Auteur des Paralipomènes
La tradition attribue généralement à Esdras la composition des Paralipomènes, et ce que nous venons de constater sur l'époque de leur rédaction est en parfait accord avec ce témoignage. Il est confirmé par l'identité de la conclusion de
II Par., xxxvi, 22-23, et du commencement de I Esd., i, qui donne également l'édit de Cyrus, mais d'une manière plus complète. On trouve, de plus, dans les Paralipomènes et le
(1) Keil, Chronik, 1870, p. 5-13.
(2) La généalogie de Zorobabel est poussée si loin qu'elle dépasse certainement l'époque d'Esdras. Mais ce n'est pas un motif suffisant de retarder la composition du livre, parce que rien n'était plus aisé que de continuer une généalogie aussi importante que celle de la maison de David, dont Zorobabel faisait partie, sur un exemplaire déjà existant des F*aralipomènes. On admet communément que quelques noms, en effet, ont été ajoutés à cette liste, quoiqu'il ne soit pas facile de déterminer jusqu'à quelle génération se continue la généalogie. A. Hervey, Genealogy of our Lordj p. 97 sq.
no CHAP. IV. — LES P4RALIP0MÊNES. [505J
livre d'Esdras le même goût pour les généalogies, pour tout ce qui tient au culte et à la tribu de Lévi ; des locutions particulières qui ont une signification propre à ces deux ouvrages, 132U?DD, kammischpâty « selon la loi de Moïse » (i); de nombreux chaldaïsmes.
Comme Esdras est l'auteur des Paralipomènes en même temps que du premier livre qui porte son nom, plusieurs critiques ont pensé que ce dernier ne formait primitivement qu'un seul ouvrage avec le précédent, mais rien ne prouve iju'ilen soit ainsi. Le titre particulier que leur donne à chacunle canon des Livres Saints montre que ce sont deux œuvres distinctes ; l'édit de Cyrus, qui conclut l'un et commence l'autre, prouve la même chose. Cet édit n'aurait pas été reproduit deux fois de suite par l'auteur, s'il n'avait pas voulu écrire deux histoires différentes. On ne peut pas dire d'ailleurs que c'est une répétition faite par les copistes, car l'édit est abrégé, II Par., xxxvi, et complet, l Esd., i.
* 505. — Les sources des Paralipomènes.
!• Les tables généalogiques, formant la première partie,
1 Par., i-ix, sont extraites soit du Pentateuque et des livres historiques antérieurs contenus dans la Sainte Écriture, soit de documents extrabibliques.
2" Dans la seconde partie, I Par., x-II Par., xxxvi, contenant les annales des rois de Juda, de David à la captivité, l'auteur indique, après la mort de chaque roi,
(1) I Par., XXIII, 31 {Wu]g., juxta numerum); II Par.,xxxv, 13; I Esd., III, 4 ; Néh. ou II Esd., viii, 18 (hébreu). — Cf. aussi tt;n*rirt, hithyakhés, se faire inscrire, I Par., v, \, 7, 17; II Esd., vu, 5, etc., et les formules liturgiques : I Par., xvi, 34, 41; II Par., vu, 6 et I Esd., m, 11; cf. cependant, pour ces derniers passages, Is., xii, 4; Ps xxxiii (hébreu),
2 ; kephôr, coupe, I Par., xxviii, 17, et I Esd., i, 10; vin, 27; l'infinitif hophal, housad, dit de la fondation du temple. Il Par., m, 3, et 1 Esd., m, 11 , pelugâh, des classifications des lévites, II Par., xxxv, 5, et ï Esd., VI, 18 ; hîthnaddêb, de l'offrande des dons volontaires, l Par., xxix, 5, 6, 9, 14. 17, et I Esd., i, 6; ii, 68; m, ^\'adlemêrâkhôq, jusqu'au loin, avec trois prépositions, II Par., xxvi, 15, et 1 Esd., m, 13 ; hêkin lebâbô lidrôsch, prepnrnvit cor suum ut quxreret, II Par., xil, 14; XIX, 3; xxx, 19, et I Esd., vu, 10, etc.
loOlij ART. I. — INTRODUCTION AUX PARALIPOMÈXES. -fil
OÙ il a puisé les renseignemeDts qui le concernent (1). 3** Le soin avec lequel l'auteur des Paralipomènes indique (es sources dont il s'est servi est une garantie de son exactitude et de la diligence avec laquelle il a recueilli tous les renseignements propres à lui faire connaître la vérité, indépendamment même de l'inspiration qui le mettait à l'abri de toute erreur. C'est là un point digne de remarque, parce que, de tous les livres que contient la Bible hébraïque, les Chroniques sont ceux dont l'autorité est le plus violemment attaquée par les rationalistes contemporains.
506. — Valeur historique des Paralipomènes « Une nartie considérable des faits raconté par ce livre lui
(1) Pour 1» David, i Par., xxix, 29 ; 2» Salomon, II Par., ii, 29; 3» Roboam, xil, 15; 4» Abia, xiii, 22 ; S» Asa, xvi, 11; 6° Josaphat, xx, 34 , "3° Joas, XXIV, 27 ; S» Amasias, xxv, 26 ; 9° Ozias, xxvi, 22 ; lO» Joatham, XXVII, 7 ; 11» Achaz, xxviii, 26 , 12» Ézéchias, xxxii, 32 ; 13o Manassé, xxxiii, 18-19 ; 14° Josias, xxxv, 27 ; 15o Joakim, xxxvi, 8. Ces renvois manquent seulement pour Joram et Ochozias, la reine Athàlie et les derniers rois, Joachaz, Jéchonias et Sédécias. — Les ouvrages que l'auteur a consultés sont, les uns historiques, les autres prophétiques. Les premiers sont appelés : l» le livre des rois de Juda et d'Israël (5», 80, 11») ; 2° le livre des rois d'Israël et de Juda (10«, U», IS») ; 3» les annales des rois d'Israël (13°) ; 4° le Midrasch sépher hamlakîm ou Liber Re'gum (7°). On reconnaît généralement aujourd'hui que les trois premiers titres n'indiquent qu'une seule et même histoire, désignée d'une manière plus ou moins complète, avec des variations dans l'emploi ou dans l'ordre des mots : elle contenait l'histoire des rois d'IsraCl et de Juda et avait aussi servi à la rédaction de nos livres des Rois ; de là vient qu'on trouve dans les Paralipomènes des passages qui sont déjà les mêmes, mot pour mot, dans les Rois, parce qu'ils ont été pris à la même source. Il est impossible de déterminer si le Midrasch sépher homlakim, Il Par., xxiv, 27, est également identique avec les aonales des rois de Juda et d'Israël ou s'il formait une œuvre indépendante. — Outre les ouvrages dont nous venons de parler, les Paralipomènes citent une histoire, aujourd'hui perdue, d'Ozias par Isaïe (9°) et le Midrasch ou livre du prophète Addo sur Abia (4°). — Ils renvoient, 1°, 2°, 3°, 6°, 12° et 13° à des écrits de prophètes, Jéhu (6°), Isaïe (120), etc.; on ignore s'il est question de prophéties proprement dites, comme celles d'Isaïe, par exemple, qui contiennent le récit de plusieurs événements du règne d'Ézéchias, Is., xxxvii-xxxix, on de livres historiques proprement dits, sortis de la plume des prophètes dont ils portent le nom.
il2 CHAr. IV. — LES PARALTPOMÈNES. [506]
est commune avec les livres historiques canoniques plus anciens , et les termes qu'il emploie sont souvent identiques, ou à peu près, aux termes employés dans ces derniers ; une autre partie, également importante, lui est propre. Au temps où la critique négative dominait dans les études bibliques, on expliquait les ressemblances entre les Rois et les Paralipomènes en admettant que l'auteur de ceux-ci avait pris dans les premiers tout ce qui leur était conforme, mais que tout ce qui était diiférent et lui appartenait à lui seul était de son invention ou bien le résultat de contre-sens, de remaniements, d'embellissements ou d'altérations volontaires. La valeurhistorique des Chroniques a été vengée de ces soupçons injustes. On reconnaît maintenant que l'auteur a travaillé partout d'après les sources et qu'il n'est pas possible de lui attribuer des fictions ou des falsifications volontaires (1) ».
« Le soin avec lequel il a compulsé ses sources est démontré d'une manière évidente par la comparaison des récits qu'il a en commun avec les livres de Samuel et des Rois. Non seulement, dans ces passages parallèles, les relations concordent sur tous les points essentiels, mais là où elles offrent des Variantes, les Chroniques donnent, quant aux faits, des détails plus précis et plus développés ; quant à la forme, les différences sont sans portée : elles consistent seulement dans l'expression el le style, ou bien s'expliquent par le but parénétique et didactique de l'historien.
» Ce but parénétique n'a d'ailleurs jamais porté atteinte à la vérité objective des faits, comme le prouve une étude attentive et minutieuse du texte ; il a seulement communiqué à la narration une empreinte subjective ou personnelle, qui lui est particulière et la distingue de l'exposition objective des livres des Rois. Il résulte delà que nous sommes en droit de conclure... que, dans les parties où l'auteur a utilisé des documents aujourd'hui perdus, le chroniqueur n'a pas été moins exact; qu'il n'a pas reproduit moins fidèlement les listes chronologiques qui lui sont propres^ 1 Par., xii; xxiii-
(1) Dillmann, Chronik, Herzog's Realencyklopàdie fur Théologie, t. il, 1854, p. 693.