SUBSTANCES ORGANIQUES
Les substances de nature organique s'éliminent par l'urine en nature ou bien après transformation.
Presque tous les acides organiques ou sels à acides organiques sont éliminés à l'état de carbonates correspondants. Aussi les citrates, tartrates, lactates alcalins ron-
dent très promptenient (environ une heure) l'urine alcaline, parce qu'ils sont éliminés à l'état de carbonates. Il faut bien connaître ce fait, afin de ne pas être induit en erreur lorsqu'on dose les carbonates dans l'urine.
Acide benzoïque et benzoates. — Ils sont transformés dans l'économie et éliminés à l'état (ïhippurates. (Voir à Acide hippurique , page 93 , pour la recherche et le dosage.)
Acide salicylique et salicylates. — Sont en partie éliminés en nature et partie transformés en salicine (Byasson).Il est très facile de constater la présence de l'acide salicylique dans l'urine: il suffit d'y verser quelques gouttes de perchlorure de fer; il se développe immédiatement une belle coloration violette. S'il n'y a que des traces d'acide, on a recours au procédé suivant, que j'ai indiqué pour la recherche de cet acide dans le vin.
On ajoute à l'urine environ l pour 100 d'acide chlor- •hydrique, et on l'agite avec de l'éther dans un tube à essai : cet éther se sépare en dissolvant l'acide salicylique mis en liberté par l'acide chlorhydrique. On place dans un verre à pied une solution étendue de perchlorure de fer; puis, au moyen d'un tube effilé, on décante l'éther qui surnage l'urine, et ou le fait couler à la surface de la solution de perchlorure. A mesure que l'éther en s'évaporant abandonne de l'acide salicylique, il se développe une belle coloration violette à la surface de séparation.
Acide tannique ou tannin. — Le tannin ingéré est transformé dans l'économie et éliminé sous forme d'acide gallique.
On peut en constater la présence en versant dans l'urine quelques gouttes de perchlorure de fer. Il se développe une coloration (ou plutôt un précipité très léger) bleu noirâtre. On pourrait jusqu'à un certain point confondre cette coloration avec celle donnée par l'acide salicylique dans les mêmes conditions. Mais l'urine qui contient de l'acide
YVON. in
gallique so colore eu brun, puis noir, lorscju'on y verse un alcali caustique, potasse, soude, ammoniaque. Celle coloration prend naissance par suite de l'absorption de l'oxygène de l'air.
Alcaloïdes. — Les alcaloïdes s'éliminent par l'urine el sans éprouver de transformation, au moins en très grande partie.
Pour les recherches, on se sert des trois réactifs suivants : lodure double de potassium et de mercure (réactif de Mayer, Valser) :
Bichlorure de mercure 13 gr. 546
lodure de potassium 49 gr. 80
Eau distillée Q. S. pour 1 litre.
Ce réactif, versé directement dans l'urine, précipite en blanc jaunâtre les alcaloïdes qu'elle contient. lodure de potassium ioduré (réactif de Bouchardat) :
Iode 10 gr.
lodure de potassium 20
Eau -500
Cette solution, versée dans l'urine, donne avec les alcaloïdes des précipités brun kermès ou marron.
lodure double de potassium et de bismuth (réactif de Dragendorfif) :
Voici la formule que j'ai fait connaître ;
Sous-nitrate de bismutli 1 gr. SO
lodure de potassium 7
Acide clilorhydrique 20 gouttes.
Eau 20 gr.
On délaye le sous-nitrate dans l'eau ; on porte à l'ébullilion et on ajoute successivement l'iodure el l'acide. Pour empêcher le dédoublement du sel de bismuth par
l'eau, il faut opérer en liqueur acide. Pour 25 centimètres cubes d'urine, on ajoute environ 20 gouttes d'acide chlorhydrique, et l'on o])ticnt alors un volumineux précipité rouge orangé. On constate très facilement la présence dans l'urine de la quinine et de la morphine après l'ingestion stomacale ou hypodermique de ces substances.
L'élimination de la quinine offre un grand intérêt. Comme cet alcaloïde est toujours administré à des doses assez considérables, on peut très facilement faire des dosages. La quinine s'élimine en nature (Personne) et sans subir de transformation. Il résulte de mes expériences que, si on l'ingère à l'état de sulfate basique, on en retrouve dans l'urine de 25 à 30 0/0 et à l'état de sel neutre 70 à 80 0/0 (Byasson). La cinchonine, la quinidine et cinchonidine s'éliminent également sans avoir subi de transformation (Byasson).
Pour retirer la quinine de l'urine, on peut avoir recours à plusieurs procédés. On reçoit dans un grand bocal l'urine du malade tant qu'il absorbe du sulfate de quinine et cinq jours après l'administration de la dernière prise, car l'élimination exige ce temps pour être complète ; puis on y verse une solution du tannin. Dans ces conditions, l'urine se conserve très bien pendant le temps de l'expérimentation. Il se fait un précipité abondant. On décante, on le dessèche au bain-marie après l'avoir mélangé avec un excès de chaux éteinte; puis on le place dans une allonge en verre et on l'épuisé à chaud par le chloroforme. La solution chloroformique évaporée abandonne la quinine sous forme de vernis; on dissout dans l'acide sulfuriquc étendu, et l'on obtient du sulfate neutre, d'où l'on peut précipiter la quinine ou que l'on fait cristalliser.
On peut aussi précipiter la quinine par l'iodure double de bismuth et de potassium. M. Byasson préfère l'iodure double de mercure. Dans les deux cas, on décompose le précipité encore humide en l'agitant avec de la soude
caustique eu présence du chloroforme ; l'alcaloïde mis eu liberté passe dans ce dissolvant, et l'on termine comme précédemment. Le sulfate de quinine ainsi retiré est caractérisé par la coloration verte] que prend sa solution par l'addition successive d'eau de chlore et de l'ammoniaque.