‹ Manuel complet de l'essayeurChapitre 17 sur 46 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

C'est par la coupellatioii que Ton détermine généralement le titre des matières d'argent. Ce procédé, d'une origine très-ancienne, consiste à tenir l'alliage en fusion avec une certaine dose de plomb dans une coupelle de phosphate de chaux ; les métaux oxidàhles par l'air sont entraînés avec l'oxide de plomb dans la coupelle , et le poids de l'argent qui résiste à Toxidatiou fait connaître

le tilre de l'alliage. On ne saurait disconvenir qu'une opération qui n'exige au plus que quinze minutes, ne soil d'une élégante simplicité ; mais néanmoins on ne peut adopter avec une aveugle confiance les résultats qu'elle donne. La coupellalion est en effet soumise à l'influence de circonstances très-variables, particulièrement à celle de la température du fourneau, qu'il n*est pas au pouvoir de l'essayeur de maîlriser entièrement, et il est bien reconnu aujourd'hui qu'elle accuse constamment trop bas le litre de l'alliage : la différence du litre accusé au tilre réel s'élève à huit ou dix millièmes pour les essayeurs des différent pays, et les essais d'un même lingot par un essayeur peuvent offrir une discordance de quatre et même de cinq millièmes.

Ces graves défauts de l'essai à la coupelle des matières d'argent n'avaient point échappé à l'habileté de Tillet. Des expériences nombreuses , publiées dans les mémoires de l'académie royale des sciences, années 1761, 1763 et 1769, lui avaient non-seulement appris que la coupellation hit accuser le titre de ces matières de quelques millièmes trop bas, mais encore que la coupelle recèle environ le double de l'argent qui manque, et que par conséquent le bouton d'essai n'est jamais entièrement fin el doit retenir une quantité de plomb et de cuivre égale à celle de l'argenl en excès. Tillet, en dénonçant ces faits , manifestait le désir, sans toutefois avoir l'espérance de le voir se réaliser, que la gravité en fût appréciée par les diverses cours de l*Europe, et qu'on s'entendît sur les moyens de rendre le mode d'essai plus uniforme el plus sûr. Mais les expériences de Tillel furent bientôt oubliées, ou plutôt, on

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craignit de toucher à uq procédé d'après lequel se réglaient les transactions en matières d'argent et qui était exéculé presque partout de la même manière. L'on sentit d'ailleurs d'autant moins le besoin de le corriger, qu'aucune plainte ne s'était élevée , et que la perte dans les matières d'argent , causée par une trop faible évalua fion de leur titre, circulait inaperçue par le vendeur comme par l'acheteur. C'est ainsi que ce procédé s'est transmis d'une génération à l'autre et a été scrupuleusement conservé dans les hôtels des monnaies et dans les bureaux de garantie par ceux qui en ont été successivement dépositaires.

Cependant les progrès récens de l'art de l'affmeur, en permettant de rechercher avec profit un millième d'or dans les matières d'argent , amenaient chaque jour une quantité plus considérable d'argent fin aux hôtels des monnaies. Et comme, à la coupelle, l'argent fin n'éprouvait qu'une perte de titre de i à 2 millièmes , tandis que l'argent au titre de 900 millièmes en éprouvait une de 4 à 5, il en résultait qu'un directeur de monnaie qui recevait de l'argent fin pour le convertir en espèces, au titre de 900 millièmes, était obligé de faire son alliage au titre réel de 903 ou 904 millièmes, pour qu'à l'essai, dans le laboratoire de la commisiîion des monnaies , il ressortît à celui de 900. Dès-lors il éprouvait dans sa fabrication une perte de 3 à 4 millièmes dont la cause ne pouvait lui échapper long-temps. Telle est eu effet l'origine des plaintes qui ont provoqué un nouvel examen du mode d'essai par la coupelle.

A peine ces plaintes furent-elles connues de la commission des monnaies, présidée par M. le comte dtt

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Sus?y , pair de France , qu'elles fixèrent sa sollicitude de la manière la plus spéciale (i).

M, d'Arcet, membre de l'institut, directeur des essais, auquel une profonde étude de la coupellalion avait fait depuis long-temps connaître les vices de ce procédé , fut chargé d'éclairer la commission, et de nouvelles expériences, faites sous sa direction, constatèrent qu'un alliage par synthèse , au titre mathématique de 900 millièmes , ne sortait de la coupelle qu'à celui de 89$ ou 896 , d'après le mode d'essai suivi dans le laboratoire des monnaies.

De plus , des alliages connus furent adressés nonseulement aux monnaies les plus importantes d'Europe , mais même aux principaux essayeurs de Paris et des départemens , pour en déterminer le litre, et partout il fut accusé trop bas et d'une quantité très-variable. L'importance du sujet nous engage à insérer ici les litres obtenus par les essayeurs étrangers et par MM. d'Arcet et Vauquelin; ils sont extraits des dociimens officiels relatifs à la rectification en France du mode cl essai des matières d'or et dargent généralement suivi en Europe, publiés par la commission des monîiaies (2).

(1) La commission des monnaies élait alors compose'e de M. le comic de Swssy, pair de France, président, et de MM. Brunei et Lambert, commissaires.

{i) Voir pages 117 à x3o de la première partie, les divers ^l}leaux d'esssais,

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