‹ Manuel clinique de l'analyse des urinesChapitre 25 sur 38 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Existantnormale- i Acide urique et ses sels, ment dans l'urine. ( Acide hippurique.

Sédiments et calculs \ [ Cystine

iurmés de substances < t»„„;„:„„ „„„„ \ Xantliine.

organiques: ) «"g'"^ ^^^O' " Tyrosine.

■ is f / Indigo.

[ [ Cholestérine.

De tous ces éléments, celui qu'on rencontre le plus fré- (]uemment,à l'état de sédiment, de gravelle, de concrétion ou de calcul, est sans contredit l'acide urique. Acide urique. — Nous avons déjà parlé des sédiments acide urique et à'urate de soude (page 81); le plus souvent, ils ne constituent point un fait anormal. L'acide urique, sous forme de sédiment, se reconnaît toujours facilement même par les malades ; on doit donc les interroger pour savoir s'il a été expulsé en même temps que Vurine; même ce renseignement ne suffit pas : il faut encore connaître le volume de l'urine des vint-quatre heures et voir s'il n'est point inférieur à la moyenne normale, auquel cas l'acide uri(iuo se serait déposé, faute de quantité suffisante de liquide pour le dissoudre; en un mot, il faudra s'assurer s'il y a réellement production exagérée d'acide urique. Les sédiments d'acide

iirique sont désignés sous le nom de sable ou g7xivelk' lu'ique.

Fig. 23. — Acide urique.

Ils sont toujours colorés en jaune, jaune orangé, rouge vif, cristallisés, et présentent de nombreuses variétés de

Fig. 24. — Acide urique.

formes, dont nous avons indiqué les principales pages 83 et suivantes.

L'acide urique est très souvent accompagné d'urates. Le plus fréquent est Vurate de soude, et dans certains cas

Y VON. jo

de Vurate d'ammoniaque : l'urine est alors ammoniacale.

Une simple élévation de température fait rentrer les urates en dissolution : c'est le moyen de séparer l'acide urique.

Les concrétions d'acide urique présentent ordinairement la môme coloration que les sédiments ; il est nécessaire de les caractériser par l'examen chimique. Ou opère comme pour les calculs.

Les calculs d'acide urique se rencontrent assez fréquem-

Fig. 25. — Urate de soude.

ment : ils sont formés par cet acide presque pur ou mélangé diurates alcalins et terreux {soude, ammoniaque, chaux, magnésie). Vurate d'ammoniaque existe souvent en forte proportion et parfois peut former à lui seul la masse entière du calcul.

La couleur des calculs d'acide urique varie du jaune au jaune rougeâtre ; leur volume peut atteindre celui d'une noix, et leur cassure est souvent rayonnée.

Rien de plus facile que de caractériser ces calculs. Il sufifit de faire la réaction de la murexide au moyen de V acide azotique (page 84) ou de Veau bromée (page 85). On peut aussi en dissoudre une petite quantité dans de la lessive alcaline, puis précipiter par l'acide chlorhydrique et examiner la forme cristalline.

Ces calculs ne sont jamais formés exclusivement par de l'acide urique ; ils renferment toujours un peu durâtes alcalins ou terreux ; aussi ils laissent à l'incinération des cendres dans lesquelles ou peut constater la présence de la

potasse, de la soude, de La chaux et de la magnésie; Y ammoniaque disparaît pendant la calcination, et on peut en constater le dégagement. Par la calcination, toutes ces bases passent à l'état de carbonates. Les carbonates alcalins sont solubles : si donc on traite le résidu par de l'eau distillée, on dissout les carbonates de potasse ou de soude ; la solution est alcaline et on caractérise la potasse par le bichlorure de platine ou V acide tartrique et la soude par la coloration que donne à la flamme de l'alcool un fil de platine trempé dans la solution.

Les carbonates de chaux et de magnésie ne se dissolvent point dans l'eau distillée et restent comme résidu ; ils ramènent au bleu le papier rouge de tournesol, car une légère

Fig. 26. — Urate d'ammoniaque.

portion est toujours passée à l'état caustique si l'on a fortement calciné ; ils se dissolvent avec effervescence dans l'acide acétique; on caractérise et on précipite la chaux par Voxalate d'ammoniaque; la magnésie reste dans la dissolution, et on peut la précipiter à l'état de phosphate ammoniaco-magnésien (voir page 141).

Les sédiments et les calculs A'urate d'ammoniaque sont assez fréquents : on trouve les premiers dans toutes les urines putréfiées et qui ont éprouvé la fermentation ammoniacale. Nous avons déjà indiqué page 81 la forme caractéristique de Vurate d'ammoniaque, et, comme on ne le rencontre que dans des urines ammoniacales, il est presque

toujours accompagné de phosphate ammoniaco-magndsien, de phosphates terreux amorphes et souvent de pus.

Les calculs d'urate d'ammoniaque ne sont point rares. Cet urate donne toutes les réactions de l'acide urique et comme lui ne laisse point de résidu à la calcination. Pour différencier ces calculs de ceux qui sont formés par de l'acide urique pur, il est donc nécessaire de constater le dégagement d'ammoniaque. Il suffit pour cela de chauffer un fragment de la matière dans un petit tuhe de verre avec deux ou trois gouttes de lessive de soude. On constate facilement les caractères de l'ammoniaque, retour au hleu du papier rouge de tournesol, et production de fumées blanches par l'approche d'une baguette trempée dans l'acide chlorhydrique.

Il est nécessaire de toujours faire cet essai lorsqu'on examine des calculs dacide urique, parce qu'on ne peul retrouver autrement l'ammoniaque.

Fig. 27. — Acide liippurique.

Acide hippurique. — On rencontre, mais très rarement, dans l'urine, des cristaux à'acide hippurique. Nous on

avons parlé page 94, et nous n'avons rien à ajouter de plus ici.

cystine C^H^AzS^O*. — On a parfois rencontré lacystine en dissolution dans l'urine, mais très rarement. C'est presque toujours cà l'état de sédiment (mélangée à l'urate de soude) et surtout à l'état de calcul qu'on la rencontre. Encore ces calculs sont-ils très rares. Ils sont jaunâtres, un peu translucides, de consistance cireuse et se laissant facilement rayer par l'ongle; leur structure est rayonnée comme celle de l'acide urique. — On a trouvé la cystine dans les reins et le foie.

Caractères et prop^Hétés. — La cystine pure est incolore, inodore, entièrement transparente : sa densité est de 1,668 (Méhu); elle est insoluble dans l'eau, l'alcool, l'éther ; soluble dans les acides minéraux, alcalis et carbonates alcalins (sauf celui d'ammoniaque) ; elle est également insoluble dans l'acide acétique.

La cystine cristallise en lamelles ou tables hexagonales à six pans. On l'obtient facilement ainsi par évaporation lente de sa solution ammoniacale (l'acide urique peut présenter la même forme cristalline ; mais on le différencie facilement par l'examen chimique). Si l' évaporation est rapide, on observe des formes variées, prismes hexagonaux, plaques rectangulaires. La cystine est remarquable par la grande proportion de soufre qu'elle renferme.

Si l'on chauffe suffisamment de la cystine sur une lame de platine, elle s'enflamme sans fondre et brûle avec une flamme bleue verdàtre en dégageant une odeur piquante rappelant un peu celle de l'acide prussique.

On met facilement en évidence le soufre qu'elle contient en la dissolvant dans la lessive de soude, faisant bouillir quelques instants et ajoutant ensuite un sel de plomb. On obtient un précipité noir, par suite de la formation de sulfure. Si l'on fait la même opération sur une lame d'argent, il se produit une tache noire. On constate la pré-

sence de l'azote en la chauffant dans un tube avec une pastille de potasse : il se dégage de l'ammoniaque.

La cysline se dissout à chaud dans l'acide azotique ; mais en se décomposant et par évaporation il reste un résidu rougeâtre qui ne se colore pas par les alcalis caustiques.

Extraction. — On peut retirer la cysline soit des calculs, soit des sédiments urinalres. 11 suffit de traiter par l'ammoniaque caustique les calculs préalablement pulvérisés. Cette dissolution, filtrée, est exposée à l'air, pour que l'ammoniaque se vaporise, ou bien elle est additionnée d'acide acétique. Dans les deux cas, elle laisse déposer de la cystine, qu'on purifie par une nouvelle dissolution dans l'ammoniaque. Si le calcul renferme des phosphates, on commence par les dissoudre en traitant par l'acide acétique, on iave, puis on ajoute l'ammoniaque. Dans un sédiment, la cystine peut être mélangée d'urates; on enlève ces sels par un traitement à l'eau bonifiante.

Tyrosine et leucine. — Ces substances, dont nous avons déjà parlé page 204, font quelquefois partie des sédiments urlnaires. On les rencontre dans les cas d'atrophie aiguë du foie (Frenchs). Le sédiment qui se dépose alors est jaune verdâtre et parsemé de petites sphères jaunâtres constituées par des aiguilles de tyrosine.

xanthine. — Nous en avons déjà parlé comme élément normal de l'urine (page 103). Quand eUe existe en quantité notable, elle forme des sédiments et parfois des calculs de couleur brun clair, assez résistants. On les caractérise par les moyens que nous avons indiqués. Parfois on rencontre dans les sédiments la xanthine en cristaux qui ont la forme de pierres à aiguiser (deux ogives allongées réunies par la base).

Indigo. — On rencontre assez souvent, même dans des urines qui ne renferment aucun élément anormal, des cristaux ou plutôt des fragments de cristaux, des plaques transparentes d'indigo bleu (voir page 201). Ces fragments

sont toujours très peu abondants. Bien plus rarement encore, on rencontre des aiguilles très bien cristaJlisées. On ne leur connaît aucune significalion. Le Bloxans vient de trouver un calcul constitué par de ïindigo. Ce calcul a été rencontré dans une autopsie au niveau du bassinet du rein droit.

Choiestérine C^^jj^Qa ^ 2Aq. — La cholestérine fait partie des éléments de la bile ; elle est très répandue dans le règne animal, et môme on l'a trouvée dans les végétaux. Son individualité comme corps fut reconnue par Chevreuil en 1815, et sa fonction chimique fut fixée par M. Berthelot : c'est un alcool. On la trouve dans le sang, un grand nombre de liquides et d'organes (cerveau, moelle, foie et surtout lorsqu'il a subi la dégénérescence graisseuse). Signalons parmi les végétaux qui en contiennent le seigle, les pois, le blé, l'orge.

Propriétés et extraction. — Rien de plus facile que d'extraire la cholestérine des calculs biliaires, qui le plus souvent sont uniquement formés par cette substance ; il suffit de les pulvériser et de les traiter par Véther ou le chloroforme ; on fait évaporer, et l'on purifie par dissolution et cristallisation dans l'alcool bouillant. La cholestérine cristallise en lamelles incolores et transparentes C^^H*'*0^2Aq; mais à l'air elle perd ses deux équivalents d'eau et devient alors blanche et nacrée ; on la trouve pour ainsi dire toujours avec cet aspect. Elle est insoluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool froid et assez soluble 10 0/0 dans l'alcool bouillant ; elle se dissout très facilement dans la benzine, l'éther, le chloroforme, le sulfure de carbone ; elle se dissout à chaud dans l'acide acétique cristallisable. Elle peut fondre vers 143», se prend en masse cristalline par refroidissement, et se sublime en partie sans altération vers 330", puis se décompose ; on peut la sublimer en totalité dans le vide ; sa densité est de 1047 ; elle dévie à gauche de — 32° le plan de la lumière polarisée.

Les alcalis ne la saponifient pas, et, si on la chauffe à 250° avec de la potasse caustique, elle se décompose en dégageant de l'hydrogène. On la caractérise au moyen des réactions suivantes :

Si l'on arrose avec de l'acide azotique un fragment de cholestérine et qu'on évapore à siccité dans une capsule de porcelaine, il reste un résidu jaune, qui passe au rouge orangé lorsqu'on le touche avec de l'ammoniaque ; mais les alcaUs fixes ne font pas passer cette couleur au violet, comme cela arrive pour l'acide urique.

On prépare un mélange de 3 volumes (ïacide sulfurique ou chlorhydrique avec 1 volume de perehlorure de fer, et on mouille la cholestérine avec une ou deux gouttes de ce mélange ; en évaporant à siccité, on obtient une belle coloration violette. On peut modifier le mode opératoire de la manière suivante : on dissout la cholestérine dans du chloroforme, puis on ajoute trois fois autant d'acide sulfurique concentré et quelques gouttes de perehlorure de fer; il se fait un dépôt rouge, et la liqueur passe au violet et finalement au bleu.

Si l'on dissout un fragment de cholestérine dans du chloroforme et qu'on ajoute de l'acide sulfurique concentré, on obtient une coloration rouge sang, qui passe assez rapidement au violet, au bleu, au veii, et disparaît. Si l'acide sulfurique est additionné d'iode, la coloration développée est d'abord violette, puis vire au bleu, au vert et au rouge.

Toutes ces réactions caractérisent très nettement la cholestérine ; sa présence dans des sédiments urinaires est assez rare : on la rencontre dans les cas de dégénérescence graisseuse des reins.

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