CHA.P. III. — JÉRÉMIE
toutes les autres versions. Il paraît avoir existé deux traductions grecques indépendantes, du moins les manuscrits appartiennent-ils à deux classes fort distinctes. Le texte latin de notre Vulgate est emprunté à l'ancienne Italique, et reproduit le grec littéralement.
2** Quelques critiques, qui nient l'authenticité deBaruch,ont prétendu qu'il avait été écrit primitivement en grec, mais la recommandation de le lire dans le temple, i, 14, où aucune langue étrangère n'était admise, et l'étude même du livre suffisent à elles seules pour prouver que la langue originale était l'hébreu. Les trois premiers chapitres sont pleins d'hébraïsmes, tels qu'on n'en pourrait rencontrer même sous la plume d'un Juif helléniste, i, 14, 15, 22; ii,4, 9, 25; m, 8, etc.; quelques passages obscurs paraissent être de fausses traductions, 1 , 2, 8 ; II , 18, 19. Si l'on remarque moins d'idiotismes de ce genre dans les derniers chapitres , l'unité générale de plan et même de langage prouve que le livre est d'un seul et même auteur. — Le style de Baruch, sans avoir la magnificence d'Isaïe, est remarquable, et l'on sait l'admiration qu'il avait inspirée à La Fontaine ; après l'avoir lu , il demandait à tous ceux qu'il rencontrait : « Avez-vous lu Baruch? C'était un grand génie. »
1021. — Authenticité du livre de Baruch.
Les cinq premiers chapitres sont de Baruch ; le sixième contient une lettre de Jérémie. La plupart des protestants et les rationalistes nient l'authenticité du tout. — I. Les cinq premiers chapitres sont réellement l'œuvre de Baruch, comme l'affirme le titre, i, 1 . — 1 ° On conteste, il est vrai, l'autorité de ce titre, mais c'est sans fondement. Il porte, i, 2, que Baruch écrivit sa prophétie la cinquième année après la ruine de Jérusalem, 583. C'est inadmissible, dit-on , parce que Baruch avait accompagné Jérémie en Egypte, Jer., xliii, 6. Mais i] est facile de répondre qu'il ne suit nullement, de ce que Baruch était allé en Egypte en 588 ou 587, qu'il n'était pas en Chaldée en 583. — 2° On prétend trouver dans le cours du livre des passages qui indiquent qu'il a été écrit après la fin
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de la captivité et après la reconstruction du temple, i, 10, 44; II, 26. — L'auteur parle incontestablement, dans ces passages, de l'autel du Seigneur et de la maison de Dieu, mais c'est de la maison de Dieu ruinée et de l'autel sur lequel on continuait à offrir des sacriOces, comme dans les passages analogues de Jérémie, xli , 5, et 1 Esd., ii, 68. — II. Quant à l'authenticité de la lettre de Jérémie, ch. vt. 'e titre l'attribue à ce prophète et il est confirmé par II Mac, ii, 1-2 (1).
1022. — Analyse du livre de Barucb,
Il se partage en deux parties principales, mit, 8, et m, 9-Y. La lettre de Jérémie, placée à la fin, en forme comme un appendice (2). — f. La première partie reaferme : 1° une introduction, T, i-\A, et 2° une prière qui se subdivise en deux sections : la première section est une sorte de confession dans laquelle le peuple captif reconnaît ses péchés, i, 15-ii; dans la seconde section, les coupables repentants demandent à Dieu de mettre un terme au châtiment qu'ils reconnaissent avoir mérité, m, i-8. — II. La seconde partie contient un discours de Baruch. — 1° 11 exhorte le peuple à chircher la vraie sagesse et à se convertir, iiî, 9-iv, 8. Les versets 36-38 du ch. iH renferment une prophétie messianique remarquable, dans laquelle la plupart des Pères ont vu la même pensée que celle qui est exprimée dans l'Évangile de S. Jean : £t Verbum caro factum est et habitavït in nobis.
Hic est Deus noster,
Et non aestimabitiir alius adversus eum.
Hic adinvenit omnem viam disciplinas,
Et Iradidit illam Jacob puero suo,
Et Israël dilecto suo.
Post haec in terris visus est,
Et cum hominibus conversatus est.
Théodoret dit sur ce passage : « Dilucide nobis ostendit
(1) Sur la canonicité du livre denté rocanique de Baruch, on peut voir Vieusse, Lo Bible mutilée par les protestants, 2» éd., p. 86-106.
(2) Commentateurs catholiques : Théodoret, In Baruch, t. Lxxxi, col. 759-779; F. H. Reusch, Erklâvung des Bûches Bœ^ch^ in-S», Fribourg, 1853, etc.
576 CHAP. IV. — ÉzÉciiiEL. [10-23]
incarnationem Unigeniti, ipsumque universarum esse opificem et sapientiae fontem (i). » — 2» Il console les captifs, leur recommande d'être fermes et courageux, et leur promet qu'ils seront vengés, iv, 9-29. — 3° Il s'adresse à Jérusalem ellemême, et lui annonce que ses fils, emmenés avec ignominie sur la terre étrangère, reviendront à elle avec gloire, iv, 30-v. — III. La lettre de Jérémie, vi, a pour but de détourner les Juifs captifs à Babylone, à qui elle est adressée, de Tidolâtrio chaldéenne. Elle renferme une sorte de double refrain qui revient de temps en temps, et en marque les divers alinéas : Non sunt du, nonergo timueritis eos, 14-15; 22; 28; 64; et: Quomodo ergo œstimandum est aut dicendum illos esse deos? 39; 44; 55 ; 63. Jérémie y montre une grande connaissance de la religion babylonienne; sa lettre est comme un monument archéologique où nous trouvons décrites en détail les statues des dieux chaldéens, ainsi que les cérémonies que l'on suivait pour habiller et déshabiller les idoles (2). Rien n'était plus propre que cet écrit à faire persévérer les enfants d'Israël dans le culte du vrai Dieu.