Du prétendu épicuréisme de l'Ecclésiaste
P C'est surtout au nom de la morale qu'on attaque TEcclésiaste. « Comment l'homme doit-il se frayer sa route à travers cette vie de misères ? La seule réponse que TEcclésiaste donne à cette question, c'est qu'il faut jouir de l'heure qui passe. La joie est pour lui le seul bien véritable que Dieu ait donné à l'homme. On a souvent voulu spiritualiser cette joie ; on en a fait une pure jouissance de l'esprit : mais le Prédicateur (l'Ecclésiaste) parle en termes très clairs, et à plusieurs reprises, de la jouissance proprement dite, de la jouissance sensuelle, du plaisir de manger, de boire et contempler de belles choses » (Nœldeke). Telle est l'objection. On l'appuie sur II, 24; m, 13; v, 17; vin, 15; ix, 7-9. — Il faut bien reconnaître que nous ne trouvons pas dans l'Ecclésiaste une exhortation à la vie de mortification et de pénitence, telle qu'elle est recommandée dans l'Évangile : les Juifs du temps de Salomon n'étaient pas en état de la comprendre ; mais il est complètement faux que l'auteur de l'Ecclésiaste parle en épicurieo: c'est un IsraéUte des anciens temps qui parle à des Israélites. Les jouissances terrestres ne sont pas mauvaises en soi, elles ne le deviennent que par Tabus qu'on en fait» et Salomon est loin d'en approuver l'abus.
2" 11 n'est donc pas nécessaire de supposer avec S. Jérôme, Bossuet et autres commentateurs, que dans les passages où il est question des joies de la terre, l'Ecclésiaste rapporte les paroles des impies, et ne parle pas en son nom. Au sujet de IX, 7 : Vade ergo et comede in lœtitia panem tuum^ et bibe cum gaudio vinum tuum, quia Deo placent opéra tua, S. Jérôme dit dans son Commentaire : Nunc quasi errorem humanum et consuetudinem, qua se ad fruenda hujus sœculi bona invicem hortantur, inducit, et prosopopœian facit more rhetorum et poetarum.,. Hœc, inquit, aliquis loquatur Epicurus^ et Aristippus et Cyrenaici , et cœterœ pecudes philosophorum. Ego autem... invenio.,, cuncta judicio Dei fieri. On peut difficilement prouver que Salomon ne parle pas en son nom, mais on justifie sans peine son langage, pourvu qu'on n'en