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CARACTÈRES GÉNÉRAUX

Couleur. — ^^La couleur de l'urine est très variable, surtout dans les cas pathologiques. Elle peut en effet être incolore ou assez colorée pour paraître 7ioire, en passant par toutes les nuances intermédiaires du jVmne, brun, rouge. A l'état normal, elle offre une teinte ambrée plus ou moins •foncée. Cette coloration est due à plusieurs matières dont l'histoire est à peine connue, malgré les nombreux travaux faits sur ce sujet

Tudichum prétend avoir isolé la matière colorante de l'urine et la désigne sous le nom cVurochrome. L'extraction de la substance qu'il désigne ainsi est très longue et très délicate ; elle n'offre aucun intérêt au point de vue clinique ; aussi parlerons-nous seulement de ses propriétés. Viirochrome se dissout facilement dans l'eau et la colore en jaune ; elle se dissout assez difficilement dans Valcool, mais est plus soluble dans Véther, les acides minéraux et les alcalis. A l'air, elle s'oxyde en devenant rouge, et est en tout semblable h la matière colorante qui se dépose avec les urates et les colore. Ainsi transformée, elle a reçu le nom Ahiroénjthrine. On obtient facilement eette dernière substance en traitant par l'alcool bouillant le dépôt rouge des ùrines.

[Plus récemment, le D'' G. Harley dit avoir extrait la véritable matière colorante de l'urine et la désigne sous le nom (ïurohématine, pour rappeler sa ressemblance avec la matière colorante du sang. Il attribue à cette substance un rôle considérable dans l'urine et la place au-dessus de Yurée pour renseigner sur l'activité de la vie organique. Pour l'extraire, il évapore l'urine en consistance très sirupeuse et enlève les sels au fur et à mesure qu'ils cristallisent. L'extrait ainsi obtenu est alors traité par l'alcool, auquel il cède sa matière colorante. On fait bouillir cette dissolution alcoolique avec de la chaux éteinte, laquelle fixe la matière colorante. On lave cette chaux d'abord à Teau, puis à l'éther pour enlever la matière grasse, et finalement on traite par l'acide chlorhydrique , qui s'empare de la chaux. La matière colorante mise en liberté est dissoute par l'alcool. On le purifie au moyen de traitements successifs par Véther et le chloroforme.

Vurohématine se présente sous forme d'une poudre rouge vif, incristallisable, très soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, soluble dans Vurine fraîche, mais insoluble dans l'eau. Dans l'urine, elle n'existe donc pas à

l'état de liberté, mais engagée dans une comljlnaison qui la rend solublo. La composition centésimale de Yurohématim se rapprocherait beaucoup de celle de ïhématine. Toutes deux contiennent du fer.

Toujours d'après Harley, la coloration jaune de l'urine n'est point eu rapport avec la quantité àurohématine qu'elle contient ; pour en juger, il faut mettre cette dernière en liberté. C'est ce que l'on fait en ajoutant à l'urine de l'acide azotique ; il se développe alors une coloration jaime ronge ou cramoisie, suivant la proportion de matière colorante. L'urohématine ainsi mise en liberté peut être enlevée par agitation avec l'éther.

Pour ma part, je n'accepte point ces résultats de Harley : en faisant agir les alcalis caustiques et les acides sur l'urine, il altère certainement la matière colorante, quelle (ju'elle soit.]

M. Méhu ne croit pas à l'existence d'une matière colorante unique, dont les variations seraient impuissantes à rendre compte de toutes les teintes de l'urine normale. Les matières colorantes de l'urine ne sont point précipitées par le sulfate d'ammoniaque en solution acide ; elles diffèrent donc à ce point de vue des pigments biliaires.

En résumé, il n'y a encore aucune donnée certaine sur la nature et le nombre des matières colorantes de l'urine normale.

Dans les cas pathologiques, la couleur de l'urine est très variable et fournit de précieuses indications au point de vue du diagnostic. Une urine incolore ou à peine colorée se rencontre dans les cas de polyurie insipide oa non.

On observe très souvent l'émission d'urines incolores à la suite de certaines influences nerveuses, l'appréhension, l'attente d'un fait qui va s'accomplir, ou bien encore après l'ingestion de certaines boissons alcooliques plus ou moins diurétiques.

Une exagération de la couleur normale indique en géné-

ral une iirine riche en éléments solides ; aussi le poids

•spécifique est-il élevé. . a

On rencontre ces urines dans les cas où rélimmation de rcan par les reins est diminuée, et dans ceux de dénutrition rapide, c'est-à-dire à la suite d'un repas copieux,, d mn exercice musculaire exagéré et provoquant la sueur, et dans les cas de maladies fébriles.

La coloration de l'urine augmente encore lorsquelle séjourne longtemps dans la vessie et qu'elle s'y con^

cemitre. ^ .

Une couleur foncée indicpie souvent la présence dun pioment anormal. Par exemple, une coloration jaune mmg>', jaune rouge, jmme vert, brun verdâtre révèle le passage des moatières colorantes de la bile. Une teUe urine. dit°e ictérique, tache fortement le linge.

L'urine peut être brune, rouge lorsqu'elle renferme du sang, et même presque noire lorsqu'il s'est manifesté un commencement de décomposition.

L'urine présente une couleur blanchâtre rappelant celle du lait plus ou moins étendu d'eau, lorsqu'elle renferma des matières grasses. Elle peut enfin, au moment de son émission, renfermer une matière de couleur violacée qui se rassemble, à la surface, où elle forme: une pelUculle irisée, om bien tombe au fond du vase. La coloration souvent très faible s'accentue au contact de l'air. Comme on rencontre siirtourt! ces urines dans les cas pathologiques, leur étude sera faite en même temps que celle de« éléments anormaux. Signalons pour terminer la coloration anormale, mais purement artificielle, produite par l'élimination de certains médicaments, rlmbarbe,. séné, safran. Dans ce cas, l'urine est colorée en jaune et peut à première vue, être prise pour une urine ictérique ; nous apprendrons plus tord à les distinguer facilement.

Odeur. — Lcs renseignements que l'on peut tirer de l'odeur de l'urine sont peu nombreux et peu importants^

A l'état normal, elle offre une odeur fade, sut generis. Clie/ les animaux, cette odeur est bien plus pénétrante, et souvent elle est caractéristique pour chaque espèce. L'urine du chat est très odorante, surtout celle du mâle. ^ L'odeur que présente l'urine au moment de l'émission s'atténue peu cà peu à mesure que ce liquide se refroidit et est remplacée par une autre plus fade et désagréable qui persiste autant que l'urine offre une réaction acide D'après les expériences de Stœdeler, cette odeur est due a différents acides volatils qu'il a pu retirer par distillation, les acides phénique , taurilique, damaluriqne, damolique. La prédominance de l'un ou l'autre de ces acides doit causer les modifications observées dans l'odeur. Ces acides n'existent qu'en très faible quantité dans l'urine; le mieux connu est Vacide phénique : ce n'est qu'en opérant sur un volume considérable d'urine qu'on peut en constater la présence.

Si l'on conserve l'urine pendant un temps plus ou moins considérable, elle finit par acquérir une odeur fétide, ammoniacale ; mais c'est là un produit d'altération profonde, conséquence de phénomènes chimiques sur lesquels nous reviendrons plus tard.

L'odeur de l'urine peut être modifiée par l'ingestion de certains médicaments ou aliments. Tout le monde sait que l'absorption de l'essence de térébenthine communique à l'urine une odeur très prononcée de violettes; il suffit même de respirer quelque temps cette essence pour observer le même fait.

Les asperges donnent au contraire une odeur fétide. Le baume de copahu, le safran communiquent des odeurs spéciales et caractéristiques.

Nous n'avons aucune donnée sur la nature des transformations grcâce auxquelles ces substances modifient lodeur de l'urine. Dans ces derniers temps, M. de Beauvais a dit que dans certaines maladies des reins cette transformation

et ce passage dans l'urine des substances odorantes n'avaient plus lieu. Si ce fait est vrai, ce serait un moyen précieux de diagnostic pour ces affections. Malheureusement, les observations recueillies jusqu'ici ne sont pas toutes concordantes, et ce fait aurait besoin de nouvelles expériences pour être confirmé.

Dans certains cas pathologiques, l'odeur de l'urine est profondément modifiée ; elle rappelle celle de la souris dans certaines fièvres graves, présente une odeur fétide dans les affections cancéreuses de la vessie et des reins.

Les urines albumineuses acquièrent , lorsqu'elles sont un peu anciennes, une odeur fade ou aigre extrêmement désagréable.

Consistance. — Au moment de l'émission, l'urine constitue un liquide assez fluide; mais elle mousse toujours plus ou moins lorsqu'on l'agite dans un vase. Ce caractère, auquel on attribuait autrefois une grande importance, n'a pas de valeur. La mousse est bien plus persistante lorsque l'urine est chargée (ï albumine ou de mucus ; dans ces conditions, la flltration s'opère toujours très lentement.

Les urines qui renferment du pus sont visqueuses lorsque la quantité en est assez considérable, et elles le deviennent beaucoup lorsqu'étant anciennes elles renferment de l'ammoniaque provenant de la décomposition de l'urée par suite de l'action qu'exerce cet alcali sur le pus.

En général, une urine alcaline mousse bien plus qu'une urine acide. Lorsque l'urine mousse facilement, on éprouve parfois assez de difficulté à en mesurer exactement un volume déterminé, car il faut attendre parfois assez longtemps pour que la mousse soit tombée et permette de déterminer le niveau exact. On la fait disparaître instantanément en versant à la surface quelques gouttes d'alcool k 90° ou d'éther.

Transparence, — Au moment de l'émission , l'urine normale est transparente : très souvent, elle reste telle,

iO MANUEL CLINIQUE DE L'ANALYSE DES URINES

OU bien il se forme peu à peu par refroidissemenl et par suite d'un repos proloii8(! un léger image (jui se rassemble en flocons plus ou moins volumineux, suivant la densité de l'urine; ces flocons restent en suspension vers la partie inférieure ou bien s'étalent au fond du vase et forment une couche spongieuse. Ils renferment de l'épithélium provenant des voies urinaires et de la vessie.

Très souvent aussi, et cela sans que l'urine renferme aucun élément anormal, il se forme des dépôts dont la nature peut varier, mais dus à la diminution de solubilité par suite de l'abaissement de température. Il suffit en effel de chauffer l'urine pour la rendre de nouveau limpide. Normalement, l'urine des herbivores est trouble, et il ne peut en être autrement, puisque, étant alcaline, elle ne peut retenir en solution les phosphates et carbonates terreux.

Assez souvent, dans les cas pathologiques, l'urine de l'homme est trouble au moment de l'émission, mais alors elle renferme ou du pus ou des matières grasses ; ou bien encore c'est une urine devenue alcabne dans la vessie et dont les phosphates terreux ont été précipités; elle s'éclaircit alors par l'addition d'un acide. Dans ce cas, elle devient rarement très limpide, car une urine ammoniacale, en séjournant dans la vessie, irrite toujours ce réservoii- et amène la production de pus ; dès lors, l'urine reste louche.

Température. — La température de l'urine est la même que celle du corps. Pour la déterminer, on reçoit directement l'urine dans un vase où se trouve un thermomètre et qui est placé lui-même dans un autre vase plein d'eau à 33° environ. On évite ainsi toute perte ou tout gain de chaleur, et la détermination se fait d'une façon aussi exacte que possible.

Souvent un malade se plaint de ce que son urine le brûle ; au premier abord, on pourrait croire à une élévation de température ; mais il n'eu est rien : l'urine, empruntant sa chaleur au corps, ne peut, eu aucune circou-

stance, dépasser la température de ce dernier. La sensation de brûlure causée par le passage do l'urine provient toujours d'une sensiWlité exag-érée du canal; de son côté, l'urino peut être plus irritante qu'à l'ordinaire.

La température de l'urine est d'environ 37«. Dans certaines maladies (rhumatisme aigu, pneumonie), elle s'élève; elle peut atteindre 42° dans le coma de l'insolation et même 44%7 dans le tétanos idiopatliique. Par contre, elle peut descendre à 26° dans la méningite tuberculeuse, et même à 23<» dans la folie, immédiatement avant la mort. (Harley.)

Volume. — Ainsi que nous l'avons déjà dit, on entend par volume de l'urine la quantité de ce liquide émis pendant vingt-quatre heures consécutives, dette détermination est la base de toutes les autres recherches; aussi doit-on la faire avec soin. Si l'on reçoit l'urine dans un verre gradué, on connaît son volume en centimètres cubes.

Quelquefois ou pèse l'urine (voir page 4). Bans ce cas, la connaissance de la densité permet de passer facilement au volume, et vice versa.

Ainsi, supposons qu'on ait recueilli 1,400 centimètres cubes d'urine dont la densité est de 1,028 : le poids de cette urine est égal à 1,400 X 1,028= 1,439 grammes.

Le volume sera obtenu en divisant le poids par la densité.

Ainsi, 1,600 grammes d'urine d'une densité de 1,022 occuperont un volume de 1,563 centimètres cubes. C'est une application de k. formule des densités. :

rl'oii 1 on tire • V = -g-,

La quantité d'urine émise en vingt-quatre heures par i\n individu en bonne santé est assez variabie.

12 MANUEL CLINIQUE DE L'ANALYSE DES URINES Voici quelques chiffres, d'après Vogel :

. Adulte se nourrissant bien et buvant beaucoup. i,400 à 1 600 c. c. Adulte se nourrissant bien et buvant moins... i'200 à l,m c." c.

Il résulte de mes déterminations qu'eu France la moyenne de l'adulte homme est de 1,400 à l,oOO centimètres cubes; celle de la femme est de 1,100 à 1,200 centimètres cubes. On peut aussi exprimer d'une autre manière .la quantité d'urine éliminée. En effet, en comparant cette quantité avec le poids du corps, on trouve que, pour 1 kiogramme de ce poids, 1 centimètre cube d'urine est éliminé en une heure ; on est donc autorisé à dire que 1 kilogramme d'une personne adulte excrète en moyenne 1 centimètre cube d'urine par heure.

Les chiffres que nous venons d'indiquer sont très va- , riables ; la quantité d'urine excrétée varie suivant le plus ou moins d'activité de l'individu, suivant l'augmentation ou la diminution de la transpiration, de la nourriture et surtout des boissons. Les limites entre lesquelles varie la quantité d'urine sont beaucoup plus étroites chez les personnes dont la vie est bien réglée que chez celles qui vivent irrégulièrement.

On observe des variations assez réguhères dans la quantité d'urine émise aux différents moments de la journée. -En général, c'est pendant le jour, à la suite du principal repas, que l'on observe la quantité maxima, tandis que le minimum se rencontre pendant la nuit.

Il est très difficile de préciser toutes les causes qui augmentent ou diminuent l'excrétion urinaire ; elle est soumise à la fois à un grand nombre d'influences que nous allons étudier séparément.

Influence de la boissoii. — En général, l'urine émise en vingt-quatre heures est toujours en excès sur la quantité de liquide ingérée pendant le même temps. Vogel dit que

les reins excrètent 1/10 à 1/20 de liquide eu plus qu'il n'en a été absorbé. 11 faut, bien entendu, tenir compte de la transpiration, car chez un sujet qui, par une forte chaleur se livre à un violent exercice et boit beaucoup, la majeure partie du liquide se trouve éliminée par la peau et non par les reins. L'élimination peut également se faire par une autre voie ; dans le cas de selles aqueuses et fréquemment répétées, de vomissements fréquents, le malade urine peu. •

Influence du système nerveux. - L'influence du système sur la quantité de liquide excrétée est très grande. Cette quantité augmente lorsque l'activité du corps ou de 1 esprit devient plus grande. Certaines émotions, l'attente d'un événement qui va s'accomplir augmentent beaucoup chez certains sujets l'activité de la sécrétion urinaire ; au contraire, le repos et le sommeil la diminuent.

Influence de la nourriture. — Cette influence est lom d'être aussi facile à déterminer que celle de la boisson ; elle est cependant très réelle. Il résulterait des expériences de Lehmann que l'excrétion urinaire est plus abondante avec une nourriture animale qu'avec une nourriture végétale, et qu'une alimentation mixte donne des résultats intermédiaires. D'un autre côté, la quantité d'aliments ingérés influe aussi. Les expériences de Bidder et Schmidt ont montré qu'un chat exclusivement nourri de viande rendait une quantité d'urine d'autant plus considérable que la proportion de viande qu'il lui donnait à manger était elle-même plus forte.

J'ai dit précédemment que les reins pouvaient éliminer plus de liquide qu'il n'en a été introduit dans l'estomac. Harley l'a démontré en soumettant pendant trois mois six chiens à une alimentation exclusivement animale, avec privation absolue de liquide : pendant tout ce temps, ils rendirent en moyenne 186 centimètres cubes d'urine. D'où provenait cette eau ? De l'humidité atmosphérique qu'ils

14 MANUEL CLINIQUE M L'ANALYSE DES URINES absorbaient par les poumons, dit Harlcy. Je veux bien le croire ; mais ne faul-il coiupler pour rien leau provenant d.e la décomposition des aliments et de leur assimilation ?

Influence de l exhalation pulmonaire et cutanée — L'eau qui nest point éliminée par les reins peut l'être, par 'la peau ou les poumons. On sait en effet qu'à la suite d'un exercice violei^t, qui occasionne une sueur abondante, 1 urine est très rare, et par conséquent d'une couleur exagérée et très chargée en -matériaux solides; c'est qu'eu eflet lean s'est éliminée sous forme de sueur, et les uroduits solides sont restés.

Il est tout aussi facUe de constater l'influence de i'exlialation pulmonaire, si l'on veut bien se souvenir qu'en hiver on urine davantage qu'en été, et môme, si l'on compare deux périodes de moins longue durée, l'urine rendue pendant un jour froid et humide est plus abondante crue par un jour sec et chcmd. ^

En résumé, toutes les circonstances qui sont favorables a 1 exhalation pulmonaire diminuent la quantité d'urine et vice versa. '

Citons enfin une dernière influence moins importante que les autres dans l'état de santé, mais dont on doit tenir compte chez le malade. Je veux parler du séjour prolonc^é de l'urine dans la vessie. En vertu de l'endosmose, la partie liquide de l'urine est peu à peu résorbée et rentre dau^ la circulation. D'après Kaiipp, les éléments solides peuvenl même être aussi résorbés ; Veau disparait eu premier lieu, puis les phosphates, les chlorures, les sulfates et enfin ïiD^ée (Harley).

On sait ou effet que, si pour une cause quelconque oi; ne satisfait pas uu besoin d'uriner, il devient peu à peu moins pressant, et plus tard, lorsque la mixtion s'opère, Furme est bien plus chairgée de matériaux solides et d'une coloration plus foncée.

bifluence de l'dge et du sexe. - En général, les hommes

nié

CARACTÈRES DE L'URINE NORMALE 1^ •endent plus cVurine que les femmes, 1,400 à 1,500 cenli mètres cUes par vingt-qualre heures, au heu de 1,100 a 1,200 centimètres cubes; et les enfants plus que les

adultes. , i , „• ,^r.Q

En résumé, et comme conséquence de tout ce qui précède, nous pouvons dire que plus il est éliminé de liquide par une voie quelconque, moins il en est rendu par 1 urme.

Influence des maladies et des médicaments. - En réfléchissant à toutes les influences que nous venons d'enumerer, il est facile de prévoir que la quantité d'urine subira de nombreuses variations pendant les maladies, ne serait-ce mie par suite de la diminution, parfois môme de la suppression de tout exercice musculaire, et du changement de nourriture. Les variations de ce genre ne sont soumises a aucune règle et u'offrent aucun intérêt. Mais a cote il y en a d'autres qui sont constantes, essentielles, qui se produisent toujours de la même manière ét dans les mêmes affections. Celles-là ont une grande importance. Nous en dirons quelques mots en résumant l'opinion de Vogel sur

ce sujet. ^ , ,

10 Dans la période aigiié de toutes les maladies fébriles, la qumlité d'urine est diminuée, et pendant la convalescence eUs revient à la normale et souvent même la dépasse.

Dans ces maladies, la connaissance du volume del'urme fournit donc une indication importante : une diminution continue indique une aggravation de la maladie ; l'émission d'une quantité d'urine k peu près constante indique que l'afl'ection est stationnaire ; enfin une augmentation gradueUe ludique une amélioration. La diminution de l'urine dans ces maladies parait due à ce que les reins séparent line proportion d'eau moins considérable.

2° Vers la fln des maladies mortelles aiguës ou chroni- ({ues, la quantité d'urine tombe souvent au-dessous de la normale ; mais ce fait n'est pas constant. En effet, dans le cas où là mort est la suite de ralïaiblissemeut graduel de

toiUes les fondions, celle de l'excrétion nrinaire va en s affaiblissant comme les .utres; d'autres fois, la mort survient brusquement, et alors on n'observe pas ia dinnnution de l unne.

Dans les maladies chroniques, il peut y avoir augmenta- Uon considérable ou diminution de l'urine; celte variation est importante à suivre.

Dans Vhydropisie, la quantité d'urine et surtout la s.-naratiou de l'eau par les reins éprouvent une diminution considérable; il en résulte que quelques éléments de l'urine (uree et surtout eau) sont retenus dans le sang et favorisent amsi l'exsudation de la sérosité dans le tissu cellulaire, ou bien rendent plus difficile la résorption du liquide épanche. Une augmentation de l'excrétion urinaire est toujours favorable dans l'hydropisie : c'est pour cette raison que les diurétiques sont indiqués.

Dans la polyurie insipide ou non, mais surtout dans cette dernière, la quantité d'urine excrétée se maintient longtemps beaucoup au-dessus do la moyenne. Dans ce cas pour avoir une idée exacte de la marche que suit là maladie, il est indispensable de se rendre compte de la quantité de matériaux solides renfermés dans l'urine. Chez un malade, on doit tenir compte de toutes les causes accidentelles qui peuvent influer sur le volume de l'urine par exemple des selles fréquentes, de l'ingestion d'une quantité souvent considérable de tisanes.

Action des médicaments. — Un certain nombre de médicaments exercent une action toute-puissante sur l'excrétion urinaire : on désigne sous le nom de diurétiques cguk qui l'augmentent.

Parmi les diurétiques les plus puissants, citons Vcdcool, Véther nitreux alcoolisé, puis la digitale à faibles doses, la scille, le nitrate de potasse, l'acétate de potasse. La caféine serait un bon diurétique, d'après les dernières expériences du professeur Gubler. Ces médicaments agissent* par cux-

mêmes, mais souvent aussi par le véliicule qui sert à les administrer. Tel est le cas du nitrate de potasse donné en solution dans un litre de tisane de chiendent. Ce diurétique agit évidemment et par le sel et par l'eau.

Dans l'ordre inverse, les sels de fer et de cuivre diminuent l'excrétion urinaire ; les préparations de cantharides, d'arsenic peuvent la supprimer complètement. Harley indique le citrate de fer et de qidnine,- ainsi que le citrate de fer ammoniacal, comme médicaments excellents pour diminuer la quantité d'urine.

Poids spécifique et densité. — NouS avons VU combien

était variable le volume de l'urine éliminé pendant vingtquatre heures ; la densité n'est pas plus constante, et cela tient à ce que le poids des matériaux solides varie très peu; dès lors, plus il y a d'eau, moins la densité est grande, et inversement. Aussi, toutes les fois qu'une urine ne renfermera pas de principe anormal (sucre), la densité variera eu sens inverse du volume.

Le poids spécifique moyen de l'urine normale ne peut être donné que dans des limites assez larges. Avec une alimentation mixte, il varie de 1018 à 1022; il diminue après l'ingestion de grandes quantités de liquide et augmente après celle des matériaux solides.

Ainsi, à la suite de l'ingestion d'une grande quantité de boisson, la densité peut descendre à 1006 et 1004; mais une diminution semblable et persistante ne se rencontre que dans un état morbide, la polyurie. Inversement, une augmentation passagère de la densité se rencontre fréquemment; mais elle n'est persistante que dans les cas de diabète sucré et peut alors s'élever jusqu'à 1060 et même i080.

La densité de l'urine éprouve des variations assez régulières aux différentes heures de la journée, au pioment des repas, suivant la nature des aliments et suivant le plus ou moins d'exercice musculaire. Ces variations ont donné lieu aux distinctions suivantes, un peu tombées

i8' MANUEL CLINIQUE DE L'ANALYSE DES URINES

dans l'oubli, mais iinporlantes à connaître cependant.

Urina potus. — C'est l'urine dont l'émission suit l'ingestion d'une 8Tand(! quantité de boisson. Cette urine est peu colorée, peu riclie en matériaux solides et par conséquent d'une faible densité.

Urina sanguinis. — L"urine du matin émise au moment du réveil et qui a par conséquent séjourné toute la nuit dans la vessie. D'après ce que nous savons déjà, il est facile de prévoir que celle urine' sera plus colorée que la précédente et d'un poids spéciOque plus élevé.

Uri7ia ciM. — L'urine qui est évacuée dans le courant de la journée quelque temps après le repas : cette urine n'est jamais aussi colorée que celle du matin ; elle présente cependant une densité plus considérable.

L'existence de ces trois divisions montre combien il est important pour le praticien de connaître la provenance de l'urine qu'il examine, et l'on voit en même temps qu'un résultat sérieux ne pourra être observé qu'en examinant l'urine des vingt-quatre heures qui résulte du mélange de ces diverses sortes d'urine. Les densités moyennes indiquées plus haut se rapportent à l'urine des vingt-quatre heures.

En général, dans une maladie, une diminution dans la densité de l'urine est un signe fâcheux au point de vue du pronostic.

Détermination de l'eau et des substances fixes dissoutes. — La détermination de la densité de l'urine nous conduit forcément à l'évaluation de la quantité de matériaux fixes dissous dans cette urine. Au premier abord, cette détermination paraît toute simple ; il n'en est rien, car elle est assez longue et assez délicate.

On peut, en connaissant la densité d'une urine et le volume des vingt-quatre heures, déterminer approximativement la quantité de matériaux solides qu'elle contient ; cette méthode, bien qu'empirique, n'en est pas moins très

CARACTÈRES DE L'URlNE NORMALE 1»

lUilo à counaîtrc, el reud souvent service au praticien. Voici on quoi elle consiste.

On multiplie les derniers chiffres du poids spécifique par le coefficient constant 2,33, et le produit représente d'une façon approximative le poids des matériaux solides..

Ainsi la densité d'une urine étant de 1018, le poids des matériaux solides serait de 18 X 2,33 = 41 gr. 94, si le volume est d'un litre. Si au contraire le volume de l'urine des vingt-quatre heures est supérieur ou inférieur au litre,, il suffit de multiplier le résultat par ce volume.

Eu effet, dans l'exemple précité, le poids des matériaux solides étant de 41 gr. 94 lorsque le volume est de tOOO centimètres cubes, il suffit d'établir une proportion pour connaitre ce qu'il devient dans le cas où le volume croît et devient égal cà 1 ,oOO centimètres cubes.

Pour 1,000 c. c, oa a 41 gr. 94

Pour 1,500, on aura x

41,94 X 1,-500 „^ „, 1,000 -62gi'-91-

La formule générale est donc

en appelant D les deux derniers chiffres de la densité, a le coefficient constant 2,33, V le volume de l'urine des vingt- ([ualre heures, P le poids des matériaux solides pendant <-e temps.

L'exactitude de cette méthode est tout à fait insuffisante pour une recherche scientifique; il faut avoir recours à lii balance et déterminer le poids du résidu solide abandonné par l'évaporatiou d'un poids ou d'un volume connu iriuine.

On prend une capsule de platine mince, large et à fond plat, pouvant ôlre couverte avec une feuille du rnème métal. Après avoir détormind le poids exact de la capsule et de son couvercle, on y verse 8 à to grammes d'urine, et on prend le nouveau poids. On place alors la capsule découverte dans une étuvc à eau bouillante ou à air chaud, chauffée à 100°. Lorsque l'évaporation est terminée, on couvre la capsule avec son couvercle et on la laisse refroidir

sous une cloche contenant de la chaux vive ou de Vacidc sulfurique (fig. 2), afin d'éviter que le résida, qui est très hygroscopique, n'absorbe de l'humidité. On note alors le poids de la capsule et du résidu, puis on la replace ;i l'étuvo; on prend de nouveau le poids, et l'on recommence plusieurs fois, jusqu'à ce que ce poids ne varie pins. On connaiL ainsi la quantité de matériaux solides couleinis dans la prise d'essai.

Fig. 1. — Etuve à air chaud.

CARACTÈRES DE l'URINE NORMALE ''^t

Voici du reste un exemple :

SoitP'lepoidsducouvercleetdelacapsuleplemed'niine. 18 gr. 253 Soit P" le poids de la capsule et du couvercle . . . . ... U ^^-^

Le poids P de l'uriae est égal à la diflerence P - P ou 18,2.53 -11,345 = 6 gr. 908 6 gi.908

\près l'évaporation, le poids constant de la capsule du couvercle et du résidu esl P'" = ^ 8^. 582.

Le poids du résidu seul est égal a P - P — 11,345 = 0 gr. 237.

Soit p ce nouveau poids.

La perte de poids représente évidemment la proportion

Fig. 2. — Cloche à dessiccation par racide sulfurique.

d'eau- contenue dans la prise d'essai ; celte perte est égale à P' P"' ou 18 gr. 253 — H gr. 582 = 6 gr. 671.

Nous avons tous les éléments nécessaires pour calculer la proportion des éléments solides contenus dans l'urine.

Posons :

«n poids d'urine (P' - P") ou P donne un résidu (!"" j.", ou v 1,000 grammes donneront un résidu x, >

■d'où a; = X MOO 0,2:37 x 1,000 __ 237

6JÔ8 - fj ,908 = «

,'r. .-il.

Si maintenant nous voulons" connaître la pronorti.... <i éléments solides pour vinyt-quatre heures, il ne reste plus qua faire intervenir le volume V de l'urine (Mui^c pendant ce temps.

Il est bien entendu que ce volume sera exprimé en Void,, c est-a-dire sera le produit du volume mesuré multiplie par la densité de l'urine; en elTet, on ne peut' comparer que des unités de môme espèce, et, comme la nrise d essai a été exprimée en poids, il faut que la totalité de 1 urine des ving-quatre heures le soit également

Soit donc V le volume exprimé eu poids ou le poids de 1 urine des vingt-quatre heures. Posons la proportion •

1,000 grammes donnent un résidu de a- l'urine de^ vingt-quatre heures V, donnera X,

d'où X - 1><JV

Si, dans l'exemple que nous avons pris, le volume converti en poids est de 1,250 grammes, on aura :

Si l'on veut obtenir de suite la quantité de matériaux solides contenus dans l'urine des vingt-quatre heures san. passer par la composition du litre, voici comment on peut modifier la formule.

CARACTÈRES DE l'DRINE NORMALE S3

Remplaçons-y a pcir les valeurs qui ont servi à le cal- ■culcr, nous aurons après réduction :

A — p/ pw 1

et en effectuant les différences :

Cest-à-dire que le poids du résidu solide de l'urine des vingt-quatre heures est égal au produit du poids V de cette urine multiplié par le quotient du résidu p de la prise d'essai divisé par le poids P de cette môme prise.

Remarquons que le quotient ^ n'est autre cliose qw

]a proportion de matériaux solides pour 1000,. En appliquant la dernière formule :

à l'exemple précité, nous aurons ;

La proportion d'eau sera obtenue par différence; sur 1250 grammes, il y a 42 gr. 48 de matériaux solides ; la différence 1207 gr. 12 représente l'eau.

Eau 1,207 gr. 12

Matériaux solides 42 88

Total -1,250 gr.

Pour les essais cliniques, j'ai recours à la méthode suivante, qui est plus simple, dans ce sens qu'elle n'exige au-

cun calcul, et tout aussi exacte. Elle présente en outre 1 avantage de faire connaître la densité de l'urine Elle nécessite seulement une pipette de iO centimètres cubes très exactement graduée. On prend la tare de la capsule de platine et de son couvercle, et on y mesure 10 centimètres d'urine ; le nouveau poids indique la densité (voir à Densité); puis on procède cà l'évaporalion, et le poids du résidu multiplié par 100 fait connaître celui du litre.

La détermination du résidu solide, telle que nous venons de la décrire, paraît très simple; malheureusement elle comporte plusieurs causes d'erreur et de minutieuses précautions à prendre,

La dessiccation du résidu solide doit être achevée à une température bien déterminée, 103° environ, et à l'abri des poussières de l'atmosphère. D'un autre côté, ce résidu étant très hygroscopique, on doit toujours craindre qu'il n'absorbe l'humidité pendant les pesées. C'est pour cela qu'on le laisse refroidir dans le vase à acide sulfurique dont nous avons parlé et qu'on recouvre la capsule avec la feuille de platine.

Malgré les précautions qu'on peut prendre, le résulat est toujours entaché d'erreur; cela tient à ce que pendant l'évaporation une certaine quantité d'urée se décompose en donnant des produits volatils qui disparaissent. Cette décomposition provient de l'action que le phosphate acide de soude exerce sur l'urée lorsque l'urine a atteint un certain degré de concentration, h'urée est alors décomposée en acide carbonique et ammoniaque. Le premier de ces deux gaz se dégage, et le second est fixé par le phosphate acide de soude et forme avec lui un phosphate double de soude et d'ammoniaque. Ce dernier sel est lui-même décomposé lorsque la température arrive à 100°; il reste donc un résidu acide et non alcalin, comme il pouvait l'être avant "cette décomposition. J'insiste sur ce point : c'est que le résidu de l'évaporation d'une urine est toujours acide,.

CARACTÈRES DE L'URINE NORMALE 215 (luelle qu'ait été d'ailleurs la réaction première de cette uriue.

Enfin, pendant l'évaporation, il se produit encore une perte due au dégagement de Yacide carbonique libre et de celui des bicarbonates renfermés dans l'urine. La première cause d'erreur est sans contredit la plus importante. Pour une recherche exacte, on peut en tenir compte en recueillant et en dosant Vammoniaque produite ; mais une pareille précision est rarement nécessaire. Voici alors comment on opère. On se sert pour évaporer l'urine d'une petite nacelle allongée placée dans un tube qui traverse une étuve ;i eau bouillante. Dans ce tube on fait passer un courant d'air desséché par son passage sur de la ponce sulfuriqm ou du chlomre de calcium fondu. De l'autre côté, ce tube se rehe avec un flacon tubulé ou un matras renfermant de Yacide sulfurique titré et qui est lui-même en communication avec un aspirateur. L'appareil étant ainsi disposé, on cliauffe d'abord l'étuve, puis, au moyen de l'aspirateur, on fait passer lentement le courant d'air sec. L'urine se vaporise promptement, et l'ammoniaque est retenue par l'acide sulfurique. L'expérience terminée, un titrage alcalimétrique indique la quantité d'ammoniaque fixée et permet de calculer la quantité correspondante d'urée qui a été décomposée.

On doit se servir d'acide sulfurique à un titre très fail)le ; les quantités les plus convenables sont les suivantes :

Acide sulfurique monohydraté 2 gr. 667

Eau distillée Q. S. pour faire un litre.

Dans ces conditions, un centimètre cube de cet acide est saturé par 0 gr. OOH d'ammoniaque et correspond à 0 gr. 002 d'urée.

En suivant cette marche, on ne remédie pas à la cause d'erreur provenant de la décomposition des bicarbonates ; mais elle est parfaitement négligeable.

Le mode opératoire que je viens d'indiquer est classique ; mais il est très long, d'une exécution très délicate ■et n'est pas employé. Pour ma part, je me suis arrêté an procédé suivant.

On commence par déterminer exactement la porportioji •d'urée contenue dans l'urine (voir Donagc de Vurée), puis on évapore 10 centitnèlrcs cubes de cette urine, et on détermine le poids du résidu sec.

Ce résidu est ensuite dissous dans assez d'eau pour refaire 10 centimètres cubes, et on y dose Turée. Le chiiïre trouvé est inférieur à celui de la première détermination ; la différence indique évidemment le poids qui' a été décomposé pendant l'évaporation. On ajoute ce poids d'urée à celui du résidu donné par la pesée, et Ton obtient ainsi la quantité de matériaux fixes avec une approximation très sutHsante.

M. Magnier de La Source a déterminé la limite des erreurs commises dans l'évaluation du résidu sec des divers liquides de l'organisme et eu particuliei' de l'urine. Il s"est assuré que la meilleure méthode consiste à évaporer l'urine dans le vide, sur une large surface et en présence de l'acide sulfurique. Mais vingt-quatre heures sont nécessaires pour cette opération, en employant 1 à 2 grammes de liquide. Môme dans ces conditions, l'erreur est encore •de 1 à 2 gr. par litre.

M. Rabuteau conseille l'emploi du vide et d'une chaleur modérée. L'urine est évaporée au bain-marie dans un petit ballon dont on connaît exactement le poids, et le vide est fait au moyen d'une trompe à eau sur le trajet de laquelle on interpose un vase renfermant de l'acide sulfurique titré, de telle sorte qu'on peut encore tenir compte de la perte provenant de la décomposition de l'urée.

Détermination des sels fixes. — De même que la précé- •dente, cette opération demande beaucoup de précautions. 11 suffit en principe d'évaporer au bain-marie un poids

CARACTÈRES DE L'URlNE NORMALE 27

coimu (l'urine, puis de diauller le résidu au rouge jusqu'il (•onibustion du charbon obtenu. Le résidu de l'opération précédente (détermination des substances fixes) peut parfaitement servir lorsqu'on ne l'emploie pas pour y doser lurée.

Le point délicat de la détermination réside dans la manière de faire l'incinération. Si l'on chaulïe à une température trop élevée, une certaine quantité de chlorures est volatilisée ; en même temps, le charl>on formé exerce ime action réductrice sur les sulfates etphosphates et finalement transforme ceux-ci en phosphore qui se volatilise et ceuxlà en sulfures. Pour cette incinération, il est préférable de se servir d'une lampe à alcool plutôt que d'un bec de gaz, ce dernier donnant une température trop élevée. D'un autre côté, si l'on ne chauffe pas suffisamment, la combustion du charlion, enveloppé par les sels minéraux fusibles, devient pour ainsi dire impossible. Ou tourne cette difficulté en ajoutant vers la fin de l'opération un peu d'asotate d'ammoniaque. Ce sel, entièrement décomposable par la chaleur, fournit du protoxyde d'azote, qui détermine rapidement la combustion du charbon.

M. Méhu remplace l'azotate d'ammoniaque par Vazotate d'urée.

Quantité moyenne de matériaux solides organiques et minéraux. — A l'état normal, les quantités moyennes (■'liiuinées par un adulte en bonne santé sont les suivantes :

Matériaux orgîiniqiies 36 à 38 gr.

Sels minéraux 12 à 14

Total des substances fixes. 48 à 32 .gr.

Si Ion prend connue moyenne 1,400 centimètres cubes (lonru's pour le volume, cela fait environ 1 pour 100 de sels minéraux.

Kn s'appuy.'int sur ce rapport, M. Méhu a indiqué une

méthode empirique qui permet de connaître le volume de l'urine.

Une urine dont le volume est normal (environ 1400 centimètres cubes) contient par litre 10 gr. de sels minéraux; si donc, en déterminant la proportion de ces sels dans une urine dontlc volume est inconnu, on trouve lOgr. pour 1000, on en conclut que le volume de cette urine est normal ou de 1400 gr. Si l'on ne trouve que 5 gr. de sels pour 1000, le volume de l'urine doit être double, puisque par vingt-quatre heures la moyenne éliminée est de 10 gr. Ce volume sera donc de 1400 X 2 = 2800 centimètres cubes. Si l'on ne trouve que 2 gr. par litre, le volume doit être égal au vo-

lume normal multiplié par et en général il suffit de

multiplier le volume normal par 10, de le diviser par la proportion de sels minéraux contenus dans un litre. Le volume normal étant de 1 litre 4, on a donc 14 litres, quon divise par le chiffre obtenu. Ce mode d'évaluation s'applique encore lorsque le volume est inférieur au litre; seulement le rapport est renversé.

Détermination de la densité d'une urine. — • Deux procédés : au moyen de la balance, et au moyen du densimètre.

1° Balance. — Ce procédé exige l'emploi d'une bonne balance, pesant au centigramme ; celui d'un flacon spécial n'est point indispensable.

Voici en quelques mots la marche à suivre pour cette détermination. On sait que le poids d'un corps est égal au produit de son volume multiplié par sa densité, ce que l'on traduit par l'expression :

(l ou l'on tire D =

11 suffit donc de connaître le poids d'un corps et son vo-

lume pour calculer sa densité. Mais en France, grâce au système décimal, il y a correspondance entre l'unité de poids et l'unité de volume; le poids d'une certaine quantité d'eau indique en même temps le volime de cette eau. Aussi, dans la formule que nous venons d'indiquer.

iiu lieu du volume V, nous pouvons mettre le poids P' d'une quantité d'eau équivalente, ces deux valeurs étant exprimées par le même nombre; et dès lors un seul instrument, la balance, sera nécessaire pour déterminer une densité.

D'après la formule, il est facile de voir que le volume peut être quelconque ; il suffit donc à la rigueur de prendre un flacon bouché à l'émeri, portant un trait cà la naissance du goulot ; ce trait sert à régler l'affleurement du liquide et à déterminer ainsi un volume constant. Il est cependant plus rigoureux de se servir d'un flacon spécial, dit flacon à densité, qui est très léger. Ce flacon est allongé et présente en son milieu une partie très rétrécie sur laquelle se trouve marqué un trait. Il bouche à l'émeri. On verse du liquide de façon que le niveau dépasse ce trait, qui sert de point de repère ; puis on enlève l'excès au moyen d'un peu de papier buvard qu'on a roulé entre les doigts, et on détermine ainsi l'affleurement d'une façon très exacte.

Mode opératoire. — Dans un des plateaux de la balance, on place le flacon à densité vide et bien sec ; dans l'autre plateau, on lui fait équihbre avec de la grenaille de plomb. Cela fait, on enlève le flacon et on le remplace par des poids marqués. On obtient ainsi le poids du flacon par une méthode très exacte, ceUe de la double pesée : soit 7t ce poids.

On remplit ensuite le flacon d'eau distillée jusqu'au point de repère, et l'on détermine le nouveau poids P en suivant la môme marche. Il est évident que P — tt représente le poids du volume contenu dans le flacon jusqu'au

puiiiL do repère, ou, en d'jiulrcs lermes, le volume du Uacoii.

Eufin on remplit le llacoii d'urine cl on fait une troisième pesée. Ce nouveau poids P' représente le poids du flacon, plus celui de l'urine. Donc P' — tt est le poids de l'urine'

Dans la formule D = -, remplaçons les lettres par les valeurs que nous venons de déterminer ; on aura :

11 suffît d'effectuer la division.

Dans la pratique, on ne fait pas trois pesées consécutives, comme je viens de l'indiquer : on détermine une fois pour toutes les quantités P et tc, c'est-à-dire le poids du flacon et sa capacité. Il suffit alors, pour connaître la densité d'une urine, d'en remplir le flacon jusqu'au trait marqué et d'en prendre le poids. Ou détermine ainsi P', qui est la seule quantité variable de la formule, pourvu qu'on se serve tonjours du même flacon.

Si l'on n'a pas de flacon à densité, on peut simplifier la méthode de la manière suivante. Dans la formule, le volume peut être quelconque; prenons-le donc égal à l'unité ; dans ce cas, le poids indiquera la densité. En effet, puisqu'il faut diviser le poids par le volume, si ce volume est égal à l'unité, le diviseur est 1 et le quotient reste le même que le- Fig. 3. dividende. On place une petite capsule sur le pla- Pipeite teau de la balance, on en fait la tare; puis, au moyen gra- d'une pipette très exactement graduée, on v verse

uU66. T j

10 centimètres cubes d'urine; les poids .qu'il faut mettre pour rétablir l'équilibre représentent la densité. C'est, comme on le voit, une application directe de la définition : La densité, c'est k poids de l'unité de volume.

CARACTÈRES DE l'URINE NORMALE 31i

■20 Aréomètres. — Sous ce nom, on désigne de petits flotlours en verre destinés à indiquer, sans aucun calcul, la densité des liquides dans lesquels on les plonge, et cela par la quantité plus ou moins considérable dont ils s'en- Ibncent. La partie centrale de cet instrument est renflée^ cylindrique ou ovoïde et terminée par une petite ampoulerenfermant du mercure ou de la grenaille de plomb, destinés à servir de lest, c'est-à-dire à maintenir l'instrument vertical. La partie opposée est constituée par une tige cylindrique ou aplatie, bien calibrée et contenant dans son intérieur une échelle divisée. Cet instrument porte différents noms, suivant l'usage auquel (m le destine. Celui qui sert pour l'urine est désigné sous le nom dhiromètre. Le zéro, c'està-dire le point d'affleurement dans l'eau distillée, est situé au haut de la tige. En effet, la densité d'une urine est toujours supérieure à celle de l'eau, et le flotteur s'enfoncera d'autant moins que cette densité sera plus considérable. Nous n'avons point à entrer ici dans le détail de guaduation de l'instrument; il nous suffira do dire qu'il n'est exact que si l'on opère à la température pour laquelle il a été gradué, c'est-à-dire à 15°. Pour chaque 3 degrés en plus ou en moins, il faudra augmenter ou diminuer de \ millième la densité.

Il est indispensable de vérifier le zéro de l'instrument. Pour faciliter les déterminations, les Allemands construisent des instruments dont le lest est formé par la boule d'un thermomètre à mercure ; la tige monte dans le renflement médian.

Les meilleurs densimètres sont à tige plate, offrent des divisions espacées. Ils présentent une exactitude suffisantepour les essais cliniques, d'autant plus qu'on cherche alors

Fig. 4.

Uromètre.

des rapports de densités et non des densités absolues.

Influence des diverses conditions pliyslologiques et pathologiques sur l'excrétion des matériaux solides de

l'urine. — Nous avons VU combien était variable le volume de l'urine émis pendant vingt-quatre heures ; la quantité de matériaux solides émis dans le même temps est beaucoup plus régulière pour le même individu. La moyenne varie suivant le sujet, suivant son genre de vie ; voici quelques chiffres donnés par les auteurs :

Français (Becquerel) 39 à o2 gr.

Anglais (Harley) .53

Allemand (Lelimann) 67 à 82

Ces différences s'expliquent par le mode d'alimentation : le Français suit un régime plutôt végétal qu'animal, l'Anglais un régime mixte ; en Allemagne, la nourriture est presque exclusivement animale, parlant très azotée.

Cette influence de l'alimentation est du reste facile à mettre en évidence, en soumettant successivement un même sujet à tous les régimes ; la proportion des éléments solides qu'il élimine peut varier de 30 à 80 grammes.

L'influence qu'exerce la nature des aliments solides est ■donc parfaitement prouvée ; il n'en est pas de môme pour celle des boissons. Longtemps on a nié qu'un excès de boisson produisît une augmentation dans la quantité des matériaux solides de l'urine. Depuis les expériences de Winter et de Vogel, le doute n'est plus possible. Il faut admettre que, grâce à cette quantité de liquide, une plus grande proportion d'éléments nutritifs est assimilée et par suite éliminée par les urines.

La quantité de matériaux solides éliminés dans les vingt-quatre heures ne se répartit pas uniformément entre toutes les heures de la journée. Voici quelques chiffres cités par Harley et qui montrent cette variation :

Volume, Nature de l'urine. Densité.

1,000 ce. Urina cibi 1,025

— — sanguinis. 1,012

- potiis.... 1,009

Quantité de résidu solide .

Si, comme pour la quautité d'urine, ou veut donner une moyenne par heure et par poids, on peut fixer à i grammes par heure et pour 100 kilogrammes la proportion de matériaux solides éUminés par un individu en bonne santé.

hiflueme de l'âge et du sexe. - Il y a peu d observations sur ce point. On peut dire cependant que les enfants rendent proportionnellement plus de matériaux solides que les adultes. Les femmes excrètent, en quantité absolue et en quantité relative à leur poids, moins de matériaux solides que les hommes.

Influence de la grossesse. — Peu de causes ont autant d'influence que la grossesse sur l'élimination des matériaux solides, d'après Hariey : leur quantité va en diminuant câ mesure que la délivrance approche. Nous possédons peu d'observations sur ce sujet ; j'en ai une très détaillée qui fera l'objet d'une publication ultérieure.

Influence des maladies et des médicaments. — L'inlîuence des diverses maladies est assez considérable ; les variations qu'on observe se trouvent un peu liées à celle de la quantité d'eau.

Dans un grand nombre d'affections, le poids des cléments sohdes éliminés pendant vingt-quatre heures diminue et tombe au-dessous de la moyenne normale. Mais, pour avoir une idée bien exacte de cette diminution, il faut tenir compte des observations que nous avons déjà faites au sujet du régime. Les malades atteints d'une affection aiguë mangent à peine; le plus souvent, ils sont à la diète^; ils n'absorbent que des liquides peu riches en éléments solides et font de l'autophagie.

La (luaiiUté des malériaiix solides est tout à fait in(l('poudaute du volume de l'urine, qui, lui, varie suivant les causes (lue nous avons indiquées page 12. Mais cette déterminalion des matériaux solides offre une très grande jinporlance lorsque le volume de l'urine augmente Deux, cas peuvent se présenter :

1- L'augmentation du volume de furine s'accomi)ague d'une augmentation des matériaux solides. — Cette dernière peut porter sur les éléments normaux ou les éléments anormaux.

«. Augmentation des éléments normaux. — Dans ce cas il y -à polyurie avec azoturic, c'est-à-dire augmentation de& matériaux azotés, principalement de Vurée. On désigneencore cette affection sous le nom de diabète insijndc.^ "

Cet état est toujours grave, car l'organisme ne peut résister longtemps à une diminution qui dans certains cas. devient considérable ; on peut voir eu effet la quantité des matériaux solides éliminés dans les vingt-quatre heuresaller jusqu'à 90, 100 grammes et même au delà. M. Couchardat cite un cas dans lequel cette quantité aurait atteint jusqu'à 225 grammes, dont 130 grammes d'urée. Dans ces cas, il y a avantage à employer les médicaments qui diminuent la quantité dhirée et que nous indiquerons plus tard. La polyurie avec azolurie succède souvent à une autre variété dont nous allons dire quelques mots, la iwlyurie simple ou hydrurie.

b. Augmentation par la présence des élémmts anormaux. — Ce cas est très fréquent, et l'élément anormal est le sucre; on le désigne sous le nom de diabète sucré. Le poids du résidu solide par litre d'urine est très variable: il dépend et du volume de l'urine et de la quantité do sucre éliminés dans les vingt-quatre heures. Nous étudierons plus tard ce cas avec détail (voir Urines sucrées).

2° L'augmentation du volume de l'urine ne s'accom- |)agnc pas de celle des matériaux solides.

Dans cette affection (si toutefois on peut lui donner ce nom), qui est loin d'avoir la gravité des précédentes et •que l'on désigne sous le nom de polyiirie simple on hjdrurie, Veau est le principal élément qui est séparé de Forganisme par les reins, et Tonne remarque ni amaigrissement ni état hectique. L'iiydrurie est souvent favorable, par •exemple dans les cas d'hydropisie ; on peut l'entretenir ou ta produire artificiellement au moyen des diurétiques.

Influence des médicaments. — Certaines substances diminuent la proportion des éléments sobdes .de l'urine, d'autres l'augmentent. Parmi les premiers , nous citerons V opium, la morphine, la ciguë. Harley préconise le citrate 4e fer et de quinine, ou le citimtc de fer ammoniacal. Nous avons déjà parlé de ces médicaments, qui ont également da propriété de diminuer la quantité de liquide séparée par les reins.

Parmi les médicaments qui augmentent la proportion des éléments solides, nous citerons les diurétiques, qui favorisent en même temps l'élimination de l'eau ; la digitale, le colchique, etc. L'exercice musculaire favorise également l'élimination des éléments solides ; il en est de même de tous les stimulants, qui augmentent l'activité de l'excrétion nrinaire.

Réflexions. — La connaissance du volume de l'urine, de ■.sa densité, du poids des matériaux solides fournit des données de la plus haute importance pour le médecin et Un facilite le diagnostic, le pronostic et le traitement.

La connaissance du volume do l'urine et de sa densité permettra au médecin de calculer approximativement le poids du résidu solide au moyen de la formule empirique (lue nous avons indiquée page 19, et par suite d'être renseigné sur le poids de l'urée qui forme environ les 3/S An résidu.

Une urine dont le volume est supérieur au voIuukî normal et dont la densité est faible indiquera chez un

sujet en bonne sanlé l'ingestion d'une grande quantité da boisson ; si la densité est foi te, on doit soupçonner un cas d'azotiirie ou de diabète sucré. — Si au contraire le volume de l'urine est très peu considérable et que la densité soit forte, il y aura eu ou perte d'eau par transpiration si le sujet est en bonne santé, ou bien l'individu est malade el en proie à une affection aiguë.

Dans le cas où, le volume de l'urine restant normal, sou poids spécifique est diminué, on peut craindre que Vurée ne soit pas éliminée par cette voie et reste dans le sang, ou bien encore il y a production moindre de cette substance, par suite de l'insuffisance de nutrition.

La connaissance du poids du résidu solide fournit aussi quelques indications précieuses. Nous avons vu que dans les maladies chroniques le poids était en général diminué ; une augmentation indiquera donc une amélioration probable, tandis que dans une affection aiguë c'est un signe défavorable.

En parlant du résidu solide de l'urine, nous n'avons point fait la distinction des substances organiques et minérales. On les dose en bloc, et très rarement on a besoin de faire une séparation. Le poids des substances organiques l'emporte de beaucoup sur celui des sels : il est en moyenne deux fois et demi plus considérable.

Réaction de l'urine. — L'urine normale de l'homme, comme celle de tous les carnivores, est acide ; elle rougit franchement le papier bleu de tournesol. Il suffit pour le constater de plonger ce papier dans l'urine. Si Ton répète cet essai sur plusieurs urines, on voit que toutes ne le rougissent pas d'une façon aussi intense. L'essai au tournesol suffit la plupart du temps ; cependant il est parfois nécessaire de se rendre compte du degré d'acidité de l'urine; il n'y a pour cela qu'un seul procédé à suivre : faire un titrage acidimétrique.

On rapporte ordinairement l'acidité de l'urine à Vacidc

oxalique sec; ainsi, en disant que l'acidité de l'urine des vingtquatre heures correspond cà 1 gr. 45 d'acide oxalique, cela veut dire que l'urine possède une acidité égale à celle d'une solution obtenue en dissolvant l gr. 45 d'acide oxalique sec dans un litre d'eau. Pour faire cette détermination, on se sert d'une solution étendue de soude caustique faite dans une proportion telle que un centimètre cube neutralise un centigramme d'acide oxalique desséché.

Pour cela, on prend 10 grammes d'acide oxalique bien desséché par un séjour prolongé à l'étuve chauffée à 100 degrés et on le dissout dans assez d'eau pour obtenir un litre ; cette solution contient alors 1 centigramme par centimètre cube. On prépare ensuite une solution étendue de soude caustique (quelques auteurs indiquent la potasse), telle qu'à volume égal elle neutralise la solution d'acide oxalique ; on procède par tâtonnements. Du reste, il n'est point nécessaire que la neutralisation ait lieu exactement à volume égal; 11 suffit de noter quelle quantité de cette solution sature 1 centigramme d'acide oxalique.

Sauf dans des cas très rares où l'urine est presque inco-^ lore, il est impossible de la colorer avec de la teinture de tournesol et d'y verser ensuite la liqueur alcaline, jusqu'à ce que la teinte soit ramenée au" bleu.

Voici comment on opère habituellement. Dans un' vase à précipiter, on place un volume connu d'urine, par exemple 100 centimètres cubes, puis on y verse goutte à goutte la solution alcaline au moyen d'une burette graduée. On peut aller sans grande précaution jusqu'au moment où l'urine commence à se troubler par suite de la précipitation des phosphates terreux, qui ne petrvent rester en dissolution que dans un milieu acide ; cette précipitation est donc l'indice qu'on approche de la nôutralité. On continue à verser goutte à goutte la solution alcaline, en agitant bien et portant de temps à autre une goutte du mélange sur une bande de tournesol rouge très- sensible;'"

on arrive ainsi à un moment où il est ramené au bleu.. On lit alors la quantité de solution alcaline employée, et on on conclut à quel poids d'acide oxalique elle correspond; ce poids est ensuite multiplié par le rapport de la prise d'essai au volume de l'urine des vingt-quatre heures. La réaction acide est la réaction normale de l'ui'ine ; mais elle est parfois nulle et assez souvent alcaline dans^ les cas pathologiques. Il n'est point toujours facile dedéterminer d'une façon exacte la réaction d'une urine. On en rencontre qui paraissent tout à la fois acides et alcalines;: nous aurons plus tard l'explication de cette anomalie.

Au lieu de faire usage de deux papiers de tournesol,, l'un bleu et l'autre rouge, Vogel conseille l'emploi d'um papier à peine bleu, ayant même une légère teinte rouge.. Ce papier devient tout à fait rouge en présence d'un acideet bleuit fortement lorsqu'il se trouve en contact avec un: alcali. Pour préparer ce papier, on commence par abandonner à l'air de la teinture de tournesol ; sous l'influence de l'oxygène et de l'acide carbonique, elle prend peu à peu une teinte violacée ; on s'en sert alors pour imbiber le papier. Il faut examiner la réaction d'une urine au moment de l'émission ou peu de temps après, car elle change peu à peu et au bout d'un certain temps devient neutre, puis alcaline. D'autres fois, au contraire , on constate la réaction alcaline au sortir même de la vessie. Dans ces deux cas, la réaction n'est point due à la même cause et présente une valeur bien différente au point de vue du diagnostic.

Pour bien établir ces différents points, considérons ce qui se passe lorsqu'on abandonne une urine à elle-même dans un vase ouvert et au contact de l'air.

Au moment de l'émission, cette urine est claire, limpide et offre une réaction acide bien prononcée. En se refroidissant, elle se trouble peu à peu et se remplit de légers flocons ; en même temps, il se forme au fond du vase un dépôt rouge brique, constitué par des uratcs moins solublcs à froid;

qu'à chaud et entraînant avec eux de la matière colorante. Pendant tout ce temps, la réaction de l'urine persiste, et même son acidité augmente. A ce moment, il se dépose non plus des urates, mais des cristaux d'acide urique. Puis tout d'un coup cette acidité diminue et même disparait ; en même temps, la couleur de l'urine s'affaiblit : elle devient plus pàle, et il se forme à la surface une pellicule blanchâtre ; la réaction est devenue alcaline et s'accentue de plus en plus; le dépôt d'acide urique précédemment formé disparaît et est remplacé par des cristaux plus gros, prismatiques, blanchâtres, constitués par diiphosphateammoniacomagnésicn; l'odeur de l'urine est alors devenue piquante et ammoniacale. L'ensemble de ces phénomènes a été étudié par Schœrer et désigné par lui sous le nom de fermentation acide et fermentation alcaline de l'urine. Avant de lesétudier en détail, nous rechercherons d'abord quelle est la. cause primitive de l'acidité de l'urine.

On a beaucoup discuté sur cette question, et elle est encore loin d'être résolue d'une façon complète. Liébig a émis le premier l'opinion qu'elle était due à la présence de phosphates acides; mais, dans un grand nombre de cas, ainsi que l'a démontré Lehmann, il n'est pas douteux que les acides lactique et hippurique ne contribuent à l'augmenter.

Au premier abord, on serait porté à attribuer à l'acide urique la réaction de l'urine ; mais il n'en est rien : une solution saturée à chaud d'acide urique rougit à peine le papier de tournesol ; cependant ce corps est la cause indirecte de l'acidité, et voici une expérience qui nous montrera de quelle manière. Portons à l'ébullition une solution de phosphate neutre de soude dans laquelle on aura ajouté un peu d'acide urique; cet acide se dissout facilement; par refroidissement, il se dépose des cristaux d'urate de soude, et la liqueur est devenue acide. Ainsi Vacide urique enlève au phosphate neutre de soude une partie de sa base et se change Quurate de sowrfe, tandis que le phosphate est passé à l'état de

phosphate acide. La même réaction s'accomplit dans l'urine, et l'acide urique n'est que la cause indirecte de l'acidité!

Revenons maintenant à notre point de départ, et considérons l'urine au moment de l'émission. Au fur et à mesure qu'elle se refroidit, il se dépose des urates, parce qu'ils sont moins solubles à froid qu'à chaud. Peu à peu, grâce à l'existence du mucus vésical qui se trouve toujours dans l'urine, il s'établit une sorte de fermentation. Sous cette influence (Schœrer), la matière colorante extractive de l'urine se dédouble, en produisant de l'acide lactique, ce qui permet d'expliquer l'augmentation d'acidité de l'urine et de plus le dépôt Ol acide urique qui se fait à ce moment; l'acide lactique peut en effet décomposer les urates. Telle est la première phase, la fermentation acide.

L'urine reste telle un certain temps, puis sa couleur s'affaibht; il se montre à la surface une pellicule blanchâtre, dans laquelle on peut constater la présence de champignons qui jouent le rôle de ferment; sous leur influence, Vurée est décomposée. Nous reviendrons plus tard sur ce point; pour le moment, il nous suffit de dire qu'un des produits de cette décomposition est du carbonate d'ammoniaque. Ce dernier sel commence par neutraliser la réaction acide, puis la rend alcaline, et cela d'autant plus que sa proportion est plus considérable. C'est lâ la seconde phase, la fermentation alcaline. Dans ce milieu alcalin, l'acide urique rentre en solution et est remplacé par un dépôt de phosphate ammoniaco-magnésien ; l'ammoniaque est précisément fournie par le carbonate d'ammoniaque. Nous pouvons maintenant donner l'explication de ce fait, dont nous avons parlé page 38, qu'une urine peut paraître tout à la fois acide et alcaline.

Considérons une urine contenue dans un vase ; la décomposition de l'urée en carbonate d'ammoniaque commence à la partie supérieure, dans la couche blanchâtre dont nous avons parlé. Cette décomposition s'effectue progressivement, et il arrive un moment où l'ammoniaque existe eu

quantité suffisante pour détruire la réaction acide des phosphates, mais pas encore assez considérable pour communiquer une réaction alcaline cà l'urine. A ce moment, la partie supérieure peut donc être alcaline, et quelques centimètres plus bas encore un peu acide ; le papier de tournesol plongé un peu profondément rougira en cet endroit, tandis que le rouge deviendra bleu si l'on ne le mouille qu'cà la surface de l'urine.

Ce que nous venons de dire nous explique aussi comment dans cette couche blanchâtre on trouve des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien, bien que ce sel ne puisse exister en solution acide.

Ainsi, pour nous résumer, l'urine normale est acide, et cette acidité est due à la présence des phosphates acides ; lorsqu'on la conserve un temps suffisant, elle s'altère : il se développe une fermentation qui transforme l'urée en carbonate d'ammoniaque, et dès lors la réaction devient alcaline. A part cela, il peut arriver que l'urine soit alcaline au moment même de l'émission ; une telle urine se rencontre dans des cas physiologiques et pathologiques.

L'usage habituel d'une eau alcaline, telle que l'eau de Vichy, de Vais, rend l'urine alcahne au bout de peu de temps ; une ahmentation végétale ayant pour base des fruits renfermant des acides citrique, tartrique, dont l'élimination se fait à l'état de bicarbonates alcalins, produit le même résultat. Dans ces cas, l'alcalinité est due à des phosphates et carbonates alcalins.

Dans les cas pathologiques, l'émission d'une urine alcaline constitue toujours un fait fâcheux au point de vue du pronostic. Elle peut être alcaline au sortir même du rein, par suite d'une inflammation de cet organe, ou bien le devenir dans la vessie. Ce dernier cas se rencontre lorsque ce réservoir est paralysé ou fortement irrité par la présence d'un calcul. Une telle urine est toujours trouble et présente souvent une odeur infecte ; elle contient ordi-

■i2 MANUEL CLINIQUE DE L'ANALYSE DES URINES

nairement du pus et est visqueuse et filante, par suite d(! l'action de l'ammoniaque sur ce pus (voir à Pus).

Comme on le voit, l'urine peut être alcaline de deux manières différentes, et il est très important au point de vue du diagnostic de faire la distinction. Si l'on examine l'urine au moment de l'émission ou un temps très court après, aucun doute n'est possible ; il n'en est plus de môme si l'on fait cet examen quelques heures après. Souvent même, on ne sait depuis quand l'urine est émise. Heureusement, l'examen chimique peut tirer d'embarras.

Lorsqu'une urine est devenue alcaline après l'émission, ■elle doit toujours cette réaction aux produits do décomposition de Yurée et par conséquent contient du carbonate d'ammoniaque. Il suffit pour le constater de la chauffer dans un tube à essai et de présenter un papier de tournesol rouge. Il sera immédiatement ramené au bleu dans le cas où l'urine renferme du carbonate d'ammoniaque ; et une baguette trempée dans l'acide chlorhydrique s'entourera •d'un nuage de fumées blanches ; de plus, cette urine renferme du phosphate ammoniaco-magnésien (voir à ce mot).

Mais cette décomposition de l'urée peut également avoir lieu dans la vessie ; on constate alors les caractères que nous venons d'indiquer.

L'urine alcaline au sortir de la vessie peut aussi devoir cette réaction à des carbonates et à des phosphates alcalins ; alors elle ne donne pas lieu à un dégagement d'ammoniaque lorsqu'on la chauffe ; de plus, cette urine est très trouble, car les phosphates et carbonates terreux sont précipités, et enlîn elle ne contient pas de phosphate ammoniaco-magnésien; mais, pour constater ces caractères, il est indispensable de faire l'examen peu de temps après l'émission, car cette urine peut ensuite éprouver la décomposition ammoniacale et dès lors contenir du carbonate d'ammoniaque et du phosphate ammoniaco-magnésien. En résumé, une urine est-elle alcaline : si elle dépose du

CARACTÈRES DE L'URINE NORMALE phosphate ammo7iiaco-magnésien,et qu'elle dégage de l'ammoniaque lorsqu'on la chauffe, l'alcalinité est due cà la décomposition de l'urée ; mais il faut alors se renseigner si l'urine est récente, aliu d'être fixé sur la signification de la réaction.

Si au contraire l'urine, tout en bleuissant le papier rouge, ne dégage pas d'ammoniaque lorsqu'on la chauffe et ne contient pas de phosphate triple, on peut être certain qu'elle était alcaline au sortir de la vessie ; cette alcalinité peut être due à des phosphates ou à des carbonates alcalins. Pour le savoir, il suffit de concentrer l'urine et d'y verser un acide. Dans le cas d'un carbonate alcalin, le dépôt se dissout avec effervescence, et il se dégage de l'acide carbonique, qu'on peut caractériser en le faisant barboter dans l'eau de chaux. Dans le cas d'un phosphate alcalin, le dépôt se dissout sans dégagement de gaz, et l'on ■caractérise l'acide phosphorique dans la liqueur (voir Acide phosphorique). Le plus souvent, il y a mélange de phosphates et de carbonates.

Voici un tableau qui résume ces différents cas :

On agite l'urine et on y plonge un papier réactif.

il rougit.

L'urine est acide.

L'urine est -2 \alcaline.Qn la chauffe I dans un tube à essai.

Il se dégage un gaz qui bleuit le papier rouge de tournesol Le dépôt contient du phosphate ammo niaco - magnésien.

Il ne se dégage pas de gaz. Le dépôt ne contient pas de

phosphate ammoniacomagnésien .

Urine devenue ammoniacale par suite de la décomposition de l'urée, soit dans la vessie, soit après l'émission.

L'urine I est alcali- ' ne au sortir de la vessie.

Suffisamment concentrée, elle dégage par l'addition d'un aci- |de un gaz qui trouble l'eau de I chaux.

Ti'aitée pareillement, elle ne dégage pas de gaz.

Alcalinité due à des carbonates alcalins.

Alcalinité due à des phosphat.

alcalins.

La recherche de l'alcalinité et des causes qui l'ont produite est donc très importante au point de vue du diarnostic; une urine alcaline au sortir de la vessie a toujours une signification pathologique.

L'acidité de l'urine est loin d'avoir la môme importance • elle na quune signification physiologique ; encore faut-il îaire mtervemr la notion du plus ou moins d'acidité.

Il résulte d'un travail important qui vient d'être publié sur ce sujet par le D- A. Fustier que l'urine est plus acide après les repas ; le maximum d'acidité se rencontre quatre heures après.

Relativement au poids du corps, l'acidité de l'urine est plus élevée chez le nouveau-né que chez l'adulte ; elle paraît diminuer chez les vieillards.

L'acidité de l'urine s'élève sous l'influence du régime lacté et après l'ingestion de falcool ; elle s'abaisse avec un régime végétal et par l'abstinence. Le bain ne rend pas l'urme alcahne, et la sudation diminue l'acidité.

L'acidité de l'urine est très intense dans le rachitismechez les diabétiques, elle est trois ou quatre fois plus forte qu'à l'état normal.

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