‹ Manuel complet de la bonne compagnie, ou Guide de la politesse et de la bienseance dedie a la jeunesse de deux sexesChapitre 15 sur 35 · DE LA. MANIÈRE DE RECEVOIB · texte numérisé non relu

DE LA. MANIÈRE DE RECEVOIB

Recevoir avec aisance et noblesse , faire en sorte que tout en vous , autour de vous , respire la bienséance et l’agrément; tâcher que les gens vous quittent toujours satisfaits , et pleins du désir de revenir, telles sont les obligations d’un maître, et surtout d’une maîtresse de maison.

Tout, dans l’appartement, doit, autant que possible , ‘offrir le comfort anglais et la grâce française. Un ordre parfait , une exquise pro-

prcle , une clccance qui se passe bien d’èlrc somptueuse , doivent distinguer l’entrée du logis y l’ameublement et la mise de la dame du lieu.

Dans une maison où. il y a de l’aisance , il doit indispensablement se trouver un salon , oar il est gênant et de mauvais ton de recevoir à demeure dans une chambre à coucher. Cela convient pour les visites; mais il devient presque ridicule lorsque , après le dîner y il laut passer dans cette chambre pour prendre le café , lorsque vous recevez une assemblée un peu nombreuse , etc. Cet usage n’est guère déjà plus adopté qu’en province et chez les personnes qui ne se piquent pas de bon ton.

Recevoir dans une salle à manger , n’est

Ï termis que chez celles qui ne peuvent faire es frais du mobilier d’une chambre ou d’un salon. La simplicité , admise dans une pièce de ce genre , convenant à l’exiguilé de leurs moyens , nous n’avons qu’à les approuver , en plaignant toutefois les désagrémens auxquels les oblige cette résidence. Mais nous avons , à cet egard y une défense expresse à faire aux gens qui s’y résignent sans nécessité , car il est totalement opposé aux usages reçus dans la bonne compagnie de se tenir dans un endroit que l’on ne peut orner , où l’on ne peut placer des fauteuils , une cheminée, une glace, une pendule, toutes choses utiles aux personnes qui viennent vous voir ; où l’on est exposé à recevoir vihgt visites pendant le dî-

nerj à voir dcranger autant de fois l’heure de se mettre à table, puisqu’il est impossible de dresser le couvert tant que demeurent les étrangers; enfin à les rendre témoins des soins domestiques pour enlever les débris du repas, le linge, la vaisselle, etc.

Les jeunes mères de famille qui veulent avoir près d’elles leurs enfans ( hôtes dangereux dans un salon , comme chacun sait ) , pensent pouvoir séjourner dans la salle à manger, en faisant passer les visiteurs dans une pièce voisine. Pour que cette mesure soit sans inconvénient, il faut observer trois choses , la première, c’est que les étrangers soient admis dans cette pièce avant de voir la maîtresse de la maison , parce qu’ils ne manqueraient pas de faire des dilîicultés , de dire qu’ils ne veulent point la dcranger; la seconde, c’est qu’elle soit constamment chauffée eu hiver ; la troisième enfin qu’en été elle soit exactement disposée comme une chambre habitée , car rien n’est plus de mauvais genre que de conduire les gens dans un appartement qui semble à louer.

A moins d’impuissance absolue, vous devez faire éclairer votre escalier. Si les habitudes de bonne économie domestique , réglées par les besoins de la civilisation , étaient plus généralement répandues, un escalier non éclairé ne se trouverait bientôt plus.

Après avoir ainsi jeté un rapide coup d’œil dans l’intérieur de la maisou, voyons de quelle manière il faut recevoir.

Dès que l’ou voit entrer quelqu’un , annoncé ou non, on se lève vivement', on va vers lui, on l’engage h s’asseoir, en évitant la vieille formule : Donnez-vous la peine de vous asseoir. Si c’est un jeune homme, on lui offre un fauteuil ^ une chaise rembourrée j un vieillard , on insiste pour qu’il accepte le fauteuil ; une dame , on la prie de s'asseoir sur l’oltomane. Si c’est le maître de la maison qui reçoit , il prendra une chaise et s’assiéra à peu de distance de ce meuble ^ si , au contraire , c’est la maîtresse, et qu’elle soit intime avec la dame qui la visite , elle se mettra auprès d’elle. Si plusieurs dames viennent à la fois, c’est la plus distinguée par son rang à qui l’on donne cette place. En hiver , les places lès plus honorables sont celles du coin ne la cheminée : à mesure qu’elles vous mettent en face du feu , elles sont réputées inférieures. Aussi, lorsqu’il survient une dame respectable , une personne à laquelle on désire faire honneur , on la prend par la main et on la conduit à la place du coin. Si cette place est occupée

Î )ar une jeune femme , elle doit se lever et ’offrir à la personne âgée qui arrive , en prenant pour elle-même une chaise au milieu du cercle.

Une maîtresse de maison doit veiller avec sollicitude à ce que l’on n’éprouve aucune gène chez elle : en conséquence , elle aura soin de présenter des écrans aux , dames placées en lace de la cheminée ; elle leur avancera sous les pieds des tabourets , ou mieux

Ha

des coussins et jamais de chauflerelles. Si elle est seule avec une connaissance intime, elle la priera de partager le sien , mais elle ne fera jamais celte politesse à un homme.

S'il se trouve une porte ou une fenêtre ouverte dans rapparteraeut pendant l’été, il faut demander aux visiteurs si cela ne les incom-

mode pas.

Lorsqu’une dame qui reçoit One visite de demi-cérémonie travaille à l’aiguille, elle doit quitter son ouvrage avec empressement, et ne le reprendre qu’après l’invitation dn visiteur. S’il est plus intime , elle lui demande ellemême la permission de continuer. Si la personne vient tout-à-fait en cérémonie, il serait

très impoli de travailler même un instant. Au reste, même avec ses amis, on ne doit qu’à

Î teine s’occuper de son ouvrage, et paraître 'oublier pour eux.

A mesure qu’il entre un nouveau venu , le maître ou la maîtresse du logis se leve, et les personnes déjà reçues sont obligées de l’imiter. Quelques-unes s’éloignent alors : en ce cas, si le maître et la maîtresse du logis ont avec eux quelques personnes de leur famille, après avoir conduit jusqu’à la porte ceux qui sortent, ils engagent un de leurs parens à les remplacer. Dans le cas contraire , il faut nécessairement opter entre les gens qui demeurent et ceux qui font retraite. Si ces derniers l’emp'ortent sur les autres par le rang , l’àge ou la considération , il faut leur donner la

préférence , et vice versa. Cependant quelque

respeclable que soit la personne qui part, on est dispensé alors de la conduire plus loin que la porte de l’appartement.

La manière dont on reconduit ordinairement les visiteurs est réglée d’un.e manière invariable. Si c’est une dame ([u’il faille accompagner, le maître de la maison lui prend la niaui , la passe sous son bras , et guide ainsi la dame jusqu’au bas de l’escalier , à moins que les degrés soient tellement étroits qu’on ne puisse aller deux de front. Il n’est plus d’usage de donner la main aux dames , mais de leur offrir le bras. Ce nouvel usage ne change rien à l’ancienne bienséance qui veut que l’on donne en descendant un escalier , le côté de la muraille à la dame qu’on accompagne: communément on lui présente Je bras droit , mais à condition que la nécessité d’éviter de la placer vers la rampe , ne commande d’offrir le bras gauche. Si elle doit s’en retourner en voiture , on l’aidera poliment à y monter.

En province, on reconduit ainsi tous ou presc[ue tous les visiteurs , jusqu’à la porte de la ••.le , à moins que ceux-ci ne soient des messieurs et qu’ils aient visité une dame. Celleci doit alors les accompagner comme on le fait habituellement à Paris , c’est-à-dire jusqu’à l’entrée de l’appartement , ou jusqu’au palier. Les Parisiens ajoutent à cet usage une aimable civilité: ils maintiennent la porte ouverte , et debout sur le seuil ou sur Je bord de l’escalier^ iis suivent des yeux la personne

jusqu’à ce qu’elle se soit retournée pour leur faire le dernier salut d’adieu , ou pour les prier de rentrer.

On ne pratique plus celle franche èt bonne hospitalité de province , en vertu de laquelle même, au fort de l’hiver, on engageait les gens à se rafraîchir avec de très solides comestibles. Une telle proposition exciterait aujourd’hui la risée. On n’oIFre aux visiteurs que dans trois circonstances, i" Pendant les grandes chaleurs, on invite à prendre uu verre de sirop , un verre d’eau à la glace, a.® Si quelqu’un fait une lecture , on lui fait apporter un verre d'eau sucrée , c’est-à-dire le petit meuble auquel on a donné ce nom. 3.® On propose de 1 eau de fleur d’orange à une dame qui se trouve subitement indisposée. Ces cas exceptés , on ne fait aucune propoi>iiion de ce genre. Si quelqu’un désire se rafraichir , il prie la maîtresse de la maison de vouloir bien lui permettre de sonner. D’après l’aflirinalive, il de mande au domestique qui se présente ce dont il a besoin.

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