‹ Manuel complet de l'essayeurChapitre 19 sur 46 · ESSAI · texte numérisé non relu

ESSAI

Des matières d'argent par la voie humide.

Le nouveau procédé d'essai que nous allons décrire consiste à déterminer le litre des matièn s d'argent par la quantité d'une dissolution de sel marin titrée, nécessaire pour précipiter exactement l'argent contenu dans un |îoids donné d'alliage. Ce procédé est fondé sur les principes su i vans :

L'alliage, préalablement dissous dans l'acide nitrique, est mêlé avec une dissolution titrée de stl marin, qui précipiie Targent à 1 état de chlorure; composé toul-àfait insoluble dans l'eau el même dans les acides.

La quantité du chlorure d'argent précipiié est déterminée, non par son poid», ce qui serait peu sûr el surtout beaucoup trop long, mais par le poids ou le volume de la dissolution titrée de sel marin, nécessaire

( ae )

pour préci piler exactement l'argent dissous dans l'acide nilri(|ue.

On leconnaît facilement le terme de la précipitation complote de l*iirgen^ , à la cessation de toute nébulosité, lors(|u'on verse graduellement la dissolution de sel marin dans relie du nitrate d'argent. Un milligramme de métal est rendu irès-sensible dans un poids de liquide de cent i';rammes ; on dislingue encore très-bien un demi el même un quart de milligramme, pourvu qu'a* vaui ]\iiidition du sel marin la liqueur soit parfaitement limpide.

En agitant vivement, pendant une minute ou deux ou pl.is, le liquide rendu laiteux par la précipitation du chlorure d'argent, on le clarifie suffi>amment pour qu'où jsnisse ap|)récier, après quelques instans de repos, le Irouble que pourrait y produire l'addition d'un demi-n)il! igranvme d'argent. La filtralion du liquide est plus efficace que l'agitation , surtout lorsqu'on ne remploie qu'après; on doit s'en servir quelquefois, mais Tagiiaiion , qui est beaucoup plus prompte , suffit généralement. La présence du cuivre , du plomb ou de tout autre métal dans la dissolution de l'argent n'influe pas d'une manière sensible sur la quantité de sel marin nécessaire pour le précipiter, c'est-à-dire que la même quantité d'argent, pur ou allié, exige pour sa précipitation une quantité constante de dissolution de sel marin.

En supposant que l'on opère sur un gramme d'argent pur, la dissolution de sel marin doit être lelle qu'il en faille cent grammes si l'on mesure au poids, ou cent centimètres cubes si l'on mesure au volume , pour précipiter exactement tout l'argent. Cette quantité de

dissolution de sel marin est divisée en mille parties appelées millièmes.

Le titre d'un alliage d*argentest donné par le nombre de millièmes de dissolution de sel marin nécessaire pour précipiter Targent contenu dans un gramme de cet alliage.

Voilà en peu de mots la théorie de Fessai parla voie humide;mais de la théorie à l'application manufacturière de ce procédé, la dislance est immense. Il a fallu donner aux manipulaiions dont il se compose la plus grande simplicité, pour Topposer à la coupellation. Heureusement toutes les difficultés ont été vaincues, et aujourd'hui, d'après l'expérienca que nous avons acquise de ce procédé , nous pouvons le présenter avec confiasîce comme presqu'aussi rapide et beaucoup plus sûr que la coupellation.

Mesure de la dissolution de sel marin.

Nous désignerons désormais la dissolution de sel marin parle nom de dissolution normale de sel marin. On peut la mesurer au poids ou au volume. La mesure au poids offre un peu plus de précision. Elle a surtout l'avantage d'être indépendante de la t^pérature; mais elle demande trop de temps pour des essais nombreux. La mesure au volume donne une exactitude suffisante et exige beaucoup moins de temps que la mesure au poids; elle est à la vérité soumise à l'influence de la température, mais nous apprendrons à l'en corriger. Au reste, nous décrirons le nouveau procédé en employant chacun de ces deux moyens de mesure.

Mesure de la dissolution normale de sel marin au poids.

Celte dissolution doit être telle que loo grammes précipitent exactement un gramme d'argent pur dissous dans Facide nitrique. Nous la supposerons faite d'avance , pour indiquer d'abord la manière d'en prendre le poids , et nous dirons eusuile comment on la prépare.

On pèse la dissolution dans une burette (pl. III, fig. I ), de la capacité de ii5 à 120 grammes de cette dissolution et divisée en grammes ; ses divisions font connaître approximativement le poids de dissolution qu'on en retire et abrègent beaucoup les pesées (i). En faisant écouler la dissolution par le bec O de la burette, chaque division fournit 8 à 10 gouttes, et par conséquent le poids d'une goutte est d'environ un décigramme. On emplit la burette de dissolution jusqu'à la première division o , et on en fait la tare dans une balance sensible au moins au centigramme. On enlève la burette; l'on met à sa place le poids que l'on veut prendre de dissolution, celui de 100 grammes, par exemple, et 1'^ fait couler la dissolution dans le flacon qui doit la recevoir, jusqu'à ce que l'équilibre soit àpeu-près rétabli. On ne peut en effet l'obtenir exacte-

(1) La burette est représentée fermée par un bouchon B de liège» destiné ii empêcher l'évaporation de la dissolution dans les inler\ ailes de repos. Il est facile de rtmcdier à l'inconvénient de l'évaporation en rinçant la burette avec la dissolution avant de s*en servir.

ment , puisqu'on ne peut faire sortir de la burette des quantités de liquide plus petites qu'une goutte, mais cela est indifférent; il suffit que l'on connaisse le poids précis de dissolution sorti de la burette. Supposons qu'il soit (le 99 gr. 85. Nous allons montrer comment on peut approcher de plus près du poids de loo grammes de dissolution que Ton désire obtenir.

Il faut remarquer que ce n'est pas l'eau contenue dans ces loo gr. qui importe réellement, mais bitMi le sel qui s'y trouve en dissolution , et qui doit représenter looo millièmes d'argent. Si donc nous prenons loo grammes de dissolution normale, et que nous les mêlions avec 900 grammes d'eau , il est bien évident qu'un gramme de celte nouvelle dissolution équivaudra à un décigramme de la première , et qu'il sera par conséquent facile d'obtenir les 100 grammes de dissolution normale, ou disons mieux, les looo millièmes de sel marin qu'elle doit contenir ; il suffira d'ajouter aux 99 gr. 85 déjà sortis de la burette, et qui représentent 998,3 millièmes d'argent , un gramme et demi de la nouvelle dissolution. On pourrait la peser comme la dissolution normale, à une goutte près, dans une burette {^fig> 2) d'un diamètre assez étroit pour que chaque petite division représente un décigramme de liquide et par conséquent un centigramme de dissolution normale ; mais il sera plus commode de la mesurer au volume en la préparant comme nous allons l'indiquer.

Pour éviter toute confusion, nous appellerons dissolution décime de sel marin y une dissolution contenant la même quantité de sel que la dissolution normale, sous un poids ou sous un volume dix fois plus grand.

Une dissolution décime ^argent sera une dissolution

d'argent équivalente à cette dernière , toutes deux se décomposant réciproquement d'une manière complète.

Préparation delà dissolution décime de sel marin.

On pèsera loo gr. de dissolution normale de sel marin , dans un malras (fig. 3), contenant un kilogramme d*eau pure jusqu'au trait a ^ , ou mille centimètres cubes, et on complétera ce volume avec de l'eau pure, en ayant soin d'agiter pour rendre le mélange homogène. Un centimètre cube de celte dissolution représentera un millième d argent. On l'obtiendra facilement au moyen d'une pipette ( fig. 4 ) jaugée de mauière que, remplie d'eau jusqu'au trait c elle en laisse tomber librement un gramme, ou un centimètre cube; ce qui reste de liquide dans la pipette ne fait pas partie du gramme. En faisant écouler le liquide par goutte» on en comptera un peu plus ou un peu moins de vingt selon la grandeur de l'orifice o , et ce nombre ne ^nriera pas de plus d'une goutte. Un demi centimètre cube sera conséquemment donné par dix gouttes, et un quart par cinq. La précision qu'on obtiendra par ce moyen de mesure sera suffisante, puisque l'erreur possible sur le centimètre cube ne sera que d'un vingtième Recette quantité, ou d'un vingtième de millième, et que, si l'on prend plusieurs mesures, il y aura compensation.

La dissolution décime de sel marin destinée aux essais , doit être mise dans un flacon F d'environ un demi-litre , fermé par un bouchon de liège b que traverse la pipette et qui est mastiqué avec. Pour en prendre un millième avec la pipette, on saisit le flacon dune main

et la pipette de Tautre ( fig. 5 ). On sort la pipette de la dissolution après avoir fermé avec l'index son orifice supérieur, et on tient appuyé l'orifice inférieur contre le bord du flacon pour en détacher le liquide qui, sans celte précaution, pourrait y rester adhérent. On élève le trait c^/ à la hauteur de l'œil; puis, par une pression convenable de l'index sur l'orifice supérieur, qui s'obtient en imprimant à la pipette un léger mouvement circulaire alternatif, entre les doigts, on laisse écouler lentement la dissolution; à l'instant du contact de la surface concave du liquide avec le plan c d ,on ferme exactement la pipette en pressant plus fortement avec l'index sur son orifice, on la porte au-dessus du flacon où la dissolution doit être versée, et Ton soulève l'index pour la vider (i).

Préparation de la dissolution décime d^ argent.

On prépare la dissolution décime d'argent en dissolvant un gramme d'argent pur par l'acide nitrique, dans un matras d'un litre ( fig. 3 ) , et on étend d'eau distillée la dissolution de manière que, refroidie à la tempé^ rature ordinaire de l'air , elle occupe exactement le

(i) Il est essentiel de remarquer que l'index, pour permetlre un éroulemenl lent et régulier par sa pression sur l'orifice de la pipette, doit être seulement dans un état de moiteur; trop sec, il ne ferme pas, malgré une forte pression: trop humide, il empêche la rentrée de l'air et l'écoulement n'a pas lieu , ou Lien il se fait capricieusement, «t l'on s'en rend maître difficilement. On ne perdra pas de vue cette observation , surtout pour le» grandes pipettes denî nous parlerons plus tard.

volume d'un litre. On la mesure de même que la dissolution décime de sel marin.

Pesée de la dissolution normale de sel marin.

Pour faire celle opération avec célérité, on se sert d'une balance semblable à celle représentée par la fig. 6 , qui ne diffère de la balance ordinaire qu'en ce quVUe peut fonctionner aussi comme une romaine. Chacun de ses bras CB, CB' est muni d'un petit curseur c, en fil de cuivre, d'un poids tel ( 5 décigrammes environ ) que , transporté à droite ou à gauche du milieu o de chaque bras, il trouble l'équilibre de deux décigrammes. L'espace parcouru par le curseur est divisé en vingt parties égales qui représentent un égal nombre de centigrammes. Dans la fy, 6, où l'on suppose que la pesée est faite par lare, les divisions de o e.n B sont négatives et marquées du signe — ; celles de o en C sont positives et marquées du signe +. Le curseur du bras CB^ n'étant destiné qu'à régler la lare, on n'a pas besoin ~^de faire attention au sens des divisions. Le curseur, quand la balance est au repos , est poussé avec une plume ébarbée R. qui, étant très flexible, cède à une légère pression et ne peut troubler la balance (i).

Prenons pour exemple une pesée de loo grammes de dissolution normale de sel marin, la plus fréquente que

(i) s» l*on faisait construire une balance à dessein, les divisions •«raient tracées sur le fléau; mais on peur, ainsi que nous l'avons fait pournotre usage, transformer une balance ordinaire en balance romaine, en traçant les divisions sur une règle qui serait soutenue près du fléau.

nous aurons à faire pour déterminer le litre de toute espèce de matières d'argent.

On aura deux poids ; l'un P, égal à la tare de la burette, lorsqu'elle est pleine de dissolution jusqu'à la division o; l'autre P', de loo grammes. La burette étant remplie de dissolution , on la place sur le plateau de droite où elle est maintenue par le collet d e dans lequel on l'engage avant de la poser sur le plateau. La tare P de la burette est supposée du côté opposé. Si l'équilibre n'a pas lieu, on le complète au moyen du curseur de gauche. On enlève ensuite la burette, on en fait écouler loo grammes de dissolution, à un ou deux décigrammes près , soit en plus, soit en moins , et on la remet dans la balaaceavec le poids de loo grammes P% concave en dessus pour loger le fond de la burette et l'empêcher de glisser. L'équilibre est de nouveau rétabli, au moyen du curseur de droite. Si, par exemple, il a fallu faire marcher le curseur vers B, de quinze divisions, qui représentent i5 centigrammes, le poids de la dissolution sortie de la burette sera égal à loogr. oo — gr. i5 = 99 gr. 85. Si, au contraire, le curseur a marché de six divisions vers C , le poids de la dissolution sera de loo gr. oo o gr. 06 = 100 gr. 06.

Le moyen que nous venons de décrire pour peser la dissolution de sel marin nous paraît un des plus commodes que l'on puisse employer , quoiqu'il ne soit pas très-expéditif. Nous pourrions en indiquer d'autres qui mériteraient sans doute la préférence, mais n'auraient pas la même généralité ; et pour ne pas nous écarter trop de notre objet, nous en donnerons la des^ cripiion dans un appendice.

Préparation de la dissolution normale de sel marin , en la mesurant au poids.

Après avoir indiqué la manière de peser la dissolution normale de sel marin el d'en prendre de très-petites quantités , nous en décrirons la préparation.

En supposant le sel marin pur, ainsi que l'eau, on n'aura qu'à prendre ces deux corps dans le rapport de G kil. 5427 de sel à 99 kil. 4^73 d'eau pour avoir 100 kil. de dissolution , dont 100 grammes précipiteraient exactement un gramme d'argent. Mais au lieu de sel pur qu'on ne se procure que difficilement, et qui, d'ailleurs, peut s'altérer promptemenl en absorbant l'humidité de l'air, nous préférons une dissolution concentrée de sel marin du commerce , dont on prépare une grande quantité à la fois , et que l'on tient en réserve pour s'en servir au besoin. On connaît la quantité de sel qu'elle renferme en évaporant une portion à siccité , et par quelques lâtonuemens on détermine aisément dans quel rapport elle doit être mêlée avec l'eau commune pour l'amener à précipiter exactement un gramme d'argent sous le poids de 100 grammes. Supposons , par exemple , que la dissolution de sel marin contienne 1S0 grammes de sel par kilogramme, et que l'on veuille préparer 100 kilogrammes de dissolution normale. Puisqu'il faudrait , pour celle quantité , o kil. 5427 de sel pur, on fera laproporlion :

o kil, 25^0 : I kil. : : 0 kil. 5427 ; ^ ~ 2 kil. 1708. A ce dernier poids on ajoutera assez d'eau pour faire

100 kilogrammes , savoir : 97 kil. 8292 (1). On agitera parfaitement le mélange (2), puis on procédera à Tessai de la dissolution.

Pour cela, après avoir dissous un gramme d'argent dans seplà huit grammes d'acide nitrique à 32° H (1,290) dans un flacon à l'émeri, fig. 8, de la capacité d'environ 200 grammes d'eau , on fera la tare de la burette , fig. i , remplie dedissolutiou, on en versera plutôt plus que moins dans le flacon , attendu que le sel dont on s'est servi pour faire la dissolution n'est pas pur, et qu'il en faudra , par conséquent, plus de 100 grammes pour précipiter le gramme d'argent. Le mélange sera d'abord laiteux; mais en agitant vivement, pendant environ une minute, le flacon fermé avec son bouchon qu'on aura trempé dans l'eau pour que la fermeture soit plus exacte, et en l'abandonnant quelques inslans au repos, la liqueur deviendra parfaitement claire. On y versera alors de la burette deux goulles de dissolution, et s'il se produit un trouble, on agitera pouréclaircir et on ajoutera deux autres gouttes. On continuera ainsi jusqu'à ce que les deux dernières gouttes ajoutées ne précipitent plus.

(1) On mesurera facilement cette quantité d'eau au moyen d'un flacon de la capacité de 5 à 6 kilogrammes d'eau qu'on aura jaugé d'avance.

(2) L'agitateur 7, dont on se sert pour agiter le mélange, est une tige de jonc fendue en quatre branches, aux extrémités desquelles est attaché un petit carré d'étoffe de soie. On emploie la soie pour éviter les filamens que pourrait donner toute autre étoffe- Cet agitateur peut être introduit par de très-petiles ouvertures et servir à agiter de grandes masses de liquide. Une baguette de bois ou des fiU de fer peuvent remplacer la tige de jonc.

L'opération sera alors terminée , et il ne restera qu^à en fixer les résultats.

Supposons que le poids total de la dissolution normale sortie de la burette soit de ici gr. 880. Leàdeux dernières gouttes ne doivent pas être comptées, puisqu'elles n'ont produit aucun effet ; les deux gouttes précédentes sont nécessaires, mais en partie seulement, c'est-à-dire que le nombre de gouttes à retrancher est plus petit que quatre et plus grand que dtux ; ou bien qu'il est, terme moyen, de trois. Or le poids d'une goutte peut être connu très-exactement eu prenant celui d'une dizaine; supposons-le égal à o gr. o8â; on retranchera trois fois ce nombre ou o gr. ^55 de loi gr. 880, et il résullera lor gr. 6^5 pour la quantité de dissolution normale nécessaire pour précipiter un gramme d'argent.

La dissolution est donc beaucoup trop faible. Pour l'amener à son véritable titre , il faudrait , pour un poids de loi gr. 625, en retrancher i gr. 626 d'eau, ou, ce qui revient au même, ajouter à la dissoluiion normale une certaine quantité de dissolution concentrée de sel marin que l'on trouvera par la proportion suivante :

100 : 1,625 : t 2 kil. 1,708 de dissolution saline : x — o, kil. o353.

Après l'addition de cette quantité de seî à la dissolution normale , on en fera un nouvel essai , en opérant comme pour le précédent; mais on aura soin de ne verser de la burette qu'un poids de dissolution un peu inférieur à loogr. ou looo déc; par exemple 998 déc.

4 , parce quMl ne serait pas possible , en versant la dissolution par gouttes , de tomber exactement sur le poids 1000 déc. Pour approcher du véritable titre, qui maintenant doit être exact à peu de chose près, on préparera une dissolution décime en pesant loo gr. de dissolution normale qu'on étendra d'eau pure de manière qu'ils occupent un litre ; un centimètre cube de cette dissolution représentera un décigramme de dissolution normale (i). On continuera ensuite l'essai delà manière suivante, en se rappelant que la pipette décrite fig. 4» d'un centimètre cube, contient 20 gouttes; que la moitié sera donnée par 10 gouttes et le quart par 5.

Aux 998 déc. 4 de dissolution normale déjà versés , on ajoutera une pipette et douze gouttes de dissolution décime; ce qui complétera le poids exact de 1000 décigrammes de dissolution normale. On agitera le mélange pour réclaircir, puis on y versera un millième de sel marin ou une pipette de dissolution décime. S'il se trouble, on agitera, et après on ajoutera un second millième. Ce dernier, par supposition, ne produira pas d'opalescence. Le poids de dissolu lion normale nécessaire pour précipiter exactement un gramme d'argent

(1) Celte dissolution décime ne sera pas rigoureusement exacte , puisque la dissolution normale n'est pas à son véritable titre ; mais il est aisé de sentir que l'erreur que l'on commeiira en en iaisant usage sera très-petite, et qu'elle pourrait èlv« négligée. Néanmoins, aussitôt que la dissolution norm; le sera parfaitement tilrée , on devra préparer une autre dissoluiion décime.

On parviendrait a obtei'ir immédlatemeii! une dissolution décime en dissolvant o gr. 5427 de sel marin p«jr dans de l'eau de manière que la dissolution occupât exactement un litre; mais le premier procédé sera préférable.

sera, par conséquent, compris entre looo et looi décigrammes, c'est-à-dire qu'il sera, terme moyen, égala 1000 1/2. Le titre de la dissolution normale est donc trop faible de iji millième ; et pour le corriger , on ajoutera une quantité de dissolution concentrée de sel marin égale à 1/2 millième de celle qui a déjà été ajoulée ( 2 kil. 1708 + o kil., o353 = 2 kil., 2061 ), savoir i gr. i. On procédera ensuite à un nouvel essai de la dissolution normale pour en faire la vérification.

Quand on doit approcher de très-près du titre d'une dissolution , on fera bien d'employer la filtration pour distinguer la plus légère opalescence, à moins qu'on ne donne à la liqueur le temps de s'éclaircir parfaitement. Une plus grande précision que celle d'un quart de millième est d'ailleurs illusoire, et les balances d'essai ont de !a peine à y atteindre. Le plus sûr , lorsqu'on est très près du titre, sera de mettre de la liqueur dans deux verres à pied et de verser dans l'un quelques gouttes de dissolution décime de sel marin et dans l'autre un nombre correspondant de gouttes de dissolution décime de niirate d'argent. On juge de quel côté se manifeste Topalescence (i), et l'on continue l'essai de la dissolution normale, après avoir réuni les liqueurs des deux verres , puisque les deux quantités des dissolutions décimes de sel marin et d'argent, se détruisant réciproquement, ne changeront rien à l'essai. Une fois que le titre de la dissolution normale sera

(i) Il esl à remarquer que, lorsque la dissolulion normale est parfaitement au titre , elle louchit très-légèremeiU, $olt avec le nitrate d'argent , soit avec le sel marin.

définitivement fixé, on fera la somme de toutes les quantités de dissolution concentrée de sel marin qui auront été employées, ainsi que celles d'eau, et, dans la préparation d'une nouvelle dissolution normale , on n'aura qu'à les mêler dans le rapport trouvé , pour tomber de suite , ou à très-pen près , sur son véritable litre.

En fixant le titre de la dissolution normale , nous tivons supposé qu'il était constamment trop faible, et il a fallu ajouter à la dissolution une certaine quantité de sel marin; mais si on l'eût outre-passé, et qu'il se fût trouvé trop fort, la dissolution aurait précipité avec la dissolution décime d'argeut, et l'on eût connu par le nombre de centimètres cubes ou de millièmes d'argent qui auraient élé nécessaires pour précipiter l'excès de sel marin , quelle quantité d'eau il aurait fallu ajouter à la dissolution normale pour l'amener au titre. Par exemple, si elle eût exigé 2 millièmes de dissolution décime d'argent, on aurait à ajouter au poids total de la dissolution normale deux millièmes de ce poids en eau, savoir : o kil., 2 ou 100 grammes.

Conscrit ation de la dissolution normale de sel marin.

Le vase le plus convenable pour conserver la dissolution normale de sel marin est un vase en verre , parce qu'il ne peut en altérer le titre. On trouve dans le commerce des bouteilles en verre noir, appelées damesjeanneSf qui contiennent de 5o à 60 litres; on peut les employer avec succès. La figure 9 représente une de ces bouteilles fixée sur un socle formé par un cerceau de tamis. Elle est jaugée en litres ou kilogrammes d'eau ,

et une échelle en papier , appliquée sur sa surface, fait connaîlre à chaque instant la quantité de liquide qu elle renferme. Elle est fermée par une soupape hydraulique en tôle, mais dont la cloche ou couvercle est en verre. On voit le détail de cette soupape dans la figure lo. L'air ne peut entrer dans la bouteille que par le tube droit T , et ne peut ensuite en sortir; conséquerament aucune évapora lion n'est à craindre. La gorge de la soupape doit avoir environ un décimètre de profondeur; on y met du mercure, mais seulement jusqu'au tiers de sa hauteur, parce que, d'une part l'immersion de la cloche, et de l'autre la pression de l'air, plus grande à l'extérieur qu'à l'intérieur , de toute la profondeur du tubeT dans le liquide quand l'air entre dans la bouteille , y ferait déverser le mercure.

La dissolution est puisée dans la bouteille par un syphon S à robinet; mais ce syphon étant fragile , à moins qu'il ne soit en métal, et peu commode à manier, puisqu'il fait corps avec la cloche de h soupape , il sera préférable de percer le fond de la bouteille yjîg, 1 1 , et d'y^ adapter un tube en métal T par le moyen d'une plaque modelée sur le fond et mastiquée avec. Ce tube, qui s'élève un peu au-dessus du fond de la bouteille, porte un petit chapeau pour empêcher le mercure qui pourrait tomber dans la bouteille de s'y introduire. Il est terminé à son autre extrémité par un tube plus étroit, afin que l'écoulement de la dissolution ne soit jamais trop rapide. Nous décrirons plus tard un réservoir en métal qui aura les avantages d'un vase en verre sans en avoir les inconvénieus.

Application du procédé qui vient d'être décrit à la détermination du titre d*un alliage d'argent.

Cet alliage est supposé celui de nos monnaies, dont le litre moyen est fixé à goo millièmes, mais qui peut varier de 897 à 908 millièmes sans cesser d'éire légal. On en prend un grapime que l'on dissout dans un flacon,/^. 8 , avec environ 10 grammes d'acide nitrique à 32° B (i), et pour favoriser la dissolution, le fiacon est chauffé avec un peu d'eau dans une casserole sur le fond de laquelle on a mis de la toile pour l'isoler du métal. La dissolution terminée , et le flacon un peu refroidi , on expulse la vapeur nitreuse au moyen d'un soufflet, fig, i3, dont la base est formée d'un tube de verre recourbé , réuni par un bouchon de liège à la douille en cuivre D taraudée intérieurement. Cette opération doit être faite, ainsi que la dissolution de l'alliage dans l'acide nitrique , sous une cheminée dont le courant d'air soit assez fort pour entraîner la vapeur nitreuse.

La burette, y?^. i, étant remplie de dissolution normale de sel marin et tarée , oa en fait couler environ 90 grammes dans la dissolution de l'alliage; soit 89 gr. 85. Après l'agitation de la liqueur, on y versera un centimètre cube de dissolution décime de sel marin , représentant un millième d'argent. S'il y a trouble, on

(1) On prend facilement celte quantité d'acide nitrique, au moyen d'une pipette P , fig. 12, qui contient 7,7 grammes d'eau jusqu'au trait a b, et dont la tige est assez étroite pour qu'on puisse en négliger la capacité.

agitera, puis on ajoutera un second millième de sel marin, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on soit arrivé au millième ne précipitant plus. Supposons que ce soit le quatrième. On ne le comptera pas , puisqu'il n'a rien produit, et on ne prendra que la moitié du troisième qui n'a été nécessaire qu'en partie. Le titre de l'alliage sera conséquemment égal , à un demi-millième près, à 898 , 5 4- a , 5 — 9or.

Si l'on veut approcher de plus près du titre de l'alliage, on procédera par demi-millièmes, dès que l'on sera arrivé au dernier millième ne précipitant plus ; et pour éviter toute confusion, on écrira avec de la craie, sur une planche noire , les millièmes de sel marin en les faisant précéder du signe 4- plus, et à côté les millièmes de nitrate d*argcnt précédés du signe — moins.

Dans notre exemple, après l'addition de 4 millièmes de sel marin, dont le dernier n'a produit aucun trouble , on ajoutera i 1/2 millièmes de nitrate d'argent, qui détruiront I 1/2 millièmes desel marin, et on fera éclaircir la liqueur. Si un nouveau r/^ millième de nitrate d'argent ne produit pas de précipité, on n'en tiendra pas compte et on le barrera dans le tableau. De-là on conclura que la quantité de nitrate d*argent nécessaire pour détruire l'excès de sel marin est plus grande que i millième et plus petite que i 1/2; c'est-à-dire, qu'à 1/4 de millième près , elle est égale à r î/4. Ainsi , le nombre de millièmes de sel marin réellement utile est 4 — i, aS = 2, 75. Le titre de l'alliage est conséquemment 898 , 5o -I- 2 , 75 = 901 , 2 5.

Jutre exemple. Tout reste de même que précédemment, mais le premier millième de sel ne précipite pas. C'est une preuve que l'on a pris trop de dissolution nor-

maie , et qu'il y a excès de sel dans la liqueur. On ajoute un millième d'argent et on agite ; les choses sont ramenées au même point que d'abord , mais on sait maintenant que c'est avec le nitrate d'argent qu'il faut procéder. On en ajoute un millième qui précipite ; le suivant jne fait rien. Le titre de l'alliage est par conséquent égal à 898, 5 — ■ o, 5 = 898, o. Pour approcher de plus près du titre, on détruit les deux derniers millièmes d'argent par deux millièmes de sel, et on ajoute un demibiillième d'argent, il se produit un trouble, on le savait déjà ; mais un autre 1/2 millième ne précipite plus. Le titre de l'alliage est donc de 898 , 5o ^ — o , 25 — 898, i5.

Ce procédé, sur lequel nous croyons inutile de nous étendre davantage en ce moment , parce qu'on pourra lui appliquer plusieurs parties du procédé qu'il nous reste à décrire, est général et donne exactement le titre d'un alliage quand on le connaît approximativement , ce qui a toujours lieu par un premier essai fait grossiè- ^ ement.

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