NOVEMBRE
Xjmenesia encelioïdes.
Ruscu* aculeatus. Lopi
Noua avons vu comment lçs» végétaux sont upir tables , voyons à présent comment s'opère la nutrition* Les plantés s'emparent de certaines substances extérieures et le*, transforment en leur
DE LA VIE DES VÉGÉTAUX, l83
propre substance. Quelles sont oes substances? comment se les assimilent-elles ? Voilà les questions qui sont à résoudre.
Les végétaux analysés par le feu donnent pour dernier résultat du carbone, de l'oxigène, de l'hydrogène et de l'azote; pour premier résultat du soufre, de la silice, de l'alumine, des oxides de fer et de manganèse, de l'hydriodate de potasse, des sous-phosphates de chaux , de potasse et de magnésie, des sulfates de potasse, de soude, de magnésie, de chaux et d'ammoniaque, quelques sous-carbonates produits par la combinaison d'acides végétaux unis à la chaux, la potasse, etc. Tous ces matériaux leur 6ont fournis par la terre , l'air et l'eau.
L'eau tient en dissolution une certaine quantité de terres, de sels, de matières animales et végétales ; les racines absorbent avec l'eau toutes ces substances; elles sont charriées par la séve dans le tissu organique où une partie s'assimile avec les principes de la plante, et une autre s'échappe par la transpiration. L'air fournit à la nourriture des plantes de l'hydrogène et de l'azote en petite quantité, mais une grande abondance de gaz acide carbonique. L'oxigène de l'air s'unit au carbone de la plante et produit aussi du gaz acide carbonique , lequel est décomposé et fixé par la lumière.
Les plantes absorbent les fluides dont elles se nourrissent par une opération que l'on nomme succion, et qui paraît avoir une force prodigieuse, principalement dans les racines et les feuilles. Haies a mesuré cette force de succion par des expériences fort ingénieuses, qui ont été répétées par MM. Mirbel et Chevreul. On s'est assuré par là que la force d'aspiration d'nu cep de vigne esr égale à la pression d'une colonne de mercure de a8 pouces de hauteur, ou à celle d'une colonne d'eau d'environ 33 pieds ; ainsi elle est plus considé-
l84 ORGANOGKAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
rable que la pression de l'atmosphère. On a va quelquefois le mercure remonter jusqu'à 38 pouces, d'où on a conclu que cette force était cinq fois plus grande que celle qui pousse le sang dans la grande artère crurale d'un cheval, sept fois plus grande que la force du sang dans la même artère d'un chien , et huit fois plus grande que la force du sang dans la même artère du daim.
Les fluides absorbés par les racines ou par les feuilles (ou la séve), sont charriés dans tout le végétal par les gros vaisseaux du bois, et principalement par ceux qui sont les plus près de l'étui médullaire ; et , par les pores de ces vaisseaux , ils se répandent du centre à la circonférence. Lorsque la végétation commence, la séve s'accumule dans les parties les plus ieunes du bois ou des tiges, s'y élabore , et forme les sucs propres et le cambium.
On a cru long-temps que la séve avait deux mouvemcns , un ascendant au printemps et un descendant en automne, mais il paraît que cette opinion est aujourd'hui abandonnée. Quelques botanistes ont pensé que pendant le jour la séve circulait des racines aux feuilles et pendant la nuit des . feuilles aux racines, et cette théorie n'est pas appuyée sur des hypothèses plus spécieuses. Il paraît que la séve tend constamment à monter et à se répandre partout où elle manque; qu'il n'y a pas d'autres principes de circulation que ceux que l'on peut déduire de ces deux causes.
On a dit depuis fort long-temps que la succion des végétaux n'était qu'une simple imbibition , et que l'ascension des fluides dans les tiges était le résultat de l'attraction capillaire des tubes; que cette ascension devait être continue tant qu'il y avait assez de chaleur dans l'atmosphère pour entretenir la transpiration des feuilles au moyen de la vaporisation des fluides. Mais on observa qu'il « y a ni succion , ni mouvement des fluides dans,
DE LA VIE DES «VÉGÉTAUX. *85
un végétal mort quoique ses formes organiques soient absolument les mêmes ; et ce système fut renversé. \ ' ; [ ■«
Les botanistes modernes appellent à leur secours une cause particulière , que Ton ne connaît que par ses effets , et qu'ils nomment force vitale. « La succion , la transpiration et la marche des « fluides , dit Mirbel , dépendent de la force vitale ; « mais, parce que nous voyons que celte force vi- « taie n'agit pas toujours avec une égale intensité, « et que même ses effets sont modifiés par des « causes extérieures, il nous reste à connaître ces « causes , et l'influence que chacune d'elle exerce « sur les phénomènes de la végétation. Le calo- « rique est celle dont l'action est le moins équi- • voque. Indépendamment de ce qu'il détermine « l'évaporation , il agit encore comme stimulant « de l'irritabilité, puisqu'il faut différens degrés « de chaleur pour faire entrer en séve les diffé- « rentes espèces, et que chacune est douée d'une « force particulière , au moyen de laquelle elle sup- « porte, sans risque de la vie, un abaissement de « température plus ou moins considérable. .
« L'action de la lumière occasionne la décompov « sition du gaz acide carbonique et le dégagement « de l'oxigène : c'est un fait que prouve l'expé- « rience, quoique les théories chimiques n'en puis- « sent rendre raison. Le fluide électrique a sans <« doute quelque influence sur la vie végétale, mais « jusqu'à ce jour ou ne sait rien de positif sur ce « sujet. ^ ,
« La raréfaction et la condensation de l'air con- « tenu dans les vaisseaux, contribuent aux mou- « vemens des fluides. La plante, au moyen de « l'air, agit comme une pompe foulante et aspi'-* « rante ; mais cet effet a pour cause les variations « de l'atmosphère , et l'air n'est ici qu'un véhicule « que la température met en jeu.
i86 ORGANOGRAPiïllî ET PHYSIOLOGIE.
« Quant à l'attraction capillaire, elle tend sang « cesse à introduire et à retenir dans le tissu végé- « tal une quantité considérable d'humidité, et ,
* par cette raison, il n'y a pas de doute qu'elle
* n'aide â la nutrition; mais le tissu végétal, « privé de vie , ne cesse pas d'être hygrométrique , « parce que cette propriété résulte de formes que « la mort «e détruit point; ainsi on ne saurait
* expliquer certains mouvemens de la séve qui « ne se manifestent que dans le végétal vivant , par « les seules lois de l'attraction capillaire. »
. Il y a trois sortes de déperdition dans les plantes : 3°. Les déjections, a°. l'expiration, 3°. la transpiration, dont les trois produits réunis sont égaux à celui de l'absorption , moins la quantité employée à la. nutrition.
Les déjections consistent en des sucs plus ou moins épais, des résines , des huiles , de la manne , du sucre, de la cire, etc., rejetés au-dehors par la force de la végétation. Telles sont les matières visqueuses qui s'échappent par l'extrémité des poils dans les rosiers : et en général toutes les liqueurs qui suintent naturellement (c'est-à-dire sans qu'il y ait maladie ou lésion des organes) des glandes, des pores placés sur les feuilles, des nectaires, etc. Par exemple , la liqueur mielleuse ue les papillons vont pomper au fond du calice e certaines fleurs, et la poussière glauque qui recouvre, et colore en vert de mer, les feuilles de quelques végétaux.
L'expiration constitue ce que plusieurs auteurs appellent la respiration des plantes, en tant qu'ils y comprennent l'absorption. L'expiration se compose de gaz acide carbonique et d'oxigène , et s'opère par l'effet de la lumière , comme nous 1 avons dit.
La transpiration est formée par une certaine quantité d'eau réduite en vapeur , mêlée à une
DE T.A ViE DES VEGETAUX. | 87
très petite quantité de principes immédiats snsoeptibies de se dissoudre dans l'eau, et de se vaporiser par la chaleur. Les gouttes d'eau que l'on aperçoit le matin sur les feuilles de plusieurs plantes, du chou, par exemple, ne sont pas toujours de la rosée, comme on l'a cru , mais bien le résultat de la transpiration. Musschenbroeck l'a prouvé par cette expérience : il recouvrit la terre où croissait un pavot , ayec une plaque de plomb percée dans son milieu par un seul trou qui donnait passage à la tige; il là ta minutieusement toutes les ouvertures par où la moindre émanation humide aurait pu trouver accès, et il recouvrit la plante avec une cloche de verre qu'il fixa sur la plaque; le lendemain matin les feuilles furent couvertes de gouttes d'eau comme à l'ordinaire.
D'après diverses expériences faites par Musschenbroeck , Halles , Desfontaines , Mirbel et Chevreul , il résulte qu'une plante de soleil (helianthus annuus) , à masse égale et en temps égaux, transpire dix-sept fois plus qu'un homme.
De la Propagation,
Les végétaux se multiplient et se perpétuent de différentes manières ; par bouture , par la greffe, par bubilles , etc. , et principalement par graines.
La bouture est une partie de végétal détachée et placée dans les circonstances favorables pour émettre des gemmes et des racines ; toute portion d'une plante , racine , tige , pédoncule , pétiole , feuille, peut reproduire un individu entier de son espèce , pourvu qu'elle contienne du cambium , et qu'on la traite, de manière à concentrer sur elle toutes les circonstances favorables à la production des boutons s'il n'en existe pas , ou à leur développement , s'il en existe.
La greffe n'est rien autre chose qu'une bouture croissant à la manière des plantes parasites sur
l88 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
un autre végétal, dont elle s'approprie les sucs> nourriciers au moyen de la juxta-position de ses vaisseaux avec les vaisseaux du sujet.
Les bulbilles sont de petits gemmes croissant sur quelques parties des plantes, et renfermant non pas un embryon du végétal , comme la graine** mais un boulon non adliérent à la plante et susceptible de développer un individu entier et complet, comme la bouture.
La graine est l'œuf végétal , renfermant uu embryon susceptible de développement seulement quand il a été fécondé.
La fécondation est l'acte de la nature par lequel une plante transmet la force vitale à l'embryon renfermé dans ses enveloppes; cette transmission s opère par l'émission de la liqueur prolifique du pollen sur les ovaires , et voilà tout ce que l'on en sait. Il paraît qu'à l'époque de la fécondation des plantes, il s'opère un phénomène absolument analogue à celui qui se passe dans les animaux , et que Ton reconnaît évidemment à des modifications organiques. Dans les plantes , l'irritabilité est beaucoup plus exaltée , dans les animaux , la voix, la couleur et le caractère même, éprouvent de grands changemens.
Quelques botanistes ont révoqué en doute le sexe des plantes, et par conséquent la fécondation ; ils se sont appuyés sur quelques expériences de Camerarius, Tournefort, Spallanzani, elc *j fL u * semblent prouver que le chanvre, l'épinard et la courge, peuvent produire des graines tertiles sans le concours des fleurs mâles. Aujourdniii cette opinion n'est plus soutenable, si ce n est par 1 ignorance ou la mauvaise foi.
DE LA MORT DES VÉGÉTAUX
Dans tous les êtres la vie cesse dès que la matière rentre sous la puissance des lois chimiques et pby-
DE IaA MORT DBS VEGETAUX; 189
siques ( connues ) ; et chez tous les individus , la mort n'est que la cessation de la force vitale qui faisait résister une plante ou un animal à ces lois. La mort arrive par des maladies ou par la vieillesse , et nous ne nous occuperons ici que de cette dernière cause.
Les plantes annuelles meurent de vieillesse aussitôt qu'elles ont produit leurs graines; les plantes vivaces meurent de môme, mais leurs racines se renouvellent chaque année , ou vivent plusieurs années ; les plantes ligneuses ne meurent de vieillesse qu'après un certain temps dévolu à chaque espèce par ta nature. Quelques plantes ligneuses monocotylédones meurent après avoir fructifié, mais ne donnent leurs fruits qu'après avoir vécu plusieurs années, comme, par exemple , le sagus farinifera , le corypha umbracutifera , et quelques autres espèces de palmiers.
Dans les plantes herbacées , le cambium ne se renouvelle pas , il s'épuise dans le cours d'une seule végétation; les vaisseaux nourriciers s'engorgent, perdent leur souplesse, l'irritabilité cesseainsi que l'absorption, delà plus de nutrition et la mort.
Dans les plantes ligneuses la mort de vieillesse est plus difficile à expliquer, aussi quelques botanistes célèbres la nierit-i|s, et je me rangerais assez à leur opinion. En effet , la seule partie qui entretienne la vie dans les arbres , est la couche annuelle et herbacée fournie par le cambium. Cette couche étant par conséquent toujours jeune, doit jouir toujours de la plénitude de sa force vitale : il ne peut y avoir ni engorgement de vaisseaux ni endurcissement de fibres : ils conservent toute leur irritabilité , et, par suite, les fonctions de la vitalité ne peuvent être interrompues que par des causes accidentelles. Aussi a-t-on des exemples d'arbres qui doivent, exister depuis, la plus haute antiquité; et, si l'on s'en rapporte aux Calculs
I 90 OROANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
du célèbre Adanson , plusieurs baobabs qu'il a mesurés au Sénégal et dans les îles de la Madeleine, n'ont pas moins de cinq à six mille ans.
PHYTOTHÉRGSIE.
Nous avons dit que la phytothérosie est cette bfanebe de la physique végétale qui a pour objet la connaissance des altérations des végétaux. On la divise en pathologie végétale ou examen des maladies des plantes , et en nosologie végétale ou classification et nomenclature des maladies des plantes.