Du prétendu fatalisme de IBIcclésiaste
On accuse l'Ecclésiaste « d'incliner fortement à un fatalisme d'après lequel tout ici-bas a une marche éternellemenl fixe, immuable et contre laquelle aucun effort humain ne peut rien. La nécessité règne partout, non seulement en ce qui concerne les lois de la nature, mais aussi en ce qui concerne la destinée humaine. Dans la destinée humaine comme dans les phénomènes de la nature, tout est fixe et constant. De même que le soleil, les vents et les flots ont un cours invariable, de même, d'après une loi éternelle, une génération suit toujours une autre génération, i, 4-, Cette loi d'en haut est inévitable pour l'homme; d'après cette loi, tous ont un même sort qui ne peut être ni changé ni évité par la sagesse ou la folie, la piété ou l'impiété, ii, 14-16 ;ix, 1-2. » (Knobel). — L'Ecclésiaste reconnaît, en efl'et, que tout est soumis aux lois de la Providence, spécialement, v, 5-8 ; mais il ne les rend pas fatales pour l'homme comme pour la nature. Ce n'est qu'en exagérant et en outrant sa pensée qu'on peut lui attribuer le fatalisme. Knobel lui-même est obligé de reconnaître que Salomon combat cette erreur, « lorsqu'il enseigne que le juste et le sage agissent dans leur propre intérêt, quand ils font le bien, tandis que l'impie et l'insensé se nuisent à eux-mêmes, quand ils font le mal. Il en est de même lorsqu'il adresse certaines exhortations qui présupposent en lui la croyance à la liberté humaine. » (Knobel). — Le j^. 11 du chapitre ix n'implique pas du tout la négation de la Providence : Vidi sub sole... tempus casumque in omnibus ^ signitie, non que le destin aveugle règle tout, mais que les plus habiles calculs peuvent être déjoués par quelque chose de plus fort que l'homme, des causes qui nous sont inconnues, comme le montre le contexte. L'auteur de l'Ecclésiaste admet la responsabilité de l'homme, puisqu'il enseigne que nous devons rendre compte de nos actes au jugement de Dieu, XI, 9; XII, 14; il admet par conséquent que nous sommes
libres, car seul l'être libre est responsable.
[858] ART. II. — ANALYSE DE l'eCCLÉSIASTE. 423