ART. XI. — ZACHARIE
sa grâce, de sorte que Juda regrettera amèrement la mort du Messie, i0-i4, et se purifiera de toute idolâtrie, xiir, 1-0. Cependant le Seigneur extirpera les méchants du milieu des bous, 7-9; les nations marcheront contre Jérusalem, laprendront et emmèneront en captivité la moitié de ses habitants, XIV, 1-2, mais quand les impies auront été ainsi punis, Dieu sauvera le reste des siens, il viendra établir son royaume, 3-5 ; de Jérusalem coulera sur toute la terre un fleuve de salut, 6-H ; les ennemis de la cité sainte seront anéantis, 12-'! 5 ; les autres peuples se convertiront et adoreront le vrai Dieu, 16-21. — La passion du Messie est prophétisée, xii, 10 : Aspicient ad me quem confixerunt^ et plangent eum planctu quasi super um'genitum, Joa, xix, 37. Jésus Christ fut percé et les Juifs fidèles le virent et pleurèrent sa mort. Le pasteur fut ainsi frappé pour les brebis :
0 épée, réveille-toi contre mon pasteur,
Contre l'homme qui m'est attaché,
Dit le Seigneur des armées;
Frappe le pasteur, et les brebis seront dispersées
Et j'étendrai ma main vers les petits.
11 y aura alors dans toute la terre, dit le Seigneur,
Deux parts qui seront dispersées et périront
Et une troisième qui sera laissée.
Et je ferai passer par le feu cette troisième part,
Et je l'épurerai comme on épure l'argent,
Et je l'éprouverai comme on éprouve l'or,
Et elle invoquera mon nom et je l'exaucerai.
Je lui dirai : Tu es mon peuple.
Et il me dira : Seigneur, mon Dieul xiii, 7-9 (1).
Ce morceau débute par une brusque et hardie apostrophe, destinée à éveiller l'attention et à saisir le lecteur à qui le prophète va révéler des choses extraordinaires : Framea, sucitare^ super pastorem meum. — Ce pasteur, c'est Jésus- Christ qui s'est appliqué lui-même cet oracle, Matth., xxvr, 31. U a été frappé au moment de sa passion, et les siens ont
(1) Le passage qui précède, Xîii, 6 : Quid sunt piagae istx in med>o manuum tuarum? Et dicet : His plagalus sum in domo eorum qui diligebant me, s'applique dans le sens littéral aux faux prophètes. S.Cyrille, In Zoch., c. xcix, t. Lxii, col. 234; S. Jérôme, Jn Zach., xin, 6, t. XXV, col. 1519, etc.
662 CHAP. VI. — LES DOUZE PETITS PROPHÈTES. [iH3]
été dispersés, mais il les a de nouveau rassemblés ; une partie de la terre Taban donnera, mais les Gentils se convertiront; ils seront éprouvés par les persécutions, mais ils en sortiront victorieux et ils invoqueront fidèlement le Seigneur dont ils seront désormais le peuple et à qui ils diront : Vous êtes mon Dieu.
1113. — Authenticité des derniers chapitres de Zacharie, ix-xiv.
L'authenticité de la troisième section de Zacharie est niée aujourd'hui par un certain nombre de critiques (1). Leurs arguments se ramènent à trois principaux : 1° S. Matthieu attribue, xxvii, 9, un passage de cette troisième section, XI, dS, non à Zacharie, mais à Jérémie; par conséquent, du temps de N.-S., on ne lisait point les ch. ix-xiv dans la prophétie de Zacharie. — 2° Les ch. ix-xiv d'après leur contenu, ont été écrits avant la captivité. — 3' Le style des ch. i-viii et ix-xiv est totalement différent.
A ces objections, on peut répondre delà manière suivante : !• De ce que S. Matthieu attribue à Jérémie un texte prophétique qui ne se lit tel quel ni dans Jérémie ni dans Zacharie, il ne peut résulter d'aucune façon que la dernière partie de Zacharie ne soit pas authentique (2). « Je crains qu'ils [les critiques qui nient l'authenticitéj n'entreprennent trop en voulant contester trois chapitres à Zacharie pour restituer un seul passage à Jérémie, » dit avec raison Galmet, In
(1) Joseph Mede est le premier qui l'ait contestée, Epist. xxxi et lxi Works, Londres, 1664, p. 786, 884. Il s'appuie sur ce que lepassaf^exi 12, est attribué par S. Matthieu, xxvii, 9, à Jérémie, non à Zacharie! Aujourd'hui beaucoup de rationalistes vont plus loin et distinguent trois auteurs de la prophétie de Zacharie au lieu de deux, quand ils ne les multiplient pas encore davantage : les ch. ix-xi sont l'œuvre de Zacharie I, contemporain d'Isaïe, sous Achaz, vers 736; les ch. xii-xivsont d'un auteur inconnu (Urie, contemporain de Jérémie, vers 607 ou 606 d'après Bunsen) ; les chapitres i-viii ont été réellement composés par Zacharie, contemporain d'Aggée. — Tous s'appuient du reste sur les mêmes raisons pour admettre plusieurs prophètes au lieu d'un, de sorte qu'on peut les réfuter de la même manière.
(2) Pour la solution de la difficulté qu'offre le passage de S. Matthieu, voir M. Bacuez, t. m, n» 415.
[H13] ART. XI. — ZICHARIE. 663
Matth.fXXYUy 9. La preuve que l'objection est sans valeur, c'est que personne n'ose attribuer à Jérémie la dernière partie de Zacharie, ce qu'on devrait faire cependant, si Targument qu'on prétend tirer de S. Matthieu était sérieux.
2° L'objection contre l'authenticité des eh. ix-xiv, tirée de leur contenu^ serait décisive, s'il était vrai, comme on le prétend, qu'on y trouve des preuves qu'ils ont été écrits avant la captivité, mais ces preuves n'existent pas. Dans les deux parties de Zacharie, le retour de la captivité est également présenté comme l'image de la félicité et décrit de la même manière ; cf. ii, 10, et ix, 12; ii, 10, et ix, 9; ii, 14^, et IX, 9, etc. — L'auteur des ch. ix-xiv est si peu antérieur à la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, qu'il a fait usage des écrits des prophètes qui ont vécu à cette dernière époque (1). 11 n'y a pas un seul mot dans la seconde partie de Zacharie qui ne convienne aux temps de la domination perse.
3° La dernière objection, empruntée à la différence de style qu'on remarque entre les huit premiers chapitres et les six suivants, a cela de vrai, qu'il n'y a pas une ressemblance complète entre le langage des deux parties ; mais la conclusion qu'on prétend en tirer est fausse, parce que la variété de ton, de formes et d'expressions s'explique naturellement par le changement de sujet. Les visions ne peuvent pas être décrites dans les mêmes termes et de la même manière que la gloire future de Jérusalem, qui se déroule dans le tabbleau final ; la façon de parler du narrateur n'est pas celle de l'orateur ou du poète; Osée s'exprime tout différemment, i-iii, et iv-xiv; Ézéchiel, vi-vii, et iv. Les mêmes locutions caractéristiques se rencontrent, d'ailleurs, dans les deux parties de
(1) Cet argument a paru si décisif à de Wetle, qu'après avoir admis dans les trois premières éditions de sou Introduction la dualité d'auteurs, dans la quatrième, il a reconnu que les derniers chapitres de Zacharie pouvaient être authentiques. Voici les principaux passages parallèles : Zach., ix, 2 et Ez., xxviii, 3; ix, 3 et III Reg., x, 27; ix, 5 et Soph.,ii, 4; x, 3 et Ez., xxxiv, 17; xi, 4 et Ez., xxxiv, 4; xi, 3 et Jer., XII, 5; xiii, 8, 9 et Ez., v, 12; xiv, 8 et Ez., XLVii, 1-12; xiv, 10, fl et Jer., xxxi, 38-40; xiv, 20-21 et Ez., xliii, 12 et xliv, 9.
COi CnAP. VI. — LES DOUZE PETITS rROPIIÈTES. [M 15]
Zacharie, yit, 14-, et ix, 8, transiens [euntes] et revertens; l'œil de Dieu pour la Providence, m, 9; iv, 10, ix, 1, 8; etc. — Les derniers chapitres de Zacharie appartiennent donc à ce prophète comme les premiers.
ARTICLE XII
Malachie.
Vie. — Analyse et explication.
1114. — Vie de Malachie.
d" Malachie (envoyé), le dernier des prophètes, était contemporain de Néhémie; il prophétisa pendant le styour de ce dernier à Jérusalem, après Tan 3i2 d'Artaxercès Longuemain, vers 432, et appuya par ses oracles les réformes de Néhémie, s'élevant contre les mariages avec les femmes païennes, ii, 40-16, cf. Il Esd., xiii, 23-2i; contre l'offrande de victimes indignes de Dieu, et la négligence à payer la dîme, iiî, 7-12, et II Esd., xrii, 10-11 ; Mal.,ii, 8, et II Esd., XIII, 15-16. Le temple était alors terminé et le culte pleinement réorganisé, i, 10; m, 1.
2° L'authenticité et l'intégrité des prophéties de Malachie n'ont pas été contestées.
3" Son style est en général clair, concis et remarquable, quoiqu'il n'atteigne pas à l'élévation d'Isaïe. — 4*' Son livre est une sorte de dialogue entre Dieu et le peuple ou les prêtres.
1115. — Analyse et explication de Malachie.
1** Les prophéties de Malachie forment un seul tout qui se subdivise en trois sections. La première, i-ii, 9, dépeint l'amour de Dieu pour son peuple : cf. Rom., ix, 13; la seconde, II, 10-16, montre en Jéhovah le Dieu unique et le père d'Israël ; la troisième, ii, 17-iv, représente le Seigneur comme juge : il viendra punir les péchés des coupables ; mais en faveur des justes et pour préparer le salut, il enverra un second Élie, le précurseur, S. Jean-Baptiste. C'est ainsi que
[1115] ART. Xir. — MALA.CHIE. 665
Je dernier des prophètes de la loi ancienne a annoncé la venue de celui qui devait révéler au monde le Messie (1).
2° Il a annoncé également le sacrifice de nos autels dans un passage non moins important :
Jo ne prends en vous aucune complaisance,
Dit le Seigneur des armées ;
Je ne recevrai point d'oblations de votre main,
Mais du levant jusqu'au couchant,
Mon nom est grand parmi les Gentils;
Eq tout lieu on me fait des sacriûces,
Et l'on offre à mon nom une oblation pure,
Parce que mon nom est grand parmi les Gentils,
Dit le Seigneur Dieu des armées, i, 10-1 1.
Malachie prophétise ici deux choses capitales : l'abolition des sacrifices de la loi ancienne et l'institution d'un sacrifice nouveau, le sacrifice de la messe, que tous les sacrifices juifs ne représentaient que d'une manière grossière et imparfaite. Le sacrifice nouveau est appelé oblation^ en hébreu T\n^n, minkliây mot qui désigne proprement les off^randes de grains, de farine, de pain et de vin, n** 390; c'est le mot liturgique du rituel mosaïque qui était le plus propre à désigner le pain et le vin, lesquels servent de matière à la consécration du corps et du sang de Notre Seigneur dans l'Eucharistie. Cette oblation est/3wre, parce que Jésus-Christ, qui est ofiert à son Père, est la sainteté même. La victime n'est plus immolée seulement en un seul lieu, dans le seul temple de Jérusalem, mais du levant au couchant, sur tous les points du globe, partout où il y a un prêtre de la loi nouvelle : « Hoc purura illud et incruentum sacrificium est, quod ab ortu solis usque ad occasum sibi oblatum iri Dominus per prophetam dixit. Corpus et sanguis Christi est, in nostri, tum animi tum corporis vegetationem cedens,... in substantiam nostrara et conservationem (2). »
(1) Cf. Matth., XI, 10; xvii, 10-13; Marc, i, 2; ix, 11-12; Luc., i, 17,
— Cf. Fillioo, Comment, de S. Matth., p. 224.
(2) S. i. Damasc, De orth. fide, 1. IV, c. xiii, t. xciv, col. 1150-1152.
— Voir aussi, sur la prophétie de Malachie, S. Aug., De Civ. Dei, l. XVIII, c. xxxvi, no 3, t. XLi, col. 594; S. Jérôme, In Malach., I, x.
C06 CII. Vr. — LES DOUZE PETITS PROPHÈTES. [iH6]
3' Malachie clôt la collection des prophéties, en disant, m, 4 : Ecce venit. Quand il écrivait, a il restait environ cinq cents ans jusques aux jours du Messie, Dieu donna à la majesté de son Fils de faire taire les prophéties durant tout ce temps, pour tenir son peuple en attente de celui qui devait être l'accomplissement de tous les oracles (1). »
1116. — Additions bibliographiques.
1" Ajouter à la note 1 du n° 447 de la page 46 : Fr. de Hommelauer, S. J., Commentarius in libros Judicum et Ruth (dans le Cursus Scripturœ sacrœ des Pères Jésuites), in-8°, Paris, 1(S88.
2° Ajouter à la note 1 du n» 462, p. 67 : Fr. de Hummelauer, Commentarius in libros Samuelis seu I et II Regum fdans la même collection), in-8», Paris, 1886.
3° Ajouter à la note 1 du n® 616, p. 217 : J. Knabenbauer, Commentarius in librum Job (dans la même collection), in-8% Paris, 1886.
4° Ajouter à la note 2 du n° 917, p. 503 : J. Knabenbauer, Commentarius in Isaiam prophetam (dans la même collection), 2 in-8°, Paris, 1887.
5« Ajouter à la note 1 du n» 1057, p. 609 : Ad. Hebbelynck, De auctoritate hislorica libri Danielis necnon de interpretatione vaticinii Lxx hebdomadum, in-8®, Louvain, 1887; J. Fabre d'Envieu, Le livre du prophète Daniel, traduit d'après le texte hébreu avec uns introduction critique ou Défense nouvelle du livre et un commentaire littéral^ exégétique et apologétique, 3 in-8°, Paris, 1889-1891.
6° Ajouter à la note 1 du n» 1065 de la page 618 : J. Knabenbauer, Commentarius in prophetas minores (dans le Cursus Scripturse Sacrx des Pères Jésuites, 2 in-8», Paris, 1886.)
1U7. — Tableau chronologique des rois mèdes et perses.
UOIS MÉDES. AVANT J.-C.
Déjocès (Dndfaukka) 700-647
Phraorte [Frawarti) 647-625
Cyaxare {Huwachschalara) . . 625-585 Détruit Ninive vers 607. Astyage 585-559
t. XXV, col. 1551-1552; S. Cyrille d'Alex., In Malach., c. xii, t. lxxi, col. 298; Tliéodoret de Cyr, In Malach., I, 11, t. lxxxt, col. 1967.
(1) Bossuet, Discours sur l'hist. universelle, 2« part., ch. ix, Œuvres, éd. Lebel, t. xxxv, p. 236.
[ill7] ART. XII. — MALAGllIE. 667