EXTRAIT
D'un Rapport sur un ouvrage de M. Janvier , ayant pour titre : Des Révolutions des Corps célestes par le mécanisme des Rodages.
INSTITÜT DE FRANCE.
Classe des sciences physiques et mathématiques.
Le Secrétaire perpétuel pour les sciences mathématiques, certifie que ce qui suit est extrait du procès-verbal de la séance du lnndi 19 juillet r8i3.
L’auteur, après un avertissement où il rend compte de ses premières études et de ses premiers essais dans un genre où il s’est véritablement distingué, donne une traduction de l’écrit posthume dans lequel Huyghens nous a laissé une description incomplète de son Planétaire. Cette traduction est accompagnée de notes où l’on trouve des explications utiles, la rectification de quelques passages du texte, et quelques idées pour la plus grande perfection de la machine; mais ce qui assure à cette tradnetion ttn grand avantage sur l’original , ce soht les figures dessinées avec beaucoup de soin par M. Janvier, et gravées avec autant de précision que de netteté par M. Leblanc,
Dans Ja seconde partie, l’auteur expose la construction d’une machine qu’il avait exécutée à l’âge de vingt ans dans le système de l’abbé Tournier, son maître, qui ne laissait à la terre que le mouvement diurne sur son axe: malgré l’inexactitude de l’idée fondamentale qui lui avait été suggérée, et qu’on ne peut lui imputer, on ne peut s’empêcher de reconnaître clans les divers moyens employés par l’artiste, une adresse et une sagacité qui promettaient tout ce qu’il a fait depuis pour le système véritable. On peut même regarder ce premier essai comme une composition destinée à représenter les mouvemens apparens des planètes autour de la terre, réputée immobile (i); et, dans ce sens, elle ne méritera que des éloges.
La troisième partie est consacrée à la description d’une machine planétaire plus complète que celles qui ont été exécutées jusqu'à ce jour. Elle commenoe par quelques réflexions critiques sur la sphèred’IJuyghens , et nous conviendrons que ces remarques ue manquent pas de justesse. Dans cette nouvelle machine, l’auteur se propose de représenter les périodes de toutes les planètes, depuis la Terre jusqu’à Uranus, les révolutions des satellites de Jupiter, de Saturne , d’Uranus même; la rétrogradation des nœuds de la Lune et des points équinoxiaux, les éclipses du Soleil et de la Lune, avec tant de précision que , dans l’espace de vingt siècles , on puisse voir sans erreur sensible la situation respective des corps célestes , soit entre eux , soit à l’égard de la
(i) Nous ne l'avons pas présentée sons nn autre rapport, ( Voy. le litre de la seconde partie, pag. 35.)
terre. Une grande planche montre la disposition générale, la situation et le nombre de$ routages; une autre planche développe le mécanisme qui produit les révolutions de la Terre , de la Lune et de ses nœuds; mais c’est là que se bornent les éclaircissemens : d’auteur s’est réservé le secret éu nombre de dents qu’il se propose de donner à ses roues et à scs pignons. Il nous est donc impossible d’asseoir un jugement (i) sur ce projet, qui aurait droit de nous paraître gigantesque s’il était proposé par tout autre; mais, après ce que l’auteur à déjà fait, il semble qu’il ne soit pas permis de douter du succès (a), puisqu’il n’aura qu’à faire usage de combinaisons qui lui ont déjà réussi. Nous ne faisous aucun doute qu’une pareille machine , exécutée avec tout le soin et l’habileté que peut y mettre un artiste tel que M. Janvier, ne fût un chef-d’œuvre curieux, bien digne d’intéresser quelque riche amateur qui pourrait faire un emploi moins louable de sa fortune.
Dans une quatrième partie, M. Janvier donne la construction d’un Jovilabe propre à montrer en tout temps les configurations des satellites de Jupiter, les effets de la parallaxe annuelle , et l’annonce des éclipses moyennes de ces satellites. Cette machine est
(i) On pouvait juger le mécanisme. Ce qui concerne les nombres est jugé depuis long-temps. Non» avons fait nos preuves à l’Académie royale des sciences, à l'Institut, etc.
(a) Nous avons exécuté cette machine jusques et y compris les satellites de Saturne; et en 1773, an mois de novembre, nous la présentâmes à Louis XV, au château de Fontainebleau,
jolie et curieuse ; on en pourrait faire de pareilles pour les satellites de Saturne etd’Uranus. Cette idée qu’a eue M. Janvier de séparer ainsi les mondes des trois planètes supérieures , qui forment de petits systèmes comparables au système général , nous dit peut-être ce qu’il conviendrait de faire pçür n’exagérer ni les dimensions , ni les frais des planétaires; ce serait de représenter ainsi séparément tout ce qui demande des détails trop compliqués , et de ne laisser dans le planétaire général que les révolutions moyennes, en réduisant le tout à des dimensions moins coûteuses.
L’auteur a donné une seconde application de cette idée en décrivant une sphère plus simple, destinée à représenter les mouvemens apparens du Soleil et de la Lune.
M. Janvier s’était proposé d’ajouter une description de la sphère présentée à l’institut en 1800. Nous avons vu onze planches gravées (1) qui devaient accompagner l’ouvrage, et dont il n’a publié que la première , qui sert de frontispice à son livre. Le lecteur regrettera sans doute que ëes circonstances fâchenses l’aient forcé de supprimer des notions qui, en assurant ses droits comme inventeur , auraient ajouté à sa réputation et donné aux artistes qui voudraient se livrer à ce travail ingrat et peu fructueux,
(i) Les planches, que de fâcheuses circonstances nous ont forcé de supprimer, renferment ce que nous avons fait- de pins curieux en ce genre , et particulièrement le mécanisme de la sphère mouvante placée an palais des Tuileries , et que nous avions composée pour Louis XVI dans nos jours de, prospérité.
les moyens de profiter de ses idées et de ses longues recherches :
Nous desironsque son excellence le ministre de l’intérieur puisse trouver les moyens de récompenser un artiste très-estimable, et le dédommager des dépenses auxquelles son goût pour ce genre de recherches l’a constamment engagé ; et nous ajouterons que les chefs d’établissemens publics qui seraient dans l’opinion (t) que les machines de ce genre peuvent être utiles à la première instruction , ne pourraient mieux faire que de s’adresser à l’artiste qui a tant de droits à leur confiance.
Signé Dei. ambre , Rapporteur.
La classe approuve le rapport, et en adopte les conclusions.
Expérience curieuse faite par Huyghens.
Très-peu d'hommes ont aussi bien mérité des
(i) Ainsi, le 19 juillet 18 i 3 , on laissait douter si des machines de ce genre peuvent être utiles à la première instruction , tandis que, le a du même mois, on écrivait à un principal de collège : « Je n’ai ancon besoin de voir votre sphère mouvante ponr me convaincre de tona les avantages et du degré d’utilité qu’elle peut avoir pour l'instruction publique (*). » Cette distinction injuste nous aurait profondément affligé si l'on ne pouvait pas comparer nos compositions avec la sphère qui est déposée au chef-lieu de l’Université.
{“) Description de 1* sphère mouvante présentée » M. le comte de Fontanea par J. F. Major, principal du collège de Bar-rar-Ornein , eu feuilleton «joi est i la fin.
sciences par l’importance et la sublimité de leurs recherches. L’application du pendule aux horloges , est un des plus beaux présens que l’on ait faits à l’astronomie et à la géographie , qui sont redevables de leurs progrès rapides à cette heureuse invention et à celle du télescope dont il perfectionna considérablement la pratique et la théorie. Il publia dans le sein de l’académie dont il fut un des premiers membres , son admirable ouvrage de Horologio oscillatorio , d’où nous tirons le passage suivant :