CHAP. V. — DANIEL
premiers siècles de TÉglise. La raison principale sur laquelle on s'appuie est tirée des jeux de mots contenus dans le texte grec. Daniel, s'adressant successivement aux vieillards qui calomnient Susanne, demande au premier, après avoir fait éloigner le second : « Die sub qua arbore videris eos colloquentes sibi. Qui ait : Sub schino (utco (t/Jvov), Dixit autem Daniel : Recte mentitus es in caput tuum; ecce enim Angélus Dei , accepta sententia ab eo, scindet (a^iffeO te médium. » Daniel interroge ensuite séparément le second vieillard : « Die, mihi sub qua arbore comprehenderis eos loquentes sibi. Qui ait : Sub prino (utuo Tupivov). Dixit autem ei Daniel : Recte mentitus es tu in caput tuum; manet enim Angélus Domini, gladium habens, ut secet (irpicat) te médium et interfîciat vos (1). » Ces jeux de mots supposent un original grec et non hébreu, assure-t-on ; par conséquent tout le récit a été inventé par un Grec (2).
S*» On a fait à cette objection des réponses diverses : 1° Le jeu de mots grecs ne prouve aucunement que l'histoire de Susanne n*a pas été primitivement écrite en hébreu ou en chaldéen, parce qu'on peut faire en ces langues des jeux de mots semblables : ainsi cx^voç, le lentisque, correspond à rhébreu >"iï, tsori, et cyjaei, au verbe Ki3f, isârâ\ fidit, fissuras fecit; ircivoc, Tyeuse, correspond à nnn, thirzah; et Tuptaai peut correspondre à la racine l")il, tharad, qui , en arabe, a le sens de « mettre en morceaux (3). » — 2° Si Ton n'admet pas cette explication et autres semblables, qui sont sujettes, en effet, à de graves difficultés philologiques, on
(l)Dan., XIII, 54-59.
(2) « Hoc nosse debemus inter caetera, dit S. Jérôme, Porphyrium de Dauielis libro nobis objicere, idcirco illum apparere cùotictum, nec haberi apud Hebraeos, sed grœci sermonis esse commentiim, quia ia Susannse fabula contineatur, dicente Daniele ad presbyteros, ànb xoO CT/îvou (jyjaat, v.al àTTo Tou irpivou Tcpitrai, quam etymologiam magisgrœco sermoni convenire quam hebrœo. » Prolog, in Comm. Dan., t. xxv, col. 492. Cf. Comm., xiii, 58-59, col. 582, et In Danielem Praef., en tête des éditions de la Vulgate. Voir aussi la même objection dans la lettre de Jules Africain à Origène, t. xi, col. 45.
(3) Haneberg, Histoire de la révélation biblique^ trad. Goschler, t. i, p. 447.