ALBUMINE
Carbone. .
Hydrogène
Azote
Oxygène. .
Soufre
L'albumine renferme en outre du phospliore environ 0,40 pour iOO, mais non comme principe constituant.
Les diverses matières albuminoïdes, quelles que soient du reste les nuances qui les différencient, offrent toutes les caraclcres suivants, qu'on peut conslater sur l'albumine extraite de l'urine.
Comme elles sont azotées, elles dégagent, lorsqu'on les incinère, une odeur de corne brûlée caractéristique. Pour constater d'une façon plus précise la présence de l'azote, il suffit de chauffer dans un tube un peu d'albumine avec une pastille de potasse caustique : il se dégage de l'ammoniaque, qui ramène au bleu le papier rouge de tournesol et donne des fumées blanches avec l'acide chlorhydrique.
On constate la présence du soufre en faisant bouillir un peu d'albumine avec une solution de soude caustique ; il se forme du sulfuré de sodium, et le liquide précipite eu noir par l'addition d'un sel de plomb. On peut encore calciner un peu d'albumine avec de la potasse et de l'azotate de potasse dans un creuset de porcelaine ou d'argent; il se fait du sulfate, qu'on caractérise par le chlorure de baryum. Les caractères dont nous allons maintenant parler s'appliquent plus particulièrement à l'albumine du sérum et par suite à celle que l'on rencontre dans l'urine.
Cette albumine en solution dans l'eau agit sur la lumière polarisée et dévie à gauche de — 56.
Cette solution est coagulable par la chaleur; vers 72 degrés, la séparation de l'albumine est complète. Cette coagulation s'effectue en liqueur neutre, bien plus facilement en liqueur acide; la température à laquelle elle a lieu est alors abaissée. Elle est au contraire incomplète en liqueur alcaline et peut môme ne plus avoir lieu.
L'alcool précipite l'albumine de ses solutions aqueuses, et, suivant la nature de l'albumine, le précipité se redissout dans l'eau en totalité ou en partie. Les acides dont les noms suivent coagulent l'albumine
ÉLÉMENTS ANORMAUX
sans se combiner avec elle : 2')hénique, picrique, azotique, siilfurique, tannique; ne la coagulent pas les acides acétique et phosphofique trihydraté.
L'acide chlorliydrique concentré et mieux additionné d'un peu d'acide sulfurique dissout en partie Valbumine et se colore en violet.
Les alcalis caustiques dissolvent Valbumine, et l'acide Acétique sépare une matière spéciale, la protéine.
L'azotate de mercure, contenant des vapeurs nitreuses lit obtenu en dissolvant l partie de mercure dans 2 parties d'acide azotique et étendant de 4 parties d'eau, constitue un réactif très sensible qui coagule l'albumine et donne une coloration rouge intense si l'on élève la température vers 60 à 100 degrés. Bon nombre de sels métalliques coagulent l'albumine en se combinant avec elle : Valun, le bichlonire de mercure, V acétate de plomb', il se forme un albuminate. Il arrive assez souvent que l'albumine est d'abord coagulée, puis que le précipité d'albuminate est solublc dans un excès de sel. Tel est le cas qui se présente avec ,1e sublimé corrosif, le perchlorure de fer neutre, les sels de 'Ciiivre, de zinc, de cadmium. Avec les sels d'argent et de plomb, le coagulum est insoluble dans un excès de ces sels. L'acide azotique concentré attaque et jaunit les ma- ■lières albuminoïdes. A cbaud, l'action est très énergique, et il se produit de Yacide xanthoprotéique, corps amorphe, [jaune orangé, soluble dans les alcalis ; c'est grâce cà la Iform.ation de ce corps que l'acide azotique colore l'épiilerme en jaune.
Telles sont les propriétés générales des matières albuninoïdes et en particuber de l'albumine du sérum et de 3elle qu'on trouve dans l'urine. Nous reviendrons plus ard sur quelques points particuliers.
Les deux principaux types d'albumine sont celle de l'œuf et celle du sérum.
Pour avoir de l'albumine pure, on bat du blanc d'œuf
avec des verges de façon à rompre le faisceau qui englob»^ l'albumine; on étend d'eau el l'on fillre sur un papier blanc peu serré. La solution (jui en résulte est assez limpide; en l'évaporant au bain-marie, on obtient l'albumine brute. Cette albumine renferme environ 6,b 0/0 de sels minéraux. On peut la priver de ces sels en la soumettant à la dialyse. D'après M. Wurtz, on obtient de l'albumine pure de la manière suivante. On précipite par l'acétate basique de plomb une solution aqueuse d'albumine ; le précipité csl lavé cà l'eau distillée, puis mis en suspension dans une nouvelle quantité d'eau que l'on fait traverser par un courant d'acide carbonique. Il se précipite du carbonate de plomb, et l'albumine mise en liberté se dissout dans l'eau. On fdtre, puis on ajoute dans le liquide quelques gouttes d'une solution d'hydrogène sulfuré pour enlever les dernières traces du plomb ; on chauffe avec précaution vers 60 degrés pour déterminer un commencement de coagulation d'e l'albumine qui englobe le sulfure de plomb et clarifie ainsi le liquide. On filtre une seconde fois, puis on évapore à une température inférieure à 40 degrés. On obtient ainsi de l'albumine pure et soluble dans l'eau.
On peut considérer l'albumine comme un sel de soude dans lequel l'élément organique joue le rôle d'acide. Les | combinaisons d'albumine avec les sels métalliques sont des aZômmnoies. L'albumine de l'œuf serait de Valbuminatr de soude; la caséine, de Yalbiminate de potasse.
L'albumine qui passe dans l'urine est identique à celle du sérum. Cette dernière renferme deux éléments distincts: la sérine et \â fibrine dissoute (hydropisine). On peut séparer cette dernière (que l'on rencontre aussi dans les liquides de pleurésie, d'ascite) au moyen du sulfate de magnésie: c'est du reste le seul caractère qui l'en différencie. On fait bien rarement la séparation de ces deux éléments serine et hydropisine, on les dose en bloc sous le nom cValbumine. et c'est toujours ce que l'on fait pour l'urine. Ce liquide
ÉLÉMENTS ANORMAUX
renferme en effet les deux éléments de l'albumine du ■sérum : sêrine et fibrine dissoute; mais on ne peut constater la présence de cette dernière que dans les urines Irès albumineuses : elle se sépare et forme un précipité lorsqu'on les sature de sulfate de magnésie.
Les procédés de recherche et de dosage de l'albumine ilans l'urine étant tous basés sur la coagulation de cette substance par la chaleur ou les acides, nous allons entrer dans quelques détails sur ce sujet.
Coagulation de l'albumine par la chaleur, — Si 1 on diauffe une dissolution neutre d'albumine, elle commence à se troubler vers 62 degrés; de 72 à 75, la coagulation est complète. Le coagulum ainsi produit est insoluble dans l'eau et dans l'acide azotique, à la condition qu'on ne l'emploie pas en trop grande quantité. Le point de coagulation par la chaleur est abaissé ou élevé par certaines substances acides, sels, alcalis. Par exemple, le sulfate de magnésie et celui de soude sont sans action sur Valbumine; •cependant, lorsqu'on sature avec ces sels une dissolution d'albumine, on abaisse vers 30 degrés son point de coagulalion; on utilise cette propriété pour rechercher des traces d'albumine.
Si la solution d'albumine, au lieu d'être neutre, est alcaline, le point de coagulation est élevé, et cela d'autant plus que la proportion d'alcali est plus considérable ; il arrive souvent qu'une partie de l'albumine et parfois la totalité ne se coagule pas. Lorsqu'on recherche l'albumine par la <:haleur, il faut donc avant tout s'assurer de la réaction du liquide, le neutraliser, ou mieux le rendre acide, avant de Je soumettre à l'action de la chaleur. Il n'est point nécessaire d'employer pour cela un acide qui coagule Valbumine. On donne la préférence à Yacide acétique.
Cet acide ne précipite pas l'albumine ; il peut même, s'il <?st concentré et employé en quantité sufBsaiite, redissoudre l'albumine coagulée par la chaleur. 11 ne faut pas
perdre de vue celle propriété et par suite ne jamais acidifier que légèrement l'urine dans laquelle on recherche l'albumine par la chaleur; le sulfate de soude, dont nous venons de signaler une propriété, précipite ralbuinine de sa solution acéti(iue si elle a été faite à chaud; aussi le procédé le plus sensible et qui permet de déceler des traces d'albumine consiste à saturer l'urine de sulfate de soude, cà l'acidifier par l'acide acétique, filtrer, puis chauiïer dans un tube à essai. Pour peu que l'urine renferme d'albumine, elle se troublera.
Coagulation de l'albumine par l'acide azotique. — De tous les acides minéraux, le plus employé pour la recherche de l'albumine est l'acide azotique. Il la coagule sans se combiner avec elle. Si l'on se sert pour cette opération d'acide azotique étendu et qu'on le verse goutte à goutte, on observe d'abord un léger lroul)le qui disparait dès qu'on agite de manière cà répartir l'acide azotique dans la totalité de l'urine. Le trouble ne devient persistant qu'alors que la proportion d'acide azotique ajoutée est assez considérable. On expliquait d'abord ce fait par l'action qu'aurait exercée l'acide azotique sur les phosphates; cet acide aurait d'abord mis en liberté une quantité proportionnelle d'acide phosphorique, lequel aurait agi comme dissolvant sur l'albumine. D'après M. Méhu, cette explication n'est pas entièrement valable, car l'acide azotique se comporte de même avec une solution d'albumine dans l'eau pure, et la précipitation ne devient complète que si la quantité d'acide est assez considérable. L'acide azotique, comme l'alcool, précipite l'albumine sans contracter de combinaison avec elle, et ce n'est que dans un milieu sufflsammcnt riche en acide que l'albumine devient entièrement insoluble.
L'acide phénique précipite, également l'albumine sans se combiner avec elle : le coaguhim est soluble en partie dans l'eau, mais insoluble dans l'eau saturée d'acide phe-
ÉLÉMENTS ANORMAUX V^'
uiqiie. Eulîn le prussiate jaune de potasse précipite i'albu- 1 mine en présence de l'acide acétique.
L'iodure double de potassium et de mercure précipite également l'albumine. M. ïanret, qui a fait de cette réaction la base d'un procédé de dosage de l'albumine, indique la formule suivante :
loclure de potassium 3 gr. 32
Biclilorure de mercure J 3;j
Acide acétique 20 c. c.
Eau distillée. .. Q. S. pour faire 64 c. c.
Ce réactif donne également un précipité avec l'urine d'un individu qui a absorbé des alcaloïdes; dans ce dernier cas, le précipité disparait par élévation de température el est également soluble dans l'alcool.
Recherche de l'albumine dans l'urine. — Pour déceler l'albumine dans l'urine, il sufQt d'appliquer les réactions que nous venons d'indiquer : coagulation par la chaleur, par Y acide nitrique, par Yacidephénique, par le cyanure jaune de potassium en solution acétique et par Yiodurc double de ■■ mercure et de potassium. L'albumine est exclusivement un produit anormal; mais sa présence dans l'urine peut tenir à trois causes différentes :
t" Existence d'une affection des reins. — Elle peut alors être accompagnée d'épithélium et de tubes du rein.
2° Extravasion du sang dans un point quelconque des voies urinaires. — L'urine est alors plus ou moins colorée et renferme des globules sanguins.
3° Présence du pus. — L'urine renferme alors des leucocytes et autres éléments du pus (voir à ce mot).
La quantité absolue d'albumine contenue dans l'urine n'est jamais très considérable; très souvent, elle est inférieure à 1 gramme par litre : 4 à 3 grammes constituent une forte proportion; on rencontre parfois jusqu'à 18 à 20 grammes par litre. L'urine albumineuse mousse tou-
jours par l'agilalion beaucoup plus qu'une urine normale, môme lorsque la réaction est acide, et à plus forte raison lorsqu'elle est alcaline.
Lorsqu'une urine est albumineuse, elle donne une mousse très épaisse et très persistante lorsqu'on y dose l'urée au moyen de rhypobromite de soude. On l'ait aisément tomber cetto mousse par l'addition de quelques gouttes d'alcool. Les urines albumineuses sont de couleur paie, et en général de faible densité lorsqu'elles proviennent d'un sujet atteint d'une maladie de Bright; mais elle peut être tout aussi colorée qu'une urine normale, et même plus si elle renferme du sang.
Recherche de l'albumine par la chaleur. — LeS urinCS albumineuses éprouvent facilement la fermentation ammoniacale, soit en dehors de la vessie, soit môme dans ce réservoir. Il en résulte qu'il faut toujours s'assurer de la réaction avant de procéder à la recherche par la chaleur. Si l'urine est neutre et à plus forte raison si elle est alcaline, on l'acidifie avec de l'acide acétique, et on filtre. 11 suffit alors de la chauffer dans un tube à essai pour obtenir un coagulura, pour peu que la proportion dalbumine soit notable.
Si l'on n'avait pas pris la précaution d'ajouter de l'acide acétique, le coagulum apparaîtrait quand même au bout de quelques instants d'ébullition, car le carbonate d'ammoniaque serait volatilisé, et l'albumine se précipite au fur et à mesure. Lorsqu'on chauffant une urine, môme légèrement «cide, on obtient un précipité, il faut toujours vérifier si le précipité est bien de l'albumine, c'est-à-dire s"il ne disparait ni par l'addition d'acide acétique ni par celle d'acide azotique. Dans le cas où il disparaît, c'est qu'il était formé par des phosphates terreux qui se sont précipités par suite du départ de l'acide carbonique.
Si le trouble produit par la chaleur seule n'est pas très net et qu'on soupçonne cependant la présence de traces
ÉLÉMENTS ANORMAUX
d'albumine (indiquée par des leucocytes), on doit, après Avoir ajouté l'acide acétique, saturer de sulfate de soude, filtrer, puis chauffer; si dans ces conditions il ne se produit pas de louche, on peut être certain de l'absence de l'albumine.
Pour soumettre l'urine à l'action de la chaleur, on en remplit aux trois quarts un tube en verre, et l'on chauffe seulement la partie supérieure. Le liquide reste donc transparent dans le bas et sert de contrôle : en regardant sur un fond noir, le moindre louche devient apparent.
Coagulation de l'albumine par l'acide azotique. — En opérant avec l'acide azotique, on élimine les causes d'erreur provenant de Valcalinité de l'urine et de la précipitation des phosphates.
On commence par vérifier la réaction de l'urine ; si elle ■est alcaline, on y verse de l'acide acétique et on filtre ; si . elle est acide, on se contente de la filtrer. On place alors - cette urine dans un verre à pied et on y fait tomber goutte à goutte de l'acide azotique ordinaire; s'il y a de l'albumine, les premières gouttes produisent un précipité qui ■disparait par l'agitation , puis ce précipité devient permanent si l'on continue à ajouter l'acide; il ne faut pas en ajouter plus du dixième du volimie de l'urine. Le précipité produit par l'acide azotique ne doit pas disparaître lorsque l'on fait chauffer l'urine (il serait alors formé par de l'acide urique).
On peut encore employer un autre moyen pour faire ' Agir l'acide azotique sur l'urine.
On place cet acide dans un verre à pied, puis, au moyen <run tube effilé, on fait arriver lentement l'urine cà la surface ; elle surnage, à cause de sa densité plus faible, et il se forme une couche blanche d'albumine coagulée à la surface de séparation. L'épaisseur de cette couche va en augmentant à mesure que les liquides se diffusent l'un <lans l'autre.
L'emploi do l'acide azotique est sujet à deux causer d'erreur, si l'urine est très riclie soit en urée, soit en acide urique. Dans un cas, l'acide urique se précipite, et dans l'autre il se fait de l'azotate d'urée. Le précipité formé pai' l'acide urique peut seul donner lieu à une certaine confusion, car tout d'abord il est amorphe et, pour des yeux, inexpérimentés, peut ressembler à un précipité d'albumine. On l'en distingue aisément à ce qu'il suffit de chaulTer légèrement pour le faire disparaître, et de plus, eu opérant sur une nouvelle portion d'urine, on produit encore ce précipité par l'addition d'acides qui ne coagulent pas l'albumine, par exemple acide phosphorique normal et acideacétique.
Le précipité d'azotate d'urée produit par l'addition d'acide azotique dans une urine très riche en urée ne peut réellement pas être confondu avec un coagulum d'albumine, car il est de suite cristallin ; le plus souvent, les cristaux atteignent quelques millimètres et jusqu'à 1 centimètre de longueur; de plus, il est toujours accompagné du dégagement de quelques bulles gazeuses provenant de la décomposition de l'urée par l'acide azoteux. Cet acide prend naissance par l'action de l'acide azotique sur les chlorures de l'urine.
Il arrive enfin que l'urine des individus soumis a un traitement au copahu ou cà la térébenthine se trouble par l'addition d'acide azotique. Dans ces coiulitions, l'urme possède toujours une odeur spéciale qui attire l'attention, et de plus le précipité produit est soluble dans l'alcool. Cependant une telle urine contient presque toujours des traces d'albumine. Le traitement balsamique est le plus souvent prescrit contre les gonorrhées, et, le pus de l'écoulement se mélangeant à l'urine, elle renferme dès lors de l'albumine.
Urine purulente et albumineuse. - Toutes les lois qu'une urine examinée au microscope laisse voir des Icu-
ÉLÉMENTS ANORMAUX 155
cocytes ou des hématies, on est en droit d'y rencontrer de l'albumine. La proportion en est souvent très minime et difficile à mettre en évidence.
Si les leucocytes sont abondants sans que la quantité de pus soit d'ailleurs très considérable, il suffit d'acidifier l'urine avec quelques gouttes d'acide acétique, de filtrer et porter à l'ébuUition dans un tube à essai : il se produit un louche plus ou moins net, et, en laissant refroidir le tube verticalement, le coagulum se rassemble et forme au bout de quelques heures un léger dépôt au fond du tube.
Si la quantité d'albumine est très faible, il faut saturer de sulfate de soude après avoir ajouté l'acide acétique. On trouve ainsi fréquemment des traces presque insensibles d'albumine dans l'urine des hommes atteints de blennorrhagie et dans celle des femmes dont les organes génitaux sont le siège d'une inflammation aiguë ou chronique. Toujours cette albumine est accompagnée de leucocytes, dont on constate facilement la présence en laissant reposer l'urine dans un verre conique. Il se forme un dépôt plus ou moins abondant, qu'on examine au microscope. C'est alors de l'albumine qui provient du pus, et l'urine donne assez souvent un louche, parfois très faible, avec l'acide acétique. Ce louche est produit par la précipitation de la pyine et de la mucine si l'urine en contient.
Ce fait prouve combien il est important d'acidifier l'urine avec l'acide acétique et de la filtrer avant d'y rechercher l'albumine.
Très souvent, on rencontre des hématies dans l'urine, seules ou accompagnées de leucocytes; cette urine contient alors un peu de sang et par suite de l'albumine. Toutes les fois qu'on trouve des /«îmo^'es, il faut rechercher la présence de l'albumine. A quantité égale, il y a plus d'albumine pour les hématies que pour les leucocytes, c'est l'inverse de ce qui a lieu pour lapyine ou sérine; le trouble produit par l'acide acétique est plus considérable avec des
leucocytes qu'avec des liémcaties. On retrouve d'autan I plus facilement l'albumine dans l'urine qu'elle est émise depuis plus longtemps et que les hématies ont eu le temps de s'y déformer.
En résumé, l'examen chimique de l'urine et la recherche de traces d'albumine doivent toujours confirmer l'examen microscopique, de même que la présence des hématies et des leucocytes doit faire rechercher des traces d'albumine. Le seul trouble produit par l'addition d'acide acétique dans une urine fdtrée ne suffit pas pour conclure à la présence de l'albumine ; il faut encore qu'après nouvelle liltration et addition de sulfate de soude, si cela est nécessaire, on obtienne un trouble par la chaleur. Il arrive parfois en effet que la destruction de matières épithéliales qui séjournent longtemps dans l'urine donne des éléments qui sont précipitables par l'acide acétique, bien qu'il n'y ait pas à'alhumim.
Dosage de l'aibnmine. — Comme nous l'avons vu au commencement de ce chapitre, l'albumine qui passe dans l'urine est identique à celle du sérum et, comme elle, renferme de la sérine et de la, fibrine dissoute. On ne fait jamais la séparation de ces deux variétés ; on dose tout en bloc l'albumine coagulable. Pour faire ce dosage, nous n'avons encore qu'un seul procédé exact : la pesée après coagulation. Les procédés approximatifs ne manquent pas ; mais il faut les rejeter d'une façon absolue.
Avant de peser l'albumine, il faut la coaguler. On peut avoir recours soit cà l'action de la chaleur, soit à la solution phéniquée du D'' Méhu. Suivant les cas, chaque procédé offre ses avantages. Dans quelques cas, il est préférable de coaguler l'albumine en ajoutant cà l'urine quatre à cinq fois son volume d'alcool à 90".
Dosage par la chaleur. — Ou commence par verser dans l'urine assez d'acide acétique pour lui donner une réaction franchement acide, puis on la filtre sur un papier
ÉLÉMENTS ANORMAUX
blanc serré K Cette filtration est parfois assez longue; mais elle doit être faite avec soin. Puis, suivant la richesse de l'urine en albumine, on en mesure de 25 à 100 centimètres cubes, de façon que cette quantité représente de 0 gr. 30 à 0 gr. 50 d'albumine sèche. On est alors dans les meilleures conditions pour le lavage et la dessiccation du précipité.
On place cette urine dans une capsule en porcelaine ou on tôle éraaillée noire, ou bien encore dans un verre de Bohême, puis on chauffe de façon cà porter peu à peu à l'ébullition; on agite constamment, pour diviser le coagulura et éviter qu'il n'adhère aux parois de la capsule. Ce coagulura doit nager dans un milieu transparent et limpide ; on entretient l'ébullition un quart de minute environ, puis on jette sur un filtre préparé le liquide bouillant ; la filtration doit s'opérer rapidement et le liquide s'écouler tout à fait limpide ; on lave la capsule avec de l'eau distillée, on en détache les dernières parcelles de précipité, et on jette le tout sur le filtre ; puis on porte de l'eau à l'ébullition, et avec un tube de verre etfilé on projette cette eau bouillante sur le précipité d'albumine ; on dirige le jet de manière à lui faire faire le tour du filtre et à en séparer la couche d'albumine; on met ainsi sur le filtre môme le précipité en suspension dans l'eau bouillante, et on continue à laver jusqu'à ce qu'il soit devenu parfaitement blanc. Parfois le lavage à l'eau est insuffisant ; pour l'obtenir tel, on le lave alors à l'alcool chaud.
De toute façon, il ne faut faire dessécher l'albumine que lorsqu'elle est devenue aussi blanche que possible.
Pour faire le filtre qui doit recueillir le précipité, il y a deux manières d'opérer.
Ou peut découper deux filtres d'égale grandeur dans la
1. L'augmentation de volume produite par l'addition de cet acide est . lout à fait négligeable.
même feuille de papier; cette précaution ne suffit pas : il faut s'assurer ([u'ils sont exactement du même poids; puiii on les place l'un sur l'autre et on les plie en quatre, de façon à constituer un filtre double, dont l'un servira de tare à l'autre. De plus, en admettant que le papier ne soit pa:» entièrement lavé, les deux liltres, étant soumis aux mômes lavages, se dépouilleront également.
Ou bien encore on découpe un seul filtre dans une feuille de papier et on le dessèche àl'étuve à eau bouillante, puis on le place entre deux verres de montre maintenus par une pince, et l'on prend la tare de ce petit appareil. Une fois l'albumine recueillie sur le filtre, on le dessèche, puis on l'enferme de nouveau entre les verres de montre et on prend le nouveau poids; l'augmentation indique évidemment la quantité d'albumine provenant de la prise d'essai.
Quel que soit le genre de filtre adopté, il faut dessécher le précipité d'albumine vers 102 degrés environ, jusqu'à ce que son poids ne varie plus.
Lorsque l'urine est très colorée et surtout sanguinolente, on doit, pour obtenir un coagulum moins coloré et plus facile à laver, coaguler l'albumine par l'alcool à 90°, environ quatre fois le volume de l'urine préalablement acidifiée et filtrée. On porte le mélange à l'ébullition ; puis le coagulum est versé sur le filtre et lavé à l'eau contenant la moitié de sou poids d'alcool.
L'albumine provenant du sang représente environ cincjj fois et demie son poids de sang desséché.
Coagulation de l'albumine par l'acide phénique. — Procédé de M. Méhu. On se sert du mélange suivant :
La dissolution se fait très bien; on laisse déposer quelque temps, puis on décante, car il se forme presque tou-
Acide phénique cristallisé.. .
Acide acétique du commerce Alcool à 90°
10 gr.
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jours un léger dépôt. 10 centimètres cubes de cette solution se dissolvent ontièrcmont et sans précipité dans 100 centimètres cubes d'eau ou d'urine non albumineuse.
Pour faire un dosage, on commence par fdlrer l'urine préalablement acidifiée, et on en mesure 100 centimètres cubes dans un vase à précipiter, on y ajoute 2 centimètres cubes d'acide azotique et 10 centimètres cubes de solution pbéniquée. L'albumine se précipite immédiatement; on agite bien et on verse sur le filtre. On lave le précipité avec de l'eau bouillante saturée d'acide phénique, et on dessèche vers 105 degrés. L'excès d'acide phénique, étant volatil, disparait avec l'eau.
Si l'urine est très riche en albumine, on fait une prised'essai de 25 à oO centimètres cubes ; mais on l'étend d'eau de façon à porter toujours le volume à 100 centimètres cubes.
Signiûcation. — La présence de l'albumine dans une urine a toujours une signification pathologique; ce qu'il importe surtout, c'est de préciser la provenance de cette albumine; c'est avant tout une question d'examen médical; cependant l'examen chimique facilite le diagnostic dans beaucoup de cas.
Lorsque la présence de l'albumine dans une urine est symptomatique d'une affection des reins, l'urine est ordinairement pâle et de faible densité, et l'on retrouve le plus souvent de l'épithélinm et des tubes du rein.
On doit regarder comme presque certaine l'existence d'une affection organique, lorsque la présence d'albumine coïncide avec une hydropisie.
On peut ensuite rencontrer l'albumine dans l'urine en dehors de toute affection des reins, puisqu'on en trouve tontes les fois qu'il y a du sang ou du pus de mélangés à l'urine; dans ces cas, on trouve toujours des hématies, des leucocytes, souvent les deux à la fois. L'examen microscopique est donc indispensable pour renseigner sur la provenance de l'albumine.
Lorsqu'il y a un nombre considérable d'hématies ou de leucocytes et peu d'albumine, il est très probable que celte albumine provient du sang ou du pus mélangés à l'urine. Si l'on rencontre une assez forte proportion d'albumine et des éléments des reins, il y a évidemment affection de ces organes. S'il y a eu des leucocytes, l'urine est en même temps purulente, et dans ce cas elle donne après fdtration un louche plus ou moins marqué par l'addition d'acide acétique. Très souvent, une urine purulente et albummeuse ■contient de la mucine (voir ce mot) ; elle donne alors un louche et même un précipité par l'acide acétique; on dit que cette urine contient du muco-pus.
Causes d'erreur. — Albumine de provenance insolite. — Lorsqu'une urine renferme une assez forte proportion de sperme (voir ce mot), elle devient luuche par l'action de Ja chaleur et par l'addition d'acide acétique; mais un excès de cet acide fait disparaître le louche primitivement produit. Du reste, une telle urine est suffisamment caractérisée par la présence des spermatozoïdes.
Dans l'urine des individus atteints de blennorrhée chronique, on trouve, surtout dans l'urine du matin, des leu- <30cytes et des traces d'albumine ; l'analyse chimique signale le fait; le médecin doit se renseigner en interroi^eant le malade.