‹ Manuel bibliqueChapitre 380 sur 476 · Style de Jérémie · texte numérisé non relu

Style de Jérémie

« Jeremias propheta, dit S. Jérôme, sermone quidem apud Hebraeos Isaias et Oseae et quibusdam aliis prophetis videtur esse rusticior, sed sensibus par est, quippe qui eodem Spiritu propheta verit. Porro simplicitas eloquii, a loco ei in quo natus est, accidit; fuit enim Anathothites, qui est usque hodie viculus (3). » Il n'a pas, en effet, l'élévation et la grandeur d' Isaïe; dans ses prophéties, il s'exprime avec simplicité, sans aucune recherche (4), mais il a beaucoup de naturel et plu-

(1) Dan., IX, 2; Il Par., xxxvi, 21; I Esd., I, 1.

(2; Il Mac, XV, 14. S. Thomas d'Aquin, dans le Proœmium de son In llieremiam prophetam expositio, a pris ces paroles comme le texte le plus propre à caractériser le prophète, et il le développe longuement, Opéra, éd. d'Anvers, t. xiii, p. 1.

(3) S.Jérôme, Prolog, in Jer., t. xxviii, col. 847.

(4) Il y a des répétitions de mots et de membres de phrases, vi, 12-15 et

VIII, 10-12; V, 9, 29 et ix, 9; ii, 28 et xi, 12-13; xi, 20 et xx, 12;xvii, 25 etxxii, 4; xvi, 14 etxxiii,7; vu, 14etxxvi, 6; xxiii, 19-20 et xxx, 23-24; XXXI, 35-36 etxxxiii, 25-56; xv, 2 et xlui, 11; xxx, H et XLVi, 28.— D'images, de pensées et d'expressions, i, 18-19 et xv, 20 ; viii, 14;

IX, 15 et XXIII, 15 ; — vil, 34; xvi, 9 et xxv, 10 ; - ii, 27 ; vu, 24 et xxxu,

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sieurs de ses récits sont de véritables modèles de narration, xviii, 1-4; XIX ; xxvi, etc., comparables à l'histoire de la ^nérison de l'aveugle-né dans S. Jean , ix. Son langage n'est pas aussi pur que celui des anciens prophètes; on y rencontre, dans l'original , des formes et des locutions araméennes.

' 988. — Authenticité des prophéties de Jérémie.

Les prophéties de Jérémie ont un cachet si personnel que la plupart d'entre elles sont universellement regardées comme authentiques. On a contesté cependant, dans notre siècle, l'authenticité de quelques chapitres. Ce sont principalement : 1° les ch. X, i-16 ; xxx; xxxi et xxxiii; 2° les ch. l-li; 3" le ch. LU. — 1° On a attribué au prophète imaginaire appelé le second Isaïe, n° 914, les chapitres x, 1-16 ; xxx ; xxxi et xxxiii, sous prétexte que Zacharie, viii, 7-8, cite Jérémie, xxxi, 7-8, 33 (texte hébreu), et suppose, viii, 9, que l'auteur à qui il lait ces emprunts est son contemporain. Gomme les chapitres xxxni, xxx et x, 1-16, se relient tous ensemble et contiennent des prédictions qui rappellent la seconde partie d'Isaïe, on en conclut qu'ils sont tous de l'époque postérieure à la captivité. Mais pour arriver à ce résultat, on donne à Zacharie, viii, 9, un sens faux. 11 est question dans ce passage des discours oraux de prophètes de son temps et non de leurs écrits, encore moins de citations; bien plus, les >^>^ 7-8 ne sont pas donnés comme des citations et n'en sont pas réellement; ils sont formés, il est vrai, de membres de phrases qu'on trouve dans les prophètes antérieurs, mais ils sont arrangés et groupés d'une manière propre à Zacharie. Les chapitres incriminés de Jérémie lui appartiennent si bien que tous les critiques sont obligés d'y reconnaître son style, et que ceux qui les lui refusent sont réduits à soutenir que l'auteur s'est cf- :orcé d'imiter son langage et y a réussi. — On fait contre le ch. X une difficulté particulière. Le 'f. 41 est écrit en chai-

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déen, et Ton en déduit que le passage entier n'est pas de Jérémie. Tout au plus pourrait-on en conclure que la phrase chaldéenne ne lui appartient pas. Plusieurs commentateurs ont pensé, en effet, que c'était une glose qui s'était glissée dans le texte, parce qu'elle rompt la suite du discours; mais on peut très bien considérer le J^. 11 comme une parenthèse, dans laquelle le prophète, à qui il n'était pas difficile de savoir quelques mots chaldéens, donne une sorte de formule pour prémunir les Juifs contre l'idolâtrie et les dieux de Babylone. -— 2° Les chapitres l et li, contenant des prophéties contre Babylone, sont rejetés comme des vaticinia post eventum, c'est-à-dire à cause de leur exactitude ; parce qu'ils sont l'effet d'une révélation surnaturelle, ce n'est point une raison de les condamner (1).— 3° Le dernier chapitre, lu, est, dit-on, une addition supplémentaire, tirée du IV° livre des Rois. La ressemblance du chapitre lu de Jérémie avec IVReg., xxv, est facile à expliquer; nous avons déjà vu, n'*473, que c'était très probablement ce prophète qui avait écrit les deux derniers livres des Rois, et il ne faut jamais l'oubher en lisant ses prophéties, parce que ses récits historiques servent souvent à les mieux comprendre (2).

ARTICLE IL Analyse et explication de Jérémie.

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