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CHAPITRE II

GLYCOSE OU SUCRE DE DIABKTE

Anhyi^re. Cristallisé.

Carbone 40,00 36,36

Hydrogène 6,66 7,07

Oxygène .^3,34 'û6,'àl

C12H12012 = 180 C'2Hi20i22HO = 198.

Il existe deux grands groupes dans les matières sucrées, celui des saccharoses et celui des glycoses; c'est à ce dernier qu'appartient le sucre que l'on rencontre dans l'économie et assez fréquemment dans l'urine. Il est identique au sucre de raisin et au sucre de miel. A l'état normal, on le rencontre dans le contenu de l'intestin grêle, dans le chyle, à la suite de l'absorption d'aliments sucrés ou féculents. On le trouve à l'état normal dans le sang, et en plus grande quantité dans celui de la veine hépatique; celui de la veine porte n'en renferme pas (Claude Bernard), ce qui prouve que sa formation doit avoir lieu dans le foie. Comme à l'état normal on ne retrouve que des traces de sucre dans les produits d'excrétion , on est bien forcé d'admettre qu'il éprouve dans l'organisme une série de transformations dont le dernier terme est l'eau et l'acide carbonique.

On dit que l'urine renferme normalement des traces de sucre (environ 0 gr. 50 par litre) ; mais ce fait n'est point suffisamment démontré. Il y apparaît, au contraire, en quantité souvent considérable dans le diabète mcré; il augmente alors dans les autres liquides de l'économie.

Le sucre de diabète ou glycose est tout à fait identique avec le sucre de raisin et présente les mômes caractères et propriétés.

Ce sucre cristallise en masses confuses, mamelonnées, présentant l'aspect du chou-fleur ; il est blanc quand il est très pur ; autrement, il est toujours un peu coloré en jaune ; sa saveur est bien moins sucrée que celle du sucre de canne; il est également moins soluble que lui dans l'eau; il se dissout assez bien dans l'acool, et l'on peut l'obtenir assez net»tement cristallisé après plusieurs dissolutions succesives dans ce véliicule ; il est insoluble dans l'éther. Sa dissolution est neutre au tournesol et dévie à droite le plan de la lumière polarisée ; son pouvoir rotatoire est égal à + 53,o pour la raie jaune D. Ce pouvoir rotatoire est un peu plus considérable lorsque la dissolution est récente ; mais peu à peu à froid, et rapidement si l'on chauffe, il s'abaisse au chiffre qui vient d'être indiqué. La glycose fond vers 100 degrés et perd en même temps son eau de cristallisation; elle s'est alors transformée en glycose anhydre. Mise en contact avec de la levure de bière, elle fermente immédiatement, ce qui la distingue du sucre de canne et du sucre de lait. Le produit de cette fermentation est de l'acide carbonique et de l'alcool :

C12H12012 = 4G02 + 2G'^II«02 Glycose. Acide Alcool,

carbonique.

Au contact des substances azotées, elle subit la fermentation lactique, puis butyrique; aussi dans l'urine, surtout avec le concours d'une température de 33 degrés et au-dessus.

GLICOSE

elle se transforme en acides butyrique, acétique et lactique.

Action des bases, acides et sels sur la glycose. — Les acides minéraux concentrés attaquent à cliaud la glycoseet la transforment en produits Z^nms, noirs, etc. L'acide azotique l'oxyde et donne des acides oxalique et saccharique.

La glycose se- combine facilement avec les alcalis caustiques pour former des glycosates. On obtient celui de potasse 2KO,C'2H'-0'2 en mélangeant deux solutions alcooliques de potasse et de glycose; il se précipite immédiatement des flocons blancs. La glycose se combine également à la chaux caustique en présence de l'eau; la dissolution,, filtrée et additionnée d'alcool, laisse précipiter le glycosatede chaux.

Ces deux combinaisons sont intéressantes pour nous,, parce que, si l'on vient à les chaufTer, elles se colorent et brunissent fortement. On utilise cette propriété pour la recherche de la glycose. La glycose se combine avec le sel marin pour former un corps désigné sous le nom de glycosate de sel marin de Calloud 2C>^Hi^O'2,NaCl,2HO.

On l'obtient en abandonnant à l'évaporation spontanéeun mélange de deux solutions concentrées, l'une de sel marin, l'autre de glycose.

Pouvoir réducteur de la glycose. — Si l'on fait bouiUir avec de la glycose une solution alcaline de carmin d'indigo (il faut employer le carbonate de potasse ou de soude,, mais jamais un alcali caustique), le liquide devient vert, rouge ou jaune suivant la quantité de glycose. Si on laisse refroidir au contact de l'air, il y a réoxydation ; le changement de couleur se reproduit en sens inverse et finalement revient au bleu.

Si l'on ajoute de la potasse à une solution de sulfate de cuivre, il se fait un précipité bleu pâle d'hydrate d'oxydede cuivre ; ce précipité est soluble dans un excès de potasse, et la liqueur se colore en bleu foncé (bleu céleste) ; ce liquide, chaufl'é en présence d'une trace de glycose,.

164 MAîs'UEL CLINIQUE DE L'ANALYSE DES URINES

donne immédiatement lieu à un précipité de protoxyde de suivre, d'abord jaune, puis prenant de la cohésion sous l'influence de rébullilion et devenant d'un beau rouge.

Préparation de la glycose pure. — On a souvent besoin de glycose pure pour faire des solutions titrées ; on se la procure en étendant, sur des plaques de plâtre ou <les briques poreuses, du miel grenu du Gatinais. Toute la partie liquide est absorbée. On dissout le résidu dans l'alcool bouillant, on décolore par le noir animal, on filtre et on fait cristalliser plusieurs fois.

Urines sucrées. — Lcs urines sucrées sont en général peu colorées, mais cela n'a lieu qua la condition qu'il y ait en même temps polyurie. Leur densité est dans presque tous les cas supérieure à la normale, ainsi que le poids des matériaux dissous ; par évaporation, elles laissent un résidu blanchâtre et poisseux qui se change ensuite en ime cou- <±e farineuse, formée par la glycose. Ces croûtes se produisent sur les vêtements du malade, partout où jaillit son urine, et le plus souvent c'est ce caractère qui attire son attention et fait découvrir la maladie.

Les urines sucrées ont le plus souvent une forte densité, ([ui peut aller jusqu'à 1040 et au delà; mais toute urine dont la densité est considérable ne contient pas forcément du sucre. Le poids du résidu fixe laissé par l'évaporation d'une urine sucrée est toujours assez considérable; mais la présence du sucre est un obstacle assez sérieux à l'exactitude de cette détermination. Pendant la concentration de l'urine, la glycose réagit sur l'urée; il en résulte une décomposition de cette substance, décomposition qui est d'autant plus considérable que le séjour à l'étuve est plus prolongé. Le D'-Méhu, qui a signalé cette cause d'erreur, conseille, pour l'éviter, d'opérer comme il suit. On prend deux capsules de même diamètre, de façon que la surface (l'évaporation soit la même ; on y verse même poids d'urine, et on fait évaporer à l'étuve. L'une de ces capsules est

GLYCOSE

ensuite pesée el donue le poids du résidu lixe; on mcniere^ ensuite pour connaitrc la proportion de substance muierale. Dcàns l'autre capsule, on ajoute de l'eau, de manière a di^^oudre le résidu, et on y dose ensuite l'urée. Si l'on a fait la même opération sur l'urine, on connaît alors la (luanlité d'urée qui a été détruite pendant l'évaporation ; ou ajoute alors ce poids à celui du résidu fixe donne par la pesée de la première capsule.

Extraction de la glycose d'une urine diabétique. -

Dans un vase à large surface, on concentre l'urine au bain-marie en consistance de sirop épais, puis on laisse reposer en lieu frais; au bout de quelques jours, ce sirop se prend en masse cristalline, qu'on exprime dans une toile et qu'on lave à l'alcool froid pour enlever l'urée et les matières extractives : puis on la dissout dans l'alcool bouillant, en présence du noir animal, et on filtre.

Cet alcool abandonne la glycose par évaporation.

On peut aussi, avant de concentrer furine, la déféquer par 1/10 de sous-acétate de plomb; on filtre et on élimine l'excès de sel de plomb par un courant d'hydrogène sulfuré; on filtre de nouveau et on fait évaporer. On termine comme précédemment.

Au lieu de concentrer furine par la chaleur, on peut la soumettre à la congélation au moyen d'un appareil réfrigérant; la partie qui reste liquide contient tout le sucre.

Recherche de la glycose dans l'urine. — Le SUCre existe à f état normal dans le sang ; ce fait est désigné sous le nom de glycémie; lorsqu'il passe dans l'urine, il y a glycosurie.

Ce passage peut être léger et temporaire , ou bien au contraire il peut être de longue durée et constituer alors l'affection qu'on désigne sous le nom de diabète. Il ne suffit donc pas de rencontrer une fois du sucre dans l'urine pour conclure à fexistence d'un diabète. Il faut d'abord connaître la provenance de l'urine au point de vue du mo-

ment de l'émission. Il arrive en effet que, chez un cerlaii) nombre d'individus, l'urine émise aussitôt après le repas contient du sucre, surtout après des repas copieux et abondants, et chez des sujets haijitués à la bonne chère. Lorsqu'on rencontre du sucre dans une urine, il est toujours nécessaire de faire conserver au sujet l'urine des vingtquatre heures et de l'examiner pendant plusieurs jours consécutifs; ce seul mode d'essai sera concluant.

Avant de procéder à la recherche du sucre dans une urine, il faut d'abord la filtrer et ne jamais opérer que sur un hquide parfaitement limpide.

RECnERCHE DU SUCRE

io Par la potasse caustique. — On verse dans un verre à précipiter 23 à 30 centimètres cubes d'urine et on y jette S à 6 pastilles de potasse caustique; on agite avec un tube de verre pour favoriser la dissolution : les phosphates terreux sont précipités. On transvase alors dans un tube à essai, et ou chauffe la partie supérieure seulement. S'il y a du sucre, le liquide se colore m jaune bnm, brun et brun noir si l'on porte jusqu'à l'ébullition et suivant la quantité du sucre.

Une urine qui ne contient pas de sucre peut, dans certaines conditions, se colorer par l'action de la potasse caustique, surtout si l'on chauffe cà l'ébullition. Pour éviter cet inconvénient, M. Bouchardat remplace la pota$se caustique par la chaux et conseille de faire bouillir '60 grammes d'urine avec 5 grammes de chaux.

2° Par la liqueur de Fehling ou cuprorpotassiqm. — Nous avons vu que si l'on chauffe avec de la glycose une solu- . tion alcaline d'oxyde de cuivre, il y a réduction du sel cuivrique et précipitation d'oxyde de cuivre. Celte réaction est d'une grande sensibilité. Pour la régulariser et la faire servir à la recherche et au dosage de la glycose, on a

6LYG0SE ' 0 '

donne un certain nombre de formules pour la préparation d'une liqueur cuivrique. Nous donnerons plus loin la formule de la liqueur de Feliling, qui donne les meilleurs résultais ; pour le moment, nous nous contenterons d'indiquer le manuel opératoire.

Ou prend un tube à essai bien propre et on y verse 3 à 4 centimètres cubes de liqueur de Febling, et on la porte cà l'ébullition. Elle doit rester bleue et parfaitement limpide. Cet essai de la liqueur est indispensable, car une liqueur mal préparée ou seulement ancienne se réduit d'elle-même à l'ébullition, et, si on la mélangeait à l'urine,; on pourrait attribuer à cette dernière une réduction provenant de la liqueur seule.

Lorsqu'on a porté la liqueur cà l'ébullition, on ajoute l'urine en la faisant glisser le long des parois du tube, de manière qu'elle ne se mélange pas avec la liqueur et la surnage ; pour peu que l'urine contienne une notable quantité de sucre, il se forme cà la surface de séparation une couche d'abord wrdâire, qui passe très rapidement au jaune, à Vorangé, au rouge; en même temps, la décomposition gagne les coucbes inférieures de la liqueur, et la zone de réduction s'étend. Si l'urine est peu ricbe en sucre, il est nécessaire de chauffer et même de porter quelques instants à l'ébullition. Cette manière d'opérer offre l'avantage d'éliminer quelques causes d'erreur, car il n'y a que la glycose qui puisse réduire la liqueur de Febling aussi facilement. 11 faut rejeter comme mauvais le procédé qui consiste à mélanger l'urine avec un volume égal de liqueur et à chauffer le tout.

Dans les cas douteux, on peut mélanger l'urine avec la liqueur, mais il faut laisser vingt-quatre heures en contact et sans chauffer; la glycose seule peut réduire à froid la liqueur de Febling.

Lorsqu'une urine renferme peu de glycose. et surtout si cette urine est en môme temps riche en matériaux azotés,

la réduclion ne se fait plus d'une manière aussi franche; le mélange d'urine et de liqueur se colore en jaune verdâtre, jaune rougeâlre, et môme, par une ébullition prolongée, le précipite d'oxyde cuivreux ne prend pas de cohérence. On facilite la réduction en opérant avec une liqucuitrès alcaline. On lui ajoute au moment de la chaulfer un tieï-s de son volume de lessive de soude.

Souvent enfm, il est nécessaire de déféquer l'urine par le sous-acétate de plomb; on fdtrc et on enlève par le carbonate de soude l'excès de sel de plomb. Dans ces conditions, pour peu que l'urine renferme de sucre, elle réduira franchement la liqueur cupro-potassique.

Causes d'erreur. — Il ne faut faire agir sur la liqueur de Fehling qu'une urine non alhimineuse :

L'albumine empêche en effet la réduclion de s'opérer; la liqueur passe au violet; il faut de toute nécessité enlever l'albumine, soit en la coagulant par la chaleur, soit en la précipitant par le sous-acétate de plomb, qui a l'avantage de déféquer en même temps l'urine. '

La présence des sels ammoniacaux enlève de la netteté à la réduction. Une partie de la soude de la liqueur de Fehling est absorbée par ces sels, dont l'ammoniaque se dégage. Si donc on doit rechercher du sucre dans une urine qui a subi la fermentation ammoniacale, on la fera bouillir avec un peu de lessive de soude tant qu'il se dégagera de l'ammoniaque; on pourra alors procéder à l'essai avec la liqueur cuprique.

Enfin l'acide urique et les urates réduisent, bien que faiblement, la liqueur de Fehling. Il faut d'autant plus veiller à cette cause d'erreur que, par suite du traitement imposé au malade contre le diabète, il est soumis à une alimentation très azotée, et par suite son urine est très chargée d'acide urique; il peut donc arriver un moment où, le sucre n'existant plus qu'en faible proportion dans l'urine, on observe une réduction un peu hésitante, qui

GLYCOSK

peut provenir de traces de sucre ou d'un excès d'uratos. H faut donc être en garde contre cette cause d'erreur.

D'abord une urine riche en urates et acide urique contient toujours un dépôt fourni par ces suijstances; ce fait doit éveiller rattention; ce dépôt sera séparé par le filtre. Ensuite la réduction de la liqueur par l'acide urique n'a lieu qu'à la suite d'une ébullition assez soutenue. Si donc on opère comme nous l'avons indiqué, en faisant arriverfurine à la surface de la liqueur, on diminuera de beaucoup les chances d'erreur. Pour plus de sûreté, on élimine les urates en déféquant l'urine par le sous-acétate de plomb, et on enlève l'excès de ce dernier par le carbonate desoude.

En résumé, si l'urine renferme plus de 3 à 4 pour iOOOde sucre, elle réduit nettement la liqueur cupro-potassique;si elle en renferme une quantité moindre, il est nécessairede la déféquer par le sous-acétate de plomb ; on élimine du même coup toutes les substances qui peuvent induire-, en erreur [alhumine, matériaux azotés, urates). Si alorscette urine ne réduit pas la liqueur de Fehling, c'est qu'elle ne renferme pas de sucre.

Signalons, pour terminer, une cause d'erreur bien facileà éviter. L'urine des personnes qui ont absorbé du chloroforme ou de l'hydrate de chloral réduit la liqueur cupropolassique; mais il est toujours facile d'être renseigné sur ce sujet.

On a encore indiqué le carmin d'indigo pour rechercher la glycose dans l'urine (voir page 163).

Lorsqu'on fait bouillir avec du sous-nitrate de bismuth une urine qui contient du sucre, il y a réduction de ce sel et formation d'un précipité gris noircâtre de bismuth. Cette réaction est mauvaise, car si l'urine renferme non seule--" ment de l'albumine, mais d'autres produits contenant du soufre, le sous-nitrate de bismuth se colore en noir par suite de la formation de sulfure.

Dosage du sucre. — Oii indique génériUement trois procédés pour doser le sucre dans une urine : 1" par fermentation ; 2° par la liqueur de Feliling ; 3» par l'examen optique. Nous rejetterons le premier, comme n'étant pas susceptible d'une application clinique, et nous ne décrirons que les deux derniers.

Dosage du sucre par la liqueur de Fehling. — On

prépare cette liqueur de la manière suivante :

On dissout 34 gr. 65 de sulfate de cuivre pur et cristal- Usé dans 200 grammes d'eau; d'autre part, on fait fondre 173 grammes de sel de Seignctte (tartrate do potasse et de .soude) dans 300 grammes de lessive de soude pure (densité 1,33). On verse cette dernière solution dans celle de sulfate de cuivre, on agite pour que le précipité se dissolve, puis on ajoute assez d'eau distillée pour faire le

volume d'un litre. . , ,

On obtient ainsi une liqueur limpide, dun très beau Wcu Pour la conserver, on la divise en flacons de 80 a 100 grammes, que l'on met à l'abri de la lumière. Chaque centimètre cube de cette liqueur doit théoriquement être réduit par 5 milligrammes de glycose : 10 centnnetres cubes représentent donc 5 centigrammes de celte su!)-

^ Titrage de la liqueur. - Il ne faut jamais se servir d'une liqueur sans l'avoir titrée, car, en admettant qu avi moment même de sa préparation le titre soit exact, il se modifie au bout d'un certain temps. - ,

On commence par préparer une solution titrée de glycose parfaitement pure (voir page 161-), en dissolya 1 oramme de cette substance dans 200 grammes deau distillée. Dans ces conditions, 10 centimètres cubes contiennent 0 gr Ob de glycose et doivent décolorer 10 cenl.- Sr cub'es de liqueur de Fehling, si cette dernière es, bien au titre voulu. Pour faire l'essai, on verse 10 cenl.môîres cubes de cette liqueur dans un petit matras a fond

• . GLYCOSE l'i"

[)l;it placé sur un trépied ot séparé do la flamme par uneloile mélallique; on étend avec 30 à 40 centimètres cubes d"eau; on porte peu à peu à l'ébullition, que l'on entrelient très modérée, puis, au moyen do la burette divisée en dixièmes do centimètre cube, on y fait tomber goutte à goutte la solution titrée de glycose. La réduction s'opère de suite, et le précipité d'oxyde de cuivre, très dense, se^ rassemble au fond du matras; cà mesure qu'il se forme, la teinte bleue du liquide va en diminuant. De temps à autre,, on retire le ballon du feu et on le regarde de bas en haut, par transparence, ou bien on le place sur une feuille depapier blanc, de manière à bien juger si le liquide présente encore une coloration bleue. On arrête l'affusion de la solution de glycose au moment où la décoloration est complète. On recommence plusieurs fois cet essai, et avec un peu d'habitude on obtient des résultats très exacts. On ne doit jamais laisser refroidir la liqueur sur le précipité de cuivre, car il rentrerait en solution, et la liqueurreprendrait une teinte bleue; il faudrait ajouter encore de la solution de glycose, et par suite le titre obtenu serait trop élevé. Si l'opération est bien faite, en flltrant rapidement aussitôt la décoloration obtenue, on doit obtenir un liquide qui ne donne plus de précipité d'oxyde de cuivre ni avec la liqueur cuprique (excès de glucose), ni avec la solution de glycose (excès de liqueur non réduite).

Supposons que dans l'essai on a dù employer 9 c. c. 3ou 93 divisions pour décolorer 10 centimètres cubes de liqueur de Fehling, on pose :

100 (liv. de liqueur titrée contiennent. 0,05 de glucose 93 — 0,046 »

Donc les tO centimètres cubes de liqueur de Fehling sont réduits par 0 gi\ 046 de glycose ; tel est le titre de cette liqueur; on l'inscrit sur le flacon et on doit le vérifier de temps à autre.

Application à l'urine, — Pour (loser Ip. sucre dans une luriue, on commence par la filtrer, puis, au moyen de la formule de Bouchardat, on détermine approximativement -la quantité de giycose qu'elle renferme puis on l'étend d'eau de façon à l'amener à contenir environ 10 granunos par litre; ou est alors dans les meilleures conditions pour Ae dosage.

On verse alors dans le matras 10 centimètres cubes de liqueur de Fehling; on y ajoute 2 à 3 centimètres cubes de lessive de soude et 30 à 40 d'eau distillée, puis on porte à 'l'ébullition. On verse alors l'urine au moyen de la burette, et cela jusqu'à la décoloration, en suivant exactement la marche que nous venons d'indiquer pour le litnige de la liqueur. La quantité d'urine que l'on a employée pour obtenir ce résultat renferme donc 0 gr. 046 de giycose si •tel est le titre de la liqueur; il ne faut pas oublier de tenir 'Compte de la dilution qu'on a fait subir à l'urine, et par une proportion ou obtient la quantité contenue dans un litre.

Si l'urine renferme de l'albumine, il faut éliminer cette •substance; on peut avoir recours à la coagulation par la chaleur ou mieux à la précipitation par le sous-acétate de plomb, dont on enlève l'excès par le carbonate de soude : l'urine se trouve toute diluée par ces opérations. Les lava- -ges de chaque précipité pour retirer tout le liquide qui les baigne seraient très longs. On peut heureusement les éviter. Il suffit, comme le conseille M. Marty, de verser ,10 centimètres cubes d'urine dans une éprouvette graduée, d'ajouter le sous-acétate de plomb, agiter, laisser tomber

1. Pour cela, on mulliplie par 2 les deux derniers chiffres de la densité ; puis ce produit est encore multiplié par le nombre de litres émis •dans les vint^t-quatre heures. De ce dernier produit on retranche -50 grammes et 60 s'il y a polyurie, et la différence représente le sucre.

Exemple : le malade rend quatre litres d'urine de densité 1034. La quantité de sucre est égale à 34 X 2 X 4 = 272 — 60 = 212 gr. de sucre.

GLYCOSE 173

la mousse, puis verser une soluliou étoiuUie de carbonate de soude de manière à obtenir un volume de oO centimètres cubes. Il ne reste plus qu'à fdtrer , et l'urine s'écoule toute diluée à I/o et ne renfermant plus de sel de plomb.

Tant que l'urine renferme un minimum d'environ 10 pour 1000 de glycose, la réduction de la liqueur se fait très bien. Je signalerai cependant la particularité suivante. La réduction peut se faire de deux manières différentes :

1° Lorsque l'on verse goutte à goutte l'urine dans la liqueur bouillante, cette liqueur se trouble, devient verdâtre, puis jaune; à mesure que cette transformation s'effectue, le précipité acquiert de la cobérence, puis de jaune devient rouge de plus en plus foncé ; il a dès lors acquis une densité assez considérable pour tomber au fond du matras, et la liqueur surnageante s'est éclaircie. Dans certains cas, la réduction ne suit pas une marche aussi nette; le précipité passe difficilement du vert au jaune, et du jaune au rouge; malgré l'ébullition longtemps soutenue, il n'acquiert pas de cohérence, ne se dépose pas, et le dosage devient impossible; il faut alors recommencer et déféquer l'urine parle sous-acétate de plomb.

2" Le second mode de réduction est le suivant :

L'oxyde de cuivre se dépose de suite rouge et très dense sans passer par les phases que nous venons de décrire, et sans que la transparence de la liqueur soit troublée un seul instant; elle ne fait que de se décolorer au fur et à mesure que le liquide sucré arrive, et l'on suit pas cà pas cette décoloration, sans qu'il soit nécessaire d'interrompre l'ébullition pour permettre au précipité de se déposer. On obtient facilement ce mode de réduction avec une solution de glycose dans l'eau distillée ; mais, lorsqu'on opère avec une urine, il est plus difïïcile de réussir, car ce liquide renferme un grand nombre de substances capables ■d'entraver la réduction.

Voici le mode opératoire à suivre pour obtenir ce modcde réducLion, très avantcageux pour l'exactitude du procédé. Il faut, si l'on opère avec une urine qui n'a pas subi de défécation préalable, que cette urine renferme au moins 5 grammes de glycose par litre.

La liqueur de Feliling, additionnée de soude et étendue d'eau comme nous avons dit, est placée dans le matras à fond plat reposant sur une toile métallique. On porte rapidement à l'ébullition, puis on modère la Ilamme de manière que le liquide reste en très légère trépidation ; l'urine est alors versée goutte à goutte, et l'on s'arrête de temps à autre, de manière à ne pas verser d'autre urine avant que celle de l'affusiou précédente ait entièrement épuisé son action sur la liqueur cu])rique; le tour de main réside dans ce point.

Toutes les fois que l'urine renferme moins de 5 grammes pour 1000 de glycose, il est nécessaire de la déféquer avant de la faire agir sur la liqueur cuprique.

Marche à suivre lorsqu'on ne dispose que d'une très petite quantité d'urine. — Il arrive assez souvent que l'on n'a qu'une très faible quantité d'urine à consacrer au dosage de la glycose. Voici comment on doit procéder, ainsi que je l'ai conseillé dans mon travail sur le lait de truie.

On commence par préparer une solution à 1/100 de glycose pure. Dans ces conditions, chaque division de la burette représentera 1 milligramme de glycose.

On place alors dans le ballon 10 centimètres cubes deliqueur de Fehling, et on porte à l'ébullition ; puis, au moyen d'un tube très exactement gradué eu centimètres cubes et dixièmes, on ajoute un volume déterminé d'urine, par exemple 1 centimètre cube. Une portion de la liqueur est réduite ; on termine alors l'opération avec la solution titrée de glycose, et le nombre de divisions qu'il a fallu employer indique en milligrammes la quantité de glycose à ajouter à celle | contenue dans le centi-

GLYCOSE

mètre cube d'urine pour atteindre le cliilTre fixé par la liqueur.

Exemple :

On a placé dans le matras 10 centimètres cubes de liqueur de Fehling- dont le titre est de 0 gr. OiO.

Après avoir ajouté 1 centimètre cube d'urine à titrer, il a fallu employer 24 divisions de la burette ou 0 gr. 024 de glycose ; le centimètre cube d'urine en question renferme donc 0 gr. 040 — 0,024 ou 0 gr. 022 de glycose, et le litre 22 grammes.

Dosage de la glycose dans une urine qui en renferme moins de 5 pour 1000. — Nous avons VU que, lorsqu'une urine est riche en glycose, il est préférable de l'étendre d'eau, jusqu'à ce que la proportion de cette subtance soit descendue aux environs de 10 grammes par litre. S au contraire elle en renferme moins de 5 grammes, il est nécessaire de la déféquer par le sous-acétate de plomb, de manière à éliminer toutes les substances qui peuvent entraver la réduction et dont l'influence est d'autant plus considérable que la proportion de sucre est moins forte. — On opère comme nous avons dit plus haut, ou bien on se conforme à la marche suivante, qui permet de connaître en même temps la proportion d'urée.

On ajoute à l'urine un dixième de son volume de sousacétate de plomb, on agite fortement, et l'on fdtre ; on recueille une quantité quelconque de liquide filtrée, par exemple bO centimètres cubes, sans se préoccuper ni du précipité ni du reste de l'urine, et on dose directement l'urée dans cette urine; nous avons vu que la présence du sel de plomb n'a aucun inconvénient.

Il n'est même point nécessaire de calculer en poids la proportion d'urée, mais seulement de noter le nombre de divisions qui proviennent de la décomposition de 1 centimètre cube d'urine, soit par exemple 70. Par rapport au sucre, l'addition du sous-acétate de plomb ne s'est pas com-

.|)orl,ce aulrcineiit que ne l'eût lait de l'eau : l'urine a (H(' diluée d'un dixième. Nous en tiendrons compte dans le calcul du résultat final : on élimine ensuite l'excès de plonii) par du carbonate de soude ; on jette sur un filtre, et l'on recueille l'urine qui s'écoule. Dans cette urine, on dose l'urée. Soit 58 le nombre de divisions trouvé, on en conclu l .que, par suite de l'élimination de l'acétate de plomb, l'uriin' .a été diluée dans le rapport de 70 à o8.

,0n dose alors le sucre dans cette urine déféquée, et l'on trouve un chiffre tel que 3 gr. 40 par litre. II. suffit alors dr

multiplier ce chiffre par le rapport trouvé ~ et del'au^-

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