Authenticité et intégrité du livre de Josué
1° V authenticité et Vintégrité du livre de Josué sont niées par les rationalistes contemporains. M. Schrader, résumant l'opinion de la critique négative, prétend que ce livre est l'œuvre de trois auteurs principaux, comme le Pentateuque lui-même : d'un annaliste s'occupant simplement d'histoire, d'un écrivain théocratiquc, cherchant à faire prévaloir les idées sacerdotales, et d'un écrivain prophétique. Celui-ci aurait vécu vers la fin du ix* siècle, 8i5-800 av. J.-C, et aurait cherché à coordonner en un tout unique l'œuvre de ses prédécesseurs. Environ deux cents ans plus tard, vers 600, le deutéronomiste, c'est-à-dire l'auteur imaginaire du Deutéronome, aurait repris ce travail en sous-œuvre et l'aurait re-
(!) Plusieurs critiques nient que Josué soit l'auteur du livre qui porte sou nom, parce qu'ils prétendent que plusieurs faits qui y sont racontés ne se sont passés qu'après sa mort, tels que la prise par Oliioniel de Cariath Sépher (nommée plus tard Dabir), xv, 13-19; et la prise par les Danires de Laïs ou Lésem (nommée plus tard Dan), xix, 47; cf. Jud., I, 10-15 et XVIII. La prise de Lésem, Jos., xix, 47 et Jud., xviii, a dû avoir lieu dans les derniers temps de la vie de Josué. Quant à la prise de Cariath Sépher par Othoniel, quoique elle paraisse placée, Jud., i, 1, 13, après la mort de Josué, nous croyons qu'elle lui était antérieure, et que l'auteur des Juges ne la mentionne, en abrégeant le récit de Jos., XV, 13-19, que pour rappeler les exploits d'Otlioniel, dont il va bientôt, 111, 9-11, raconter la judicature. Les verbes, dans Jud., i, 10- 15, auraient àin probablement être mis au plus-que-parfait, si ce temps avait existé en hébreu.
fondu à son point de vue, en y insérant une série de notes et de remarques (1).
2° Ces hypothèses et autres semblables sont sans fondement. 1° Nous avons vu que le livre de Josué avait très vraisemblablement pour auteur celui dont il porte le nom, etqu'il était certainement antérieur à l'époque de David. L'unité qui règne dans tout cet ouvrage, l'unilormité du style et de l'exposition, dans toutes ses parties, sont une preuve de son intégrité en même temps que de son antiquité. Le langage qui y est employé a beaucoup de traits de ressemblance avec celui du Pentateuque, parce qu'il est à peu près du même temps. — 2o On ne doit pas cependant l'attribuer, comme on a tenté de le faire, à l'écrivain prétendu qui aurait rédigé tardivement le Deutéronome : indépendamment des raisons rapportées plus haut, on remarque assez de différences entre ces deux écrits, pour constater qu'ils ne' sont pas de la même main. — S** Le livre de Josué ne forme donc pas la sixième partie du Pentateuque, et Ton ne peut pas admettre, dans ce sens, l'existence d'un Hexateuque. L'auteur de cet écrit suppose clos le volume de la Loi, Jos., viii, 31 ; xxiii, 6; il reproduit la division du pays à l'est du Jourdain, xiir, et rénumération des villes de refuge, xx, qui se lisait déjà, Num., xxxii; Deut., iv; il est exempt d'un certain nombre d'archaïsmes qu'on observe dans les écrits de Moïse; il a, pour plusieurs mots, une prononciation particulière; ainsi, tandis que Moïse nomme la ville de Jéricho Yerêkhô (onze fois), l'auteur de Josué l'appelle Yerîkhô (vingt-sept fois), etc.
3** Il est d'ailleurs possible que la glose, usque in présentent dlem^ qu'on lit plusieurs fois (2), ait été ajoutée plus tard au texte, mais cette glose est certainement antérieure à la huitième année du règne de David, puisqu'elle a été écrite avant la prise de Jérusalem; nous voyons en effet, xv, 63,
(1) Schenkel, JBibe!-Lexicon, t. m, p. 391.
(2) Jos. , V, 9 ; VII, 26 ; xiii, 1 3 ; xiv, 14 ; xv, 63. — Les mots qu'on lit dans les Septaute, Jos., xvi, 10 ; Dédit eam [Gazer) i?i dotem Pharao filiss suse, uo 415, note 2, et qui ne sont ni daus l'hébreu ni daus la Vulgate, montrent que quelques addilious explicatives, qui ne nuisent en rien ni à l'authenticité ni à l'intégrité substantielle, ont pu se glisser dans le texte.
que la tribu de Juda n'avait pu encore chasser les Jébuséens de cette ville. On a déjà remarqué, n° 415, que la conclusion, XXIV, 29-33, n'est pas de Josué.