CHAPITRE II
DE l'acide URIQUE CiOHHz^QG ou C10H2ÂZ4O4 + 2110 = 168.
Carbone 35,714
Hydrogène 1,191
Azote 33,333
Oxygène 19,048
Eau 10,714
État naturel. — Après l'urée, l'acide urique est rélémenl normal le plus Important de l'urine. On le rencontre dans l'urine de tous les animaux, môme les plus inférieurs. L'urine des oiseaux en contient une grande quantité ; celle des serpents est constituée par de l'acide urique presque pur. L'urine de l'homme en contient quelques décigrammes par jour; le sang en renferme également; et la proportion augmente dans la goutte. On le rencontre encore libre ou Qiélangé d'urate'de soude dans les concrétions articulaires des goutteux, et dans les calculs.
Extraction et préparation. — L'acide urique existe surtout dans l'urine à l'état d'urate alcalin ; il se dépose spontanément, mis en liberté par les réactions qui s'accomplissent dans l'urine après son refroidissement; il est alors plus ou moins coloré. Pour extraire l'acide urique de l'urine, on la
iUre et on radditioiine d'environ 20 centimètres cubes <l"acide clilorhydriqne par litre. Après un repos de vingtquatre lieures, on trouve l'acide urique précipité au fond du vase et sur les parois. Il est moins coloré que celui qu s'est déposé spontanément dans l'urine, et en cristaux plus petits. Pour le préparer en grande quantité, on fait bouillir des excréments de serpent avec une solution de potasse à 1/20 jusqu'cà dissolution. Après avoir décanté ou filtré sur de l'amiante, on précipite par un excès d'acide chlorhydrique. L'acide urique est redissous dans la potasse et précipité de nouveau.
Ou l'obtient pur en répétant plusieurs fois l'opération.
On peut également l'obtenir dans un très grand état de pureté en le dissolvant dans l'acide sulfurique concentré et m étendant peu cà peu d'eau ; l'acide urique se précipite alors en cristaux d'une grande blancbeur.
Propriétés. — Vré])SiTé comme il vient d'être dit, l'acide urique est constitué par des écailles légères, douces au toucher, qui, examinées au microscope, se présentent sous forme de tables lisses rhomboïdales. On y rencontre aussi des lames hexagonales et des prismes à quatre pans. Il y A du reste peu de substances susceptibles de présenter des formes cristallines plus variées que l'acide urique. Cet acide n'a ni saveur ni odeur; il ne rougit pas le tournesol. Il est très peu soluble dans l'eau, car il exige, pour se dissoudre, 18 cà 19,000 fois son poids d'eau froide et 14 à 15,000 d'eau bouillante. Il est insoluble dans l'alcool «t dans l'éther. Il se dissout facilement dans une solution de phosphate de soude (pag. 39); mais alors il y a action chimique : il enlève au sel de soude une partie de sa base, ie convertit en pho!>phute acide et se change lui-même en urate de soude.
Chauffé dans un tube, il se dédouble en urée et acide cyanurique qui se sublime ; il se forme en même temps de Vacide cyanhydrique et du carbonate d'ammoniaque. Bouilli
avec de V acide plombique, il se décompose en acide carbonique, allantoïne, urée et acide oxalique.
Il est entièremeut précipité do ses dissolulions par l'acétate de plomb. Dissous dans un alcali caustique, il agit comme réducteur sur la liqueur de Fehling.
Si l'on traite i partie d'acide urique par 4 parties d'acide azotique concentré, il y a dissolution avec effervescence et tout le liquide se prend en masse. L'acide urique s'est dédoublé en alloxane et urée. Cette dernière se trouve décomposée, au fur et à mesure de sa formation, par l'acide azoteux ; de là l'effervescence due au dégagement de l'acide carbonique et de l'azote :
C'0H*Az40G + 20 + H202 = C8H2Az^08 + C^H^Az^O^ Acide urique. Alloxane. Urée.
L'alloxane qui prend naissance dans ces conditions est un corps tout à fait remarquable par les nombreuses transformations qu'il peut éprouver. Sous l'influence des vapeurs ammoniacales, elle donne lieu à une magnifique coloration rouge pourpre due à la formation de Yisoalloxanate d'ammoniaque et qui sert à caractériser l'acide urique. Par l'action de la potasse caustique, cette coloration vire au bleu pourpre. On est habitué à désigner cette réaction sous le nom de réaction de la murexide; cette dénomination est impropre ; sous le bénéfice de cette observation, nous nous conformerons à l'usage.
L'acide urique est bibasique et forme avec les bases des sels neutres et des sels acides ; les premiers sont généralement plus solubles. Ils peuvent être décomposés par l'acide carbonique ; cette particularité rend compte de la présence des urates acides et de leur dépôt dans l'urine. Tous les urates donnent la réaction de la murexide. De même que l'acide urique les urates acides sont sans action sur le tournesol ; les plus connus sont les suivants :
DE l'acide URIQUE 8t
Urafc acide de soude : C'°I-FAz''NaO^. — C'est lui qu'on rencontre le plus fréquemment et qui constitue le dépôt rougeàtre ou rosé qui se forme par refroidissement dans la plupart des urines et qui se redissout par une légère élévation de température. L'urate acide de soude est en effet soluble dans environ 1200 parties d'eau froide et seulement dans 123 parties d'eau bouillante.
L'urate acide de soude se présente sous forme de dépôts granuleux qui apparaissent parfaitement sphériques à un
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Fig. 8. — Urate acide de soude.
fort grossissement et réunis le plus souvent en agglomérations plus ou moins volumineuses.
Ce sel donne avec l'acide azotique et l'ammoniaque la réaction de la murexide et à la calcination laisse un résidu alcalin de carbonate de soude.
Urate acide de potasse C'"H»Az''KO''. — Cet urate est presque toujours mélangé à celui de soude ; il est plus so- . lubie dans l'eau. En effet, 1 gramme exige pour se dissoudre environ 800 parties d'eau à 15 et 75 bouillante. A la calcination, il laisse un résidu de carbonate de potasse.
Urate acide d'ammoniaque C'^IPAz^AzU^O". — On le rencontre habituellement dans les sédiments de l'urine devenue ammoniacale. Cet urate est très peu soluble, 1/1600 seulement. Il ne laisse pas de résidu à l'incinération, et, pour le distinguer de l'acide urique, il est nécessaire de dégager l'ammoniaque, ce que l'on fait en le chauffant avec un peu de lessive de soude. Il se présente sous forme de sphères plus ou moins volumineuses et hérissées
(le pointes parfois assez longues. Ces Inouïes sont souvent réunies deux ensemble par une sorte de pédoncule, ce qui leur donne la forme d'haltères.
Les urates de chaux et de magnésie se rencontrent beaucoup plus rarement dans l'urine; on les trouve surtout dans les calculs. A la calcination, ils laissent mi résidu de carbonate de chaux ou de magnésie qui n'est pas alcalin S mais fait effervescence avec les acides et donne en
solution les réactions . des sels de chaux ou de magnésie (voir à ces mots).
Citons enfin Yu7xite acide de lithine. — C'est le plus soiuble de tous les urates : il se dissout dans M6 fois son poids d'eau à 39o et dans 367 fois d'eau à 20°. C'est pour cette raison qu'on prescrit les sels de lithine toutes les fois qu'il est nécessaire de favoriser réhmination d'acide urique .
Recherche de l'acide urique. — Bien que l'acide urique n'existe qu'en petite quantité dans l'urine, sa recherche est très facile. Le plus souvent, le simple examen à l'œil nu suffit pour reconnaître l'acide urique, et l'examen microscopique est toujours caractéristique. De tous les sédiments, il n'eu est aucun qui possède comme l'acide urique la propriété de fixer la matière colorante de l'urine, surtout