‹ Manuel bibliqueChapitre 424 sur 476 · ART. X. — AGGÉE · texte numérisé non relu

ART. X. — AGGÉE

1107. — AnalvBO delà prophétie d'Aggée.

La prophétie d'Aggée, malgré sa brièveté, renferme quatre oracles distincts et datés, i, ii, 1-10; 11-20; 21-24; ils ont tous le même objet et sont tous de la même année, la seconda de Darius, fils d'Hystaspe, 520 av. J.-G. Le premier temple avait été détruit en 588; il y avait encore des vieillards qui, dans leur jeunesse, avaient vu sa magnificence, n, 4.

1° Dans sa première prophétie, i, Aggée reproche au peuple son indifî'érence et sa négligence à relever le temple; il lui montre dans la sécheresse, qui a amené une disette, une punition de cette faute; il exhorte Zorobabel et Jésus, fils de Josédec, le grand-prêtre, à reprendre les travaux, 2-11. Ses avis furent écoutés et l'œuvre reprise, 12-16.

2° La seconde prophétie, ii, 1-10, faite vingt-trois jours après la première, célèbre la gloire du nouveau temple. C'est le passage le plus important de ce livre. En voici la traduction :

Le Seigneur des armées dit ceci :

Encore un peu, et j'ébranlerai le ciel, la terre, les mers et le

J'ébranlerai toutes les nations, [conliuents

Et il viendra, le Désiré de toutes les nations,

Et je remplira cette maison [le temple] de gloire,

Dit le Seigneur des armées, ii, 7-8.

Le Désiré de toutes les nations, c'est le Messie, cf. Gen., XLix, 10, qui est né un peu plus de 500 ans après la prophétie Aggée (1). On a prétendu que cette prophétie ne s'était paa

psaumes, dans les Septante, cxxxvii, cxlv-cxlviii; dans la Vulgate, cxi et cxLv; dans la version syriaque, cxxv; cxxvi; cxlv-cxlviii. Les psaumes qui portent leur nom dans la Vulgate peuvent être leur reuvre ; cependant la réunion des deux noms pourrait indiquer plutôt qu'ils en avaient introduit l'usage dans la liturgie juive en les y adaptant. C'esl peut-être là le sens du passage du Ps.-Épiphane : « Aggaeus... templi Ilierosolymitani instaurationcm praevidit; primusillic alléluia cecinit. » De vitis prophetarum, c. xx, t. xLiii, col. 411. — Les prophéties d'Aggée sont indiquées I Esd., v, 1; vi, 14; Heb., xii, 26; cf. Agg., ii, 7.

(1) Le texte hébreu porte: Ventent desiderium omnium g eniium, mais la Vulgate rend bien le sens de la locution hébraïque, qui signifie que les désirs de toutes les nations sont comme concentrés dans le Messie, fequel est ainsi réellement le Désiré de tous. Cf. Suétone, Vespnsian., 4. 11 faut remarquer cependant que les Septaate et les Pères grecs ont

654 CHAP. VI. — LES DOUZE PETITS PROPÙETÊâ. [Ii07l

accomplie, parce que Notre Seigneur n'était pas entré dans le second temple, mais dans le troisième, reconstruit par Hérode. A cette difficulté on répond ordinairement qu'Hérode n'avaitabattu qu'en partie celui de Zorobabel ; cependant il est plus' probable que le prophète entendait simplement parler du, temple du vrai Dieu à Jérusalem, sans même distinguer entre le premier et le second. On applique la prophétie exclusivement au second temple à cause du j^. 10 : Magna erit gloria domus istius novissïmae plus quam primœ. Si l'on traduit le texte original comme l'a fait la Vulgate, il y a une difficulté ; elle disparaît, en traduisant autrement, comme on en a le droit à la suite des Septante : « La gloire postérieure do cette maison [le temple], sera plus grande que sa [gloire] première (1). » Le temple de Salomon^ celui de Zorobabel et

entendu ce passage non de la personne de Jésus-Christ, mais des Gentils convertis : « Venient electa omniicm gentium... Fuerunt enim innumeri ex omni gente, insignes et electi, qui crediderunt, et quasi splendida quaedam anathemata, seu donaria in domum Dei congregati, et iili ita decus conciliantes, eamque gloriosam et celebrem reddeutes, a Christo vicissim glorificati sunt. » S. Cyrille d'Alex., In Agg., c. xiii, t. Lxxi, col. 104G-1047.

(1) Mngna erit gloria domus isitus, novissima super primam. « Aggée avait déjà parlé du temple présent comme identique avec celui qui était antérieur à la captivité : Quis in vobis est derelictus qui vidit domum istam, in gloria sua prima? et quid vos videtis hanc nunci II avait parlé de &d. première gloire. 11 dit maintenant, par contraste, que sa gloire postérieure sera plus grande que celle de son temps le plus glorieux. De cette manière, la question de savoir si le temple d'Hérode était un édifice matériellement différent de celui de Zorobabel est sans importance... [Du reste], un temple érigé 1800 ans après la ruine de celui-là, alors même que l'Antéchrist viendrait maintenant et élèverait un temple à Jérusalem, ne pourrait être un accomplissement de cette prophétie. » Pusey, Tke Minor Propheis, 1875, p. 497. — S. Augusliu donne une autre explication de ce passage d'Aggée : « Haec prophelia partim jam compléta cernitur, partim speratur in fine complenda. Movit enim cœlum, angelorum et siderum tcstimonio, quando incaruatus est Christus. Alovit terram ingenti miraculo, de ipso Virginis partu. Movit mare et aridam, cum et in insulis et in orbe toto Christus aununtiatur. Ita moveri omnes gentes videmus ad fidem. Jam vero quod sequitur : Et veniet Desideratus cunctis gentibus^ de novissimo ejus exspectatur adventu. » De Civ. Dei, l. XVIII, c. xxxv, t. xli, col. 693. 11 développe plus longuement cette idée, c. xLviii, col. 610 : « Prophetiam Aggaei, qua dixit majorem futuram gloriam domus Dei quam pri-

[1107] ART. X.— AOGT^E. fCir»

d'Hérode, bâtis sur le même emplacement el sur un plan semblabîe, sont considérés comme le même édifice. La gloire que lui procurera le Messie par sa venue dépassera celle qu'il av,iit eue du temps de Salomon. — Le prophète remarque notamment que Notre-Seigneur y apportera la paix : Jn loco tsto dabo pacem, ii, 10, ce qui est un des traits les plus caractéristiques du règne messianique, Is., ix, 6.

3* Trois mois après la seconde prophétie, Aggée en fit une nouvelle, ii, 11-20 (i). Le peuple avait repris ï'es^travaa^ du temple, Dieu lui annonce que la disette par laquelle il avail puni sa néglit^ence touche à son terme, et qu'il va lui donnei une abondante récolte.

4° La quatrième et dernière prophétie, ii, 21-2-i, la plu! courte de toutes, eut lieu le même jour que la troisième : c'est une promesse par laquelle Dieu s*engage à garder et à protéger Zorobabel, le représentant de la maison de David, au milieu de tous les bouleversements politiques qui vont ébranler le monde. Ces derniers mots nous font entrevoir le rèane du Messie,

mum fiiisset, non in reaediricatîone templi, sed in Ecclesîa Christi esso conipletam. » S. Justin soutient la même opinion. Dial. cum Tryph,^ mais elle n'est pas généralement adoptée.

(1) Dieu charge le prophète de demander aux prêtres une explication sur la loi : Interroga sacerdotes leçjem^ ii, 12. S. Jérôme commente longuement ces mots, In Agg., t. xxv, col. 1406, et il conclut, col. 1407, par ces paroles dignes d'attention : « Haec prolixius posui, nt tam ex Veteri quam ex Novo Testamento, sacerdotum esse officium noverimus, scire legera Dei et respondere ad quse fueriot interrogati. Nec simplicitatem et ciborum continentiam in magiètro sufQcere : nisi quod ipse facit, possit et alios erudire. Certe quia responsuros puto : hoc eorum esse qui se ab adoiescentia praeparantad docendum, fréquenter autem judicio Domini, et populorum suffragio in sacèrdotium simpliccs eligi : saltera illud habeaut ut postquam sacerdotes fueriut ordinati. tliscant legem Dei, ut possint docere quod didicerint, et augeant scieuliam magis quam opes el non erubescantalaicis discere, qui noverint ra qnaB ad oflicium pertinent sacerdotum : magisque uoctcs et dies in boi ipturarum tractatu quam in ratiociniis et supputationo consumaat. »

656 cnAP. VI. — LES douze petits prophètes. [1109]

ARTICLE XI

Zacharie.

Vie. — Division de ses prophéties. — Ses visions. — Réponse aux envoyés de Bclhel. — Prophéties contre Hadrach et Israël. — Leur authenticité.

H 08. — Vie de Zacharie.

Zacharie, « celui dont Jéliovah se souvient, » est le onzième des petits prophètes. Il était de race sacerdotale, fils de Barachie et petit-fils d'Addo, i, 1,7. Addo était le chef d'une des familles sacerdotales revenues de captivité avec Zorobabel, II Esd., xii, 4, 16. A cause de sa renommée, Zacharie est appelé son fils, par omission du nom de Barachie, dans I Esd., v, 1; vi, 14 (1). Il commença à prophétiser la même année qu'Aggée, deux mois après lui, l'an 520 avant J-C, i, 1. La prophétie du ch. vu est de l'an 518, vu, 1 ; ses deux derniers oracles, ix-xiv, sont postérieurs à celui de 518, mais nous en ignorons la date précise, de sorte qu'il est impossible de savoir combien de temps dura son ministère prophétique. Une partie du livre renferme des visions et des symboles, i, 7-vi; une autre, de simples discours, vii-viii; les derniers chapitres, ix-xiv, sont de magnifiques tableaux. Le style est vif, coloré; la langue pure et presque sans aramaïsmes.

1109. — Division générale de» prophéties de Zaclinrie.

La prophétie de Zacharie se divise en trois parties très distinctes : 1** Une série de visions, i, 7-vi; S*» un discours contenant une réponse de Dieu aux envoyés de Béthel, au sujet du jeûne institué en mémoire de la prise de Jérusalem

(1) C'est l'explication la plus simple de Zach., i, 1 et de I Esd., v, 1 ; VI, 14; elle est d'accord avec notre Vulgate, Zach., i, 1. S. Jérôme, In Zach., I, l,t. XXV, col. 1417, semble supposer que le père de Zacharie avait deux noms, Barachie et Addo. S. Cyrille d'Alexandrie dit que Barachie était le père de Zacharie selon la chair et qu'Addo l'était selon l'esprit, lui ayant servi de maître, In Zach. Proœm. — La tradition juive, Tr. Meyilla, fol. 17, 2-18, 1 ; Raschi, ad Baba Bathra, fol 15 a; fait de Zacharie comme d'Aggée un membre de la grande Synagogue.

FLEURS ET FRUITS (Zach.

Rameau d'olivier fleuri. En haut, rameau avec ses fruits. En bas, à droite, olive entière, grandeur demi-nature; olive coupée par le milieu; noyau. A gauche, les trois âges de la fleur. — L'olivier est souvent mentionné dans les Écritures et fournit de nombreuses images aux poètes sacrés et aux prophètes : Job, xv, 33; Ps. li, 10; cxxvir, 3; Eccli., xxiv, 19; l, 11; Is., xvii, 6; xxiv, 13; xli, 19; Jer., xi, 16; Ose., XIV, 7; Hab.. m, 17; Agg., ii, 20; Rom., xi, 17, 2i; Apec, xi, 4, etc.

[1110] ART. XI. — ZACUARlfi. 057

par Nabuchodonosor, vii-viii ; 3" deux massa ou onus, l'un contre Hadrach, l'autre contre Israël, ix-xiv. Ces trois parties sont précédées d'une introduction, i, 1-6, dans laquelle nous apprenons que Zacharie est chargé de prêcher à son peuple la pénitence et la conversion.

1110. — I'« section : Vision sur le sort futur des Juifs, i, 7-vr.

Trois mois après sa vocation au ministère prophétique, en l'an 520, Zacharie eut une nuit plusieurs visions. — 1° Dans la première, i, 8-17, il vit un cavalier au milieu des myrtes, signe de miséricorde et de bénédictions célestes pour Jérusalem. — 2° Dans la seconde, i, 18-21, il vit quatre cornes et quatre forgerons, symboles de la ruine des peuples qui ont persécuté Juda : les quatre forgerons brisent les quatre cornes, c'est-à-dire les Chaldéens, les Perses, les Grecs et les Romains. — 3° Dans la troisième, ii, un homme lui apparaît armé d'un cordeau pour mesurer Jérusalem et signifier qu'elle sera abondamment repeuplée, c'est-à-dire que le royaume de Dieu sur l'Église s'étendra sur toute la terre. — A" Dans la quatrième, m, le grand-prêtre Jésus, fils de Josédec, est debout devant un ange qui le fait revêtir d'ornements nouveaux, pour marquer la gloire future de la cité sainte et du Messie. Cette vision se termine, en effet, par une prophétie messianique : Adducam servum meum Orientem, iiî, 8. Au lieu d'Onentem, le texte hébreu porte noï, isémackhy germe; c'est le nom par lequel Zacharie désigne le Messie dans toute sa prophétie (1). — 5° Dans la cinquième vision, IV, Dieu montre au prophète un candélabre d'or, placé entre deux oliviers ; le candélabre et les oliviers sont l'emblème du temple qui sera achevé par Zorobabel et enrichi de tous les dons du Saint-Esprit. — 6° et 1" Dans la sixième et la septième, qui ont la même signification, v, un volume qui s'envole et une femme placée dans un épha

(1) Le nom de Germe est déjà donné au Messie dans Is., iv, 2 et Jer., XXIII, 5; xxxiii, 15 ; n° 1001. — Aa f. 9, le Messie est comparé à une pierre, comme Is., xxviii, 16; Ps. cxvii, 22; Matth., xxi, 42, 44; Act., lY, 11; Rom., IX, 32-33.

658 CflAP. VI. — LES DOUZE PETITS l'ROruÈTES. [illifij

OU amphore avec un poids de plomb, soulevée en Tair par deux autres femmes, figurent l'exclusion des pécheurs du royaume de Dieu. — 8° Dans la huitième, vi, 1-8, quatre chars correspondant aux quatre vents ou points cardinaux , cf. Dan., VII, 4, sortent de deux montagnes d'airain (Sion et Moria) : c'est le signe du jugement par lequel Dieu renouvelle le monde coupable. — 9° Enfin une action symbolique, VI, 9-15, le couronnement du grand-prêtre Jésus, indique qn'Onens, le Germe, le chef du royaume de Dieu, réunira en sa personne la dignité de roi et de pontife.

11 il. — Ile section : Réponse du Seigneur aux envoyés de Béthel à l'occasion du jeûne en mémoire de la prise de Jérusalem par les Chaldéens, vii-viii.

L'an 518, des messagers vinrent de Béthel à Jérusalem pour demander aux prêtres et aux prophètes si le jeûne institué, en signe de deuil, à cause de la ruine de la capitale et du temple par Nabuchodonosor, devait être encore observé, maintenant que la ville et la maison de Dieu étaient restaurées, VII, 1-3. Dieu leur fait répondre par Zacharie que ce qui lui plaît, ce n'est pas l'abstinence, mais l'obéissance, 4-7; s'il a dispersé son peuple parmi les païens, c'est à cause de son indocilité, 8-14; désormais il traitera Sion avec bonté, après l'avoir affligé, viii, 1-17; il changera les jours de jeûne en jours de joie et glorifiera la cité sainte, de telle sorte que des peuples puissants et nombreux accourront pour l'y adorer, quand ils se convertiront à la venue du Messie, 18-23.

1112. — 1II« section : Prophéties contre H adrach et Israël, ix-xiv.

La dernière section contient deux oracles, qui portent le nom de massa' ouonus ; le premier est dirigé contre Hadrach et les pays voisins, ix-xi ; le second contre Israël, xii-xiv.

1° Oracle contre Hadrach. La position de cette ville a été inconnue jusqu'à nos jours; un certain nombre d'exégèles, même contemporains, ont soutenu que ce nom était purement symbolique pt ne ré]~on(laii à aucune réalité ; c'est une erreur : la ville d'Hadrach a existé; elle est plusieurs fois

[iM2] ART. XI. — ZACHATIIE. 659

mentionnée dans le récit des guerres des rois d'Assyrie ; elle était située en Syrie (1). Elle est mentionnée ici avec tous les pays voisins, Damas, Hamath, la Phénicie et le pays des Philistins. Toute cette contrée sera ruinée, ix, ce qui eut lieu par les armes d'Alexandre le Grand, n° 894 ; le peuple de Dieu, au contraire, sera béni et puissant, x ; il reviendra de la captivité sous son nouveau roi. Le prophète nous décrit l'entrée triomphale du Messie à Jérusalem :

Exulta satis, filia Sioa,

Jubila, filia Jérusalem;

Ecce rex tuus veniet tibi

Justus et salvator;

Ipse pauper et ascendens super asinam

Et super pullum filium asiuœ, ix, 9.

« Après avoir prédit ce qui devait arriver dans l'état des Juifs depuis Alexandre le Grand (c'est-à-dire leur assujettissement aux Séleucides ou aux Ptolémées, ix, 8) jusqu'à leur entier affranchissement des puissances étrangères, ce qui n'arriva qu'environ cent ans avant la naissance de Jésus- Glirist, le prophète promet enfin la venue du roi Sauveur... Il le désigne par des caractères qui ne conviennent qu'à lui,... les qualités de roi, de juste, de sauveur, de pauvre, et la circonstance devenir monté suruneânesseetsur unânon. Nous voyons l'accomplissement de cette dernière partie de la prophétie dans l'entrée de Jésus-Christ à Jérusalem (2), et sa personne sacrée nous fournit tout à la fois ce qu'il y a de plus grand et déplus divin,... allié sans contradiction avec ce qu'il y a de plus humble. »> (Galmet, h, l.)

(1) Voir La Bible et les découvertes modernes, t. iv, p. Si.

(2) Matlh., XXI, 5. Nous lisons dans S. Matthieu, mrtW5«e^M5, au lieu de pauper, parce que les Septante ont traduit irpào;, sens que le mot Oy, 'dni, de l'original, a en même temps que celui de pauper. — N.-S. veut entrer à Jérusalem monté sur un âne pour marquer tout à la fois qii'il est mansuetus et le prince de la paix : « Id non tantum signifîcabat modestiam ipsius, sed et pacis studium : nam bello armantur equi; asiuus pacis animal, » dit Grotius. — Plusieurs commentateurs croient quasina et pullus ne désignent qu'un seul animal, parce que le second membre n'est que la répétition du premier, par parallélisme synonymique; mais le texte de S. Matthieu distingue très nettement deux animaux, xxi, 2, 7; cf. Fillion, Comment, de S. Matthieu, p. 401.

Un tableau de désolation succède, xi, au tableau de félicité du ch. X. La terre d'Israël est dévastée par les ennemis qui l'ont envahie, xi, 1-3. Zacharie reçoit l'ordre de prendre soin de garder le troupeau destiné à la mort (son peuple), qu'il avait abandonné aux Gentils, 4-6. Le prophète, armé de deux bâtons, appelés l'un Beauté et l'autre Cordeai\ protège avec le premier contre les nations les brebis confiées à ses soins, et avec le second il les tient réunies. Cependant Dieu en un mois, c'est-à-dire 30 jours ou 30 X 7 = 210 ans, cf. Dan., IX, 2, et Jér., xxv, 11 ; xxix, 10 et Dan., ix, 24, détruit trois pasteurs (de peuples), cf. vi, 1-8, les Chaldéens, les Perses et les Grecs ; il abandonne les Juifs et les livre à leur malheureux sort, 7-11. Dieu leur dit alors : Puisque je ne serai plus votre pasteur et que vous m'obligez à vous quitter, donnez-moi au moins mon salaire. Dieu continue : Ils me traitent comme un vil esclave, ils m'offrent le salaire d'un esclave, trente sicles d'argent. Le Seigneur fait rejeter cette somme dans le temple, et son peuple cesse de lui appartenir, son alliance avec les Juifs est rompue, 12-14. L'histoire de Notre- Seigneur nous explique clairement ce passage. Le Messie, méconnu des siens, fut acheté trente sicles d'argent; cette somme fut rapportée au temple par Judas, le traître qui l'avait reçue, et consacrée par les prêtres à acheter le champ d'un potier (1). — Le peuple élu, désormais irrévocablement délaissé par Dieu, est livré à un pasteur insensé, les Romains qui consomment sa ruine, 15-17.

2° Prophétie sur Israël, xii- xiv. Zacharie annonce, en terminant, la gloire finale de Jérusalem dans la conversion des peuples au Messie. La guerre contre Jérusalem ou l'Église tournera au détriment de ses ennemis, xii, 1-4. Dieu fera triompher son peuple, 5-9 ; il répandra sur lui son esprit et

(1) s. Jérôme a traduit ici staiuarius au lieu de figulus qu'on lit Matth., XXVII, 10^ mais le sens est probablement le même : il veut dire sans doute un ouvrier qui fait des figures d'argile. — « Le Seigneur dit au prophète de rendre ces trente pièces d'argent, c'est-à-dire de prédire qu'elles seront rendues. » (Calmet, h. /.). S. Matthieu, en rapportant la prophétie de Zacharie, xxvii, 9, l'attribue à Jérémie. Nous reviendrons plus loin sur cette difficulté, n° 1113, !«>.

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