De la lecture d'Isaïe
La lecture des prophéties d'Isaïe est une de celles qui ont toujours été le plus recommandées dans l'Église, parce qu'elle est très propre à instruire et à édifier en développant dans les cœurs les sentiments de la foi et de la piété. Quand S. Augustin, au moment de sa conversion, demanda à S. Ambroise quel livre il devait lire : Isaïe, lui répondit-il (1).
On peut y puiser un grand nombre d'instructions ; nous allons en indiquer seulement quelques-unes.
Toutes les exhortations, tous les conseils d'Isaïe n'ont
(1) « Insinuavi per litteras antistiti tuo, viro sancto Ambrosio, pristinos errores meos et praesens votum meum : ut moneret quid potissi mum mihi de libris tuis legendum esset, quo percipiendae tantae gratiae paratior aptiorque fierem. Atille jussit Isaiamprophetam. » Confess.^ K T\. c. V, t. XXXil, cn\. 769.
[916] ART. I. — INTR. AUX PROPHÉTIES D'iSAIE. 501
qu'un but, c'est de faire servir Dieu avec fidélité. Celui qui ne se confie pas en Dieu, mais dans les idoles, celui, pouvonsnous dire, qui viole la loi de Dieu pour satisfaire ses passions, sera un jour confondu (1). Dieu seul est digne de nos hommages (2). — Le culte que Dieu demande est le culte intérieur et non pas seulement l'extérieur (3). Isaïe, après avoir entendu les Séraphins chanter dans le ciel le trisagion, nous recommande d'honorer la sainteté de Dieu (4). Nous devons mettre notre confiance en Dieu, dans nos nécessités corporelles aussi bien que dans nos nécessités spirituelles (5). Le livre d'isaïe est plein d*enseigneraents moraux. A cause de l'état de dépravation dans lequel des rois idolâtres avaient t'ait tomber le peuple, i, 5-6, il condamne le vice plus souvent qu'il ne recommande Ja vertu, mais la censure qu'il inflige au mal est l'éloge du bien. Il prêche souvent la conversion aux pécheurs (6), il leur reproche leur ingratitude envers Dieu (7), le peu de profit qu'ils retirent des avertissements qu'il leur fait donner par ses prophètes (8), leur luxe effréné, in, 16-26; leurs injustices (9), leur avarice et leur cupidité (10), leur intempérance (I I), leur orgueil et leur présomption (12). Il est facile à chacun, en lisant Isaïe, de recueillir et de coordonner une multitude de passages semblables, également utiles pour l'édification personnelle et pour l'instruction des autres.
(1) Is., I, 29-31; II, 8-9; 18-22; viii, 9, 19-20; xvii, 7-8; ïxx, 22-23; XXXI, 7; XL, 18-20; XLi, 29; XLiv, 9-20 ; xlv, 20; xlvi, 8 ; XLViii, 5.
(2) Is., II. 5; VIII, 20; xvii, 7 sq.; xxxi, 6.
(3) Is., I, 11 ; XXIX, 13-14; Lxvi, 3.
(4) Is., V, 16, 24; viii, 13, x, 17. Cf. xxx, 12, xxxv, 8.
(5) Is., VII, 11; X, 20; xxii, 11; xxviii, 12, 16; xxx, 1, 15; xxxi, 1, 4; XLi, 9-14, etc.
(6) Is., I, 16-17; XIX, 22; vi, 9.
(7) Is., I, 2-4; v,4; vu, 13.
(8) Is., XXVIII, 9 sq.; xxix, 9-14 ; xxx, 9, etc.
(9) Is., I, 21, 23; m, 14-15; v, 23; x, 1-2.
(10) Is., V, 8; XXXIII, 15; Lvi, 11; Lvii, 17. fil) Is., V, 11-12, 22; XXII, 13-14; xxviii, 7-8.
(12) l3., II, 11, 17; m, 16-17; v, 15, 18, 21; x, 12 sq ; xiii, 11, 19; XX VIII, 22, etc.
Nous devons d'ailleurs chercher toujours dans ce prophète, même dans les parties historiques et dans les oracles contre les nations étrangères, Jésus-Christ, son Église et leur triomphe sur leurs ennemis. S. Jérôme nous apprend de q uelle manière nous devons lire Isaïe quand il nous dit dans son commentaire : « Post historiae veritatem, spiritualiter accipienda sunt omnia, et sic Judaea et Jérusalem, Babylon et Philisthiim, etMoab et Damascus, ^gyptus et desertum mare, Idumaea et Arabia, ac Vallis visionis et ad extremum ïyrus et Visio quadrupedum intelligenda sunt; ut cuncta quaeramus in sensu et in omnibus his, quasi sapiens architectus Paulus apostolus jaciat i'undameutum^ quod non est aliud praeter Ghristum Jesum (1). »
ARTICLE II
Analyse et explication des prophéties d*Isaïe.