QUANTITE PAU LITRE
es
693 ce.
Coucher.
Lever.
Déjeuner.
Déjeuner.
1189 ce.
Moyenne :
Pour arriver à une conclusion certaine, il faudrait répéter ce genre de déterminations un grand nombre de fois et sur des sujets différents; malheureusement ces observations sont fort pénibles.
Prenons maintenant le même individu, et voyons comment l'urée varie suivant les diverses influences.
Régime. — Ainsi que nous l'avons déjà dit, cette cause exerce l'influence la plus grande sur l'excrétion de l'urée. Ainsi, 0. Franque, en expérimentant sur lui-même, éliminait en vingt-quatre heures :
Avec une nourriture animale, de . . 51 à 92 gr. d'urée
Avec une nourriture mixte, de ... . 36 à 38 gr. d'urée
Avec une nourriture végétale, de . . 24 à 28 gr. d'urée
Avec une nourriture non azotée. . . 16 gr.
Cette observation, pour n'en pas citer d'autres, montre donc l'influence toute-puissante de l'alimentation. Nous voyons maintenant pourquoi l'urine d'un herbivore qu'on
MATÉRIAUX AZOTÉS
iàit jeimer passe au type Carnivore. Il quitte une alimentation végétale et se trouve soumis k un régime exclusivement animal ; son urine devient claire et acide, et la proportion d'urée augmente considérablement.
Ici se pose une question très intéressante et qui, à mon j avis, n'est pas encore résolue d'une façon suffisamment nette.
La production de l'urée reconnaît comme cause première ^l'ingestion des matériaux azotés, qui, après leur absorption, subissent une série de transformations dont le dernier terme est l'urée; mais est-il nécessaire que les produits qui ■en résultent aient d'abord été fixés par l'économie, assimilés, avant d'être transformés en urée? ou bien cette transformation a-t-elle lieu dans le torrent circulatoire avant ■l'assimilation ? En d'autres termes, l'urée provient-elle de la transformation des aliments avant leur absorption, ou est-elle un produit de dénutrition, de combustion des tissus? Dans le premier cas, les aliments, après avoir été transformés, seraient épurés de l'urée et ne renfermeraient plus que des éléments propres cà la nutrition et pouvant être fixés directement. Eu somme, la question est très complexe. D'après Rabuteau, l'excrétion de l'urée augmente de 25 0/0 après les repas, et cette augmentation est tellement rapide qu'on ne peut admettre que les aliments aient d'abord été fixés, puis ensuite désassimilés ; il suffit qu'ils aient eu le temps d'être soumis aux influences comburantes. Cette manière de voir me semble beaucoup trop exclusive, car il est certain que l'urée se produit dans les cas de dénutrition. Lorsqu'un sujet est soumis à une diète même absolue, il continue à excréter de l'urée, et même la proportion n'en diminue pas beaucoup dans les premiers jours ; il faut bien que cette urée soit un produit de désassimilation. Du reste, l'exercice musculaire violent qui favo- ' rise la dénutrition augmente la production de l'urée. Pour I moi, l'urée est avant tout un produit de désassimilation, et,
si cette substance s'élimine en bien plus forte proportion aussitôt après l'ingestion des aliments, c'est qu'il faut considérer l'arrivée dans le torrent circulatoire de tous les matériaux qui proviennent de la digestion comme une cause de dénutrition plus rapide, exactement comme l'exercice musculaire, l'ingestion de boissons en grande quantité.
Du reste, les matériaux azotés ne se transforment point si facilement en urée ; aujourd'hui, on est à peine arrivé à produire cette transformation, en faisant bien entendu la part des actions physiologiques qui n'ont point d'équivalents dans nos réactions de laboratoires. Je suis convaincu qu'on obtiendrait plus facilement de l'urée si cette transfusion s'effectuait si facilement et si promptement dans l'économie. J'ai répété les expériences de Bechampt et Ritter, mais en me servant de matières azotées qui avaient déjà subi une action physiologique. Au lieu de me servir de gluten, j'ai opéré sur de la fibrine et du tissu musculaire soumis à l'action de la pepsine, en d'autres termes sur un produit de digestion artificielle , et je n'ai pas obtenu davantage d'urée qu'en opérant sur le gluten pur; c'est-à-dire des traces, en oxydant par la permanganate de potasse. Je n'ai rien obtenu en oxydant avec le peroxyde de fer.
Parmi les causes qui augmentent la production de l'urée, citons l'exercice musculaire ; il en serait de même du travail intellectuel, d'après M. Byasson.
Bifluence de la ôoissoji. — L'ingestion d'une grande quantité de boisson, en augmentant le volume de l'urine, augmente aussi la proportion d'urée éliminée. Dans tous ces cas, il est bien évident que l'excès d'urée provient d'une désassimilation.
Action des médicaments. — Certains médicaments ont une intluence très marquée sur l'élimination de l'urée. Augmentent la proportion d'urée : les ferrugineux, les
MATÉRIAUX AZOTÉS
clilorures alcalins, les préparations de colchique, de genièvre, de scille, etc.
Diminuent la proportion d'urée : le café, le tlié, les alcooliques, les iodures et bromures alcalins, les carbonates alcalins et les sels à acide organique, qui se transforment en carbonates dans l'économie; les préparations de mercure, de valériane, de digitale. Toutes ces substances sont des médicaments d'épargne.
Pathologie. — Nous reproduirons ici deux observations que nous avons déjà faites : c'est que, en dehors de l'action que peut exercer la maladie sur l'élimination de l'urée, il y a forcément un changement produit par suite de la modification du régime, delà diminution ou même delà suppression de l'exercice musculaire. Ensuite, pour l'interprétation des résultats il ne faudra pas oublier que la quantité d'urée éhmiuée ne dépend pas uniquement de la quantité produite. Cette substance peut en eiïet être entièrement éliminée ou retenue en partie soit dans le sang, soit dans d'autres liquides.
Comme aperçu général, nous pouvons dire qu'une augmentation persistante dans la quantité d'urée éliminée indique un accroissement dans Yabsorption ou V élimination (dénutrition trop rapide), tandis qu'un accroissement momentané indique seulement une élimination plus prompte (qui succède parfois à une rétention dans l'économie).
La diminution de l'urée peut dépendre d'un ralentissement dans les phénomènes de transformation et d'assimilation des substances protéiques, ou bien de sa rétention dans l'économie au fur et à mesure de sa production.
Maladies dans lesquelles on observe une augmentation d'urée. — Dans toutes les maladies aiguës et fébriles (fièvres intermittentes, typhoïde, éruptives, pneumonie, rhumatismes, etc.), il y a d'abord une augmentation dans l'excrétion de l'urée, jusqu'à ce que la maladie soit arrivée à son maximum d'intensité; on l'a vue s'élever jus-
76 MAiNUEL CLINIQUE DE L'ANALYSE DES URINES
qu'à 80 grammes dans les vingt-quatre heures. Plus lard, à mesure que la fièvre tombe, la quantité d'urée diminue et descend même au-dessous de la normale; alors le malade prend peu d'aliments. Pendant la convalescence, elle revient peu à peu à la moyenne. Dans les fièvres intermittentes, l'urée augmente surtout pendant l'accès ; l'augmentation apparaît un peu après le début de la période algide. D'après Bouchardat, l'urée augmente considérablement dans certains cas d'ictère intense. Dans le diabète, on observe une augmentation le plus souvent assez forte de l'urée , mais qui provient en grande partie du régime presque exclusivement animal imposé au patient.
Maladies avec diminution d'urée. — On observe une diminution de l'urée dans presque toutes les maladies chroniques ; elle tient surtout à la diminution d'activité des métamorphoses organiques. Mais, si pendant le cours de l'affection il survient des poussées aiguës, la quantité (ïurée augmente à ce moment, pour diminuer ensuite. Cette diminution devient très grande lorsque le terme fatal approche : citons par exemple la plithisie pulmonaire. L'urée diminue encore dans les affections cardiaques, l'emphysème pulmonaire, ra,némie, la cirrhose (Brouardel).
Dans Vhydropisie, la proportion d'iirée excrétée éprouve une diminution considérable ; c'est qu'alors elle est retenue dans les liquides épanchés, n'est point expulsée au dehors, et de là une diminution dans les urines ; mais, au moment où par l'action d'un diurétique on provoque une abondante excrétion d'urine, l'urée est rejetée en quantité souvent considérable. C'est pour cette raison qu'on a considéré à tort les diurétiques comme augmentant la proportion d'urée ; il y a là une manière erronée d'interpréter un résultat.
J'ai assez souvent eu occasion d'examiner des liquides épanchés; j'ai trouvé dans la sérosité des bourses 23 gr. 62 d'urée par litre ; le sang en contenait alors 0 gr. 363
MATÉRIAUX AZOTÉS
par litre : à l'état normal, le sang artériel en renferme 0,18 à 0,20 par litre.
Lorsque l'urée, au lieu d'être éliminée par l'urine, est retenue dans le sang et s'y accumule, on voit survenir des accidents redoutables, dont l'ensemble est désigné sous le nom d'accidents urémiques. Il résulte des expériences des docteurs Rabuteau, Gallois, Hirtz que ce n'est pas à l'urée qu'il faut les attribuer. On peut en effet ingérer cette substance cà des doses assez considérables et même l'injecter dans les veines sans produire aucun accident. L'état morbide eu question qui , d'après Rabuteau i, devrait être appelé Urinémie au lieu de urémie, résulterait de l'accumulation dans le sang de déchets organiques nuisibles qui accompagnent l'urée et sont retenus en même temps qu'elle. Dans ces cas, j'ai trouvé jusqu'à 0,49 et 0,60 d'urée par litre de sang, et môme une fois 3 gr. 88,
L'urée diminue dans le scorbut et le choléra.