DES JOURS
Janvier..
Février. .
Mars. . . .
Avril . . .
Mai ....
Juin. . . .
Juillet . .
Août . . .
Septemb.
Octobre.
Noverab.
Décemb .
Cette méthode était bien barbare; mais il faut la connaître pour entendre une expression des calendriers modernes. Quand César réforma le calendrier romain , et qu’il établit l’année julienne de 365 jours 1 / 4 , il régla que ce quart négligé trois années de suite, formerait un 366 e jour à la quatrième année. Il plaça ce jour intercalaire en février, à la suite du 6 e avant les calendes : au premier, on disait sexto calendas ; au second, bis sexto calcndas ; l’année s’appela bissextile , et le nom est resté.
César était né le 4 des ides du mois quintile ; après sa mort , Antoine , qui était son collègue dans le consulat, fit ordonner, par une loi , que ce mois
porterait le nom de Jules- César. Le mois sextile fut ensuite appelé Augustus , août, en vertu d’un sénatus-consulte , après la bataille d’Actium,non que cet empereur fût né dans le mois sextile , car le jour de sa naissance était le 23 septembre; mais dans le mois sextile , il était parvenu au consulat, il avait triomphé trois fois, conquis l’Égypte, terminé les guerres civiles; ce qui fut cause que le sénat , regardant ce mois comme le plus heureux de l’Empire d’Auguste, ordonna qu’à l’avenir on l’appellerait du nom de ce prince.
Néron voulut aussi donner son nom au mois d’avril ; Domitien voulut appeler le mois de septembre Germanicus , et celui d’octobre Domitien ; mais après la mort de ce tyran, non-seulement on arracha ses inscriptions, mais, en haine de sa mémoire , on changea les noms qu’il avait établis pour les mois de l’année.
ARTICLE V
De la semaine.
L’usage de diviser le temps en semaines de sept jours est de la plus haute antiquité. Il paraît que les plus anciens peuples de l’Orient s’en sont servis ( Mém. de V Acad, des Inscrip. , tom. iv, pag. 65 ) ; il était d’ailleurs très-naturel, d'après les phases de la lune, qui ne se montre que pendant quatre semaines ou vingt-huit jours, que les premiers hommes suivissent cette division , car les phases changent à- peu près tous les sept jours. Si l’on avait voulu faire des semaines de huit jours , on eût trouvé un excès de trois jours au bout du mois. Les années solaires de 365 jours se partagent, à un jour près,
(ai)
en semaines de sept jours, au lieu qu’il y aurait eu cinq jours de reste si l’on eût fait les semaines de huit jours; ainsi l’usage des mois et des années paraît avoir dû entraîner celui d’une semaine de sept jours.
Peut être aussi, dans ces temps recules, composat-on la semaine de sept jours en l’honneur des sept planètes. Cela parait d’autant plus vraisemblable, que chaque jour de la semaine porte le nom d’une de ces planètes. Ainsi Taindi , Lima* dics , est le jour de la lune; Mardi, celui de Mars; Mercredi, celui de Mercure; Jeudi, celui de Jupiter; Vendredi, celui de Vénus; Samedi, celui de Saturne. Le nom du premier jour de la semaine est défiguré dans notre langue; mais la plupart de nos voisins en ont conservé l’origine. En anglais , par exemple , le Dimanche est appelé Sunday , ou jour du Soleil.
L’ordre des planètes , dans les jours de la semaine, venait de l’influence qu’on leur supposait sur les différentes heures du jour; le dimanche, au lever du soleil, la première heure était pour le Soleil; ensuite venaient Vénus, Mercure et la Lune, qui étaient supposés au-dessous de lui; puis Saturne, Jupiter et Mars, qui étaient au-dessus : par là il arrivait que le lendemain commençait par la lune; et voilà pourquoi le lundi fut placé à la suite du jour consacré au soleil. ( Clavius in Sphœram. )
Il est très-remarquable que la semaine, qui, depuis la plus haute antiquité dans laquelle se perd son origine , circule à travers les siècles , en se mêlant aux calendriers successifs des différens peuples, se trouve identiquement la meme sur toute la terre, soit relativement à la dénomination de ses jours, réglée sur le plus ancien système d’astronomie, soit par rapport à leur correspondance an
même instant physique. C’est peut-être le monument le plus ancien et le plus incontestable des connaissances humaines : il paraît indiquer une source commune d’où elles se sont répandues.
Les Grecs furent long- temps les seuls qui ne divisèrent pas leurs mois en semaines de sept jours, mais en trois décades, usage qui était plus commode que la semaine , et que l’on a vainement tenté de renouveler dans le calendrier de la France.
L’avantage était que la période étant une aliquote exacte du mois de trente jours, le quantième de la décade avait un rapport sensible avec le quantième du mois. Ainsi le 7 d’une décade était nécessairement le 7, le 17 ou le 27 du mois, au lieu que le 5 d’une semaine peut être également un des 3 o jours du mois, sans qu’on ait aucun moyen de le distinguer, à moins de se souvenir par quel jour a commencé le mois. Supposons, par exemple, qu’il ait commencé par un jeudi, qui est le 5 de la semaine, ce 5 de la semaine sera successivement le i er , le 8, le i 5 , le aa et le 29 du mois , toujours en augmentant de 7 , ce qui peut aider à trouver les autres quantièmes, mais d’une manière moins simple.
ARTICLE VI
Digression sur le sabbat et le dimanche.
Les dieux , dit Platon, touchés de la pénible condition de l’homme , ont réglé certains jours pour son repos et pour le culte particulier qui leur est dû. L’on sait que la plupart des peuples de la terre ont distingué les jours en jours d’œuvre et jours de fête ou de repos. Mais c’est une grande question que de savoir en quel tftnps la fêle du septième jour a
été instituée, et si elle existait avant la naissance de J. C. Quelques auteurs, fondés sur le deuxième chapitre de la Genèse, où il est dit que Dieu bénit le septième jour et le sanctifies , ont cru qu’elle avait été instituée dès le commencement du monde, et que cette fête n'était point particulière aux Juifs ; mais il est prouvé que la véritable époque de l’institution du sabbat est au cinquième campement des Israélites à Marah, c’est-à-dire immédiatement après le passage de la mer Rouge.
A l’égard de la seconde question , il est à croire que le jour du soleil, ou notre dimanche, a toujours été célébré parles Gentils; car, dans leur théogonie , les jours de la semaine étant attribués aux planètes , qui étaient des dieux pour eux , il est vraisemblable que le soleil devant être regardé comme le premier de tous, le jour qui lui était consacré devait être aussi distingué des autres.
Le dimanche a été substitué au sabbat par les Chrétiens. Selon Eusèbe, Constantin ordonna le premier que ce jour, qui commençait la semaine chez les Juifs et chez les Payens , comme il la commence encore parmi nous , serait célébré par tout l’Empire; il ne permit ce jour-là que le labeur de la terre.
L’abbé de Saint-Pierre, regardant la défense de travailler le dimanche comme une règle de discipline ecclésiastique , qui suppose à faux que tout le monde peut chômer ce jour-là sans s’incommoder; non content de remettre, en faveur des pauvres, toutes les fêtes au dimanche, voudrait qu’on leur accordât une partie considérable de ce jour pour l’employer à des travaux utiles , et pour subvenir par là plus sûrement aux besoins de leurs familles.
Il estime à plus de vingt millions par an le gain que feraient les pauvres par cette liberté de travail. On est pauvre, selon lui, dès que l’on n’a pas assez de revenu pour se procurer six cents livres de pain. A ce compte, combien n'y a-t-il pas de pauvres parmi nous P ( Voyez l'article Dimanche , dans l'Encyclopcdie. )
Ce que propose l’abbé de Saint-Pierre est en vue que l’indigent soit favorisé; mais, quand on supposerait que les ouvriers pussent travailler sans aucun relâche, il ne faut pas croire qu’il leur en reviendrait quelque profit. Les fruits de l’industrie et de la peine des hommes sont comme des denrées, dont le prix baisse en proportion de leur abondance. Ce serait donc le riche et non le pauvre qui profiterait de ce surcroît de travail.
Il faut de toute nécessité quelque délassement à l’homme : le repos dont il n’aurait pas joui le dimanche, il le prendrait un autre jour. Or il est fort utile pour l’ordre , et même pour la récréation des hommes, que le jour du repos soit le même pour tous : autrement, celui qui voudrait faire travailler choisirait souvent un jour que celui dont il aurait besoin aurait pris pour se reposer. Chez les ouvriers, les amis, les familles, etc., ne pourraient plus se réunir pour prendre leur délassement et leur récréation en commun ; et l’on sait combien cela ajoute à la satisfaction et aux plaisirs des hommes , de les partager avec ceux qu’ils chérissent.
Ne faisons pas les maux plus grands qu’ils ne sont en effet. Ce ne sont pas ceux qui travaillent six jours de la semaine, qui sont malheureux et ne vivent qu’à demi ; ce sont ceux qui ne veulent point s’occuper, ou qui, soit par leurs infirmités, par dé-
faut de lalens, ou par d’autres causes ne le peuvent pas.
Eh quoi ! la condition de l’homme serait-elle si malheureuse, que ce fût trop d’un jour sur sept pour se délasser et jouir paisiblement de son être ? Ah ! loin de chercher à anéantir une institution aussi sage, admirons plutôt la bonté du souverain législateur, qui, en nous faisant une loi du repos » dans l’institution du sabbat, ne l’étend pas seulement sur l’homme libre et sur l’esclave, mais sur les animaux même. « Vous vous occuperez (Exod. , chap. 23 , vers, ra) pendant six jours à vos différens ouvrages , mais vous les cesserez le septième , afin que votre bœuf et votre âne se reposent, et que le fils de voire esclave et l’étranger qui est parmi vous puissent prendre qnelque relâche et même quelque divertissement. »
Le sabbat étant fait pour l'homme , et non l’homme pour le sabbat (saint Marc , cliap. a, vers. ,27), nous ne devons pas en être esclaves : aussi manquons-nous sans, scrupule au précepte , lorsqu’un besoin pressant le requiert pour certains travaux publics, par exemple dans le temps des moissons, etc.
Nous nous sommes sagement éloignés de cette austérité pharisaïque, qui, dans d’autres lieux, en Angleterre sur-tout , a fait interdire le dimanche ' tout divertissement, les jeux, - lès spectacles, et fait même défendre de chanter autre chose que des psaumes , etc. ; il est difficile de concevoir comment un peuple, qui se dit si fort au-dossus de ce que d’autres appellent préjugés , a p.u consacrer un septième dè scs jours à l’ennui.
ARTICLE VII
Du Jour.
Le soleil étant l’objet le plus frappant de l’univers, il a été pris dans tous les siècles, et chez tous les peuples du monde , pour la mesure naturelle du temps; les jours marqués par ses apparitions ont été les premières portions de temps que l’on ait entrepris de compter. Dans la suite, les mois et les années ont servi à compter les temps éloignés , comme les heures ont été introduites pour subdiviser les jours.
L’intervalle qui s’écoule depuis un passage du soleil au méridien jusqu’à son retour au même cercle , est appelé jour artificiel par Macrobe , Riccioli, Bailly, etc. (i), et la durée de la lumière qui comprend seulement le temps que le soleil est sur l’horizon , jour naturel ; mais il y a des auteurs qui entendent tout le contraire , comme dans l’Encyclopédie.
Cette période de temps, qui, selon les circonstances , reçoit encore les dénominations de jour civil, jour astronomique , etc., est la durée d'une révolution entière de l’équateur et de la portion du même cercle répondant à la partie de l’éclip—
(i) La mort de Bailly, éternel sujet de douleurs et de regrets, est une preuve affreuse de l'inconstance de la faveur populaire. Après avoir honoré sa vie par des travaux utiles aux sciences et à l'humanité, par ses vertus, et par un noble caractère, il périt victime de la plus sanguinaire tyran, nie, opposant le calme et la dignité du juste, aux outrages d'an peuple dont il avait été l'idole.
tique que la terre parcourt dans son orbite pendant te jour artificiel.
Tandis que le globe terrestre fait une révolution sur son axe , d’accident en orient , il parcourt dans le même temps environ la 365 e partie, ou 59 ' 8" de son orbite. Ces mouvemens combinés font successivement répondre le soleil à tous les degrés de l’écliptique dans l’espace d’une année, d’occident en orient, et à tous les méridiens, d’orient en occident, dans l’espace d’un jour.
Le retour du soleil au même méridien , ou le jour artificiel , est donc composé d’une révolution entière de l’équateur , plus d’une portion de ce cercle répondant à celle dont, pendant ce temps, il avance vers l’orient par le mouvement de transposition de la terre.
Ainsi le temps compris entre deux midis ou deux minuits consécutifs , surpasse la durée d’une révolution du ciel, qui forme le jour sidéral; car si le soleil traverse le méridien en même temps qu’une étoile ; le jour suivant , il y retiendra plus tard en vertu de son mouvement propre par lequel il s’avance d’occident en orient; et dans l’espace d’une année il passera une fois de moins que l’étoile au méridien.
On trouve ainsi qu’en prenant pour unité le jour moyen astronomique , la durée du jour sidéral est de °j> 997 a6 9 5 7-
A l’égard du jour naturel, son usage ne pourrait être commode qu’à l’équateur où le soleil revient à l’horizon à des intervalles toujours égaux ; mais , dans la sphère oblique , les retours réguliers n’ont lieu qu’au méridien , soit inférieur , soit supérieur ; de là deux manières de compter
les jours. Les astronomes comptent de midi, c’est le jour astronomique. Tous les peuples européens comptent de minuit, c’est le jour civil. Les astronomes comptent vingt-quatre heures de suite : dans l’usage civil, les heures du matin se comptent de minuit, et celles du soir de midi, depuis une jusqu’à douze heures.