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II. — Éléments anormaux d'origine minérale

COMPOSÉS AMMONIACAUX

La présence des composés ammoniacaux dans l'urine est excessivement fréquente. Nous en avons déjà parlé en traitant de la réaction de l'urine (page 40), et nous avons vu que le carbonate d'ammoniaque, qui, dans un très grand nombre de cas, communiquait à Turine la réaction alcaline, provenait de la décomposition de l'urée, soit avant, soit après l'émission. L'origine de ce carbonate d'ammoniaque est donc très nette, et il ne peut y avoir aucun doute à cet égard : mais, à part cela, existe-t-il des sels ammoniacaux à l'état normal? La question, bien simple en apparence, est cependant difficile cà résoudre. Il faut d'abord opérer sur de l'urine parfaitement normale, et en plus au moment même de l'émission. Môme dans ces conditions, les résultats obtenus ne sont jamais d'une rigueur absolue, parce que les alcalis caustiques dont on doit faire usage pour mettre en liberté l'ammoniaque agissent également sur l'urée et en dégagent également ce gaz : la question de provenance reste donc toujours indécise. Aujourd'hui, on admet généralement qu'il n'y a pas de sels ammoniacaux dans l'urine. Neubauer soutient l'opinion contraire, mais

les expoliouces sur lesquelles il s'appuie ne sont point exemptes de reproche. Pour ma part, je considère les composés ammoniacaux existant dans l'urine comme étant tous de provenance anormale; mais il y a entre leur provenance et celle de tous les autres éléments anormaux dont nous venons de parler une grande différence; ces derniers, en effet, étaient pris à l'économie et éliminés par l'urine à mesure que ce liquide était séparé par les reins , tandis que les composés ammoniacaux prennent naissance dans l'urine après sa formation, soit avant, soit après l'émission.

Nous connaissons déjà ces composés ammoniacaux ; nous nous bornerons à en dire un mot.

Carbonate d'ammoniaque. — Il provient de la décomposition de l'urée sous l'influence d'un feraient spécial, (voir page 68). Celte décomposition L^e fait très rapidement dans les urines renfermant du mucus ou du pus, et surtout lorsque la température est élevée ; elle peut également avoir lieu dans la vessie, notamment chez les sujets atteints de catarrhe vésical.

Phosphate ammoniaco-magnésien. — La formation de ce composé est consécutive à celle de carbonate d'ammoniaque ; il peut se former dans la vessie, où il constitue de la gravelle, des plaques et des calculs phosphatiques (voir Sédiments et Calculs).

Phosphate de soude et d'ammoniaque. — Nous en avons parlé plus haut (page 122).

urate d'ammoniaque. — Nous avons indiqué son mode de formation (page 81).

Le phosphate de soude et d'ammoniaque reste toujours en solution dans l'urine ; Vurate d'ammoniaque accompagne très souvent les sédiments de phosphate ammoniaco-magncsien.

Dosage des sels ammoniacaux. — Comme on le voit par l'énumération qui précède, les sels ammoniacaux qui existent dans l'urine sont de deux sortes : l'un est volatil

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ù la lempéralure ordinaire ou par ébullilion de l'urine : c'est le carbonate d'ammoniaque ; les autres ne sont décomposables qu'à une température plus élevée et ne dégagent leur ammoniaque que par l'action des alcalis fixes. Lorsqu'un dosage est nécessaire, on dose l'ammoniaque totale sans se préoccuper de sa provenance, et on la dégage par l'action d'un lait de chaux à froid ; si l'on opérait à chaud, l'urée serait décomposée.

On suit avec avantage le procédé de Schlœsing modifié par M. II. Sainte-Claire Deville ; voici en quoi il consiste :

On i^ace un volume connu d'urine dans une petite capsule reposant au-dessus d'un vase à large ouverture (cristallisoir), renfermant de l'acide sulfurique titré ; le tout est recouvert d'une cloche à douille dont les bords s'enfoncent

dans une rigole creusée dans une plaque de marbre (cette rigole est remplie de mercure) ; ou mieux dans un grand cnstallisoir dont le fond est rempli de mercure. La douille est fermée par un bouchon à deux trous dont l'un donne passage à un tube recourbé fermé par un robinet, et l'autre à une pipette également fermée par un robinet.

Fig. 22, — Appareil de Schlœsing.

iil2 MANUEL CLINIQUE DE L'ANALYSE DES URINES

Cette pipette est remplie d'un lait de chaux parfaitement divisé. L'appareil étant ainsi disposé, on ouvre le petit robinet du tube coudé, et on aspire un peu d'air de l'intérieur de la cloche ; le mercure s'élève en dedans, et l'on obtient ainsi une fermeture hermétique. En ouvrant ensuite le robinet de la pipette, on fait tomber le lait de chaux dans l'urine, et au bout de quarante-huit heures toute l'ammoniaque dégagée a été absorbée par l'acide sulfurique titré. Un dosage alcalimétrique fait connaître la quantité ainsi dégagée.

On prépare de l'acide sulfurique titré à t/lO en mélangeant 100 grammes d'acide sulfurique monohydraté avec assez d'eau pour obtenir après refroidissement un volume d'un litre. On détermine le titre exact au moyen de chlorure de baryum, par pesée ; on sait ainsi que 10 centimètres cubes de cet acide contiennent par exemple 0,943 d'acide monohydraté SO-,HO.

D'autre part, on sait que 49 grammes de cet acide correspondent à 17 grammes d'ammoniaque; il est donc facile de calculer combien d'ammoniaque représentent 10 centimètres cubes d'acide titré. On détermine ensuite, au moyen d'une solution étendue de soude caustique, la quantité d'acide sulfurique restée libre (il faut opérer rapidement, pour éviter le dégagement d'ammoniaque, car on titrerait trop faible). Par différence, on a la quantité d'acide sulfurique, saturée par l'ammoniaque, provenant de l'urine, et par suite la proportion de cette ammoniaque.

Un procédé infiniment plus rapide et suffisamment exact est basé sur la décomposition des sels ammoniacaux par l'hypobromite de soude ou l'hypochlorite.

Si, en suivant le procédé que j'ai indiqué pour le dosage de l'urée (page S8), on traite par Thypobromite de soude un volume connu d'urine, renfermant des sels ammoniacaux, on obtient l'azote provenant tant de l'urée que de ces sels ammoniacaux. Soit V ce volume.

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