‹ Manuel chronometrique, ou precis de ce qui concerne le temps, ses divisions, ses mesures, leurs usages, etc. PublieChapitre 10 sur 37 · I. III · texte numérisé non relu

I. III

La Pevrouse , suffit pour montrer que la marche «les montres est assez régulière pour «lonner en tout temps la longitude du vaisseau , et celle des points observés sur la route, avec toute l’exactitude nécessaire; mais il n’est pas moins démontré que ces machines, si éminemment utiles, et que l’on peut considérer comme le dernier effort de l’industrie humaine , ont cependant besoin d’ètre continuellement vérifiées par les méthodes astronomiques; sans quoi, les navigateurs, au bout de quelques mois de route, ne pourraient leur accorder aucune confiance , sans un danger assez grand pour la sûreté de leur vaisseau. ( Connaiss . des Temps , année 181 i , p. 496.)

L’extrême justesse des machines destinées à la mesure du temps en mer, est principalement fondée sur l’isochronisme des vibrations du balancier par le spiral , dont la première idée appartient à P. le lloy, qui en fit l’application à sa montre marine. F. B. , qui suivait la même carrière , lui disputa cet honneur, qui lui appartenait sans doute, puisque la montre avait une force motrice variable, et que, par conséquent, son régulateur «lécrivait alternativement de grands et «le petits arcs, sans cesser de mesurer un temps égal et uniforme.

Dans le mémoire sur la meilleure manière «le mesurer le temps en mer , l’auteur dit (pag. i 5 ) : « Qu’il y a dans tout ressort d’une étendue suffisante, une certaine longueur où toutes les vibrations , grandes ou petites , saut i^otdirones ; que cette longueur tronvée , si vous raccourcissez ce ressort , les grandes vibrations seront plus promptes que les petites; si, au contraire, vous l’allongez, les petits arcs s’achèveront en moins de temps que les grands , etc. ; et que c'est de cette importante propriété du ressort que dépend la justesse de sa montre marine, etc.

Voilà une vérité d’expérience bien clairement exposée par P. L. II. ; mais la loi que doivent suivre les inflexions des ressorts , pour avoir la propriété de l’isochronisme, ne se présenta pas à son esprit avec

assez de promptitude Son émule s’empara de

cette découverte, y donna les formes géométriques, en développa la théorie avec tout l’art dont il était

capable De là l’origine de ce long polémique (i)

publié contre P. L. R. par F. B., qui, malheureusement pour sa gloire ,

Ne fut pas assez grand pour être saus envie.

Nous ne prétendons pas, à notre tour, contester à F. B. la découverte de l’isochronisme des vibrations du balancier par le spiral: un principe fondamental, sans lequel il n’existerait pas de montres à longitudes , ne pouvait être mûri et développé que dans la tête de cet homme supérieur; mais nous avons la conviction morale , que la priorité appartient à P. L. R. , et nous regardons sa montre marine comme une preuve de fait que toute la puissance du raisonnement ne saurait détruire.

ARTICLE V

Usages dans la Géographie.

La découverte des satellites de Jupiter, les horloges astronomiques et les montres à longitudes, ont donné plus de perfection à nos cartes géographiques et marines, que n’auraient pu faire dix

(i) Éclaircissetnens sur l'invention, etc., des machines proposées en France ponr la détermination des longitude» en mer.

mille ans de navigation et de voyages ; et lorsque la théorie des satellites sera encore mieux connue, la méthode des longitudes deviendra plus exacte et plus facile.

Il s’agit de savoir, par exemple , combien le méridien de la Martinique est éloigné de celui de Paris, ou combien il faut faire de degrés vers l’occident pour arriver à la Martinique. La méthode que les astronomes et les géographes emploient, consiste à chercher dans le ciel un phénomène ou un signal qui puisse être aperçu au même instant de Paris et de la Martinique; par exemple, le moment où commence une éclipse de lune: s’il est minuit à la Martinique quand l’éclipse y commence, et que, dans ce même moment, on ait compté 4 A ' i3' du matin à Paris , nous sommes assurés qu’il y a 4* i3' de temps, ce qui fait un arc de 65° j 5', du méridien de Paris au méridien de la Martinique. En effet, le soleil emploie 24 heures à faire le tour du globe, et une heure à faire 1 5°: si les habitans de la Martinique avaient le midi plus tard quenous d’une heure, nous serions assurés qu’ils sont à i5° vers l’occident; mais ils l’ont plus tard que nous de 4* *3', suivant l’observation; ils sont donc plus avancés de 63° 1/4 qui répondent à 4 *• 1 3', à raison de 36o u pour 24 heures, ou d’un degré pour 4 minutes de temps.

Les satellites de Jupiter font leurs révolutions autour de cette planète:

Le premier en ... ,

Le second • . .

Le troisième

Le quatrième

de façon qu’il ne se passe presque point de nuits où

l’on ne puisse observer, à l’aide d’une lunette,

1 éclipsé de l’un de ces satellites par Jupiter. Ces occultations sont aperçues en même temps dans tous les lieux de la terre où l’astre est visible; et comme on a des tables qui indiquent le temps de l’immersion et de l’émersion de ces satellites pour un lieu déterminé, en comparant l’heure d’une immersion , par exemple, indiquée par la table, avec celle du lieu où l’on observe, que marque une bonne horloge à secondes, onen connaît le méridien parle calcul pre'cédent.

Les géographes ont encore recours à un autre expédient : ils font allumer de la poudre sur un lieu élevé, où est placé un observateur qui note au juste le moment où il fait mettre le feu à ce signal. A une grande distance est une autre personne, qui marque l’instant précis où elle aperçoit la flamme. La différence entre les temps marqués par chaque observateur, montre la différence qu’il y a entre les méridiens sur lesquels ils sont placés. On conçoit qu’il faut que chaque horloge soit exactement réglée sur le midi du lieu où l’on observe.

Quelquefois les géographes et les ingénieurs mesurent encore, par les montres ou horloges à secondes, des distances qu’ils ne pourraient déterminer autrement. Dans un temps calme, ils font tirer le canon sur l’endroit dont ils cherchent l’éloignement; et remarquant à la montre le temps qui s’écoule depuis que la lumière frappe les yeux jusqu’à celui où ils entendent le bruit, ils en concluent que ce lieu est à telle ou telle distance. Si , par exemple, ce temps est de 10 secondes, ils multiplient par 10, mille quatre- vingts pieds que parcourt le son en une seconde, et ils ont dix mille huit cents pieds pour l'éloignement cherché,

En comparant ainsi la vitesse du son et celle de la lumière, les marins connaissent la distance où ils se trouvent d'un vaisseau qui s’annonce par un coup de canon , d’un port qu’ils cherchent et qui leur fait ce signal. Dans un temps d’orage,, on peut savoir de même, par l’intervalle qu’il y a entre le tonnerre et l’éclair , à quelle distance on est du premier.

On connaît encore avec précision au moyen des monfres et horloges à secondes, et plus sûrement que par la boussole, la déclinaison orientale ou occidentale, nord ou sud, d’un plan, du cours d’une rivière, le gisement d’une côte, la situation d’un promontoire , etc. Pour cela , au moyen de l’horloge ou delà montre à secondes, on trace une méridienne comme nous l’expliquerons ci-après , et Ton voit ensuite l’angle que fait la côte , ou le plan avec cette ligne , etc.

ARTICLE VI

. Usages dans la guerre.

Les militaires peuvent se servir des méthodes précédentes, soit pour connaître l’étendue d’un camp , la distance où ils sont d’une forteresse, etc.

Us peuvent encore se servir fort utilement des montres pour les opérations et les attaques simultanées; pour fixer la marche des troupes et la durée de chaque pas; le nombre de coups qu’elles peuvent tirer en une minute on une heure; le temps qu’une troupe emploie à faire telle ou telle évolution , etc.

Pareillement, dans l’artillerie, un officier déterminera aisément, au moyen d’une montre à se

condes, le temps que le feu emploie à se communiquer par mie traînée de poudre, par une mèche de telle ou telle grosseur ; le nombre de coups qu’un canon peut tirer en tel ou tel temps. Enfin, un semblable instrument lui est particulièrement utile dans la théorie et la pratique du jet des bombes.

11 est aisé de voir, par ce qui précède, que les artificiers en peuvent aussi tirer les plus grands avantages.

ARTICLE VII

Mesure universelle par le moyen des Horloges.

Une mesure des grandeurs, toujours exacte, toujours la même , chez tous les peuples et dans tous les siècles, malgré les vicissitudes où presque tout ce qui existe est sujet , doit passer pour une chose trèsutile. Si cette mesure avait été découverte dans les âges qui nous ont précédés , nous ne serions pas dans une aussi grande incertitude sur la longueur du pied romain ou grec, sur celle des stades , ni sur les mesures des Hébreux , etc.

Mouton, astronome de Lyon, proposait pour mesure universelle, un pied géométrique , virgula geometrica , dont un degré de la terre contenait 600,000; et pour en conserver la longueur à perpétuité, il remarquait qu’un pendule de cette longueur faisait 3959 i /5 vibrations en 3 o minutes. ^ Observ. Diarnctrorum , 1670.) Huyghens, qui avait appliqué le pendule aux horloges en i 656 , parla de même de l’usage qu’on en pouvait faire pour les mesures, et la société royale de Londres se proposait de l’adopter. Amontons, Bouguer, La Conda-

( lI 7 )

mine, insistèrent là dessus. ( Métn . acad 1703 et

La longueur du pendule simple sous l’équateur, ou celle qui convient à toute autre latitude commune, comme 45°, quantité invariable donnée par la nature, et facile à retrouver dans tons les temps semblables , peut en effet servir de mesure universelle.

« Après avoir réglé l’horloge sur le temps moyen, en observant les étoiles, il faut suspendre un pendule simple, c’est-à-dire une boule de plomb ou d’autre matière pesante attachée au bout d’un fil très-délié, et le mettre en mouvement par une légère impulsion. Il faut allongerou raccourcir le fil jusqu’à ce que les oscillations, pendant un quart d’heurc ou une demi-heure, s’accordent avec les oscillations du pendule de l’horloge. J’ai dit qu’il fallait ne lui donner qu’une légère impulsion , parce que de petites oscillations , comme de 5 ou 6 degrés, se font eu des temps assez égaux , tandis qu’il n'en est pas de même des grandes. Alors prenant la mesure de la distance du point de suspension au centre d’oscillation du pendule simple , et la divisant en trois parties, si les oscillations du pendule sont d’une seconde, chacune de ces divisions sera la longueur du pied que nous avons appelé horaire ; qui, par ce moyen, pourrait s’établir non seulement chez tous les peuples d’aujourd’hui, mais encore se renouveler au besoin dans les siècles à venir: de sorte que la proportion des autres pieds relativement à celui-ci , servirait à les faire connaître dans la suite d‘une manière certaine. Comme nous avons dit que le pied de Paris était à ce pied horaire comme 864 est à 88 ij ce qui est la même chose que si on

«lisait que le pied de Paris étant connu , avec la longueur de 3 pieds 8 lignes 1/2 de cette mesure, on fait un pendule simple dont les oscillations répondent aux secondes horaires. Or, le pied de Paris est au pied du Rhin, dont on se sert en Hollande, comme 144 esta 139, c’est-à-dire, que ce dernier a 5 lignés de moins, et par là ce pied, ainsi que tous les autres , peut donner des mesures éternellement durables. »( Horol . oscill. , pag. i 5 a.)

T.a méthode employée par Huyghens, dès 1673, pour déterminer la longueur du pendide simple à Paris, et qu’il a fixée à 3 pieds 8 lignes i/î=L. 44 » 7^—, est la même qu’ont suivie long- temps après MM.de Mairan, Bouguer et I.acaille. M. de Mairan, par des expériences faites avec le plus grand soin, a trouvé la longueur du pendule simple, à Paris , de 440 lignes ttz’. selon Lacaille, cette longueur n’est que de 44 ° lignes .

De la petite différence que l’on remarque entre les déterminations faites par Huyghens, en 1673, et par M. de Mairan, en 1735 ( Mcm.acad .), on peut tirer deux conséquences: la première, c’est l’excellence de la méthode en elle-métne, et l’exactitude employée par les deux observateurs, puisqu’en plus de soixanlé-deux ans , on ne trouve qu’une différence de tÜt de ligne dans la longueur du pendule à secondes.

La deuxième conséquence, c’est que pendant cet intervalle, le pied de Paris qui, dans lèà deux époques, a été pris pour unité, n’à éprouvé aucune altération.

Enfin celte méthode présente une précision remarquable , si l’on cdnsidère que la durée «Fuite oscillation augmente, par l’étendue des airfe, de Sa

huitième partie multipliée par le sinus verse on hauteur de l’arc; et si, dans l’expérience de Lacaillc. le pendule simple, réglé sur les oscillations du pendule de l’horloge, décrivait des arcs de deux degrés, il est évident que ce pendule aurait retardé de 4 ", g4 j en 24 heures, par un arc de 4 degrés ( le moindre que l’on puisse supposer dans l’expérience d’Huyghens); il aurait donc fallu raccourcir ce pendule d’environ de ligue •> pour qu’il fût d’accord avec le pendule à secondes , et c’est précisément la détermination d’Huyghens.

Pour conserver, dans tous les temps, les mesures en usage , F. Berthoud a proposé d’employer un cylindre parfaitement calibré et d’une matière homogène. La longueur de ce cvlindre est rigoureusement la même que celle du pied de Paris; il a pour diamètre la 24 e partie de sa longueur, e’est-à-dire, six lignes du même pied, vérifié par un excellent étalon d’acier fait par Canivet en 1766.

Ce cylindre en cuivre rouge, exécuté par Hulot, pèse i 3 onces 6 gros poids de marc , c’est-à-dire , 55/64 de la livre de Paris.

Le couteau de suspension a neuf lignes de longueur, sa hauteur ou largeur est d’une ligne, son épaisseur au sonlmet est d’une demi-ligne; il pèse 6 grains, c’est-à-dire que sa pesanteur est à celle du cylindre de cuivre rouge, comme 1 est à 1Ü20.

Le cylindre ayant été suspendu alternativement par chacune de ses bases, a fait constamment 7710 vibrations par heure, en lui faisant décrire des arcs de deux degrés.

Or, si, au bout de quelques siècles, la mesure du pied était altérée ou perdue, il est évident qu’il sufiatrfi de faire un cylindre de même métal, dont la

longueur serait telle, que le nombre de ses vibrations fût le même dans le même temps, en y joignant cette condition, que le diamètre de la base soit la 24 e partie du cylindre.

Il était réservé à la Commission temporaire des poids et mesures, de procurer à la France le bienfait d’une mesure universelle et invariable prise dans la nature. Les arts se sont empressés de seconder ce travail ; et l’on est parvenu , à l’aide de machines ingénieuses , à saisir des quantités dont la petitesse ctonne l’imagination (1).

Et ce qui surprendrait encore davantage chez toute autre nation , c’est de voir les citoyens chargés de cette opération importante , qui semblerait exiger tout le calme des temps pacifiques , la conduire avec succès à son terme , au milieu du bruit des combats et des agitations de la liberté. Occupés tranquillement alors à interroger la nature, ils ont prouvé que quand il s’agit des intérêts et de la gloire de la patrie, il y a , pour le génie comme pour le courage , un sangfroid qui rend l’un supérieur à toutes les distractions comme l’autre à la crainte.

La théorie du pendule et une montre à secondes , peuvent encore faire connaître la hauteur de la voûte d’un palais ou d’une église, sans y employer aucune

(i) Tout ce que l’esprit d'observation réclame de délicatesse , tout ce que le choix des instrumeus et la fidélité des opérations suppose de sagacité, est réuni dans le grand système des poids et mesures, ce dernier bienfait des sciences, que la routine, l’impéritie, ou la mauvaise foi, repoussent encore; tant il est difficile et quelquefois dangereux de faire du bien aux bomiucs !

(,iai )

mesure, il ne s’agit que d’observer à cette montre combien les lampes ou les lustres suspendus font de vibrations pendant uu certain temps. S’ils eu font quinze par minute , la voûte est éleve’e d’environ 48 pieds 11 pouces 5 lignes depuis son sommet jusqu'au lustre; s’ils en font 3o, ce sommet est distant du centre d’oscillation du lustre , de 12 pieds 2 pouces 10 lignes , etc.

Ces déterminations sont fondées sur les lois que suivent les longueurs des pendules , les temps des vibrations , etc., et qui ont été démontrées par Huyghens. Ces longueurs sont entre eües comme les carrés des temps dans chacun : or , plus un pendule est long, plus il reste de temps à faire ses vibrations ; en sorte que , si les longueurs 4e deux pendules sont entre elles comme 4 et 1 , les temps des vibrations seront entre eux comme 2 et 1 ; racines carrées de ces longueurs.

Dans les cas où l’on n’a point d’autre mesure , une montre à secondes peut de même faire connaître la hauteur d’une tour sur laquelle on se trouve , la profondeur d’uu puits ou d’un précipice dont on ne voit pas le terme. Pour cela , on laisse tomber quelque corps pesant, on remarque combien il se passe de temps depuis l’instant où l’on abandonne ce corps , jusqu’à celui où l’on entend le bruit du choc au bas do la tour on da précipice; connaissant la progression que suit l’accélération des graves, on sait l’espace que ce corps a parcouru. Si l’on veut une plus grande précision , on rectifie par le calcul la petite différence résultante du temps que le son emploie à parcourir l’espace en question.

La méthode précédente exige que nous don-

nions quelques notions de la pesanteur et dn mouvement accéléré des corps.

ARTICLE VIII

De la Pesanteur et du Mouvement accéléré des Corps.

' La pesanteur est cette iorce que nous éprouvons à chaque instant, par laquelle tous les corps tiennent au globe terrestre , et y retombent d’euxmêmes aussitôt qu’on les en éloigne et qu’ils sont libres.

Le premier phénomène qu’on a observé dans la pesanteur des corps, est la vitesse avec laquelle ils tombent vers la terre. Tous les corps , grands ou petits , quelles que soient leurs grosseurs, leurs pesanteurs, leurs densités, commencent à tomber avec une vitesse de quinze pieds par seconde (ou, plus exactement, de i5,o5i5, sous l’équateur); mais après avoir parcouru quinze pieds dans la première seconde de temps, ils en parcourent trois fois autant dans la suivante, cinq fois autant dans la troisième. Les espaces parcourus en une seconde sont comme les nombres impairs i, 3, 5, 7, 9, etc. Galilée reconnut le premier cette loi, confirmée depuis par toutes les expériences et par la théorie de la pesanteur.

Il suit de là que les espaces entiers parcourus depuis le commencement de la chùte sont comine les carrés des temps ; car le corps qui n’avait parcouru qu’un espace à la fin de la première seconde, se trouve avoir parcouru en tout quatre espaces au bout de deux secondes, neuf après trois secondes, etc. ; donc les espaces parcourus dans la chûte

des corps, sont comme les carrés i , 4, 9 , i 5 , de* temps 1,2, 3 , 4 5 que la chute a duré.

Exprimons les petites parties de temps que dure la chute, par les petites portions d’une ligne AB,

( ’Jîg . 3 ), qui soit divisée en parties égales AC, CD: les vitesses du corps qui tombe croissent dans la même proportion , puisqu’à chaque instant il survient un nouveau degré de vitesse égal au précédent, qui ne le détruit point, mais qui se joint à lui. Ces vitesses peuvent donc s'exprimer parles ordonnées CE, BF, du triangle ABF, puisque ces ordonnées croissent uniformément , et comme les abscisses AC, AB, c’est-à-dire comme les temps. Les espaces parcourus à chaque partie de temps doivent être d’autant plus grands , que le temps est plus long et la vitesse plus grande; ils sont donc comme le produit du temps multiplié par la vitesse: or les instans sont exprimés par AC ou AB, et les vitesses par CE ou BF; ainsi la valeur absolue des espaces parcourus pourra être exprimée par le produit des lignes AC et CE, ou par celui des lignes AB et BF, c’est-à-dire, dans chaque cas, par la surface du triangle. La surface du petit triangle ACE est à celle du grand ABF, comme le carré de AC est à celui de AB; donc les espaces parcourus sont comine les carrés des temps.

Si la vitesse B F était constante, le temps AB étant le même, l’espace parcouru serait le parallélogramme ABFG double du triangle; ainsi l’espace parcouru uniformément , avec la vitesse acquise , est double de celui que le corps a parcouru par le mouvement accéléré.

Les espaces étant comme les carrés des temps , et les vitesses comme les temps pendant lesquels elle*

ont été acquises, les espaces sont comme les carrés des vitesses; donc les vitesses sont comme les racines des espaces parcourus, c’est-à-dire des hauteurs d’où les graves doivent tomber pour acquérir ces vitesses.

On peut dire également que les vitesses sont \comme les racines des hauteurs doubles, c’est-àdire des espaces qui seraient parcourus uniformément avec les mêmes vitesses acquises (i).

L’espace que les corps graves parcourent en une seconde , par l’effet de la pesanteur, se trouve avec beaucoup de précision par le moyen du pendule. Si l’on appelle p la longueur du pendule à secondes , et c la circonférence , oo aura l’espace parcouru

en \ En effet, la circonférence est au diamètre comme le temps d'une petite oscillation , ou i r , est au temps qui répondrait à la descente perpendiculaire sur la moitié du pendule (a), ou 18 pouces; en aorte que le temps est de 19"', ou o*, 3 i 83 i ; mais les esjtaces parcourus sont comme les carrés des temps; donc (19"')’ est à (60"')*, comme 18 pouces sont à l’espace parcouru en 1" : on trouve i 5 ,o 5 i 5 sous l’équateur, ou le pendule est de 36 p° 7*'s ,21. Il suffit d’ajouter le logarithme constant 8,534907a avec celui du pendule , réduit à la température moyenne dans le vide, au niveau de la mer, à des , arcs très-petits et exprimés en lignes , pour avoir l’espace parcouru en i”, exprimé en pieds.

(1) Un temps a produit donc une vitesse 9 et un espace 4 ; ainsi le corps remontant avec la vitesse 2 . parcourrait aussi un espace 4 -

(2) Ifuyglîens, tiorol. oscill.

Table de la chute des graves , de la vitesse acquise, et de l’espace parcouru par Un corps tombant librement à chaque seconde de sa chute perpendiculaire.

v~ vitesse à la Ha de chaque t".

Espaces Espace total

parcouru ~ e.

M. Charles ,• dans cette expérience à jamais mémorable, fruit du génie et de l’exactitude géomé-

triques, s’étant élevé à i 5 oo toises =9000 pieds, s’il avait jeté un boulet de cette hauteur , il aurait employé un peu moins de 24" 1/® à descendre sur la terre; car, suivant la loi de l’accélération des graves , il aurait parcouru goo 3 pieds 3/4 dans cet espace de temps.

formdi.es:

v = 2 / 1 = 2 V' ef= y-

définitions:

/■= une force accélératrice telle que la pesanteur ou gravité capable de faire parcourir au projectile i 5 pieds dans la première seconde.

r = «ne rapidité qu’on ne peut exprimer que par l’espace parcouru en un temps déterminé, patexemple, un nombre de pieds en une seconde.

t — un temps quelconque exprimé par le nombre de secoodes qu'il contient.

e — un espace quelconque exprimé en pieds. Par exemple, e — i 5 ; e = 3 o; e = 100. C’est-à-dire e = 1 5 pieds ; e — 3 o pieds ; e — 1 00 pieds.

Nota. On entend ici par vitesse — v la vitesse acquise à la fin du temps t, ou à la fin de l’espace

parcouru e , telle qu’elle subsisterait uniforme si, à cet instant, la gravité cessait d’agir pour l’augmenter.

ARTICLE IX

* Usages dans la Médecine.

Je ne m’e'tendrai point sur la nécessité où est le médecin d’être instruit du temps que son malade emploie à faire les fonctions animales , ni des intervalles qu’il doit observer entre chacun de ses remèdes. Dans tons ces cas , il suffit d’un à-peu-près : mais à l’égard de certains accès , tels que les convulsions , les catalepsies , épilepsies , spasmes , vapeurs , etc. , la plupart de ces accidents étant de courte durée, s’il a recours aux horloges exactes qui divisent le temps en parties fort petites, il sera bien mieux en état d’envisager la nature des causes qui les ont produites, pour y appliquer ensuite les remèdes convenables.

La chirurgie peut aussi tirer une utilité particulière des montres à secondes. En examinant par leur moyen le temps employé pour telle ou telle opération , on se met à portée de savoir si tel ou tel malade est en état de la supporter, etc.

Il n’y a point de symptômes dans les maladies qui reviennent plus souvent , qui soient en même temps plus sensibles que les différentes modulations du pouls. Boerhave, dans ses aphorismes , dit que le médecin puise tout ce qu’il sait , touchant la nature de la fièvre , dans la seule vélocité du pouls. Il serait donc à souhaiter , qu’au lieu de s’en rapporter à une estime, trop souvent trompeuse , les médecins examinassent le pouls des malades avec

une montre à secondes, et notamment, à chacune de leurs visites, le nombre de ses pulsations, pour en voir les diverses progressions. Ils connaîtraient alors avec plus de certitude les différents progrès de la maladie, et jugeraient plus sainement de l’effet produit par leurs remèdes.

Enfin il serait bon que chaque personne observât sur des montres ou pendules à secondes, combien son pouls fait de battements par minute , afin de pouvoir le dire dans l’occasion. En effet , un médecin appelé pour secourir un malade dont le pools est très-fréquent en santé , ordonne les remèdes qu’il croit propres à diminuer cette fréquence. Heurtant ainsi la nature, il change souvent l’indisposition en maladie.

ARTICLE X

Usages dans la Physique.

Une exacte mesure du temps n’est pas moins nécessaire à la perfection de la physique qu’à celle des autres sciences positives. Sans elle on ne pourrait mesurer les différentes vitesses des phénomènes de la nature, l’accélération des graves; la progression dans laquelle les corps s’échauffent ou se refroidissent, acquièrent telle ou telle qualité; la durée de tel ou tel météore; la propagation du son, de l’électricité, et de nombre d’autres effets semblables.

Si nous savons que les corps tombent de xS pieds dans la première seconde, que la lumière nous vient du soleil en huit minutes, que le son parcourt mille quatre-vingts pieds par seconde; que dans cet intervalle le vent le plus rapide, celui qui déra-

cine les arbres, parcourt 3a pieds (i), tm boulet de canon sir cents ; et une infinité d’autres choses intéressantes , c’est à l’horlogerie perfectionnée que nous en sommes redevables.

Les irrégnlarités même des horloges sont une source inépuisable de connaissances en physique , lorsqu’elles proviennent par des causes naturelles.

C’est ainsi que le retardement des oscillations du pendule transporté vers l’équateur a fait voir que la pesanteur des corps variait sous les différentes latitudes, et fournit une méthode pour déterminer la ligure de la terre.

Plusieurs auteurs ont dit que l’on observait des changemens de pesanteur dans les corps transportés au fond des mines profondes : il serait facile de vérifier cet effet par les horloges à pendule.

Enfin , la figure de la terre étant déterminée par des mesures géographiques, les horloges deviendront plus utiles à la physique. Écoutons M. de Maupertuis :

« La figure de la terre étant bien connue , les expériences du pendule montreront , dans chaque lieu, vers quel point de l’axe de Ta terre tend la gravité primitive , la gravité telle qu’elle serait si la force centrifuge ne l’avait point altérée. Cette connaissance est peut-être la plus importante de la physique. Elle nous conduit à découvrir la na-, ture de cette force, qui , faisant agir toutes les machines dont les hommes se servent, s’étend jusque

(i) M. Dirham trouve cette vitesse environ deux fois plus grande. 11 a fait celte expérience avec des plumes légères que le vent emporte avec la même rapidité que l’air même.

dans les cieux , pour y faire mouvoir la terre et les planètes, et semble être l’agent universel de la nature. »

J’observerai, en finissant , que la manière dont je fais marquer les secondes dans mes pendules à une roue et à râteau est infiniment préférable , dans un grand nombre de circonstances , à la méthode ordinaire. La mienne , sonnant pour ainsi dire les demi-minutes, par l’échappement qui se fait à la fin de chaque excursion du râteau , sera utile dans l’obscurité en nombre de cas où les autres ne peuvent être d’aucan secours, pour savoir, par exemple, la nuit, le nombre des battements de son pouls , etc.

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