p. 167 sq.
(1) « La densité des eaux varie entre 1,160 et 1,230.)» W^ne^, Extrait des notes, p. 4.
(2) D'après l'analyse de M. Lynch, l'eau de la mer Morte contient : chlorure de sodium, 78,534; chlorure de potassium, 6,586; chlorure de maguesium, 145,897; chlorure de calcium, 31 ,075; sels de brome, 1,374; sulfate de cliaux, 0,701. Total des éléments minéraux : 264, 187. Eau : 735, 813. W.-F. Lynch, Offœial Report of the United States' Expédition to explore the Dead Sea and the River Jordan, in-4o, 1852, p. 204.
(3) « L'aspect général de la mer Morte est celui de toutes les mers. Ses eaux sont limpides, mais désagréables au toucher; elles laissent aux mains une impression huileuse et à la longue déterminent des pustules. » Vignes, Extrait des noies d'un voyage d'exploration à la mer Morte, p. 6.
dans les montagnes environnantes ou dans les pays que traversent ses affluents.
4° Ou admet généralement aujourd'hui que la mer Morte existait avant l'arrivée d'Abraham en Palestine. Sa forme a pu cependant être modifiée en partie, lors de la catastrophe de Sodome (I). Les eaux du Jourdain se sont, en tout cas, toujours déchargées dans cette petite mer intérieure, qui est sans issue. L'étude géologique du pays a prouvé aue son cours ne se prolongeait pas jusqu'à la mer Rouge.
5" Les bords de la mer Morte sont désolés et stériles (2). Elle est encaissée, dans toute sa longueur, entre deux chaînes de coUines élevées, coupées seulement par quelques affluents, qui sont, à Test, le Zerka-Maïn, dont les eaux chaudes et sulfureuses (31° 5 à l'embouchure) viennent des sources de Gallirhoé; l'Arnon, aujourd'hui Ouadi-Modjib ; le Beni- Hemad; au sud, le Kourahy; à l'ouest, l'Ain-Djidi (3). Pendant la saison des pluies, le torrent de Gédron déverse aussi ses eaux dans la mer Morte, au nord-ouest. A l'ouest s'élèvent sur ses bords de vraies montagnes de sel gemme.