‹ Manuel chronometrique, ou precis de ce qui concerne le temps, ses divisions, ses mesures, leurs usages, etc. PublieChapitre 3 sur 37 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Des Divisions naturelles du

ARTICLE PREMIE De la nature du Temps,

Le temps, par sa nature ou par l’idée primitive que tout le monde y attache, est égal et uniforme; il est pour nous l’impression que laisse dans la mémoire une suite d’événemens dont nous sommes certains que l’existence a été successive. Si l’on veut connaître la juste quantité du temps écoulé, il faut donc avoir recours au mouvement des corps , puisque nous n’avons pas d’autres moyens de juger des intervalles successifs , ni de les comparer entre eux. Ainsi la mesure du temps suppose le mouvement , le mouvement suppose l’espace; et pour le prouver, il suffit de marcher. La présence du temps se fait perpétuellement sentir; tout est soumis à ses lois ; la destruction et la reproduction des êtres s’opèrent dans le temps ; son cours rapide nous entraîne avec lui... Le moment oit je parle est déjà loin de moi.

( io )

Puisque le temps s’écoule nécessairement d’une manière constante et uniforme , le mouvement le plus propre à lui servir de mesure doit être celui qui de sa nature est simple et uniforme; en un mot, ce doit être celui qui, étant une fois imprimé à un corps, s’y conserve, et lui fait parcourir dans des temps égaux des espaces égaux , et par conséquent décrire des périodes égales. On est unanimement convenu de faire usage, pour cet objet, du mouvement du soleil dont les retours au méridien et au même équinoxe, ou au même solstice, forment les jours et les années.

ARTICLE II

De l’Année.

La nature et l’étude de l'astronomie ont donné aux hommes les divisions du temps par jours , semaines, mois et années. Si l’on remonte aux siècles les plus éloignés , on voit que l’on ne comptait que par des jours, ensuite que par des mois lunaires de trente jours; on n’eut long -temps d’autre mesure chez tous les peuples du monde , même chez les Égyptiens. L’année solaire était trop longue pour être aperçue aussitôt et aussi facilement que le retour des lunaisons ou des phases de la lune. Cet astre, en changeant tous les jours, d’une manière sensible, le lieu de son lever et de son coucher, en variant sans cesse sa figure, et recommençant ensuite un nouvel ordre de changemens tout semblables , offrait une règle publique et des nombres faciles sans le secours de l’écriture, des calculs, des dates, des almanachs : les peuples trouvaient dans le ciel un avertissement perpétuel de ce qu’ils avaient à

faire ; les familles, nouvellement formées et dispersées dans les campagnes , se réunissaient sans méprise au terme convenu de quelques phases de la lune. Suivant le rapport de Cook , les habitans de l’ile de Taïti comptent encore par lunes.

Dans l’Écriture sainte, ce que l’on a traduit par année s’appelait min , jours, c’est-à-dire assemblage de jours (Costard, Hisl. of Astr . , pag. 45 ); suivant d’autres, le mot hébreu Shanah, d’où l’on a tiré le substantif que nous traduisons par année , ne signifie que itérant, et peut s’appliquer à toute espèce de période ; le mot grec Miiv« , qui signifie la lune , paraît venir du mot hébreu ou chaldéen manah , numeravit , supputavit. ( Voyez sur celte année d’un mois , Diod. , liv. i , p. 22 , édit, de i 6 o 3 ; Varron, cité par Lactance, Inst., lib. 11, cap. i 3 , p. 16g, édit, de 1748; Pline, lib. vu, cap. 48, et lib. xvi , cap. ult. sur les années des Gaulois. )

Les travaux de l’agriculture dépendant de la vicissitude des saisons , et les premiers habitans de la terre s’étant aperçus qu’elles venaient des différentes situations du soleil, par rapport à eux, ils s’attachèrent bientôt à connaître le nombre de jours, l’espace de temps que cet astre emploie à revenir au même point du ciel : cet intervalle, que les astronomes déterminèrent ensuite avec précision , fut nommé par eux afuiée solaire ou astronomique.

La durée de l’année , déduite de la comparaison des équinoxes observés par ilipparque, est, suivant Lalande, de 365 jours 5 heures 48 7 4 &“ ( Mém. 1782, pag. 249). Ptolémée supposait 55 ' 12"; Copernic, 49' 16" 23 "' 1/2 : c’est la durée de l’année employée dans le calendrier grégorien. Flamsteed et Newton trouvaient 67" j/2 ; Halley , 55 " ; Mayer, 5 i";

La Caille, 49" ( Mèm. , 1757). On trouve encor* 48" 1/2, en comparant le résultat des observation» de la Hire, calculées par La Caille.

En déterminant la durée de l’année par le mouvement séculaire du soleil, cent années moyennes vaudront 36524/-, 2263g65y3684 » et l’année 365s- , 242264 , ou 365s 5 h. 48' 5i", G. M. Delambre estime que cette durée ne doit guère différer de 365/ 5 h - 48' 5o ou 5i".

Mais cette durée moyenne est trop longue pour notre siècle et les suivans. Par un milieu entre les 400 ans qui commencent à 1800, l’année moyenne, pendant quatre siècles , ne serait que de 365/' 5 A 48' 37 ,r . (Connais, des Temps, 1799, p. 3 18.)

Les années civiles et communes sont, comme on sait , de 365 jours , excepté une de quatre en quatre , de 366 jours, qu’on nomme année bissextile.

Jules-César fut l’auteur de cette addition d’un jour tous les quatre ans; il voulut faire correspondre les années civiles aux années astronomiques, ensorte qu’en la même saison l’on comptât les mêmes mois, et qu’on pût dire que le printemps arrivait toujours au même temps de l’année. ( Voyez Censorinus, cap. 10; Suétone, dans la Vie de César; Dion Cassius , liv. xi.ni; Solinus , chap. 3; Macrobe , Saturn. , liv. 1 , ch. 14. )

César étant à-la-fois dictateur et pontife , ce soin le regardait principalement. Pour s’en acquitter avec plus d’exactitude, il fit venir Sosigènes , mathématicien d’Égypte , qui s’occupa sérieusement de ce travail. 11 fit sentir à César qu’on ne pouvait établir une forme constante dans les années , à moins qu’on n’abandonnât la lune pour s’en tenir aux raouvemens du soleil. En conséquence il fut ordonné ,

l’an de Rome 708 (i) , qu’à chaque quatrième année» les six heures négligées dans chacune des précédentes, formeraient un trois- cent- soixante-sixième jour, qu’on nommerait intercalaire ou bissextile.

Le jour intercalaire fut placé après le 23 février, on le septième des calendes de mars, et avant le régifuge, fête instituée en mémoire de l’expulsion de Tarquin , qui se célébrait le vi des calendes : ce jour, au lieu d’être le 24 , se trouvait alors le 25 ; et le 24 , qui était le jour intercalaire , s’appelait bis sexto calendas martias , parce que le jour du régifuge conservait son nom de sexto calendas.

Par cet expédient, l’année civile , fixée à 365 jours 6 heures , se trouva différer de l’année solaire seulement de 11' 12" en excès. Cette erreur, quoique imperceptible, produisait environ un jour en cent trente-quatre années; ensorte que, depuis la correction de César jusqu’à l’an 1682, où le pape Grégoire XIII fit une nouvelle réforme dans le calendrier , les équinoxes avaient remonté au commencement des mois où ils se trouvent ; et celui du printemps, autrement appelé \' équinoxe pascal , se rencontrait le 1 1 mars, au lieu de se trouver au 21 de ce mois, où le concile de ISicée l’avait fixé l’an

Pour réparer ce dérangement , qui s’augmentait chaque année, et pour remettre les équinoxes dans la

(1) Ce fut dans les années 47 et 46 avant J. C. que se fit la réforme ; et l’année 45 , ou 4669 de la période julienne, fut la première année julienne régulière : l 'équinoxe arriva le 2 5 septembre.

place déterminée par le concile, Grégoire XIII, d’après l’avis des plus habiles astronomes, sur-tout de Clavius, ordonna, par une bulle, que l’an i 582 on retrancherait les 10 jours d’erreur produits depuis le concile de Nicée, par l’excès des onze minutes de l’année julienne sur l’année solaire ou astronomique, et que l’on compterait le i 5 octobre, lorsque l’on ne devait compter que le 5 .

Et afin de prévenir une semblable erreur à l’avenir, il fut arrêté que dans l’espace de 400 ans, on retrancherait trois bissextiles; par conséquent les années 1700 et 1800 n’ont pas été bissextiles, et l’an t 900 11e le sera pas non plus, parce que 1600 l’a été.

En supprimant la bissextile à la fin de chaque siècle, pour la rétablir à la fin du quatrième, la longueur de l’année que cela suppose , est de 3 65 /- , ou de 365 y., 242600, plus grande que la véritable de o/ , 000236 . Mais, si en suivant l’analogie de ce mode d’intercalation, on supprime encore une bissextile , tous les 4000 ans , ce qui les réduit à 969 dans cet intervalle, la longueur de l’année sera de 365 - , -fêêz 5 ou de 365 ^, 24 2260 , ce qui approche tellement de la longueur 3667,242264 déterminée par les observations, que l’on peut négliger la différence , vu la petite incertitude que les observations ellesrinêmes laissent sur la vraie longueur de l’année, qui d’ailleurs n’est pas rigoureusement constante.

ARTICLE III

Du premier jour de C année.

11 n’y a pas long-temps que le commencement de l’année est fixé d’une manière générale , comme

il l’est maintenant pour l’Europe , à quelques excep* tions près. Les Grecs la commençaient au mois de septembre; les Romains, sous Romulus, au premier de marf, et ils avaient reçu cet usage des Étrusques ; Numa la fixa au premier de janvier. Les Persans commencent l’année dans un temps qui répond à notre mois de juin; les Chinois au solstice d’hiver; les Mexicains, suivant d’Acosta, le 23 février , lorsque la verdure commence à paraître ; les Mahométans, avec les astronomes, c’est-à-dire à l’équinoxe du printemps , le soleil entrant dans le bélier.

Parmi nous l’année commence au premier janvier depuis 1567. Sous la seconde race de nos rois, elle commençait à Pâques , après la bénédiction du cierge pascal; et dans certains endroits, elle commençait à l’Annonciation, c’est-à-dire le i 5 de mars, à-peu-près comme chez les Hébreux, dont l’année ecclésiastique et civile commençait à Pâques ( Exod. 12), quoiqu’ils eussent aussi une année solaire qui commençait au mois de septembre. ( Lévit. , chap. 23 et 25 ; Ézéch. , chap. 40. )

La raison qui détermina les anciens pour le mois de janvier , fut qu’au solstice d’hiver , le soleil recommence à monter vers notre hémisphère boréal : ce commencement d’élévation et d’accroissement dans les jours leur parut devoir être l’époque du renouvellement de l’année.

Chez les Romains le premier et le dernier jour étaient consacrés à Janus : c’est pour cela qu’ils le représentaient avec deux visages (1). C’est d’eux que

(1) Le Janus îles Romains , génie à quatre visages, p.or-

nous vient la coutume de souhaiter la bonne année. Non-seulement ils se rendaient des visites avant la tin du premier jour, ils se présentaient aussi des étrennes, strcnœ , et offraient aux dieux des vœux pour leur conservation réciproque. Lucien, qui en parle comme d’une coutume très-ancienne, même de son temps, en rapporte l’origine à Niima.

ARTICLE IV

Du mois.

On distingue trois sortes de mois; le solaire ou astronomique, le lunaire, et le civil ou usuel. Le premier, sur lequel se règle l’année, est le temps employé par le soleil à parcourir un signe du zodiaque; c’est-à-dire un peu plus de 3 o jours.

Si l’on avait placé le commencement de l’année au solstice d’hiver, en faisant les trois premiers mois et les trois derniers de trente jours, le soleil entrerait dans chaque signe presque toujours le premier du mois , etchaque saison occuperait précisément trois mois; et comme le mois de janvier répond au signe que le soleil parcourt dans le moindre temps, ce serait celui-là qu’on ferait de 29 jours dans les années communes. (/. des Sav. , août 1776 , janvier 1779 -)

Le mois lunaire est ou périodique ou synodique.

tant les clefs dn temps, ayant douze autels à ses pieds, pour représenter les douze mois , et le nombre 365 dans les mains , n’était antre chose que le génie de l’année , l’étoile qni ouvrait la marche du temps ( Journal des Safaris, janvier 1 78 G ).

Le périodique est le temps que la lune emploie à revenir au même point du ciel (i); le synodique est celui qui s’écoule depuis une nouvelle lune jusqu’à la suivante. Ce dernier, seul connu du peuple, est de 2g jours 12 heures 44* 3 1 ' > et comme ces fractions du jour auraient été fort incommodes dans la supputation ordinaire, on a supposé alternativement les mois lunaires d’un certain nombre de jours entiers, savoir : janvier, mars et les autres mois nonpairs de 2g jours ; février , avril et les autres mois pairs de 3 o. Ceux-ci sont appelés pleins , et les autres caves.

Il reste encore 44 minutes ou près de 3/4 d’heure de plus à chaque révolution de la lune ; ces minutes accumulées pendant trente-deux lunaisons, valent un jour entier qu’on ajoute à l’un des mois simples: c’est ainsi qu’on fait accorder les lunaisons du calendrier, avec celles qui sont marquées dans les tables astronomiques.

L’année composée de douze mois lunaires est de 354 jours; elle est, par conséquent, plus courte de onze jours que l’année solaire : ce surcroît, qu’on appelle Xépacte , accumulé pendant dix- neuf années, forme sept mois lunaires qu’on ajoute pendant le cours de ces dix-neuf ans , et que l’on nomme mois embolismiques ou intercalaires.

A l’égard du mois civil ou usuel , c’est celui qui est accommodé à l’usage de chaque peuple.

Jules César avait ordonné que les mois seraient alternativement de trente et de trente-un jours , savoir : janvier, mars et tous les mois non-pairs , de trente-un ; avril , juin et les autres mois pairs, de

trente, excepté février, qui, dans les années communes, ne devait avoir que vingt-neuf jours, et trente dans les années bissextiles. Cet ordre était fort commode; mais Auguste, ne voulant pas que le mois qui portait son nom fût inférieur à celui de Jules César , ou juillet, prit un jour au mois de février pour le donner à celui d’août.

Les Romains partageaient le mois d’une manière assez extraordinaire et fort incommode pour les calculs , par leurs calendes , leurs nones et leurs ides.

Les calendes étaient invariablement le premier jour du mois. Les nones étaient le 7 des quatre mois de mars , mai, juillet et octobre : elles étaient le 5 dans les autres mois. Files portaient le nom de nones ou de neuvièmes , parce qu’elles étaient le neuvième jour compté depuis les ides , en rétrogradant. Ainsi les ides étant le i 3 janvier, le 12 s’appelait pridiè idus , c’est-à-dire le jour avant les ides ; le 1 1 , tertio idus , le 3 e avant les ides ; le 10 , quarto idus; le 9, quintoidus; le 8, sexto idus; le 7, septirno idus ; le 6 , octavo idus ; le 5 était nones.

Les jours qui précédaient les nones se comptaient de même en rétrogradant; et les derniers jours du mois précédent se comptaient encore de même des calendes suivantes , par les mots pridiè calendas , tertio , quarto , quinto , sexto , etc. , calendas.

Les ides étaient placées le ï 3 ou le 1 5 , comme on le voit dans le tableau ci-joint. Ainsi , dès le lendemain des calendes , on comptait par nones , en commençant par 4 ou 6; le lendemain des nones on comptait par ides , en commençant par le 8 ; et le lendemain des ides on comptait des calendes prochaines, en commençant suivant les cas, par le 16, le 17, le 18 ou le 19.

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